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LA FLUTE DE PAN

HENRI de Régnier nous révéla, en un poème splendide, que ce malheureux Marsyas, inventeur de la flûte, se vit arracher le derme par Apollon, qu'il avait défié avec un manque de trouille ruisselant d'irrespect. Beaucoup plus modeste, Pan se contentait d'un petit flageolet, acheté deux ronds dans un bazar, quand il tomba amoureux d'une nymphe de Diane.

On sait comment, en galant homme, il laissa celle-ci « se périr » plutôt que de la prendre, et qu'en récompense d'une attitude si réservée, si délicate, il lui fut donné de cueillir, en sept roseaux, l'âme de la bien-aimée. Passionné de musique, Pan se consola rapidement d'une mort en échange de quoi il lui était fourni un instrument inédit, et, après quelques mois d'études, il avait acquis assez de talent pour exécuter sur sa nouvelle flûte un arrangement des Chansons de Bilifis ressemblant à l'air : « Pan, pan, la mominette... »

Dans le bois, trépidant d'étésienne force, Cornu, la barbe d'or, drue et longue, le torse

Le chêne millénaire étend ses verts arceaux, Epais et ceint des fleurs écloses sur les eaux.

Et, sous l'ombrage illustre où paissent les pourceaux, La bouche humide, il fait chanter les sept roseaux

Pan s'arrête et s'appuie a la rugueuse écorce. En battant la mesure avec sa jambe torse.

De nymphes, brusquement, le site s'éjouit : L'une est si blanche et si blonde qu'elle éblouit ; Une autre est brune, et c'est entre elles une lutte

Emouvante à ce point que, de les voir, le dieu Se trouble et ne sait plus si ses lèvres en feu S'éperdent en baisers ou soufflent dans la flûte.

De Léon Dierx à Jean Moréas, de Heredia à Fernand Mazade, tous nos poètes. M""' Rosemonde Gérard et la comtesse de Noailles y comprises, ont célébré la flûte de Pan. En revanche, elle est tenue en suspicion dans le monde des bookmakers, à cause de l'inégalité de ses tuyaux.

D'ailleurs, essentiellement grec, cet instrument est employé aujourd'hui par les seuls tziganes roumains. Le chant en est délicat et vif : il scande la fuite légère des heures, s'essaie à imiter l'oiseau et poursuit la nymphe Syrinx (sous les syringas, autant que possible).

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