‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 2)Chapitre 115 sur 143 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

Comment le duc Charles futdesconfiz devant Morat par les Suisses et le duc de Lorraine. Et dist comment le duc d'Allencon morut, es prisons de Paris, de mort naturelle.

Quand le duc de Bourgongne et son armée eurent passé leur vver, ils se tirèrent du pais de Savoie devant Morat, ou pais de Suisse, ou mois de juin, là ou le due tint siège par l'espace de trois sepmaines ou environ. Lesditz Suisses viudrent à grosse puissance, et le due de Lorraine en leur coinpaignie, qui s'estoit tiré avec eulx pour avoir leur ayde à reconquester son pais. Et fut, de recbief, le duc de Bourgongne et son armée mis en desroy; et lieverent le due de Lorraine et les Suisses ce siège. Et illec perdit le duc de Bouro'onene moult de nobles gens: car là morut le coule de Marie1, (il/, aisné du connectable de France, et pluseurs

i. Voy. ci-dessus, p. ">7, note 1.

316 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

aultres grans seigneurs, et si y perdit le duc infinie artillerie et richesses, tant de joyaulx comme d' aultres biens moc-nbles. De là, ledit duc de Eourgongne s'en retourna, plus tost que le pas, en son pais de Bourgongne, à une ville nommée Rivières, où il assambla son armée; de rechief manda gens de guerre en Picardie, en Flandres et ailleurs, pour aller vers luy; ce qu'ilz rirent, car ilz y allèrent hastivement. Pendant ce que le duc de Bourgongne estoit esditz pais de Bourgongne, Lorraine et ailleurs, le roy de France avoit toujours de VIII cens à mille lances costoiant ladicte armée, qui estoit toujours es mettes du royalme, sans marcher en aultres pais. Et disoit on que le roy le faisoit affin que l'armée du duc ne fist aulcun encombrier ou dommage en sondit royalme, ne qu'ilz n'y entrassent point.

En ce temps, et ung petit devant l'Advent, morut en la Conciergerie à Paris, de mort naturelle, Loys *, duc d'Alencon, lequel avoit esté longtemps prisonnier, et dez le temps du feu roy Charles VII", lequel avoit tenu sur fons le roy Loys, à présent régnant, qui l'avoit fait délivrer à son couronnement-, mais depuis l'avoit il fait remettre en prison. Et fut enterré aux Frères prescheurs, à Paris.

En cest an, le duc de Lorraine retourna, avec une grosse puissance, mettre le siège devant Nansy le Duc, dedens laquelle ville estoit le seigneur de Bievres 2 et aultres pluseurs gens de guerre; mais en la fin ilz furent constrainctz de rendre la ville, par faulte de secours : et lors le duc de Lorraine la fist ravitailler, et y mist gens de guerre dedens. Le duc de Bourgongne, non sachant que la ville fut rendue, vint pour lever le siège; mais quand il vint auprez, et qu'il en sceut la vérité, il se logea au Pont au Mousson, qui luy fut

1. Le texte porte Loys, mais une rectification marginale, d'une écriture ancienne, substitue à ce nom celui de Jean. Voy. ci-dessus, t. I, p. 257, note 1.

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