‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 2)Chapitre 119 sur 143 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Des armées, mutacions, assamblees et conquestes qui furent lors faictes, tant en Flandres, Artois, comme ailleurs.

En ce temps, les Flamens se mirent sus en armes, tant d'Yppre, de Cassel, comme d'aultres pais, en nombre de XVI à XVII mille : et estoit leur cappitaine le seigneur de Doulieu1, et ung aultre nommé Waultier Doye, bailly de Bergues Sainct Wygnoc; et s'en vindrent tenir auprez de Saint Orner, entre Arques et Renescure, ung lieu que l'en appelle le Noeuf Fossé, pour deffendre que les François n'entrassent en Flandres. Et illec furent une très grant espace de temps, au despens du pais, et brullerent autour d'eulx aulcunes places et censés, affin que les François ne leur fissent grief; car ceulx de la garnison de Therouanne le visitoient et escarmuchoient souvent.

En ce temps meismes, ceulx de Gand se mirent en armes, ceulx de Bruges, d'Yppre, Louvain, Malines et aultres du pais de Brabant, pour avoir, comme l'en disoit, leurs previleges, qui disoient leurs estre ostez par les ducs Philippes et Charles de Bourgongne. Et prindrent ceulx de Gand ung nombre des principaulx gouverneurs de ladicte ville : prindrent aussy le chancellier de Bourgongne, le seigneur de Humbercourt, et le coadjuteur de Therouanne. Hz cuyderent aussy prendre maistre Jehan le Gros2, audiencier, et

1. Ce seigneur assistait, en 146o, à la bataille de Montlehery, dans la compagnie du seigneur de Fiennes, et, en 14fio, à celle contre les Liégois, dans la compagnie de Jean de Luxembourg. (Haynin, 12, 100.)

2. «Le quatrième jour du mois de février (i-471 , v. s.)... fa le jour des nocbes de mestre Jeban Gros, par ung mardy, en la ville de Bruges,

APPENDICE. : l

aultres de l'hostel <lu duc Charles; mais ilz eschapperent, par subtil moyen. Taatost aprez furent amenez sur le grand marché de Gand lesditz chancellier et le seigneur de Ilumbercourt, et illec, publiquement, sur ung hourt, furent décapitez, et avec eulx ung chevalier nommé sire Jehan Wauselle1 : mirent en oultre à mort tous ceulx que bon leur sambla de leur dicte ville. Ledit coadjuteur de Therouanne fut longuement prisonnier, puis eschappa par caution, et trouva moyen d'entrer eu mer : et de la se tira en France devers le roy, qui le fist evesque de Poictiers.

Quant le roy de France eut mis en son obéissance ceulx d'Arras, il se tira, à tout son armée, vers Hesdin ; et luy fut rendue la ville, sans grand contredit, par les gens de guerre et ceulx de la ville; mais ceulx du chasteau n'y vauldrent obéir. Pour quoy le roy les fist assaillir à grant dilligence, auquel assault et siège il y eut moult de franez archiers du roy mors et aultres, d'un costé et d'aultre; mais, finablement, ceulx du chastel se rendirent, sauf leurs corps et leurs biens, et les receuptle roy et les retint-à gaiges, ceulx qui luy vauldrent faire serment, et les aultres laissa aller où bon leur sambla. Ung nommé messire Jehan de Lannoy, et messire Raoul de Lannoy2, son frère, estoient les princi-

lequel estoit prumier secrétaire audiencier du seel et contreroleur des domaines et finances de Mgr le due de Bourgogne, et de demoiselle Guiede Messey, niese de Mr de Saillant, chevalier et chanselier de mon dit Sgr le duc; auquelle uoehes on requist très effectueusement de par mon dit Sgr de Bourgogne, et prian de par le dit canselier (t audiensier tous prela», abesses, chononnes,doïens,chartrons, ordre mandians, barons, chevaliers, bonnes villes et notables bourgois de tou les pais et segnourie de mon dit Sgr le duc, a estre ou a faire toute l'onneur, faveur et asistence que bonnement on poroit ferre, de quoi pluseurs et grant nonbre y alerte ou envoierte, et estimoit on le reut à client mille escus qui monteVoite à deus cens et chuvnquante mille livres monnoie de Haynau. » (Haymiît, 190.

1. Jean Van Melle, ancien trésorier de la ville. (Baratte, édit. de M. Gachard, II, 717, Appendice.)

2. Voy., sur l'un et l'autre, une note placée à leur nom dans la Table

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paulx cappitaines du chastel, lesquelz firent serment au roy : et incontinent que le roy estoit as'seuré des villes où ses gens entroient, et il sentoit qu'il y en avoit aulcuns qu'ilz n'estoient fermes et à sa poste, il les envoioit ou pais de France demourer, et leur faisoit assigner la ville et pais là où il volloit qu'ilz allassent. Ce pendant, et le roy estant à Hesdin, il y eut xx hommes du commun d'Arras qui partirent de la ville, esperans de eulx tirer à Gand vers la demoiselle Marie de Bourgongne; mais ilz furent espiez et prins des François qui estoient sur les frontières, et furent menez à Hesdin vers le roy, lequel en fist trencher les testes à xvn, et les aultres envoia morir en aultre lieu, comme pour donner exemple aux aultres. Commune renommée estoit lors que aux dessusditz le roy avoit donné saufconduict pour aller vers ladicte demoiselle Marie : ce non obstant, quoy qu'il en fut, ilz eurent cela pour leur salaire. Aprez que le roy eut esté à Hesdin tant qu'il luy pleut, il tira vers Boullongne sur la mer, laquelle fist ung petit de resistence; mais quant ils veirent les puissances du roy et qu'ilz n'y povoient bonnement résister ne obvier, ne qu'ilz n'esperoient aulcun secours, ilz se rendirent, et il les receupt, sauf leurs corps et leurs biens.

En cest an LXXVII, ainchois que le roi venist à Hesdin ny à Boullongne, demoiselle Marie de Bourgongne envoya à Boullongne quérir le conte de Montbeliart, que le duc son père avoit fait tenir long temps en prison ou chastel de ladicte ville, etl'avoit en garde le seigneur Desquerdes, lequel le fist mener à Gand vers ladicte demoiselle : et envoya aussy icelle demoiselle quérir le duc de Gueldres, que son dit père avoit fait tenir longuement au chastel de Courtray, et quant il y eut esté une espace de temps, il fut ordonné pour conduire et mener les gens de guerre de ladite ville de Gand.

Quand le roy eut esté une espace de temps tant à Hes-

din comme à Boullongne , et qu il eut mis tout le pais eu son obéissance, il s'en retourna au pais de Haynau, et envoya son armée devant Douay, laquelle y fut xv jours ou trois sepmai nés, là où il y eut pluseurs fais de guerre; mais enfin le roy n'ygaigna riens el fisl retirer ses gens sansaultre chose faire. En ce meismes temps, les villes de Bethune, Lillers et autres se tournèrent, que envis que volontiers, du parti du roy : mist le roy une grosse compaignie de gens de guerre en la ville de Tournay, du gré de ceulx de la ville, combien qu'ilz eussent promis de non prendre garnison d'un parti ne d'aultre : et puis trouva le roy moyen , par beau parler, d'entrer en la ville de Gambray , où il mist gens de guerre à son bon plaisir, et brief toutte la conté d'Artois luy fut rendue, réservé Sainct Orner et Aire.

En cest an, ceulx de Gand issirent de leur ville en très grant nombre et s'en allèrent autour de Tournay; mais ung jour advint que lesditz Gantois allèrent coeullier le bestiail qui estoit enclos en une pasture, lez ladicte ville, et ceulx de dedens, voyans emmener leur bestiail, saillirent hors, à grant effort vindrent escarmucher sur lesditz Gantois, et le duc de Gueldres retourna sur eux cuydant estre sievy desditz Gantois, desquelz il estoit cappitaine, et avoir secours et ayde de eux; mais il demeura luy ve ou luy vie seullement, et [fut] porté son corps en ladicte ville par iceulx François, et les Flamens s'en allèrent à tout leur butin. Pendant ce temps que le roy estoit devant Douay, les François trouvèrent moyen d'entrer dedens la ville d'Ardre, par ceulx de la ville qui les mirent dedens de leur gré ; et, incontinent, ung chevallier du parti de Bourgongne, nommé messire Lancelot de Berlemont *, s'en alla loger, à tout quarante ou cincquante

1 . Lancelot de Berlemont assistait au siège de Neuss, en 1475. (Mou mi. I, 80-81. i II est porté sur l'état de la maison de Maximilien, duc d'Autriche et de Bourgogne, en qualité de chambellan, en septembre 1477. [Compte rendu des séances de la Commission d'histoire de Belgique, t. IX,

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compaignons , ou chastel de le Montoire , prez de ladicte ville d'Ardre, et livroient escarmuches ausditz François. Mais, ung jour que ledit de Berlemont estoit allé à Aire , lesditz François vindrent assiéger ledit chastel, alFusterent engins à l'encontre et livrèrent si dur assault que, finablement, ilz firent ung trou du costé où aultrefois il y avoit eu une faulse porte, et n' estoit là le mur gaires espès; mais les Bourguignons ne se donnèrent de garde. Quand les François entrèrent par là, les prindrent et les mirent à mort inhumainement , puis boutterent le feu en ladicte place , et la démolirent de tous poinctz et tous les fors de là entour, comme Creseque et aultres. Trouvèrent lesditz François manière d'entrer ou chastel de Fiennes, qui estoit belle et forte place , et que oncques les Engloix navoient sceu trouver manière de l'avoir, et y mirent pour cappitaine messire George de Courteheuse, seigneur de Creseque, lequel s'estoit rendu François. Mais il n'y eut gaires esté que le seigneur de Fiennes y renvoya gens de guerre qui le reprindrent par subtil moyen, par ce que ceulx de dedens ne s'en doubtoient : et y fut prins prisonnier ledit seigneur de Creseque, et mené à Sainct Orner, et depuis au chasteau de Lille; et le bastard de Foucquessolles demeura cappitaine de la place. Ne demeura gaires que lesditz François ne reprindrent ledit chastel de Fiennes, lequel ilz brullerent et rasèrent jusques aux fondemens. En ce temps meismes prindrent la ville de Falquembergue, et se tira le conte du lieu à Sainct Orner, avec pluseurs de ses subgetz de ladicte ville. Prindrent aussy

p. 118.) Assistait au siège et à la reddition d'Utrecht, en 1483. «Messire Lancelot de Bellamont, lier comme un Rolland, prompt aux armes et expérimenté, avoit la charge de mille piétons.» (Molinet,II,383.) 11 fut assassiné, cette même année, à la suite d'un démêlé avec Philippe, fils du duc d'Autriche. « Voilà, dit Molinet (II, 400), le povre guerdon qu'il receut, après qu'il avoit faict plusieurs vaillances de son corps; car il estoit homme sans peur, fort et expérimenté au noble style de la guerre. » ,

les François le chastel de Renty, le chastel de Selles, en Boullenois , appartenant an seigneur de Norguermes ! , et pluseurs aultres places oudit pais, tant qu'il fut du tout en l'obeissence du rov. Les Flamens qui estoient au Noeuf Fossé, comme dit est, en grant nombre, se partirent ung jour avec aulcuns de Sainct Orner, et s'en allèrent à Ardre, à tout artillerie et aultres habillemens de guerre ; mais les François de dedens s'en partirent, et lesditz Flamens pillèrent la ville tout au nect, et si démolirent une partie des murs et puis s'en retournèrent avec leur proye, et fut en la fin de jullet. En ce temps, les François de Boullongne, de Therouanne et d'ailleurs vindrent au pais de Bredenarde , et le pillèrent et mirent en prove , là où ils prindrent tant de gens et de bestiail comme sans nombre, et, comme de jour à aultre, estoient devant Sainct Omer, là où ilz faisoient tous les maulx du monde. Et pareillement ceulx de Sainct Orner issoient souvent, et rencontroient l'un l'aultre, et dommagoient le plus quilz povoient. Ce pais de Bredenarde est ung bon pais et fertile merveilleusement, et ou il y avoit moult de biens. Le roy, estant au pays de Haynau, se conclud de tirer vers Sainct Omer : et quant ceulx de Sainct Orner furent de ce advertis , ilz firent démolir tous leurs fausbourgz, tant à la porte de Boullenois, Saincte Croix et du Brulle, lesquelz estoient beaulx et riches à merveilles, et les plus beaulxgardinages et myeulx clos que l'en eut sceu deviser; firent démolir l'église et cornent des cordeliers de l'Observance, le eonvent de Saincte Claire, l'église et couvent des frères prescheurs, qui estoient les trois plus riches cloistres et myeulx édifiez hors bonnes villes qui fussent deçà les montz -, mais ilz eussent pu porter grant dommage à la ville, pour tant qu'ilz estoient trop prez. Et pour ce que l'armée du roy se

1. Ce seigneur fut fait chevalier en U53, avant la bataille contre les Gantois. (Do Clercq, XIII, 105.) Il est nommé Noirquermes, et était Flamand. Ce nom est peut-être estropié par les deux chroniqueurs.

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hasta plus qu'ilz ne cuydoient, ilz furent constrainctz de boutterle feu esditz Frères prescheurs et Saincte Claire, et en touttes les aultres places qui n'estoient point touttes démolies. Firent pareillement démolir l'église paroissiale de Sainct Martin, prez lesdits Frères prescheurs, laquelle estoit moult ancienne et la première qui avoit esté fondée en ladicte ville. Quand les Flamens furent acertenés de la venue desditz François et de l'armée du roy, qui fut en la fin de jullet, ou dit an lxxvii , ilz se partirent en desroy dudit Noeuf Fossé hastivement : et si avoient esté illec gisans de vu à vm mois, en nombre xiiii ou xv mille hommes, aux despens du pais de Flandres. Et estoient leurs cappitaines le seigneur de Doulieu et le bailly de Bergues Sainct Wynoc , nommé Waultier Doye; et n'attendirent point, ne dommagerent les François en riens, dont pluseurs furent esmerveillez, veu qu'ilz y avoient esté si longuement, et qu'il sembloit, à les veoir, qu'ilz deussent tuerKaresme et faire merveilles. Environ, doncques, le premier jour d'aoust, oudit an lxxvii, l'armée du roy vint devant Sainct Orner, entre la ville et la ville d'Arqués, et partie de ladicte armée à Blendecque , au plus prez. Et se fermèrent lesditz François en ung parc , au dehors de ladicte ville d'Arqués , et tantost commencèrent à escarmucher devant ladicte ville par l'Ille, par où il y a grans maretz et fossez, car ilz estoient bien advertis que c'estoit le plus feible de la ville ; mais ceulx du hault pont et dudit lieu de l'Ille se dépendirent moult bien, le premier jour, car ilz y avoient fait ung bolvert entre Arques et Sainct Omer, en ladicte Ille, lequel ilz tindrent, àl'ayde d'aulcuns compaignons de guerre qui les secouroient, jusques au vespre, contre la puissance des François, que moult durement les escarmuchoient et oppressoient, et le prindrent en la fin. Le vespre venu, les François gaignerent ledit bolvert et y tuèrent ung nommé Pierre Wedemarc , rice brasseur, qui tousjours avoit esté comme cappitaine desditz Islaires : duquel bolvert ainsy

gaigné par lesditz François ilz en eurent si grant joye, qu'il sembloit, à les ouyr, que la ville fusi gaignee; niais il s'en falloit beaucoup, car,ceste nuict, lesditz Islaires refirent ung aultre bolvert plus prez de la ville de Sainct Orner, plus fort et plus asseuré cent fois que le premier, qui estoit plus prez d'Arqués que dudit Sainct Omer; lequel second bolvert fut par lesditz Islaires et les survenans, de quatre à eincq jours très vaillamment [deffendu]. Et, au chief desditz jours, ilz levèrent compaignons de guerre, qui gaignerent bons gaiges, pour garder leur dit bolvert, là où ilz v faisoient leurs logis : dont les François povoient prendre petitte espérance d'avoir ladicte ville par là , quand ilz veirent qu'ilz ne povoient conquester la tente estant entre la ville et eux , sans les escarmuces qui se faisoient journellement en ladicte Ille , se faisoient aussy à la porte du Brulle et Boullisienne, ausquelles les François se trouvèrent très rudement receupz; et encores eussent ilz eu plus affaire, se les cappitaines eussent laissé issir les compaignons à leur volonté, que non de la partie des Bourguignons. Tant d'engins comme esditz escarmucbes, on n'y eut seu oncques compter plus liault de quinze hommes mors ou environ; mais, du costé des François, je n'en scay le nombre.

Les François estant devant Sainct Orner, comme dit est, le roy y alloit et venoit souvent en personne; mais il n'y sejournoit gaires, ainsy commettait le seigneur Desquerdes et le gouverneur du Daulphiné, comme principauté cappitaines de sa dicte armée. Et, pour ladicte demoiselle de Bourgongne , estoit dedens Sainct Omer le seigneur de Chanteraine1, chevalier croisié de Roddes, et le seigneur de Me-

1 . Le commandeur de Chanteraine est porté sur l'État de la maison de Charles, duc de Bourgogne (1472), en qualité de chambellan. (Bibl. im/K, Mss., n° 84302, fol. 11, verso.) Il l'était aussi de Maximilien d'Autriche, en septembre 1477. (Compte rendu des séances de la Commission royale d'histoire de Belgique, t. IX, p. 117.) ce Le seigneur de Chan-

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ruel, Flameng , cappitaine de ceulx de Bruges qui estoient venus au secours de ladicte ville de Sainct Orner : et le seigneur de Bevres, filz de Anthoine , le bastard de Bourgongne , estoit cappitaine gênerai dudict Sainct Orner et d'Aire ; mais, pour lors, il estoit dedens Aire. Les François estant devant Sainct Orner, comme dit est, pendant que l'une partie escarmuchoit ceulx de la ville , l'aultre brulloit et pilloit le pais à l'environ, qui estoit ung grant pitié à regarder. Brullerent une grande partie des Chartreux et n'y laissèrent entier que les cloistres et l'église ; puis allèrent bruller à Clermaretz touttes les maisons de la basse court de l'hostel, là où ilz tenoient leur bestiail, c'est asscavoir leur charroy, bestes à corne et moutons, et n'y laissèrent que le corps de l'église entier , reffectoir et cloistres, et la maison où l'abbé se tient, pour tant que bonnement ne le povoient bruller sans bruller l'église : emportèrent tous les vaisseaulx de l'hostel, tant d'arain comme d'estain, et tous les biens moeubles , et meismes emportèrent le plomb qui peurent oster de ladicte [maison] , que l'en estimoit à plus de cent mille livres de pesant; osterent et emmenèrent trois mille bestes à corne, et tout l'aultre bestiail, et en ce firent si grant dommage que l'en ne scauroit estimer. Ce pendant, allèrent lesditz François à Cassel , brullerent et mirent en pouldre toutte la ville, les églises, tant collegialles comme les paroisses, et brullerent toutte la vallée de Cassel. D'illee s'en allèrent à Watenes, laquelle ilz brullerent et mirent en pouldre, réservé l'église, et ne brullerent que une estable

tereine, chevalier de grande emprinse, moult subtil et bien docte au meitier de la guerre, » défendait Lille, en 1477, contre les armées de Louis XI. (Moliîœt, II, 34.) Assistait au siège de Nancy en cette même année. <t Le seigneur de Cbanterevne, très preux et vaillant chevalier de Rhodes, receilla les gentils hommes de l'hostel du duc de Bourgogne après sa mort, si les nourrit, soustint, entretint, habilla et monta, a Id., I, 237.) Il vivait encore en 1488. {Id., III, 490.)

et le molin ; brullerent en oultre et pillèrent tous les villages qui peurent trouver ou pais de Flandres, si avant qu'il/ peurent aller.

Quant Us François eurent esté devant Sainct Orner l'espace de xx jours, il/, se partirent le XXIe jour d'aoust : et, au partir, brullerent la ville et ehastcau d'Arqués, appartenant à l'abbé et couvent de Sainct Bénin. Brullerent pareillement Blendecque , là où ilz estaient logez, et tous leurs fors, reserve qu'il/, laissèrent entière l'abbaye dudit lieu et le molin; mais ilz brullerent les chasteaulx et fors de ladicte ville ; brullerent audit abbé de Sainct Bertin la plus part de leurs villages, comme Longuenesse, Sahornich, le Vieil Monstier et pluseuis aultres, là ou il y avoit pluseurs beaulx et notables édifices et maisons de plaisance , là où lesditz religieux alloient, trois ou quatre fois Tan, prendre leur récréation, en belle et honnorable ordonnance.

Ce pendant, et ung peu devant le mois de jullet , le roy estant encores en Picardie, le duc de Nemours, qui longuement avoit esté prisonnier à Paris, fut condempné par parlement, au commandement du roy, à mort et à avoir la teste trenebee, et estre escartellé : et fut mené aux Halles, là où il fina sa vie par mort 4 en la manière que dit est. Quant le roy fut parti de Sainct Orner , comme dit est , luv et son armée se tirèrent à Bethune et illec entour, et, de là, autour de Lille, à Armeutieres , à Halbourdin et autres gros villages , et tousjours en destruisant le pais à leur povoir.

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