‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 2)Chapitre 121 sur 143 · Ferry de Clugny · texte numérisé non relu

Ferry de Clugny

dire que, puis cent ans, ne furent veues si sollemnelles ue si magnificques nopces de roy ne de prince, comme elles furent. Tost aprez, le ro) de France et le duc d'Austrice accordèrent mus trefves pour dix jouis, et se assamblerent les parties à Lens, en Artois. Là où il/ conclurent unes trefves qui pou durèrent; car. durant ieelles, les François vindrent courre devant Saint Omer, sans riens signiffier à la ville ne aultre part, ainsv que ladicte trefve le contenoit , et qui debvoit durer quatre jours âpre/.. Et pour ce que les bonnes <rens des villages estoient aux champs et leurs bestes, eulx conlians esdictes trefves, il/ furent tous prins prisonniers et leur bestiail ravy, et eulx mis à rencon, sans avoir aulcun regard ausdittes trefves : et si en y eut beaucoup de mors, de gens de guerre et aultres. Et maintenoient les François que ceulx de Douay avoient premier enfrainct les trefves, et qu'il/ avoient tué largement de leurs gens. Le roy estant à Arras ce pendant, asseist ses garnisons par touttes les places en son obéissance : et, ce fait, s'en retourna à tout son estât à Amboise , pour illec faire son yver. Et .eulx de Boullongne, Therouanne, et d'ailleurs, couroient et pilloient journellement tout le pais de Flandres, et environ Sainct Omer et Aire, qui estoit une piteuse chose pour le poeuple; car ilz n avoient riens despouillé, l'an passé, ne riens semé pour Tan advenir, autour dudit Sainct Omer ne ailleurs, es frontières où lesditz François estoient. Dieu, par sa grâce, y voeulle remédier!

Environ le commencement du mois d'octobre, oudit an LXXVII, ung chevalier de Hayuau estoit en garnison en la ville de Sainct Omer, nommé Lancelot de Berlemont, lequel avoit esté cappitaine de le Montoire , dont cy dessus est faicte mencion, et lequel alloit souvent courir et escarmucher les François, et leur faisoit beaucoup de peine et de perte. Mais ung jour advint qu'il se partit dudit Sainct Orner et s'en alla courre devant Therouanne, environ xxx che-

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vaulx, où ilz prindrent du butin; mais, au retourner, ilz furent attains desditz François et le butin rescous, et si. y fut prins prisonnier ledit Lancelot, luy ve ou luy vi% et mené à Therouanne ; et, quant il y eut esté une espace, le roy le fist amener devers luy. Par ung samedi, le xvie jour de novembre, audit an LXXVII, les François estoient allez courre devant Renescure, prez de Sainct Orner; et quand la garnison dudit Sainct Orner en furent advertis, ilz issirent une quantité de gens de guerre : et quant ilz vindrent au dehors d'Arqués, leurs avantcoureurs perceurent que les François estoient trop fors et en très grant nombre , par quoy ilz se mirent au retour, en desroy, pour eulx saulver. Et le seigneur de Piennes, Flameng, qui estoit pour lors leur cappitaine, ne se destourna point : pour quoy il fut prins et son enseigne, avec la trompette, et aulcuns aultres en petit nombre, et furent menez à Therouanne, et les aultres s'en retournèrent en ladicte ville de Sainct Orner.

En ce temps, et depuis le commencement de la guerre, que le roy commença à marchier esditz pais de Picardie, il envoya aussy une grosse armée en Bourgongne , qui pareillement menoient guerre audit pais, pour luy, au plus qu'ilz povoient, les nobles du pais avec leurs alliez. Et, entre les aultres , mirent le siège lesditz François devant Dolle; mais, en la fin, il fut levé par ceulx du pais et leursditz alliez, et y eut ung très grant nombre de francz archiers du roy et d'aullres gens de guerre mis à mort : et toujours grefvoient l'un l'aultre, devant et aprez, ce qu'ilz povoient. Le vendredi, ve jour de décembre, les François d'Arras allèrent courre devant Douay : ceulx de Douay issirent , et trouvèrent les ungz les aultres environ à deux lieues dudit Douay. Aprez pluseurs escarmuches d'un costé et d'aultre, les François tournèrent en fuitte , et iceulx de Douay les poursievirent jusques à une lieue d'Arras, et en prindrent ung grant nombre de hommes d'armes; et s'en retournèrent,

à tout leur butin, à Douay. L'endemain, jour de Sainct Nicolas, oudit mois, ceulx de la garnison de Therouanne vindrent mettre] au plus prez d'Aire deux embûches, et puis envoyèrent leurs coureurs devant ladicte ville. Les Bourguignons issirent en graut nombre, et sievirent lesditz coureurs jusques à la première et seconde embûche, et quant il fut heure, les François encloirent lesditz Bourguignons et en prindrent, de gens d'eslite, hommes d'armes et archiers, mi" etxvi. el si gaignerent bien six vingtz ehevaulx bien bons, dont ilz firent grant festc : et puis retournèrent à grant joye à Therouanne, et ceulx qui peurent eschapper retournèrent à Aire.

Le xne jour dudit mois, par ung vendredi, que les François conduisoient ung trez grant nombre de chariotz et de charrettes qui menoient à Tournay, la garnison de Lille en fut advertie, et issirent de ladicte ville en grant nombre : et estoit leur chief le seigneur des Pierres1, et trouvèrent lesditz François entre Lille et Tournay, là où il y eut une grande et merveilleuse rencontre , et de gens mors d'un costé et d'aultre; mais, en la fin, ceulx de Lille n eurent pas le plus beau, et convint qu'ilz retournassent, aprez qu'il y eut bien de leur costé plus de cent cincquante mors que prins, et passèrent les François leurs vivres là où ilz les vauldrent mener. Les xxi et xxn jours de janvier, oudit an, les François de Therouanne allèrent courre devant Sainct Orner, et, à chacune fois, ceulx dudit lieu vindrent sur eulx et poursuivoient les François bien loingz. Les François, doneques, voyans que lesditz Bourguignons les voloient ainsy sievir, pensèrent qui les tromperoient par celle manière : mandèrent ceulx de Boullongne, de Hesdin et d'ailleurs, tant qu'ilz se treuverent en très grant nombre, et le lende-

1 . Le seigneur des Pierres assistait à la bataille de Guinegate, en 1479. (Mourut, II, 210.)

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main, jour de vendredi, xxme jour dudit mois, se partirent de Therouanne , eulx ainsy assamblez comme dit est , et mirent leurs piétons en embûche à ung petit chastel nommé Edequines, et une aultre embûche de cheval mirent ilz assez prez de Sainct Orner, au bois de Wisque ; et puis l' aultre partie se monstra et firent leurs courses les ungz jusques bien prez des bailles d'icelle ville , là où ung seul compaignon de guerre se trouva au millieu de cincq ou six François, lequel oncques ne desmarcha, ains tira des flèches aprez eulx de si grant corage qu'il en abbatit ung jus de son cheval; mais, pour ce qu'il n'avoit point pour poursievir son coup, ledit François se remonta et s'en alla à tout le coup qu'il avoit en la teste. Ceulx, doncques, de Sainct Omer voyans iceulx François, saillirent sur eulx, environ quarante chevaulx : et, tantost, lesditz François coureurs firent manière de eux retraire, comme les aultres jours precedens. Et lesditz Bourguignons les sievirent si avant qu'il en y eut xv ou seize, de plus entreprenans, qui se trouvèrent bien prez de Edequines , où les piétons François estoient embuchez. Les aultres Bourguignons, qui se doubterent, retournèrent hastivement à Sainct Omer, et aussy cuyderent retourner lesditz avancoureurs, mais ilz furent enclos des François de cheval : neantmoins, quant ilz se veirent en dangier d'estre mors ou prins, ilz prindrent corage et hardement, et mirent les lances es arretz , et se boutterent dedens lesditz François par telle force, quilz passèrent oultre et se saulverent, voulsissent les François ou non, excepté ung seullement, qui fut prins prisonnier; et des François en y eut dix ou douze que mors que navrés, selon commune renommée.

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