‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 2)Chapitre 2 sur 143 · SEIGNEUR DU FORESTEL · texte numérisé non relu

SEIGNEUR DU FORESTEL

C'est une fort remarquable série d'hommes d'élite, que celle des historiens flamands et picards qui, au quinzième siècle, écrivirent en français des mémoires ou des chroniques. La plupart d'entre eux nés dans les États de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, protecteur constant des lettres, des sciences et des arts, appartinrent à la maison de ce prince ou à celle de son fils, Charles le Téméraire. Monstrelet, Chastellain et Molinet, étaient historiographes; le Febvre de Saint- Remy, roi d'armes de la Toison d'or ; Jacques du Clercq, conseiller ; Olivier de la Marche, panetier, puis conseiller et chambellan; seul, entre tous, Mathieu dEscouchy ne prend aucun titre qui l'attache à la cour de Bourgogne; il ne nous apparaît qu'avec celui de prévôt de Péronne.

Sur cette liste de noms illustres nous venons inscrire celui d'un historien de la même époque, historien peu connu, à la vérité, mais qui, par l'étendue de son travail, la nouveauté des faits qu'il nous apprend , mérite d'être tiré de l'oubli dans lequel il était rc sté jusqu'à ce jour. Nous voulons parler de

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Jean, bâtard de Wavrin, seigneur du Forestel, conseiller et chambellan de Philippe le Bon. La vaste entreprise qu'il mit à fin de composer une histoire de la Grande-Bretagne depuis sa fondation jusqu'à l'année 1472, le récit qu'il fait des événements arrivés de son temps, et auxquels il prit souvent une part active, les renseignements qu'il eut soin de recueillir auprès de personnages dignes de foi , lui donnent le droit de prendre rang à la suite des chroniqueurs ses contemporains. Historien véridique, il a, malgré des plagiats nombreux et forcés, doté l'histoire de la connaissance de faits curieux qui sans lui seraient restés ignorés.

Entre toutes les familles nobles du comté d'Artois se distingue celle de Wavrin, tant par son ancienneté1 que par le dévouement de plusieurs de ses membres à la cause de la patrie. Jamais la France en péril ne réclama vainement leur assistance, et l'histoire a pris soin d'enregistrer leurs noms dans ses fastes, aux pages sanglantes des batailles les plus mémorables. Arrosées de leur sang, les plaines d'Arqués2, de Bouvines3, de Poitiers4, de Rosebeck5, de Liège6, d'Azincourt7 et de Montlhéry8, témoignent honorablement de leur zèle patriotique et de leur valeur guerrière. Le descendant de cette illustre maison, l'auteur de ces chroniques, ne dégénéra point de ses nobles ancêtres dans la carrière des armes ; mais il est très-probable, néanmoins, qu'il serait resté inconnu pour l'histoire s'il n'avait joint aux qualités du soldat les talents du chroniqueur. C'est à l'historien seul , en effet , que

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nous devons de savoir qu'il fut activement mêlé aux guerres de son temps. Malheureusement, il se met si peu en relief que, le plus souvent, c'est par une simple mention qu'il fait de lui qu'on apprend qu'il figurait dans telle ou telle bataille, dans telle ou telle rencontre ; et, presque toujours, il laisse ignorer en quelle qualité il combattait. Avec de si pauvres données, il nous a été difficile de le suivre pas à pas dans sa vie militaire ou dans sa vie privée, pour lesquelles nous n'avons pu que glaner ça et là quelques documents. Cette Notice ne peut donc être qu'un assemblage de faits très-distancés entre eux et sans aucune liaison , et qui ne peut admettre qu'un seul classement, l'ordre chronologique.

Jean, bâtard de Wavrin, seigneur du Forestel, fils illégitime de Robert, seigneur de Wavrin, de Lillers, Malannoy et Saint-Venant9, apparaît pour la première fois dans l'histoire a la bataille d'Azincourt (1415). La guerre venait de se déclarer entre la France et l'Angleterre : Charles VI, voulant s'opposer à l'envahissement de Henri V, descendu en Normandie à la tête d'une armée nombreuse, fit un appel à tous ses vassaux et sujets ; manda à sa noblesse de Picardie, par lettres closes adressées aux seigneurs de Croy, de Wavrin, de Fosseux, de Créqui, etc., « de venir incontinent le servir avec toute leur puissance 10. »

Robert, seigneur de Wavrin, accompagné de son fils unique et de ses hommes d'armes, s'empressa de se rendre aux ordres du roi, et tous deux perdirent la vie en combattant à Azincourt. Le bâtard de Wa-

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vrin ne paraît pas avoir assisté à cette funeste journée comme partie active, mais plutôt comme appartenant au corps des officiers d'armes qui, envoyés aux batailles par les rois ou les princes, selon l'usage alors existant, devaient être témoins des événements militaires, afin de hâter leur expérience1'. Du moins les rapports qu'il eut avec le Febvre de Saint-Remy, poursuivant d'armes du duc de Bourgogne12, qu'il y rencontra, peuvent-ils faire supposer que Wavrin, en cette circonstance , remplissait les mêmes fondions que Saint-Remy. Pour mettre le lecteur à même de mieux en juger, nous allons placer sous ses yeux divers passages de leurs chroniques dans lesquels ils invoquent mutuellement leur témoignage.

Le récit que Wavrin fait de la bataille d'Azincourt n'est autre chose qu'une fidèle copie de celui de Saint- Remy, dans lequel, seulement, il intercale quelques détails qui lui sont propres. Cette coutume de s'emprunter tour à tour leur travail était tellement reçue par les chroniqueurs anciens, qu'une grande partie des Mémoires de Saint-Remy n'est aussi , elle-même, qu'une copie de Monstrelet , abrégée ou augmentée par le plagiaire, suivant sa volonté. De ces intercalations, plus ou moins bien comprises par les copistes, il est résulté souvent des erreurs graves. Wavrin nous en offre ici un exemple frappant, et il est d'autant plus nécessaire de le relever, que Saint-Remy, dans le passage que nous signalons, est inculpé d'un fait d'une très -grande importance. Il s'agit du roi d'Angleterre, Henri V, qui, après s'être emparé de la ville

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d'Harfleur et y avoir mis garnison, se dirige avec son armée vers Calais. Voulant traverser ie Vimeu et venir passer la Somme à la Blanque-Taque, ce prince arriva, dit Saint-Remv13, «à deux lieues près ou environ dudil passage ; les gens de son avant-garde, ainsi comme gens s'espandent parmi le pays, prirent un gentilhomme du pays de Gascogne, serviteur à niessire Charles de Labreth , lors conneslable de France. .Mais de ce gentilhomme ne sais ce que j'en dois dire, pour la malle et douloureuse malventure qui advint, car si ce gentilhomme n'eust été pris à cette heure, le roy d'Angleterre fust passé ladite Blanche Tache sans contredit , et par ainsi lui et ses gens pouvoient aller franchement à Calais ; et n'eust point été cette malheureuse adventure et journée des François, qui fut cause de la bataille d'Agincourt, comme ci-après sera dit. Et adonc, pour venir à parler dudit gentilhomme, que plusieurs François ont nommé diable et non pas homme, vrai est, quant il fut pris des Anglois, il fut mené devant le chef de l'avant-garde, et fut interrogé d'où il venoit, de quel pays il estoit, et à quel maislre : et il respondit qu'il estoit natif de Gascogne, et qu'il estoit sailli hors de la ville d'Abbeville, où il avoit laissé son maistre, le Connestable de France. Après pluiseurs interrogations, lui fut demandé si le passage de la Blanche Tache n'estoit par nuls gardé. Il respondit et affirma que ouy, et que pluiseurs grands seigneurs y estoient atout six mille combattants; et le certiffia pour sa teste à couper. Pour icelles nouvelles fut ledit Gascon mené devant le rov d'Anglei b

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lerre, et de rechief interrogé ; et fis-ton arrester toutes les batailles ; et après ce que le roy l'eut ouy parler, il manda ses princes, qui là estoient, et mit les choses

en délibération de conseil Et enfin fut conclud

que le roy prendrait chemin autre, par ce qu'il créoit que le Gascon dist vérité; et est à présuposer que le Gascon affirmoit les choses dessusdites être vraies pour le désir qu'il avoit de la bataille ; car, à icelle heure, les Franchois n'estoient pas assemblés, et ne le furent pas qui ne fut bien huit jours après. Et pour venir à parler comment le roy d'Angleterre délaissa le passage de Blanche Tache, vrai est qu'il prit son chemin pour monter amont la rivière de Somme, cuidant par icelle trouver passage. Tant chemina qu'il se trouva assez près d'Amiens ; et après prit son chemin à Boves, où il logea, m

Wavrin emprunte à Saint-Remy tout ce qui précède ce récit et ce qui concerne l'arrivée du roi d'Angleterre au passage de la Blanque-Taque ; puis, après ces mots : « quand le roi arriva environ à deux lieues du dit passage, » il ajoute : « ainsi que me raconta un g gentilhomme quy, depuis, fut Roy d'armes de l'Ordre de la Thoison d'or en la maison du duc Phelippe de Bourgoigne, lequel, comme il disoit, avoit esté tout au long de ceste chevaulcié,et mesmes grant cause de destourner au roy Henry de non passer par illec, advint ce quy s'ensieut. >> 11 reprend, alors, et raconte, exactement dans les mêmes termes que Saint-Remy, la prise du Gascon et ses conséquences. Si le mensonge que ce dernier fit au roi d'Angleterre est le motif qui

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détourna ce prince de passer la Somme à la Blanque- Taque et qui décida de la bataille d'Azincourt, ce n'est donc pas par lavis de Saint-Remy que le roi rebroussa chemin, comme Wavrin parait l'insinuer ci-dessus: comment croire, d'ailleurs, qu'il ait eu l'intention de mettre un t'ait si grave par ses résultats sur le compte de Saint-Remy, lorsque immédiatement il fait suivre son paragraphe de la copie exacte du récit de ce dernier? N'est-il pas plus présumable qu'il y a erreur de copiste dans ce passage, et qu'après ce mot chevaulcié il devait y avoir « et mesmes quelle fut la grant cause de destourner au rov Henry, » etc.PDans tous les cas cette intercalation, prise comme article de foi, ne devait que fausser l'histoire. Voilà un premier exemple de renseignements donnés par l'un de nos deux chroniqueurs à l'autre. En voici un second. C'est à l'occasion de ce qui se passait dans l'armée française en présence de l'ennemi, avant la bataille. « Et, dit Saint-Remy, ja soit ce que les Franchois fussent bien cinquante mille hommes , et grant nombre de charriots et charrettes , canons et serpentines , et aultres habillements de guerre, tel qu'en tel cas debvoit appartenir, néanmoins , si y avoit-il peu de instruments de musique pour eulx resjouir , et à peine , celle nuict , de tout l'ost des Franchois, on n'eust ouy un cheval hennir. Je te sai, pour vérité, par messire Jean, le bâtard de Wavrin, seigneur du Furestel ; car en celle journée estoit du costé des Franchois, et j'estois de l'aultre costé des Anglois14. »

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Wavrin, qui copie mot pour mot ce passage, dil à son tour : « Moy, acteur de ceste euvre, en scay la vérité, car en icelle assemblée estoie du costé des François, et de la part des Anglois certiffia Toison d'Or, dessus allégué, aussi la chose pareille. »

Ainsi tous deux s'appuient mutuellement de leur témoignage pour constater la vérité de ce fait, et ce fait avait été raconté par Monstrelet15, et dans les mêmes termes, longtemps avant eux! Revenons à Saint Remy. Après avoir désigné par leurs noms un grand nombre des victimes tuées à Azincourt, parmi lesquelles se trouvent le seigneur de Wavrin et son fils, il ajoute qu'il ne dira pas tous les noms et surnoms de ceux qui moururent à cette journée, « car tant de nobles escuyers y morurent et aultres vaillants hommes , que c'estoit une pitié à veoir et ouyr raconter aux officiers (larmes qui furent à ladite journée, tant de la partie des Franchois que des Anglois. Car , durant la bataille, tous officiers d armes , tant d'un party que d'autre, se tinrent ensemble; et, après la bataille , ceulx de France s'en allèrent où bon leur sembla, et ceulx d'Angleterre demourèrent avec leurs maistres qui avoient gaigné la bataille. Mais quant à moi, je demourai avec les Anglois; et, depuis, j'ay ouy parler pluiseurs notables chevalliers de la partie de France, et par especial à messire Hue et à messire Guillebert de Lannoy, frères, qui feurent à ladite bataille, qui en racomptoient bien au long16. »

Après avoir exactement cité les noms des morts indiqués par Saint-Remy , notre chroniqueur termine

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ainsi : « Tant de nobles hommes et gentilz escnvers y morurent que pitié estoit , comme je, acteur de ceste euvre , vey à mes yeulz , avec ce que j'en ay enquis auz officiers d'armes et autres estans es deux ostz, que j'ay bien esté adverty de la vérité de tout ce quv là fat fait tant du party des Anglois comme des François : et mesmement en fus largement infourmé par messire Hues de Lannoy et Guilbert, son frère, lequel messire Hues y fut prins prisonnier, mais il eschappa la nuytié. Et fut le nombre des mors Xm , dont on y esperoit environ XYICZ variés : tout le résidu estoient nobles hommes, la pluspart desquelz les parens et amis d'iceulz firent emporter les corps du champ, et enterrer où bon leur sambla17. »

De ce qu'on vient de lire, peut-on inférer que \\ nvrin fit partie du corps des officiers d'armes? Quand il dit que Wavrin était du côté des Français et lui du côté des Anglais, Saint-Remy ne donne-t-il pas à sousentendre qu'ils remplissaient tous deux les mêmes fonctions à l'armée? et lorsqu'il ajoute que, durant la bataille, tous les officiers d'armes, tant d'un parti que de l'autre, se tinrent ensemble, n'est -il pas à présumer que ce fut là que Wavrin et lui se rencontrèrent et purent se renseigner mutuellement sur ce qu'il leur importait de savoir? Nous tenons pour vraies toutes ces hvpothèses, mais nous ne les donnons que comme de simples conjectures; car la facilité qu'un historien avait à cette époque de s'approprier le travail d'un confrère et souvent, même, de se substituer en son lieu et place , rend très-difficile la découverte de la vérité.

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On a peine à concevoir que Wavrin assistant, pour son début, à une bataille si mémorable et si sanglante, ait emprunté la plume d'un autre pour rendre compte de ce qui se passa dans cette déplorable journée, où périt , avec son père et son frère , toute l'élite de la noblesse française. Comment le vieux chroniqueur, copiant fidèlement du récit d'un autre les noms des victimes parmi lesquelles figuraient son père et son frère, ne retrouva-t-il pas au fond de son cœur quelques-unes des sensations douloureuses que dut éprouver autrefois le jeune poursuivant d'armes !

Parmi le grand nombre de prisonniers faits, se trouva le duc d'Orléans, ennemi irréconciliable de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, qui avait fait assassiner son père. De leur division surgirent deux factions qui, ravageant, tour à tour, et ensanglantant leur pays, amenèrent les Anglais en France, et, plus tard, leur livrèrent le trône de Charles VI. Le parti d'Orléans, privé de son chef, se rallia sous les bannières du comte d'Armagnac , et celui-ci, devenu connétable de France , s'empara bientôt de la puissance souveraine que convoitait aussi l'ambitieux duc de Bourgogne. Les plaines d'Azincourt fumaient encore du sang français, que, déjà, le glaive brillait entre les mains des deux factions rivales, combattant également au nom du roi : l'une, sous le prétexte d'arracher ce faible monarque à la servitude où le retenait le connétable; l'autre pour empêcher que ce malheureux prince ne tombât sous le joug du duc de Bourgogne. A cet effet, ce dernier convoqua tous les sei-

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gneurs de son parti, afin de le servir « ou voyage qu'il fait présentement en son pays de Flandres vers Paris, pour le bien du roy, de son royaume et de la chose publicque d'ycelluy18. » Pour répondre à cet appel, Philippe de Saveuses se rendit à Beauvais, où il lit sa montre (rei>ue) le 31 août 1417. Au nombre des écuyers de sa compagnie figurait le bastard de Weaurains"1*. Wavrin avait donc, dès cette époque, abandonné la profession d'officier d'armes20. C'est la seule mention de lui que nous ayons pu trouver dans les cadres des montres , et ce n'est que sept ans plus lard que nous le retrouvons sur la scène. Ainsi dans la copie qu'il continue de faire de l'histoire de ce temps bien remarquable, ni la prise de Paris par le duc de Bourgogne (1418), ni l'assassinat de ce prince sur le pont de Montereau en présence du Dauphin (1419), ni le trop célèbre traité de Troyes (1420) par lequel Charles VI déshérita ce même Dauphin (depuis Charles MI), et donna, avec sa fille Catherine, le trône de France à Henri V, ni, enfin, la mort de ces deux monarques, rien de tout cela ne réveilla chez notre chroniqueur le moindre souvenir d'un fait personnel ni d'un sentiment pénible. Il intercale seulement la phrase suivante dans la transcription littérale du récit de Saint-Remy relatif à une croisade contre les hussites (1420) : « Et moy, acteur de ceste euvre , estoie en ceste armée, avec les Savoiens21. » Ce n'est que quatre ans plus tard qu'il commence à raconter quelques événements dont il a été le témoin oculaire. Après le traité de Troyes, les Bourguignons, alliés

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aux Anglais, firent en commun la guerre contre Charles VII. Wavrin y prit une part active jusqu'en 1436. il assistait, en 1423, à la bataille de Cravant22; servit ensuite dans la compagnie du comte de Suffock, lorsque ce seigneur réduisit à l'obéissance du roi d'Angleterre plusieurs forteresses du Maçonnais. « En laquelle cbevaulchié, dit-il, moy, acteur de ceste euvre, fuch tout au long23. » En 1424, il figurait à la reddition du château d'Ivry, où se trouvait le duc de Bedfort, régent de France. Ce prince, dit-il, « estoit vestu d'une robe de drap de veloux asur, et par dessus avoit une grande croix blance par deseure laquele avoit une croix vermeille : et moy, acteur de ceste euvre, quy lors estoie audit voyage en la compaignie du conte de Salisbery, demanday à aulcuns Anglois à quele cause ledit duc de Bethfort portoit la croix blance; et il me fut respondu que c' estoit à cause des deux royaulmes, et que au duc de Bethfort, régent, apartenoit les porter et à nul autre, pour ce qu'il estoit celluy qui representoit la personne du roy de France et d'Engleterre; et ces deux croix estoient la signifiance desdis deux royaulmes2*. »

Après la reddition d'Ivry, notre chroniqueur suivit les Anglaisa Verneuil, où se donna la célèbre bataille de ce nom. Rendant hommage à l'ordre et à la belle tenue de l'armée française, composée d'une brillante noblesse, il dit : « Toute la puissance des François rengiés et mis en ordonnance de bataille... estoit moult belle chose à veoir; car, sans faùlte, moy, acteur de ceste euvre, n'a voie jamais veu plus belle

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compaignie, ne où il eust autant de noblesse comme il avoit là, ne mieulz ordonnée, ou monstrant greigneur samblant ou voullenté de soy combattre. Je vev l'assemblée d'Azincourt, où beaucop avoit plus de princes et de gens, et aussi celle de Crèvent, quy fut une très belle besongne; mais, pour certain, celle de Verneul fut dutout plus à redoubter et la mieulz combatue.... Droit à ceste heure, la battaille estoit moult felle et cruelle : si n'y avoit celluv quy n'esprouvast totalement sa vertu et sa force ; et je, acteur, scay véritablement que cellui jour le conte de Salsebery soustint le plus graht faix, nonobstant qu'il bransla grandement, et eubt moult fort à faire de soy entretenir. Et certainement, se n'eust esté le sens et grant vaillance, et conduite de sa seulle personne, emmy les vaillans hommes quy se combatoient desoubz sa baniere, à son exemple, moult vigoureusement, il n'est pas doubte que la chose qui estoit en grant bransle ne feust très mal allée pour les Anglois; car oncques François, en toute ceste guerre, ne se combatirent plus vaillamment. D'autre part, le duc de Bethfort, comme je oys raconter, car Je ne pavois tout veoyr ne comprendre, comme pour moy mesmes de f fendre je f eusse assez empescié, fist ce jour tant d'armes que merveilles25. »

L'année suivante, Wavrin accompagnait le duc de Bourgogne en Hollande, lorsque ce prince entreprit la guerre contre la duchesse Jacqueline de Bavière. Il abrège le récit de cette expédition que Monstrelet fait en détail, et dit seulement : « Ne vous ay mye tous

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déclarez, ne les courses, escarmuches, assaulz et bolleuvers quy se fyrent entre la Haye et la Gaude, combien que à tous yceulx, moj, acteur de ceste euvre, estoie en la compaignie monseigneur le Borgne Thoulongon, pour lors Marissal de Bourguoigne26. »

La paix ayant été conclue entre le duc de Bourgogne et la duchesse de Bavière, vers la fin de 1427, Wavrin vint se remettre sous les bannières des Anglais, et entra définitivement, en 1429, au service du roi d'Angleterre, Henri VI. Mandé par le duc de Bedford, régent, pour aller au siège de Beaugency, il s'exprime en ces termes : « Et moy, acteur dessusdit (y vins), quy pour ce temps estoie nouvellement retournez avec Philippe d'Aigreville des Marches d'Orlyennois, où, par le commandement du régent, estions allez adfin de destourner vivres à ceulz d'Orlyens, que le duc de Bourbon et le seigneur de la Fayette leur voulloient mener durant le siège que les Anglois y tenoient : ou quel voyage feismes assez petit exploit, par les communaultez du pays qui s'esleverent contre nous pour nous destourner les passages. Si nous convint retourner sans rien faire, et alasmes, moy et le seigneur d'Aigreville, à JNemours, dont il estoit capittaine, et de là m'en vins à Paris devers le régent, atout environ VI" combatans; lequel me retint lors de tous poins au service du roy Henry, desoubz messire Jehan Fastre, grant maistre d'hostel dudit régent, auquel il ordonna aller ou pays de Beausse pour baillier secours aux dessusdis assegiés dedens Baugensy.

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« Et partismes en la compaignie dudit Fastre, à ceste fois, environ V" combatans, aussi bien prins que j'eusse oncques veu ou pays de France. En laquelle brigade estaient messire Thomas de Rameston, Anglois, et pluiseurs autres chevalliers et escuiers natifz du royaulme d'Engleterre, qui tous ensamble partismes de Paris et allasmes gésir à Estampes, où nous feusmes trois jours; puis partismes au 1111e jour, et cheminasmes parmy la Beausse, tant que nous vinsmes à Jenville, qui est assez bonne petite ville, où, par dedens, a une grosse tour à manière de donjon ; laquelle tour, n'avoit gueres de tempz, avoit esté prinse par le conte de Salisbery. Dedens laquele ville feusmes quatre jours, atendans encore plus grant puissance quy par le duc de Bethfort nous devoit estre envoiee.2,7 »

La ville de Beaugency s'étant rendue à Charles Vil, les Anglais subirent encore une autre défaite, celle de Patay, où le seigneur de Fastoff fut engagé à fuir. « Adont, dit Wavrin , messire Jehan Fastre, voiant le dangier de la fuite, cognoissant tout très mal aller, eut conseil de soy sauver. Et luy fut dit, moy, acteur, estant présent, qu'il prensist garde à sa personne, car la battaille estoit perdue pour eulz. Lequel à toutes fins voulloit rentrer en la bataille, et illec actendre l'adventure tele que INostre Seigneur luy volroit envoier; disant que mieulx amoit estre mors ou prins que honteusement fuyr et ainsi ses gens habandonner. . . Ainsi, comme vous oez, alla ceste besongne. Laquelle chose voiant messire Jehan Fastre, s'en party moult envis, à moult petite compaignie, démenant le plus

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grant duel que jamais veisse faire à homme. Et, pour vérité, se feust reboutté en la battaille, se n'eussent esté ceulz quy avec luy estoient, especialement messire Jehan, bastard de Thian, et autres, quy l'en destourberent. Si prinst son chemin vers Estampes, et mor, je le sievis comme mon capittaine, auquel le duc de Bethfort m'avoit commandé obeyr et mesmes servir sa personne. Si venismes, environ heure de myenuit, à Estampes, où nous geusmes, et l'endemain à Corboeil 28. »

Il est probable que Wavrin continua de servir dans l'armée des Anglais jusqu'à la paix d'Arras (septembre 1435).

Cette paix qui, désormais, réunissait sous le même drapeau les Français et les Bourguignons, si longtemps divisés, fut le commencement, aussi, de la décadence des Anglais dans leurs conquêtes en France. Mécontents de cette réconciliation, ils ne tardèrent pas à rompre avec le duc de Bourgogne; et, dès lors, tous les seigneurs qui avaient servi dans cette funeste lutte contre Charles VII abandonnèrent le parti des Anglais et tournèrent leurs armes contre eux. Notre chroniqueur suivit cet exemple, mais peut-être à regret, car on voit percer chez lui, lorsque l'occasion se présente, une certaine prédilection en leur faveur. Ainsi, lorsqu'en racontant l'arrivée du duc de Glocester à Calais (1436), au moment où Philippe le Bon venait de lever le siège de cette ville, il dit : « Ce gentil duc. . . . se mist à chemin vers Gravelinghes : de quoy les seigneurs de laians estoient en garnison de par le duc de

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Bourgoigne, cuidans que ycelluy duc de Clocestre les deust assegier ou assaillir, se ordonnèrent «à deffence : . . . mais de les envahir ne firent Anglois quelque samblant , ains se logèrent là entour, pour celle nuit, jusques à l'endemain bien matin, qifilz s'en partirent et s'acheminèrent vers le pays de Flandres. . . Durant lequel tempzles seigneurs deCrequy et de Wavrin, avec eulz pluiseurs hommes de Flandres, se partirent de Gravelinghes, où ilz estoient en garnison ; et moj, acteur de ceste h/store, estoie avec la compaignie. Et chevaulchasmes jusques à Drinkam, où nous logasmes celle nuit dedens le chastel, lequel nous trouvasmes sans garde, ouquel le seigneur de Crequy, à nostre partement, laissa de ses gens pour le garder ; et, ce fait, chevaulchasmes après les Anglois, cuidans trouver aulcune adventure en la queue de fost. Mais le duc de Clocestre et ses capitlaines cheminèrent par si bonne ordonnance, que nul dommage ne lui peusmes porter : pour quoy nous, voians ceste manière de faire, retournasmes en nostre dite garnison de Gravelingues dont estiemes partis, sans autre chose faire dont on doie tenir compte. » Il ajoute, que le duc de Glocester alla loger devant Saint Omer, « en l'abayede Blendecque, et son ost tout au long de celle petite rivierette quy là court; car moy, acteur de ceste présente eiwre, qui lors m'estoie partis de Gravelingues la nuit Nostre Dame septembre, et venu à Saint Omer, vey le logement, et trouvai le seigneur de Saveuses qui, celluy jour, estoit sailly hors de Saint Omer pour escarmuchier les Anglois ; . . . mais

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ledit duc de Clocestre et ses capittaines se gouvernèrent et conduirent si sagement, qu'on ne les scavoit par quel moyen souprendre, ainchois se gardoient si dilligamment de tous perilz que Hz en acquéraient honneur et loengeî9. »

Ici se termine la série des faits concernant la vie militaire de Jean de Wavrin. Nous allons maintenant aborder le récit des actes de sa vie privée d'après le peu de documents quil nous a été possible de réunir. L'extrême difficulté de lier entre eux des renseignements de nature si diverse nous a décidée à les présenter dans l'ordre chronologique des faits auxquels ils se rattachent.

(1437) Wavrin reçoit du duc Bourgogne, en consisidération des bons services qu'il lui a rendus, la somme de 50 francs30.

(1437) Un document de cette année nous apprend que Wavrin était marié à Marguerite Hangouart, veuve de William de Tenremonde, bourgeois de Lille31.

(1442) Il reçoit encore du duc de Bourgogne une aulre récompense de 50 salus d'or. Nous remarquons que le mandement qui lui accorde cette faveur le qualifie chevalier, seigneur du Forestel et de Fontaine31 '. (1447) Il obtint du roi Charles Vil, au mois d'octobre de cette année , des lettres de naturalisation33.

(1453) «Mons. de Forestel vient en Halle (à Lille), pour ordonner des veughelaires34. »

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(1458) En cette année, donation est faite à Jean de Wavrin et à Marguerite de Hangouart , sa femme, de deux fiefs situés à Frelinghem5*.

(1462) Wavrin est cité au nombre des chevaliers qui,

en cette année, vinrent à Lille, pour re» nouveller la loi, c'est-à-dire la magistrature civile. Il est qualifié chambellan du duc de Bourgogne36 .

(1463) A son retour de Rome, où il avait été envoyé

en ambassade par le duc de Bourgogne, Wavrin reçut de la ville de Lille XII los de vin37.

(1465) Wavrin, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne, reçoit huit salas pour avoir, au nom de ce prince , renouvelle la loi de Lille33.

A ce peu de faits se bornent les renseignements que nous avons pu recueillir sur notre chroniqueur. Nous n'avons plus, à présent, qu'à nous occuper de son œuvre.

Vers la fin de l'année 1445, Waleran, seigneur de Wavrin, neveu de notre chroniqueur, revenait d'une expédition en Morée39 où l'avait envoyé le duc de Bourgogne, en qualité de capitaine général de ses gallees et navires. L'oncle et le neveu devisant, un jour, sur les diverses histoires anciennes, notamment sur celle de la Grande-Bretagne, le seigneur de Wavrin témoignait son étonnement qu'aucun clerc n'eût encore fait une histoire de ce royaume, sinon celle de chaque roi en particulier. 11 engagea son oncle à en-

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treprendre ce grand travail, lui promettant son aide40 et ses conseils. Jean de Wavrin se mit dès lors à l'œuvre, recueillit des matériaux et parvint enfin à en composer quatre volumes41, divisés chacun en six livres ; le premier commençant aux temps fabuleux de l'île d'Albion , et le quatrième finissant à la mort de Henri IV (1413). Dix ans après l'achèvement de ce premier travail, vers 1455, il entreprit de le continuer, « Sentant , dit-il, que fort aprouchoye de viellesse, et que plus ne povoye sievir ne fréquenter les armes, ne faire longz voyages, comme aultresfois ay fait avec vous (Waleran), et aussy en la compaignie d'aultres pluiseurs princes et chevaliers, dont, par plaisir de Dieu, Nostre Seigneur, suis party sans af-

folure ou villaine reproche , me ingeray de voloir

emprendre et achever ceste euvre jusques au couronnement du roy Edouard IV (1461). » Cette reprise de ses Chroniques comprend tout le cinquième volume et les trois premiers livres du sixième : c'est arrivé à ce point qu'il parait avoir livré à Waleran son ouvrage, précédé du Prologue à lui adressé.

Wavrin passa en Angleterre, en 1467, à la suite d'Antoine, bâtard de Bourgogne, qui allait faire des armes avec le seigneur d'Escalle, frère de la reine. On peut d'autant plus s'étonner de ne trouver dans sa chronique aucun détail sur ce combat, qu'il fut un des seigneurs présidant au conseil du bâtard de Bourgogne pour régler les conditions de ce fait d'armes42. Il s'en abstient, dit-il, « pour briefté : et eust esté, ajoute-t-il, la fesle plus plenieie, se ne {eussent les

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nouvelles quy sourvinrent de la mort du noble duc Plielippe de Bourgoigne, desqueles feusmes grandement troublez; car je, acteur, y estoie avec les autres43. »

Le comte de Warwick étant venu à Saint-Omer, en 1469 vers le duc de Bourgogne, Charles-le-Téméraire, Wavrin raconte que, «c après tous festoiemens et bonnes chiers faites au conte, il prinst congié du duc et de la ducesse, si s'en retyra àCaiaix; et, d'autre part, le duc se desloga de Saint Orner, et s'en alla à Ypre. Aussi fist la ducesse sa femme, lesquelz ne pensoient gueres aux affaires du roy Edouard d'Engleterre, qui luy venoienlau pourcbas et enhortement dudit conte de Warewic, en ce tempore. »

« Et moy acteur de ces Croniques , désirant scavoir et avoir matières véritables pour le parfait de mon euvre, prins congié au duc de Bourgoigne, adfin de aller jusques à Callaix; lequel il me ottroia, pour ce qu'il estoit bien adverty que ledit conte de Warewic m'avoit promis, se je le venoie veoir à Callaix, qu'il me feroit bonne chiere, et me baiileroit homme qui m'adrescheroit à tout ce que je voldroie demander touchant ces matières. Si fus vers lui, où il me tint ix jours en me faisant grant chiere et honneur ; mais de ce que je queroie me iist bien peu d'adresse, combien qu'il me promisl que, se au bout de deux mois je retournoie vers luy, il me furnisoit partie de ce que je resqueroie ; et, au congié prendre de luy, il me deffrea de tous poins, et me donna une belle haquenee. Je veoie bien qu'il estoit embesongnié d'aulcunes grosses matières,

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et c'estoit le mariage quy se traittoit de sa fille au duc de Clarence, frère au roy Edouard, lesqueles se parfirent, v ou vi jours aprez mon partement, dedens le chastel de Callaix, où il navoit gueres gens. Si ne dura la feste que deux jours4*.»

On voit par le passage ci-dessus que le titre de chroniqueur était reconnu à Wavrin par les Anglais et le duc de Bourgogne, et que les renseignements puisés auprès de si hauts personnages ne pouvaient être que très-authentiques et du plus grand intérêt pour l'histoire.

Tous les événements de ces dix années, passés, pour ainsi dire, sous les yeux de notre historien, furent consignés par lui dans son œuvre, que leur récit conduit jusqu'à la fin du sixième volume. Résidant, pendant ce temps, à la cour du duc de Bourgogne, protégé dans ses travaux par ce prince, il fut à même de recueillir, au fur et à mesure que se déroulaient ces événements, tous les matériaux nécessaires à l'achèvement de ses Chroniques, tels queprocès-verhaux des hérauts d'armes anglais et bourguignons, contenant des récits de batailles ou la description de fêtes données à la cour de Bourgogne : tout cela lui fut communiqué, ainsi que des nouvelles étrangères insérées dans des lettres particulières adressées au duc de Bourgogne45. Les documents ne lui firent donc pas défaut; il en eut même de surabondants. Nous avons constaté, en effet, deux différents récits46 des batailles de Bloreheath, Ludlow et de Northampton : c'est, probablement, par suite de l'inattention du copiste de

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Wavrin que l'on trouve dans ses Chroniques deux narrations de mêmes faits.

Après la réinstallation d'Edouard sur le trône d'Angleterre (1471), Wavrin, voyant sans doute que rien, désormais, ne pouvait troubler ce prince dans celte reprise de possession, conçut le projet de dédier au roi victorieux un exemplaire de ses Chroniques augmentées de documents que cette nouvelle ère de règne allait lui fournir. 11 annonce, dans le Prologue47 qui accompagna l'hommage de son premier volume, l'intention d'ajouter à son œuvre un septième volume. Voici en quels termes il s'exprime : « Prologue de l'acteur sur la totalle recollation des sept volumes des Anchiennes et nouvelles croniques d'Engleîerre. » Il est fort difficile de déterminer, à la lecture de ce prologue, si le septième volume qui s'y trouve annoncé a eu un commencement d'exécution, ou s'il en est resté seulement à l'état de projet. Le style si emphatique, si boursouflé et si amphigourique qu'affectaient d'employer les chroniqueurs de ce temps dans leurs dédicaces ne permet pas ici d'oser interpréter le sens de ce Prologue. Tout ce qu'on peut raisonnablement présumer, c'est que le grand âge de notre historien, qui, en 1471, devait avoir près de soixante-seize ans (si notre supposition qu'il était âgé d'environ vingt ans en 1415 est juste), ne lui aura pas permis d'enregistrer bien longtemps les nouveaux faits et gestes d'Edouard IV. A-l-il continué son travail « jusquesen l'an LXXU, » ainsi qu'il l'annonce à la fin de son quatrième volume? Nous posons cette question sans

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pouvoir la résoudre : car ie sixième et dernier volume se terminant par une lettre d'Edouard, adressée aux habitants de Bruges, en date du 29 mai 1471, on doit présumer que l'œuvre, au moins dans la plus ample copie qui nous en reste, est demeuré inachevé. Nous avons essayé de coordonner le moins confusément possible les renseignements recueillis par nous sur la personne de Wavrin , et sur les différents manuscrits de ses chroniques. Il nous reste à jeter un coup d'œil sur l'ensemble de son œuvre, pour indiquer, avec plus de précision que nous ne l'avons pu faire dans les annotations très-succinctes qui suivent les rubriques de chapitres, quel sens il faut donner à ces notes. Pour cet examen, il convient de partager tout l'ouvrage en huit sections, chacune desquelles sera l'objet de nos remarques.

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