‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 2)Chapitre 56 sur 143 · I . Ail milles de Londres, dans le Hertfordshire · texte numérisé non relu

I . Ail milles de Londres, dans le Hertfordshire

[1471] SIXIÈME PARTIE, LIVRE VI, xxvii-xxvm. i'25

estoit à demye lieue prez de là, soubz la costierre dune hâve, prest et rengié en arroy de battaille.

Le Roy, doncques, venu en ladite ville de Barnet, entendant ces nouvelles par ses ditz avantcoureurs, ne voult souffrir que nulz sejournast en la dite ville ; ains commanda que cliascun tyrasl auz cbampz en sa compaignie ; mais, pour ce que la nuitaprocboitet qu'il ne povoit nullement veoir ses annemis, qui, comme dit est, estoient rengiés en battaille, il se loga et tout son ost plus prez d'eulz beaucop qu'il ne cuidoit, où il mist ses gens en bonne ordonnance, commandant que, celle nuit, nul ne menast bruit ou noise.

Les deux ostz estoient moult bien garnis de tous engiensà pouldre ; mais le conte, sans compai oison, en avoit plus que le Pioy : et pour ce, toute la nuit, cuidaut faire reculler le Roy et son ost par le trait de ses engiens, commanda que toute la nuit on ne cessasl de tyrer. Mais le trait passoit tout oultre l'armée sans les grever, et la cause fut pour ce qu'ilz estoient plus prez des annemis beaucop qu'ilz ne cuidoient. Et là, le Roy et tout son peuple se tindrent celle nuit tous coys, sans noise faire, ne nulz engiens gecter. Parquoy ses annemis ne peinent plainement congnoistre la place où il estoit logié : ce quy fut à luy et aux siens moult prouffitable.

Le demain au matin, le Roy, voiant le jour crever et poindre, cbevaulcba parmy son ost donnant corage à ses gens, en leur remoustrant que, comme il avoit bon droit et vraye querelle, proposoit, au Dieu plaisir, combattre ses annemis. Fuis, quant ce vint entre chincq et vi heures, non obstant la grande bruvne que pour lors il faisoii, recommanda et mist sa que-

126 CROOTCQUES D'EISGLETERRE. [1471]

relie en la voullenté de Dieu tout puissant , soy advanchant, desploiant ses bannières et faisant sonner ses trompettes. Là commencèrent les archiers de la battaille du roy à tyrer saiettes puissamment, puis tantost se joindirent main à main, où leurs annemis les recheurent corageusement. Si fut la battaille moult cruele et mortele, où furent maint vaillant homme mort et navré; car, de commencement, se deffendoient vaillamment les Warewicz, telement que sur l'un des boutz de la battaille du roy firent grantdestourseet occision. Par quoy aulcuns de cest endroit prindrent la fuite, dont les aulcuns fuvrent jusques à Londres. Si en fut la cité fort esmeute. Maisneantmoinsle résidu de la battaille, où le vaillant roy esioit, qui riens n'avoient aparcheu de la dite malle adventure par l'empeschement de la dite bruvne, se maintindrent moult hardiement. Par la descomfiture devant déclarée s'espardirent nouvelles par tout le pays d'environ , que le roy Edouard et tout son ost estoient descomfis ; mais, comme il pleut à Dieu, il en fut tout autrement, comme vous orez. Là furent faites de grans apartises d'armes delà partie du roy , especialemenl de sa personne; car, comme vaillant, corageux et hardv, se mist au millieu et au plus fort de la meslee, où nul n'arrestoit devant luy qu'il ne feust abattu à terre. Moult1 chevalleureusement aussi s'i portèrent les duez de Clarenceelde Clocestre, frères du roy : si firent le conte de Rivières, le seigneur de Hastingues et plusieurs autres vaillans hommes, serviteurs et bons amis du roy Edouard.

1 . Tout ce qui suit,' jusqu'à tourna tous les rebelles en fuite, manque flans l'anglais.

[1471] SIXIÈME PARTIE, LIVRE VI, xxvm. 127

De J'adverse partie, faisoit aussi merveilles le seigneur de Montagu, marquis, frère au conte de Warewic , en detrencbant testes et bracz , et tout ce qu'il encontroit. Mais, non obstant son cbevallereuz corage et grant bardiesse, il fut, en la fin, abattu par terre et navré à mort. De laquele cbose ie conte de Warewic, son frère, adcertené, fut moult couroucbié et effraé, comme cellui qui nul courage en luy n'avoit , voire presques confus et descomfy ; mais, en fin, de la battaille cruele demoura la victore au roy Edouard quy tourna tous les rebelles en fuite, où fut occis ledit conte de Warewic1. Aussi furent plusieurs chevalliers et nobles hommes de sa partie , desquelz je ne scai les noms; aussi fut abattu par terre le duc d'Excestre, tenant le parti de Warewic, moult fort navré et tenu pour mort, avec les occis qui en grant nombre estoient, non congnoissant que ce feusl il. Le conte de Oxemfort, en fuiant, enchey en la compaignie d'aulcuns fugitifz du Norlh, avec lesquelz il lyra vers Escoce. Geste battaille dont la victore, par la voullenté de Dieu, le mérite des giorieuz Sains et moiennant la vraye querelle, demoura au roy Edouard, dura par l'espace de quatre heures2, et y estoient ses annemis plus de xxxm, comme il fut sceu de vray , contre ixm : non plus n'en avoit. Aprez laquele battaille ainsi finee, le roy hautement remercya Nostre Seigneur de la belle grâce que fait lui avoit en ceste journée. Puis s'en retourna à la ville de Barnet, où il se rafreschy, et rassambla tout

1 . Voir aux Pièces justificatives, n° IX, une lettre de Marguerite d'York à la duchesse douairière de Bourgogne, où il est rendu compte rie cette bataille. — « Ther was also slayne the marques Montagwe. »

Page 1