Voy. ci-dessus, p. 244, note
4. Après ces mots, le manuscrit n° 8346 (f. ccxxxvn,r°), continue ainsi: « Et meysmement cheux de la garnison d'Eu alerent pillierles faulzbourcz de la cité de Cambray et le moustier de Nostre Dame de Cantimpré, et, à leur retour, prinrent le chastel de Herussart, emprcs Beauqiiesne, appertenant à messire Jehan de Fosseux, et le pillierent du tout. Pour lesquelles entreprinses ceulx desdils pays estoient bien grand doubte , pour che que la plus grand partie des nobles estoient aies , comme dict est, avoecq le conte d'Estampes devers le duc de Bourgogne. Ouquel temps le roy remanda son filz le daulfîn. »
[1444] CINQUIÈME PARTIE, LIVRE VI, xx. 337
le duc de Bourgoigne faisoit grant assaniblee de gens de guerre pour courir sus à ceulz du daulpliiii , son filz, non voeillant nullement la paix d'Arras eslre emfrainte, manda hastivement à son dit fil/ et au/ gens d'armes qu'ilz se tyrassent devers lui en Tliouraine, oii lors il estoit. Si y alla le dauphin prestement devers le roy son père, où il fust grandement festoie en la ville de Tours , tant de son dit père comme des seigneurs, et du commun , pour sa nouvelle victore '. Et luy
1. Ici, dans le Ms. 8346 (fol. ccxxxvn, recto et verso), se trouve le
passage suivant, omis par Wavrin , et qui manque également à toutes
les éditions de Monstrelet : « Et tantost après luy fut baillié en charge
d'aler après Sallesar qui emmenoit grand foison de gens d'armes vers
Ghienne, sans le congié du roy. Et luy fut ordonné de le ramener ou du
mains luy oster ses gens. Si le poursievy moult rademcnt et le racon-
sievy devers Auvergne. Et fist tant que la plus grand partie des gens
d'armes que ledit Sallezar avoit avoecq luy se mirent avoecq ledit daul-
fin : lequel de plus en plus fist très grosse assemblée, et se tira dcvei's les
pays du conte d'Armignach ; lequel il avoit en charge de prendre , et le
faire prisonnier de par le roy son père. Et pour che que ycelui conte
d'Armignach se tenoit de sa personne en l'Isle de Jourdain, envoia le
daulfîn aulcuns de ses capitainnes, atout foison de gens d'armes, logier es
faulzbours et autour d'ycelle ville. Et leur ordonna et commanda qu'ilz
gardassent bien que ledict conte ne se departesist de là. Et brief ensievant
vint là en personne. Au devant duquel ycelui conte d'Armignach y.-si
pour aler au devant de luy. Le quel daulfîn dessus dict le fist prisonnier
de par le roy, dont il fut moult esmervillié ; mais pour lors ne le peut
amender. Et, avoec che, fut prinse sa femme et aulcuns de ses cnfans, et
fut ycelle ville de l'Isle Jourdain, en la plus grand partie, toute courue et
pillié, et y furent trouvés biens innumerables et à très grand habon-
dauce, et de très riches et précieux jovaulx : et, avoecq che, funnt mises
en la main du roi pluiseurs aultres de ses villes et forteresses principaulz.
Et fut la cause de sa prise pour che que ycelui conte avoit fait pluiseurs
desobeyssances au roy, et qu'il avoit traictié de maryer une sienne lille
qu'il avoit au roy Henri d'Engleterre. Et furent les lettres des traictiés
dessus dicts trouvés en aulcuns de ses coffres. Et, avoecq che, avoit fait
morir le marescbal de France, ch'est assavoir le segneur de Sevcrach, à
la grande desplaisance du roy son segneur. Et quand le roy, qui de long
temps avoit esté adverti des besongnes dessus dictes, et que j)our ycelles
338 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1444]
fut tantost baillé autre charge, de laquele je me passe quant à présent ; car je voeil, selon ma première intencion, terminer et baillier fin à mon présent v* vo-
avoit envoyé devers luy sollempnelle ambassade, pourluy remonstrer les besongnes dessus dictes, luy signifiant la dessus dicte desobeyssance qu'il avoit faite et faisoit chacun jour à son souverain segneur, il avoit respondu que, se le roy luy baillolt aucun empesclieraent en nulles de ses signoui'ies ou faisoit baillier , il se alieroit à tel qui bien luy alderoit à garder contre toute sa puissance. »
Monstrelet indique à peine ce voyage du dauphin (VII, 231) : a Au commencement de cet an, le dauphin de Viennois, premier fils du roi, retourna devers son père , qui estoit à Tours en Touraine ; et avoit ledit dauphin esté moult grand espace de temps au pays de Languedoc, tant -ponvle fait du comte d' Armagnac, comme pour autres affaires. »
Qu'est-ce que le fait du comte d'Armagnac, sur lequel Monstrelet n'entre, ici, dans aucun détail? Un fait, évidemment, dont il a parlé précédemment, celui dont nous venons d'emprunter le récit au Ms. 8346. Évidemment aussi, ce récit et le chapitre dans lequel il est enclavé appartiennent à Monstrelet.
En suivant pas à pas cet historien pour comparer ses chroniques à celles de Wavrin, nous avons eu de fréquentes occasions de lui restituer des passages importants omis par ses copistes. Pour compléter en quelque sorte son œuvre, nous mettrons ici le passage par lequel elle se termine dans notre excellent manuscrit. L'édition Buchon finit (VII, 241) par cette phrase, dont le sens, qui paraît fini, n'est pourtant que suspendu :
e En traitant toutes les besognes dessusdites, furent faites plusieurs ouvertures aussi pour traiter le mariage du dessusdit roy d'Angleterre avec la fille du roi René de Sicile, duc d'Anjou, de Bar et de Lorraine, lequel depuis fut parfait et confirmé. Comme, ajoute notre manuscrit, chj après sera declairié en mon tiers livre : et quant au regard des conservaleurs pour V entretenement des trêves dessus dictes, y furent commis de par le roy de France * . »
Vient ensuite ce dernier chapitre : .
« S'ensievent aulcunes exortacions moralles qui sont et pueent estre moult prouffitables à veoir et oyr aux rois , prmches et grans seigneurs qui ont signouries à conduire et gouverner, »
* Cette phrase en caractères italiques se trouve dans l'imprimé de mdciii. Monstrelet a-t-11 commencé ce tiers livre ? Celui qui a été fait par ses continuateurs commence justement par les fiançailles de Marguerite d'Anjou avec le roi d'Angleterre.
[1444] CmQUIÈME PARTIE, LIVRE VI, xx. 339
lume : mais au \f sequent, Dieu devant, je parsievray ma matière, autant que oportunité me durera, selon la fourme encommencié. Et y sera entée, quasy au com-
« Le premier point si est que les rois, prinches et grans seigneurs ne doibvent nulluy opprimer par leur puissanche, sy non en terme de justice. Hz doibvent justement jugier entre l'omme et leur prouchaiu, sans avoir acception de personne. Ils doibvent estre deffendeurs, ch'està dire que ilz doibvent deffeudre les estrangiers, les orplienins et les femmes vefves. Hz doibvent restraindre et deffendre tous larecliins. Hz doibvent pugnir tous adultères. Hz ne doibvent point eslever les niques et parvers. Hz ne doibvent point nourir jangleurs ne batelleurs, ne gens qui sont de orde vie. Hz doibvent périr et destruire les mah aix. Ils doibvent de leurs aumosnes nourir les povres. Hz ne doibvent soustcnlr murdricrs ne hommecides. Hz doibvent soustenir et deffendre les églises. Hz doibvent moult regarder, es gouvernemens et signouries de leurs pays, de y constituer hommes justes et de bonne vie ayans bonne conscience. Hz doibvent avoir consilliers anciens, saiges et attrcmpés, souffisans pour scavoir discerner le bien du mal, et bien congnoissans. Hz ne doibvent point entendre ne eulz arrester aux dispersions ou dispertisions d'encanteurs, devins, sorchiers, ne telles samblables gens. Hz doibvent différer et dissimuler leur yre et fureur contre cheulz qui sont soubz eulx. Hz doibvent deffendre leur pays justement contre leurs adversaires. Hz ne se doibvent point, pour prospérité qu'ilz ayent, eslever enleurcoragc. Hz doibvent souffrir et soustenir paciamment toutes les adversités qui leur viennent Ils se doibvent du tout fier en Dieu et y avoir conCdence. Hz doibvent avoir ferme foy catholique en leur Créateur. Hz ne doibvent point souffrir mal faire à leurs enfans, ne à cheulz qui sont subjectz et soubz eulz, mais les doibvent ensegnier et endoctriner. Hz doibvent certaines heures vacquier et eulx arrester à devoclon. Hz ne doibvent point, devant heure convenable, gouster viande ne prendre leur réfection. Et ceux qui usent et voelent user des ensaignements dessus dictz font avoir grand prospérité ou pays qu'ilz ont en gouvernement, et eulx meysme, en la fin, acquièrent la gloire céleste.
c Explicitle second volume de Enguerrant de Monstrelet. »
Qu'il nous soit permis, encore, de faire une dernière restitution à ces Chroniques ; et, cette fois, elle profitera au manuscrit aiusi qu'à l'imprimé. M. Dacier, qui, comme on l'a déjà vu (page 320), indique une lacune dans le texte de Monstrelet, en signale une autre en même temps : « J'ai remarqué, dit-il (Préface, p. 23), une omission, mais qui ne saurait ^tre
:540 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [144i]
mencement, une notable incidence qui en ce temps advint en sarrazine terre; laquele, à mon samblant, debvra grandement plaire à tous, pour recréer les es-
attribuée qu'aux copistes; je les soupçonne de nous avoir fait perdre une partie considérable d'un chapitre du second livre. Ce chapitre est intitulé : a Comment le duc d'Orléans retourna de France devers le duc « de Bourgogne*. » Le commencement est employé à décrire l'entrevue des deux princes dans la ville d'Hesdin en 1442. Ils y convinrent de s^as- Sf.mbler incessamment à J^evers, avec plusieurs grands princes et seigneurs du royaume de France, et au bout de huit jours ils se séparent; l'un prend la route de Paris pour se i-endre à Blois, l'autre part pour la Bourgogne, Ce récit contient une vingtaine de lignes , et tout de suite on lit : a En- « suit la copie des instrumcns envoyés au roi Charles de France par les « seigneurs qui s'étoient assemblés à Nevers, et les réponses faites à icelles « par ceux de son grand conseil. » Ce titre est suivi des remontrances qu'il annonce et de la réponse que le roi fît aux ambassadeurs chargés de les lui présenter. Or, conçoit-on que Monstrelet n'ait rien dit du sujet de l'assemblée ; qu'il n'ait nommé aucun des seigneurs qui s'y trouvèrent ; et qu'après avoir désigné Nevers comme lieu de rendez-vous , il ait passé sans préparation aux remontrances qui y furent arrêtées ? s M, Dacier supposait avec juste raison une lacune en cet endroit; mais elle ne faisait pas perdre ?i«« partie considérable du chapitre. C'est même de son peu d'étendue que vint, sans doute, l'omission qu'en a faite aussi le copiste du manuscrit 8346. Voici ce passage, tel que le donne le hél'aut Berry dans sa chronique intitulée : Le Recouvrement de Normandie et dUine partie de Guyenne **. Cette chronique est une copie abrégée de Monstrelet, ce que ne cherche nullement à dissimuler le plagiaire. Comme on retrouve dans cette compilation tous les chapitres inédits restitués par nous à l'imprimé des chroniques de Monstrelet, nous admettons sans hésiter son addition comme appartenant à ce dernier. Après les derniers mots du chapitre cclxii, on lit ce qui suit dans le texte de Berry : a Ung pou de tamps après, se vanrent assambler en la ville de Nevers les ducz de Bourgongne, d'Orleens et de Bretaigne, et avec eulx aucuns aultres grans seigneurs, pour reraonstrer au roy certains articles touchans !e bien commun de son royalme. Lesquelz articles, mis par escript, furent bailliés à aucuns ambassadeurs que, pour celle cause, ils envolèrent devers le roy, qui, pour lors, se tenoit à Amboise. Lesquelz ambassadeurs venus devers le roy, luy baillèrent par escript les articles, adfîn de les veoir en
* Voy. cliap. cnxri.
** Bibl. iiup., ins. i)675' fol. 224, verso.
[1444] CINQUIÈME PARTIE, UYRE VI, xx. 341
periîz, comme je ne la sache estre récitée en quelque autre volume '.
Et atant prent fin ce VI' livre et, par conséquent, le V volume de ces Cronicques d'Engleterre.
«on conseil et de avoir sur tout rcsponse pour le référera leurs niaistrcs. Desquelz articles, et des responses sur ce faictes par le roy, la substance ensieult. Premièrement, etc. » A suivre aux chapitres ccLxni et cclxiv de l'imprimé.
\. Cette curieuse expédition en Morée n'est, en effet, racontée par aucun autre chroniqueur. Elle est seulement indiquée par quelques-uns , dont nous citerons les passages en temps et lieu.