CHAPITRE X
De rezecudon fiiicte do battard de Condé, à Bruges, par le duc Charles, pour ce qiCû aToit Cadt toer le frère d*iiii chanoine à pen d'occasion *.
Le VI* jour de juillet, ou dit an, fist le duc de Bourgongne décapiter à Bruges le bastai'd de Condé', frère du seigneur de Condé et de la Hamette, grant seigneur en Haynau , conseiller et chambellan du duc , vaillant homme d*armes , eagé de xxiiii ans, bel et gent homme entre tous aultres. La cause fut pour ce que, au jeu de palme, ung chanoine de Bruges jugea ung coup perdu contre luy ; le bastard, qui le print mal en gré, dit au chanoine qu'il luy amenderoit; et de faict le guecta depuis, pluseurs fois, pour le tuer, mais le chanoine se gardoit tousjours bien. Ce chanoine avoit ung frère au village là entour; le bastard, qui en fut adverti, s'en alla ung jour au village, à grant compaignie de malvais garssons , et alla à la maison de ce frère qui luy crioit mercy à genoulx et à mains joinctes, en luy disant qu'il ne luy avoit riens méfiait : mais, neantmoins, le bastard luy coppa les deux mains du premier coup de son espee , et puis le partua sans mercy. Les amys du mort s'en coururent à Bruges faire leur plaincte au duc, et le duc fist prendre le bastard et le mettre en prison , et fist faire son procès par longue et meure délibération : et si envoya en Haynau faire enqueste de son estât et gouvernement, et luy fut rapporté que le bastard estoit au païs moult
1 . Ce chapiU'e et le suiTant^qui sont placés entre les chapitres XXXVII et XXXVni de Wavrin, ne se trouyent point dans ses chroniques.
2. c Nommé Hemoul, fils naturel de niessire Hernoul de la Hameyde, seigneur deCondet.» (Chastbllaik, 459.) Ce chroniqueur, qui donne des détails sur cette exécution, ne dit pas quel était Tindividu que le bâtard ayait tué. Le bitard de Condct avait assisté à la bataille de Montlehery, en 1465, où, dit encore Chastellain (460), c il s*estoit vaillamment porté et monstre, par jugement de beaucoup de gens. »
274 GRONICQUES D'ET«GLETERRE.
crainct et redoubté, pour les oultraiges qu'il y fidsoit et faisoit fiedre par ses gens; et tellement que le bastard eust la teste trenchée, non obstant prière ne requeste que pluseurs seigneurs ea firirent an duc , mesoMment les ambassadeurs de Romme et cenlx de Bretaigne, et sa propre femme, et, qui plus est, les parens du frère du chanoine que le bastard avoit ocds : mais, affin que le duc ne faillit à faire justice , il n*y voult oncqz entendre , ains le fist tnorir publicquement sur le marchié de Bruges , après disner, et fist mettre son corps sur une roe, où il fut deux jours aux champs : et au troisiesme jour, à Finstance et prière de seigneurs et amys du bastard, le duc fut content que son corps fut mis en terre saincte, et se luy fist faire ung service pour le salut de son àme.
Cette exécution est lebguement décrite par Chastellain, mais il ne fait pas connaître les moti£i qui portèrent le duc de Bourgogne à condamner ce seigneur.
CBAPITRE XL
G>innMni le roy de fVaiioe fitt décapiter le leigneor de Naatoollet, lequel parla depuis qu'il eust le col coppé '.
Environ ce temps, le roy de France fist prendre et décapiter le seigneur de Nantoullet, qu'il avoit par avant &it et ordonné son lieutenant gênerai par tout son royaulme, ancois que le conte de Sainct Pol f\it connestable de FVance, et avoit esté le dit chevalier moult privé du roy, et si avoit pluseurs fois couché avec luy, tant estoit famillier du roy. La cause pour quoy, je ne scay, sinon que telle fut la volonté du roy, qui n'avoit mercy d'honmie sur qui il eust aulcune
i . Charles de Melon, seîgnenr de Nantonillet, grand mafitre de Frtnœ, décapité le 90 août 1468. (Amsilmb, VIU, 281; V, 244.} D*api^ l'eicnût du procès criminel, ce fut le 22 août. (LsvftLnr, III, i 1-17.)
malvaise suspicion. Et dit on que le premier coup que le bourreau donna, il ne lui ooppa la teste que moitié , et que le chevalier se releva et dit tout hault qu'il n'avoit coulpe en ce que le roj luy mettoit sus, et qu'il n'avoit la mort deservie, mais, puisque c'estoit le plaisir du roy, il prenoit la mort en gré. Et aprez qu'il eust ce dit, il fut pardecapité : ce fut fait publicquement, à Paris.