‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 5)Chapitre 104 sur 146 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Des gaerres et diTÎsioiu qui Ion forent en Engleterre, par la cautelle da conte de Warrich. Et parle d*ane bataille, où le roy Edoaart fut prins et deacoofis, et eust le seigneur de Rivières la teste coppee *.

Au dit an lxix , environ la fin de jullet , furent «en Engleterre grandes séditions, qui porta grant dommage à tout le pays, par la trayson, subtilité et engin dyabolicque d*un grant seigneur du pais, nommé messire Richart de Noeufville, conte de Warvich de par sa mère', qui eust esté fille du feu conte de Salsebri , qui fut en son temps ung des plus vaillans hommes d^Engleterre. Le conte de Warvich estoit fort en la grâce du commun d 'Engleterre, et, par sa subtilité, avoit trouvé moyen de déposer de sa couronne le roy Henry, lequel roy Henry estoit simple homme et innocent, et avoit espousé la fille du roi René de Secille, duc d'Angiers, de laquelle il avoit ung beau filz que on nommoit prince de Galles : mais le conte de Warwich avoit séduit le poeuple, qui leur fist entendant que la royne avoit abusé de son corps et que le prince de Galles estoit bastard, et que le roy Heni*y estoit impotent à faire génération. Le poeuple, qui est de legiere credence, meismes en malvaistié, creoit ce conte de Warvich de tout ce qu'il leur disoit, et furent contens que le roy Henry fut déposé et tenu prison-

1. Ce chapitre est un abrégé succinct des éyénements que Wavrin décrit dans ses chapitres XLVI, XLVII, et dans le chapitre premier du livre VI.

9. De par sa femme, laquelle était fille et héritière de Richard de Beauchamp, comte de Warwick.

278 CRONICQUES IVENGtETERRE.

nier en la Iout de Loadresi où il fut loftu si tongnemeat qw'il y perdi la vie, comme je diray cy après, tendant iceUuy de Warvich que Edouart, filz du duc d*Yorch^ paravant deoapité, print sa fille à femme, et que sa GHe fut royne. Il procura tellement que Edouart fut roy couronné du gré de tout le pays, et le fut; mais ce roy Edouart se estoit énamouré de la fille du seigneur de Rivières, Engloix, laquelle estoit niepce du conte de Sainct Pol, la plus belle fille d^Engleterre. Et lors estoit commune renommée que le roy Edouart Tavoit prinse à femme pour sa très grande beauké, pour lequel mariage le conte de Warvich moult desplaisant se tourna à eslonger et à ne plus fi^quenter le roy Edouart si souvent qu*il soloit ; desplaisant aussy que le roy Edouart advancoit plus qu'il ne voulsist le seigneur de Rivières, son beau père, et ses enfans, dont, entre les auhres, y avoit ung filz, seigneur d'Escalles, moult beau chevalier et bien renoii[imé, qu'il avoit advancé avec son père et ses aultres enfans plus que Warvich ne voulsist : pour lesquelles causes ou aultres, que je scay point, icelluy conte de Warvich procéda tellement contre le roy Edouart, qu^il se declaira tout en appert son ennemy mortel, et assembla tous ceulx qu^il peust avoir de son parti, et les mist aux champs pour aller à Londres pour deffaire le roy Edouart. Lequel roy, adverti de touttes ces choses, assambla tout son povoir pour aller combatre ses ennemis , et issit de Londres le IIP jour après qu'il eust receup Tordre du duc de Bourgongne, et s'en alla le seigneur de Crequy en armes avec luy, et aulcuns de sa compaignie : mais, quant ilz vindrent aux champs, le roy le renvoya à Londres notablement, et manda à ceulx de Londi^es qu'ilz fissent aultant d'honneur comme à sa propre personne, et que on luy baillast les clefs de la ville s'il volloit entrer ne issir leens à quelque heure que ce fut. Le Mayeur de Londres honnora moult le seigneur de Crequy, tant comme il séjourna ou pais. Or estoit que le conte de

Warvidi, pour Tenir à ses maWaises fins, avoit donne sa fille à mariage au duc de Claiencei firere du roy Edouait, tendant tousjours de mettre division ou pa'is et meismes entre les deux frères; et poeuk cstre quil tendoit à la mort du roy Edouart, affin que son beau filz de Clarence fut roy, et, pour tant, sa fille seroit royne. Les compaignies, donoqz, s'approdierent, si qu'il ne restoit que combatre : mais Warvidi n*y estoit point, ains se tenoit plus seurement en une forte plai», attendant illec la fortune de la battaille, pour soy saulyer au besoing ; car on disoit lors, communément, qu'il ne se trouvoit jamais, ou tard, ouenvisen battaille, pour les perilz qui y estoient. La battaille commença fiere et mortelle, à grant effîision de sang , mais enfin le roy le perdit et y fut prins luy meismes, le seigneur de Riyieres aussy, son filz second et pluseurs aultres : lesquelz prisonniers furent menez devant le conte de Waryich, en celle place où il estoit : lequel, tout incontinent, fiât Ifencber la teste au seigneur de Rivières, à son filz et à pluseurs aultres des plus privez et des meilleurs amys du roy; au roy ne fist il nul mal. De celle battaille eschappa le seigneur d'Escalles , et depuis fut il prins, aoy cuydant saulver et retraire en Hollande, et fut ramené en Engleterre : mais il cbey en si bonne main, et si estoit si bien renommé, qu'il eust sa vie saulve.

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