‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 5)Chapitre 23 sur 146 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

1294. Cj commence le YI* et darrenier livre de ce présent yollume, lequel contient xxxii chapittres, ou premier desquelz il parle comment le roy Edouard fut trahis par son firere le duc de Qarence et le conte de Warewic. Chap. I.

Quant doDcques le duc de Clarence et le conte de Warewic se furent partis de Londres, eulz et tous leurs gens, îlz ne s'arresterent tant qu*ilz vindrent à Northanton : auquel lieu leur vint au devant le conte de Wilbic, qui leur présenta le seigneur de Herbert et son frère; puis, quant ilz furent amenez devant le conte de Warewic^ ilz encommencerent à parler ensamble de gros languages, tant que le conte de Warewic commanda que on les emmenast morir. Et ainsi furent ces deux bons chevalliers livrez au peuple qui piteusement les lapidèrent.

Quant les seigneurs dessus nommez furent mors, et III 1*

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ceulz de Galles ruez jus, le roy en eut les nouyelleSy doDt il (ut moult desplaisant. Si dist qu'il estoit trahy, et fist habillier tous ses gens pour aller au devant de son firere le duc de Clarence et son cousin de Warewic, lesquelz yenoient au devant de luy, et estoient desjà entre Warewic et Conventry , où ilz furent advertis que le roy venoit alencontre d'eulz. Et quant Tarchevesque d*Yorc sceut que le roy les aprochoit, il dist au conte son frère qu'A Tatendist^ adfin que de riens ne se doubtast; mais feist on encqueste où il se logeroit celle nuit. Le roy en chevaulchant venoit, pensant à la mort des deux chevalliers devant dis, disant en soy mesmes qu*il se vengeroit de son firere de Clarence quy tel deshonneur luy avoit fait. Et ainsi, moult pensif et desplaisant, chevaulcha tant qu'il vint à Conventry, où U cuida logier ; et, de fait, y avoit envoie ses fourriers pour prendre logis ; mais ilz trouvèrent que ceulx du North avoient prins la place. Si ne furent pas lesdis fourriers creuz d'y prendre herbei^e, anchois furent bouttez hors de la ville, et peu s'en failly qu'on ne les tua. Pourquoy hastivement s'en retournèrent devers le roy, auquel ilz recorderent ce qu'ilz avoient trouvé, et dont il Ait moult mal meu, et eut conseil de non aller plus avant, jusques ad ce que plus à plain feust informé dont povoient sourdre teles trahisons et maulvaistiés ; car il n'avoit gueres de tempz que aboUy et pardonné avoit à chascun quancques on luy avoit meHait. Si n'estoit pas à croire que son frère de Clarence, ne son cousin de Warewic voulsissent penser trahison alencontre de sa personne \ Pourquoy le roy

1 . Le 17 août 1469, peu de temps après la bataille de Banbory, le roi

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se Iraisl en ung village * là prez, et se loga illec atout ses gens , non gueres loingz du lieu où estoit lo^ë le conte de Warewic.

Environ l'heure de myenuit vint devers le roy Tar* chevesque d'Yorc, grandement adcompaignié de gens de guerre. Sibuscha tout hault au logis du roy, disant à ceulz qui gardoient son corpz qu'il luy estoit nécessaire de parler au roy, auquel îlz le nuncherent : mais le roy luy fist dire qu'il reposoit et qu'il venist au matin , que lors il le orroit vouUentiers : de laquele responce l'archevesque ne fut pas content. Sy renvoia les messages de rechief dire au roy que force estoit qu'il parlast à luy, comme ilz le firent. Et alors le roy leur commanda qu'ilz le laissassent entrer, pour oyr qu'il diroit ; car de luy riens ne se doubtoit. Quant Farchevesque fut entré en la chambre, où il trouva le roy couchié, il luy dist prestement : « Sire, levez vous; » de quoy le roy se voult excuser, disant que il n'avoit ancores comme riens repose; mais l'archevesque, comme faulz et desloyal qu'il estoit, lui dist, la seconde fois : « Il vous faut lever et venir devers mon frère de Warewic, car à ce ne povez vous contrester. » Et lors le roy, doubtant que pis ne luy en advenist, se vesty, et l'archevesque l'emmena, sans faire grant bruit, jusques au lieu où estoient ledit conte et le duc de Clarence, entre Warewic et Conventry, où il leur présenta son roy et seigneur souverain , par luy prins en la manière dessusdite.

•fait nommé le comte de Warwick grand jastîeier dn quartier méridional de Gallca, et grand •énéchal de tout le paya. (Rnaa» V, partie II, 171.) 1. A Honiley^dans k V^arwiduhire. {Thê GetuUmam's MagoMme^ XU, 616.)

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Au roy fist le conte de Warewic grant chiere, sans luy faire mal de son corpz; mais, pour soy tenir sceur de sa personne, l'en voia au chastel de Warewic, et luy bailla gardes qui chascuti jour le menoîent esbattre où il plaisoit, là entour, au moins à une lieue ou deux^

1. Le récit de notre chronîqoeiir, et ane autre Tersion de la prise d'Edouard après la bataille de Banbary (yersion que nous rapportons à la fin de la présente note), Tiennent eu aide à Targumentation de Langard contre ceux qui mettent en doute remprisonnement du roi. c Les écrivains modernes, dit-il (II, 572, note 3), ont repoussé arec dédain la eaptirité d^Édouard. Hume dit que les documents la contredisent. Carte et Henry la déclarent incroyable et romanesque ; mais qaand cela serait, ib auraient dû expliquer, ce qui, en ce cas, serait plus inconccTable, la mention qu'en font presque tous les écrivains du temps, étrangers ou nationaux, même Gomines (III, 4), qui dit tenir les principaux incidents de l'histoire d'Edouard de la bouche d'Edouard lui-même, et l'annaliste de Croyland (551), qui était fort avant dans la confiance de ce monarque. Les arguments de Hume sont : i^ que les documents dans Rymer ne laissent aucun intervalle pour Temprisonnement d'Edouard en 1470 ; et 2<> qu'il n*en est pas fait mention, comme on l'eût fait s'il avait eu lieu, dans la proclamation d'Edouard contre Clarence et Warwick, de la même année. Mais, en premier lieu, il s'est mépris sur la date de l'emprisonnement, qui ne fut pas en 1470, mais en 1460 [ed telaie qum contingehat anno nono regis^ qui erat aniuu Domini 1460. Cour. Grotl., 551); et, en second lieu, la proclamation ne devait point en parler, attendu qu'elle se borne à l'énumération des seules offenses qui avaient été commises après le pardon à eux accordé à Noël 1469. (Hot. Pari,, VI, 233.) Mais il existe un document qui met la réalité de l'emprisonnement hors de doute, la condamnation de Qarence dans laquelle le roi énumère parmi ses offenses t d'avoir compromis la royale dignité, personne et vie c du roi en étroite garde, le privant par là de toute sa liberté, après t avoir occasionné de grandes commotions. » {Rot, Pari., VI, 103.) Je dois ajouter que dans les documents de Rymer pour 1460, il y a un in* tervalle suffisant de trois mois, du 12 mai au 17 août, époque qui est précisément celle assignée à Tinsurrection et à l'emprisonnement. »

Voici la version que fournit le manuscrit fonds Dupuy : « La baiailie commença fiere et mortelle, à grant effusion de sang ; mais enfin le roy le perdit et y fut prins luy meismes, le seigneur de Rivières aussy, son filz second et plnsenrs aultres, lesquels prisonniers furent menez devant

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1295. Comment le duc de Bourguoigne envoîa mies lettres au majeur de Londres. Comment le conte de Warewic envoia le foy Edouard à Londres, et conunent les Londriens le recheurent à grant joye. II.

Le duc de Bourguoigne, adverty de celle descomfiiure, escripvit prestement au mayeur * et peuple de Londi^. Si leur fist, avec ce, dire et remonstrer comment il s'estoit alyez à eulz en prenant par mariage la seur du roy Edouard, parmy laquele alyance luy avoient promis estre et demourer à tousjours bons et loyaulz subgectz au roy Edouard, et luy, duc de Bourgongne , leur avoit aussy promis de les , en ce , ayder et secourir jusques à la mort : laquele chose il estoit prest de faire se ilz vouUoient entretenir leur promesse ; et, 8*ilz ne lui entretenoient ce que promis avoient, fl scavoit bien qu'il en devoit faire. Lequel maisre de Londres aiant recbeu les dites lettres du duc, assambla le commun de la cité , et là les fist lirre publicquement. Laquele lecture oye, le commun respondy, comme d'ime voix , que voirement vouUoient ilz au duc de Bourguoigne entretenir ce que promis luy avoient, et estre bons subgectz au roy Edouard.

Le conte de Warewic, adverty de ceste chose, doubtant que le commun d'Engleterre ne s*esmeu$t contre luy à cause qu'il tenoit ainsi le roy comme prisonnier, faignant qu'il ne sçeust riens des dites let-

le ooate de Wanrieh en celle pkoe où il eitoit ; lequel tout incontinent fist trcncher la teste an seigneur de RiTieres, à son £Qz et à plnsenrs snhres des pins prÎTex et des millenn amys dn roy. Au roy ne fist il nul ■nL >

1. John Yoong était maire de Londres en juin 1468. {Escêrpia kist., p. 303y note I .) Peut-être l'était^il encore en 1489.

6 CRONIGQUES D'ENGLETEREE. [1469]

très \ dist ung jour au roy que bon serroit quMl allast à Londres pour soy monslrer au peuple , et visiter la royne sa femme. A quoy le roy, qui ne demandoit autre chose , respondy qu'il le feroit moult voullentiers. Et lors le conte, par une manière fainte, rescripvi auz Londriens que le roy les alloit veoir, et qu'ilz lui feissent bonne chiere et le plus d'honneur qu'ilz pourroient ; et que par ce povoit on bien parchevoir qu il ne le tenoit mye prisonnier, ainsi que aulcuns le disoient *. Si le recheurent lors ceulz de Londres moult

I • Vah. : c he comte adTerti des lettres que le duc de Boorgoiagiie iToit eBToyeet aa mayear de Londres et aa commun , soy lésant lors asaét prêt de Londres, en nng chastel où il tenoît le roy Edonart prisonnier, non pas estroictement, ains poToit aller joner et esbanoier illee entour aTec les gardes que Warwich aroit mises snr Iny, a^eo lesqneia il fetonmoit tontes nuictz avec eux ou chastel Warwich. Donc, faignant qu'il ne sccm rien de ces lettres, etc. • (Ms. Fonds Dupi^x-)

9. « L'explieation que l'on donne généralement de l'évasion d'Edouard (dit Lingard, EL, 573, note), est que l'archeTéque lui permettait d^ chasser, et qu'un jour qu'il se livrait à cet exerdoe, il fot enlevé par ses amis. » (Haix. , 203). La mienne est fondée sur l'autorité préférable de l'hia* tofien de Croyland, qui, tout en considérant la délivrance du roi comme presque miraculeuse, affirme néanmoins qu'elle eut le conseatemeat cx« près de Warwick. Prmier omnem $pem pêiêè ndracuiosi mm tàm ermtit, quàm d0 expreuo ipsiut eomitis eontetuu dimisiut est, p. 551. Stow men- Uonne les promesses d'Edouard , et dit qu'il resta à York jusqu'après l'exécution de Sir Humphrey Nevill, p. 421. Il y a dans Fenn nue lettre sans date, qui, je crois, se rapporte à cette époque. Elle relate le retour du roi d*York à Londres en compagnie de l'archevêque, qui, toutefois, n^ent pas la permission d'entrer avec lui dans la capitale, mais re^ l'ordre de rester au Moor, sa résidence, dans le Heitfordshire. Le comte d'Oxford, Lancastrien, fut traité de la même manière. — t Le roi, ajoute l'écrivain, parle bien lui-même des lords de Clarence et de Warwick «C de mylords d'York et d'Oxford, disant que ce sont ses meilleurs amis, mais les gens de sa maison tiennent un autre langage, de sorte que ce qui arrivera bientAt, je ne saurai le dire. » On voit que notre chroniqueur s'accorde parfaitement avec l'historien de Croyland sut U emufmUmmt près de Wtawick, (Fxnv, I, 394.)

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lyement^ tenans les plusieura, par ce, que le conte de Warewic n'airoil pas touUu grever leroy, pourveuen* cores qu'il n'avoit pas esté à la battaille*.

Tantost aprez, vint le conte de Warewic à Londres, où il assambla le conunun et leur fist bien croire , par ses paroDes , que tout ce quy estoit fait avoit esté pour le seigneur de Rivière et son filz defunctz seullenient , qui avoient levé grans finances sur le pays , voire par l'accord des Estas, pour d'yceulz mettre sus une grosse armée et aller en France concquerre le royaulme qui estoit leur héritage ; dont ilz n'avoient riens fait; ains avoient les deniers despendus à leur voullenté, parquoy ilz avoient mort desservie. Et tant allégua le dit conte d'excusalions qu*on se contenta de luy; et le roy mesmes luy pardonna quancques il avoit meffait , tant à sa personne comme à son beau père et autres, combien que le roy se parce voit assez, à la vérité, qu'il ne procedoit point envers luy de bonne foy *.

i. Vam. : c Genlx de Londres recciuent leur icîgaeiir à gram hoa- ', et lenr tenhU, p«r oe moyen, que le conte ne l'aToit point Tonlu gicBrcr, pour ce aeiunet qa'il n*«Toit point etté i celie battâille. • ( Jf#. Famdt JDmfÊgr.)

s. Vab. : c Fv tdlct paroUes et cantellet du conte de Warwieh le pomple fat n content de luy que, Toolnst le roy on non, il oonTÎnt qu'il perdonnast toot ce qa*il Iny aToit fiât , tant contre sa personne comme contre son beau père et anltres. Voîrement estoit ce grant malice et fiinlseié è ce conte de Warwîch de ToUoir faire entendre an poeople d'Engleteiie qu'il poardiaasoit le bien et llionnenr da roy Edonart et dn foyakne, et neantmoins il powchassoit soy allier an itiy de France p<Hir destraiiv le roy Edonart, ooame la fin le moosli» depnis; et tellement ^pe, nne foie entre les anltres, il desconvri son oorafe et se vanla pabli«y qoemcat qu'il avait hk le roy Edonart de la Marche , mais il le deffloit quant il Touldroity et fSeroH conronucr son frère, le duc de Claïunce, qui amit m fille espousee. Bsur certain aussi le eust tût par l'ayde du roy de

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1296. Comment non obstant que le roy Bdouard eost pardonné au conte de Warewic, si poursievy il son emprinse adfin de le deffaire. m.

Non obstant ces apoinlemens et pardonnanoes, le conte de Warewic^ quy ne pensoit nulle loyaulté devers le roy son seigneur, se party tantost de Lon* dresS et fist très grant conunotion de peuple, par le moyen du duc de Clarence , <le messire Richard de Wellus*, de messire Robert son fils', et leurs adhe* rens, lesquelz tournèrent tout le peuple en sédition de resveschié de lincoUe, contre le roy Edouard; lequel, de ce adverty, se mist de rechief en armes, et se tyra auz champz, atout le plus qu'il peult finer de gens. Si se traist celle part, et les trahittes se penoient joumelement d'atraire les autres peuples du royaulme à leur maulvaise querelle ; allegant que le roy, en personne, tenoit les champz pour les des^ truire et leur toUer leurs terres et possessions : ce qui ne faisoit mye à soufTrir. Laquele chose estoit faulse menchonge ; car comme parvers, desloyaux et plains d'ingratitude sans quelque cause , aprez que le bon roy Edouard, de sa bénigne grâce, leur avoit tout pardonné, conspirèrent de rechief sa totale destruction et de ses loyaulz subgectz.

Le VI* jour de mars, doncque, ou dit an lxix , le roy

Franoe, n'eost etté la craincte da doc de Boui^gongne, et les lettres qa*il envoya aa mayeur et au common de Londres lesquels ToUoient tenir searement ce qu*Dz aboient promis, on par amonr ou par craincte. a (Jfi. Fonds Dtqtujr,)

I . Il se rendit à Warwick le 7 mars li69 (▼. s.). (CaaTB, II, 779.)

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