Anille
* n est à remarqaer qoe notre ckroniqaeor termine ses chroniqoes par nne lettre d*Édoaftrd TV, en date da S9 mai 1471. Dana le manuscrit iZi, Fonds Sorhomme, ce récit rient après la lettre d*Ëdoaard.
[ikli] SIXIÈME PARTIE, UVRE VI, txiv. 87
Fez, avoient paravant fait de grans moUestes par guerre auz roys de Portugal ses predicesseurs , et mesmement avoient fait morir en prison, inhumai* Dément, contre tout honneur, le très catholicque prince F Infant don Ferrant, son oncle, frère au roy defunct son père, qu'ilz tenoient, pour certaines causes, hostagier en ycelle ville d'AzîUe.
Ce jenne roy, doncques , ainsi meu eu la vengance de son dit pereal oncle, assambla ung grant nombre de gens de guerre, et fist appareillier ses navires, qu'il pourvey soufTissamment de toutes choses nécessaires, puis monta sur mer, fist voille , et tant exploita , à layde de Dieu le créateur, en la garde duquel il s'estoit humblement recommandé , que le xxi* jour du mois d'aoust, ou dit an, il descendy eu AuiTricque de* vont Àzille, ville d'anchienneté, riche et puissant. Mais, au descendre, la mer luy fut tant contraire , par les grans vuagues qu^elle ruoit, que aulcuns de bottequins, qui ses gens menoient à terre , furent renversez et trois cens et chinquante de ses hommes noyez à celle première empainte. Mais le roy, voiant si dur et estrange commencement à son emprinse, ne cessoit de enhorter ses gens, disant qu'ilz eussent bon ceur, car mainteflbis de telz divers commeucemens s'ensuivoit heureuse fin, en leur mettant au devant le guerredon qu'ilz atendoient de Dieu, la grant loenge du monde, la vaillance portugalloise, et plusieurs choses samblables. Et telement les enhorta que la mort de leurs compaigoos ne causa nulle crainte en eulz : anchois, avec ses parolles, acreut hardiesse en leurs corages, en mettant par plus songneuse dilligence la main à l'euvre, tant qu'ilz sourmonterent les orguilleuses undes de la fu-
88 CRONICQUES D'EÎSGLETERRE. L*^7i]
rieuse mer, en tele manière que la pluspart* d'eulz prindrent terre en ce mesmes jour; et lendemain descendy le remannant, atout les tentes, vivres et artillerie. Si se logèrent entour la ville de Azille, asseant leurs instrumens et engins es lieux plus convenables, à leur samblant , pour leurs annemis grever et concquerre.
Quant , doncques, le roy de Portugal vey ses gens estre logiés, il somma les Sarrazins de luy rendre la ville, et qu'ilz s'en allaissent en paix. Mais les payens estans sur les murailles fiers et orguilleux, s'escrient haullement, comme tous à une voix , qu'ilz aprochassent hardiement, et que ilz trouveroient à qui parler. Et lors le roy, oyant leur responce, commença ses gens à semondre , disant ainsi : « Mes frères et amis, il est desoremais tempz que mettons à exploit la sentence de Dieu donnée contre ces infidèles mescreans, et leur esrachons des mains celle terre qu*ilz ont au peuple crestien injustement toUue ou ravye, et par longue possession usurpée ; et vous souviengne que nous ne combatons pas tant seullement pour acquérir par la force de nos bras glore mondaine, que le tempz qui tout ternist et desgate mettera à fin , mais querons ancores la glore immortele que le tempz ne peult souillier ne finir.
Haa ! quanteflbis, et à com grant regret me vient
1 . Yab. : ff La plas grand part de ses gens ce joara meîsmes print terre. YcY eottvenoit mettre la fackon de la ville et Vassîette éTieelle pour tnieulx entendre la manière du siège ; mais, pour ce que les lettres tticeUes iCem de» visent^ je m^en depporterajr pour le présent et mettray en somme Vassauk et la prinse jusques à tant qu'aultres soient envoyées, qui plus particulièrement et à plain en devisent, Tje jonr doncqaes ensievant, lereroanant de ses gens descendus, etc. s
[1471] SIXIÈME PARTIE, UYRE VI, xxiv. 89
au devant , toutes fois que je vois ce pays, la doul-
lente prison de nostre très amé oncle [l'infant don
Femant] avec sa plourable mort, et de tant d'autres
hommes de grant vaillance, vos parens et auctori-
siés amis. Querons doncques la digne vindication de
nos proismes, qu'ilz ont devant nos yeulz souvent
despouillié de leurs vyes et menez à doUoureuse fin
par mainte imfelice adventure; le sang desquelz,
quy reclame devant Dieu vengance , me fait tram-
Uer et frémir les entrailles, memorant les énormes
murdres perpétrez par ces annemis de la vraye foy
et bourreaulz d'enfer, que , pour nos pechiës , Dieu
a permis si longuement le sang de nous et de nos an-
œstres suchier. Lesqueles choses , vaillans hommes,
jusques à quant le souffrirons ? Advanchiés vous, mes
amis ; car jà il me semble veoir leurs corpz , oingz de
sang , chancelier devant vos piedz et rendre les doul-
lentes âmes , avec leurs richesses , sans quérir autres
que vous pour possesseurs. Vecy l'heure venue que
tant avons désiré ; commenciés , desoremais , à faire
sentir à vos adversaires combien vault la force de vos
bras. »
A peine eut le roy cessé sa paroUe, quant ses GompUces commencèrent par si grant efiroy à combattre et assaillir la ville, et les Sarrazins à deflendre, que c'estoit chose espovantable à regarder. Mais, en la fin, tel et si dur fut l'assault dont cristiens par diverses manières guerroierent ceulz de la ville, que le capittaine d*ycelle mist une enseigne dehors, en signifiance qu'il vouUoit parlementer. Si se tint chascun quoy ; et le Sarrazin, regardant le conte de Furron, misi main à la barbe , en signifiance qu'il se povoit
90 CRONIGQUES B'ENGLETfiRRE. [1471]
sceuremeoi aprocliier de lui : en quoy faisant , descendy prestement du mur et s*aproclia du dit conte ; si luy dist sou intention, laquele le conte recorda au roy : lequel, son offre oye, s'i acordoit assez, adfin de escliiever la perte de ses gens et prévenir à la destinée de fortune' . Mais le duc Guy Marus, et tous les autres seigneurs qui enlour luy estoient , supplièrent qu'il n'en feist rien ; car ilz n'esloient point là venus en intencion de prendre ung grant tas de vuide muraille. Adont, le roy, voiant comme tous les siens de contraire oppinion , fist retourner le Sarrazin et assaillir la ville plus fort que devant. Ouquel assault, fort et terrible [de tous deux costés], persévèrent tout ce vendredy; et tant exploitèrent les cristiens par assiduele dilligence , que le samedy, au matin , avoient jà abattu une tour et ung grant pan de mur. Si commencèrent à entrer par là en la ville, atout la bannière du roy de Portugal desploiee, et abattre et tuer Sarrazins. Puis, par autres diverses parties de la muraille, montèrent cristiens par eschelles, et tant que yceulz montans ouvrirent la porte ; et, adont, veissiés courir les ungz de chà, les autres de là , au plus grant dommage qu^îlz povoient de leurs annemis. Et les Sarrazins , à cause des rues qui estoient estroites et en plusieurs lieux tortues, se deffendirent vaillamment, et misrent grant paine pour y cuidier résister; mais tout ce riens ne leur valut ; anchois les convint, en fin, tourner à la fuite. Et entre les aigrement poursievans estoit le conte de Marialne, prince vertueux , qui tant les coita
I . Var. : c La perte de ses gens et Tinegale jugement de foitiine. » {V^nds Sorhonme^ n« 433.)
[U7I] SIXIÈME PARTIE, UVRE VI, xxiy. 91
que grant nombre d*eulz s^embarerent en la Mus* quette, c'est leur église, cuidant illec estre à saulvelé. Ouquel lieu , espérant que ses gens le sievroient, se boulta entr'eulz, comme le loup es brebis, frapant et abattant Sarrazins qui aigrement se deffendirent, où il fist des armes larguement ; mais, en la fin, tout mat et hors d'allaine, fut abattu et occis, dont ce fut grant dommage ; car, à ce que les Sarrazins mesmes en racontèrent depuis, ung Rolland n'en eust peu plus faire: et bien se moustra.en ceulz que là on trouva entour luy, les ungz mors et les autres navrez, en grant quantité.
D'autre part, la plus grant partye des cristiens s'estoient prins à assaillir le chastel ; et, pour ce qu*il estoit fort et basty de bonne muraille, gamy des grosses tours et de plusieurs vaiUans Sarrazins et Genevois, faisans grant resisteuce auz cristiens, et leur donnoient beaucoup à faire ; mais , neantmoins, tant furent les Sarrazins pressez du très dur assault des cristiens, que le capittaine qui, comme oy avez, avoit, le jour devant, esié devers le roy, mist dehors un blancq penonceau, en signifiance qu'il requeroit sceureté pour parler d'aulcun apointement. Pourquoy le roy fist cesser ses gens tant qu'il eust oy la parolle du Sarrazin, qui luy requeroit qu'on les laissast aller leurs corpz saulfz, [et qu'ilz luy renderoient le chasteau] : ce que le roy avoit aucques acordé, quant Sarrazins recommencèrent à tyrer sur cristiens, dont le roy fut si courouchië qu'il convint le payen retourner sans autre chose besongnier, combien que moult envis. Et puis fist le roy l'assault renouveller, où aulcuns gentils hommes s'esprouverent si vaillamment , qu'ilz mon-
92 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1471]
lerent sur les murs du dit chastel; mais ilz y trouvèrent si grant defTeDce que entrer n'y povoient. Et, adont, le roy, trouvant plus grant resistence qu*ii ne cuidoit, délibéra admonnester auz Sarrazins partir de la place, leurs vyes saulves. Et sur ce pas, les ungs dient que le roy y ehvoia le conte de Montsaint^, et autres dient que le mesmes conte requist au roy d'y aller pour demander le butin qui y serroit trouvé. Lequel conte, estant appuyé sur le mur dudit chastel, parlant de cest acord , fut féru d'une lance en la gorge, dont il chut mort par terre , quy fut grant perte pour les crisdens; cai* c'estoit ung très vaillant chevallier, de grant sens et conduite , qui moult honnourablement avoit servy le roy. Et aulcuns dient que les Sarrazins mesmes firent la requeste au roy qu'il leur envoiast ung noble homme de son sang, pour lui rendre la place , auquel le dit conte requist instamment d'y aller : ce que le roy luy refusa^ tousjours soy doubtant de trahison. Mais, enfin, tant le importuna de ses prières qu'il le laissa aller , et que, luy entré dedens le chastel , il fut tué par ung Genevoix , comme il estoit ordonné par les destinées que les Genevois quy, par avant, avoient tué le père, maintenant tuassent le filz.
Lors le roy, terriblement courouchié de despit pour la mort du conte ainsi trahiteusement murdry, fist plus fort combattre et assaillir le chastel que devant ; telement que , par force , ses gens y entrèrent, dont fut l'un des premiers entrans dom Rodrigue, filz naturel du dit feu conte, atout ses gens , où hardiement vengèrent la mort de leur seigneur; car tous les
i. AlTarès de Castro, comte de Masanto, camérier major da roî.
[1471] SIXIÈBf£ PARTIE, LIVRE VI, xzit. 93
Genevois et Sarrazins qu'ilz y trouvèrent misrent à J espee*
Ainsi, comme vous oez, fut prinse la ville d'Âzille et faite cristienne, qui longtempz avoit esté payenne, par ung samedy, jour de saint Berthelemieu , xxnn* d'aoust mil Ilir LXXI '. Et lendemain, qu'il fut dimence, Tarchevesque de lixebonne chanta messe sollempnele en la musquette qui fut des Sarrazins, en grant joye de tout Tost; et le nomma on Saint Berthelemieu, en la mémoire du saint au jour duquel elle avoit esté prinse. Sy furent illec mors xvn'' cristiens, et des Sarrazins deux mil vn' lxxv. Entre lesquelz fina ses jours [vieulx] Jacquelaires , le meUleur capittaine et plus renommé chevallier d'Auflricque, et l'un des grans princes d'ycelle terre. Et les prisonniers furent nombrez à v"; entre lesquelz estoient deux femmes et ung filz à Morleghet*, qui est ung grant prince ou royaulme des Fez , et ung très grant capittaine; et, à ce qu'ilz dient, c'estoit la plus belle créature qu'ilz veyrent oncques, dont le dit Morleghet fut très doullent. Si envoia tantost supplier au roy qu'il feist garder ses femmes , filz et chevalliers, sans faire part à nulluy, ne les mettre avec l'autre butin, jusques à ce qu'il eust parlé à luy. Au sourplus, qu'il lui pleust consentir que il luy venist faire la révérence; laquele chose le roy luy acorda^ et l'atendoit au disner. Et le dimence aprez , les Sarrazins des villages d'entour Azille, quy sont environ de xv™ maisons, se vindrent,
i. Le récit de cette expédition aurait dû être placé à la fin dea Cfaronîqoes de WaTrîn, puîfqne la pièce qui les dÂt est datée dn S9 mai 1471 . Le mannscrtt Fonds Sorbomu n» 433 soit Tordre chronologique.