‹ Anchiennes cronicques d'EngleterreChapitre 1 sur 128 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

1 294 . Cy commence le VI' et darrenier livi'e de ce présent voUume, lequel contient xxxii chapittres^ ou premier desquelz il parle comment le roy Edouard fut trahis par son frère le duc de Qarence et le conte de Warewic. Chap. I.

Quant doneques le duc de Clarence et le conte de Warewic se furent partis de Londres, eulz et tous leurs genSy ilz ne s'arresterent tant qu'ilz \indrent à Northanton : auquel lieu leur vint au devant le conte de Wilbic, qui leur présenta le seigneur de Herbert et sou frère; puis, quant ilz furent amenez devant le conte de Warewic, ilz encommencerent à parler ensamble de gros languages, tant que le conte de Warewic commanda que on les emmenast morir. Et ainsi furent ces deux bons chevalliers livrez au peuple qui piteusement les lapidèrent.

Quant les seigneurs dessus nommez furent mors, et

4 CRONIGQUES D'EKGLETERRE. [1469]

Ao roy fist le conte de Warewic grant' chiere, sans luy faire mal de son corpz; mais^ pour s6y tenir sceur de sa personne, lenvoia au chastel de Warewic, et luy bailla gardes qui chascun jour le menoient esbattre où il plaisoit, là entour, au moins à une lieue ou deux*.

1 . Ls récit de notre chroniqoeur, et ane autre Tenion de la prise d*Édouard après la bataille de Banbury (yersion que dous rapportons* à la fin de la pré^nte note), Tiennent eu aide à Targuroentation de Lingard contre ceux qui mettent en doute Temprisonnement du roi. c Les écrivains modernes, dit-il (II, 572, note 2), ont repoussé avec dédain la captivité d'Edouard. Hume dit que les documents la contredisent. Carte et Henry la déclarent incroyable et romanesque; mais quand cela serait, ils auraient dft expliquer, ce qui, en ce cas, serait plus inconcevable, la mention quVn font presque tous les écrÎTains du temps, étrangers ou nationaux , même Comines (III, 4), qui dit tenir les principaux incidents de l*liistoire d^Édouard de la boucbe d'Edouard lui-même, et Tannaliste de Croyland(551), qui était fort avant dans la confiance de ce monarque. Les arguments de Hume sont : 1^ que les documents dans Rymer ne laissent aucun intervalle pour Temprisonnement d'Edouard en 1470; et 2o qu'il n'eu est pas fait mention, comme on Teût fait s'il ayait eu lieu, dans la pràclamation d'Edouard contre Clarence et Warwick, de la même année. Mais, en premier lieu, il s'est niépriç sur la date de Temprisonnement, qui ne fut pas en 1470, mais en 1469 {ed mlate qu» contingebat anno nono regts^ qui erat annus Domini 1469. Coht. Crotl., 551); et, en second lieu, la proclamation ne dey ait point en parler, attendu qu'elle se borne à Ténumération des seules offenses qui avaient été commises après le pardon à eux accordé à Noël 1469. (Rot, ParL, VI, 233.) Mais il existe un docament qui met la réalité de l'emprisonnement bors de doute, la condamnation de Clarence dans laquelle le roi énumère parmi ses offenses « d'avoir compromis la royale dignité, personne et vie c du roi en étroite garde, le privant par là de toute sa liberté, après ff avoir occasionné de grandes commotions. » (Rot, Parl,^ VI, 193.) Je dois ajouter que dans les documents de Rymer pour 1469, il y a un in» tervalie suffisant de trois mois, du 12 mai au 17 août, époque qui est précisément celle assignée à Tiusurrection et à l'emprisonnement. »

Voici la version que fournit le manuscrit fonds Dupuy : « La bataille commença fiere et mortelle, à grant eflnsion de sang ; mais enfin le roy le perdit et y fut prins luy meismes, le seigneur de Rivières aussy, son filz second et plnseurs aultres, lesquelz prisonniers furent menez deyant

[1469] SIXIÈME PAjIffis, UVRE VI, ii. 5

1295. Comment le duc de Bourguoigne envoia unes letti^es au majeur de Ix>ndres. Conlment le conte de Warewic envoia le rby Edouard à Londres, et comment les Lon^ d4ens le recheurent à grant joye. U.

Le dusc de Bourguoigne, adverty de celle descomfiture, escripvit prestement au mayeur^ et peuple de Londisi^s. Si leur fist, avec ce, dire et remonstrer comraent il s'estoit alyez à eulz en prenant ^ar mariage la seur du roy Edouard , parmy laquele alyance luy avoient promis estre et demourer à tousjours bons et loyaulz subgectz au roy Edouard, et luy, duc de Bourgongne , leur avoit aussy promis de les , en ce , ayder et secomrir jusques à la mort : laquele chose il estoit. prest de faire se ilz vouUoient entretenir leur promesse; et, s*ilz ne lui entretenoient ce que promis avoient, il scavoitbien qu'il en devoil faire. Lequel maisre de Londres aiânt reclieu les dites lettres du duc, assambla le commun de la cité , et là les fist lirre pid)licquement. Laquele lecture oye, le commun respondy, comme d'une voix , que voirement voulloient ilz au duc de Bourguoigne entretenir ce que promis luy avoient^ et estre bons subgectz au roy Edouard.

Le conte de Warewic, adverty de ceste chose, doubtant que le commun d'Engleterre ne s'esmeust contre luy à cause qu'il tenoit ainsi le roy comme prisonnier, faignant qu'il ne sceust riens des dites let-

le conte de Warwich en celle place où il estoit ; lequel tout incontinent fist trencher la teste an seigneur de Rivières, à son filz et à pluseurs anhres des pins prirez et des millenrs amys du roy. Au roy ne fist il nul mal. »

f . John Yonng était maire de Londres en juin 1468. (Mxcerpta h'ut , p. 203, note \ ,) Peut-être Tétait-il encore en 1489.

6 GROmCQUES ffl^GLETERRE. [1469]

très ^f dist ung jour au roy que bon serroit qu*il allast à Londres pour soy monsirer au peuple , et visiter la royne sa femine. A quoy le roy, qui ne demandoit autre chose j respondy qull le feroit moult vouUentiers. Et lors le conte, par une manière fainte, rescripvi auz Londriens que le roy les alloit veoir, et qu'ilz lui feissent bonne chiere et le plus d'honneur. qu*ilz pourroient; et que par ce povoit on bien parchevoir qu il ne le tenoit mye prisonnier, ainsi que aulcuns le disoient*. Si le recheurent lors ceulz de Londres moult

i . Vaa. : c Le comte adTerti ào$ lettres que le d«c de BourgoiagaetTott eoToyeet aa mayeor de Londres et au commun, soy tenant lors assés prêt de Londres, en ung chaalel où il tenoît le roj Edouart prisonnier, n<m pas estroictement, ains poroit aller jouer et esbanoier lllec entourjfiyec les gardes que Warwich ayoit mises sur luy, ayac lesquels il retoumoit toutes nuictz arec eux ou chastel Warwich. Donc» faignant qu'Une soeut rien de ces lettres, etc. s (Us, Fonds Dupujr.)

8. « L'explication que l'on donne généralement de Pérasion d'Edouard (dit Lingard» H, tt73, note), est que Tarcheréque lui permettait de chasser, et qu'un jour qu'il se Uvrait è cet exercice, il fiit enlevé par ses amis. » (Haix. , 303) . La mienne est fondée sur l'autorité préférable de llûstorien de Groyland, q<û, tout en considérant la dâivrance du roi comme presque miraculeuse, affirme néanmoins qu'elle eut le consentement ex* près de Warwick. Prmter omnem spem pêne miraeuiotè non tàm eimsii^ quàm Je expretso ipsîus eomitis consensu dinùssus est^ p. SSl . Stow menlionne les promesses d'Edouard , et dit qu'il resta à York jusqu'a|H^ l'exécution de Sir Humphrey Nevill, p. 4Si. Il y a dans Fenn une lettre sans date, qui, je crois, se rapporte è cette époque. Elle relate le retour du roi d'York à Londres en compagnie de l'archeiréque, qui, toutefois, n*eut pas la permisûon d'entrer arec lui dans la capkale, mais reçut l'ordre de rester au Moor, sa résidence, dans le Hertfordshire. Le comte d'Oxford, Lancastrien, fut traité de la même manière, — c Le roi, ajoute l'écriTain, parle bien lui-même des lorda de Glarence et de Warwich et de my lords d'York et d'Oxford, disant que ce sont ses meilleurs amis, mais les gens de sa maison tiennent un autre langage, de sorte que ce qui arrÎTera bientôt, je ne saurai le dire. » On Toit que notre chroniqueur s'accorde parfaitement aTec l'historien de Croyland sur U conêentêmênt rxprès d€ Warwick. (Fsirv, I, 294.)

Digitizfed byCjOOglC

[1469] SIXIÈME PARTIE, LIVRE VI, n. 7

lyement, tenans lés plusieurs, par ce, que le conte de Warewic n'avoit pas touIIu grever le roy , pourveu encores qu'il n'avoit pas esté à la* battaille^ . Tantost aprez, vint le conte de Warewic à Londres, où il assambla le commun et leur fistbien croire , par ses parolles , que tout ce quy estoit fait avoit esté pour le seigneur de Rivière et son filz defunctz seullement , qui avoient levé grans finances sur le pays , voire par Taccord des Estas, pour d'yceulz mettre sus une grosse armée et aller en France concquerre le royaulme qui estoit leur héritage; dont ilz n'avoient riens fait; ains avoient les deniers despendus à leur voullente, parquoy ilz avoient mort desservie. Et tant allégua le dit conte d'excusations qu^on se contenta de luy; et le roy mesmes luy pardonna quancques il avoit mefTait , tant à sa personne comme à son beau père et autres, combien que le roy se parcevoit assez, à la vérité, qu'il ne procedoit point envers luy de bonne foy *.

i. Vab. : ■ Ceulx de Londres receurent leur seigneur à grant honneur, et leur sembla, par ce moyen, que le conte ne Pavoit point touIu grefter, pour ce meismet qu*U n'avoit point esté à belle battaille. »(Ms, PonJs DiÊpmjr.)

2. Vab. : ff Par tdles parolles et cautelles du conte de Warwich le poeuple fut si oontent de luy que, voulsist le roy ou non, il convint qu'il pardonnas^ tout oe qa*i| luy avoit fait, tant contre sa personne comme contre son beau père et aultres. Voirement estoit ce grant malice et faul* seté à oe conte de Wai^ ich de volloîr faire entendre au poeuple d*Engleterre qu'il ponrchassoit le bien el; l'honneur dq roy Edoaart et du royalme» et neantmoins il ponrchassoit soy allier au roy de FraMot pour dcstruire 1« roy Edouart, comme la fin le monitia depuis; et teliemeat que, une fois entre les aultres, il descouTri son corage et s» vanla publioquement qu'il avoit fait le roy Edouart de k Marche , mais il le defh^oit quant il vouldroit, et feroit couronner son frère» le duc de Clarence, qui avoit sa fille espousee. Po«r ceruiu 9u;i5i le eust (ail par Tayde du roy de

8 GRONIGQUBS D'ERGLETERAE. [i470]

1296. Gomment non obstant/pie le roy Edouard eust pardonné au conte de Warewic, si poursiery il son emprinse adfin de le deflaire. UL

Non obstant ces apointemens et pardonnances, lé conte de Warewic, quy ne pensoit nulle loyaulté devers le roy son seigneur, se party tamtost de Londres % et fist très grant commotion de peuple, par le moyen du duc de Clarence , de messire Richard de Wellus*, de messire Robert son fils*, et leurs adhe* rens, lesquelz tournèrent tout le peuple en sédition de resveschié de lincoUe, contre le roy Edouard; lequel, de ce adverty, se mist de rechief en armes, et se tyra auz champz, atout le plus qu'il peult finer de gens. Si se traisl celle part, et les trahittes se penoient joumelement d'atraire les autres peuples du royaulme à leur maulvaise querelle ; allegant que le roy, en personne, tenoit les champz pour les destruire et leur tôlier leurs terres et possessions : ce qui ne faisoit mye à souffrir. Laquele chose estoit faulse menchonge; car comme parvers, desloyaux et plains d'ingratitude sans quelque cause , aprez que le bon roy Edouard, de sa bénigne grs^ce, leur avoit tout pardonné, conspirèrent de rechief sa totale destruction et de ses loyaulz subgectz.

Le vi' jour de mars, doncque, ou dit an lxix , le roy

France, n'east esté la cnûncte da dac de Bourgongne, et les lettres qa*il envoya an mayeur et an commun de Londres lesquelz Tolloient tenir leorement ce qu'Uz avoîent promis, ou par amour ou par craincte. » (Us, Fonds Dupujr,)

!. Il se rendît à Warwick le 7 mars 1469 (v. s.). (Cahtb, H, T79.)

Page 1