‹ Anchiennes cronicques d'EngleterreChapitre 19 sur 128 · Jeanne de Bar · texte numérisé non relu

Jeanne de Bar

[1471] SIXIÈME PARTIE, LIVRE VI, xvm-xix. 59

pour les causes contenues ou mandement de ce faisant mention.

1312. Comment messire Phelippe de Crevecem' entra soubtillement en Abbeville. Comment le conte de Dampmardn entra aussi dedens Roye. De la rendition de Mondidier; et conmient Amiens se rendy francoise.

Le xmi* jour de jenvier, an LXX , messire Phelippe de CreveceuTy seneschal de Boullenois, qui avoit en chaire quatre mille hommes de guerre de bonne estoffe, de par le duc de Bourguoigne, qui, atout yceulz, estoit logië es faubours d*Âbeville que on dist Rouvroy, pour doubte que les François ne se boutassent en ycelle , comme ilz firent à Saint Quentin ; car le commun estoit plus pour le roy que pour le duc : lesqueiz avoient refusé au dit messire Phelippe de le mettre dedens ycelle leiur ville , disans qu ilz le garderoient bien et ne voulloient avoir garnison de Tun party ne de l'autre.

Or advint que, yceulz estans ou dit Rouvroy, dix ou douze compaignons d*ycelle routte, dont Anthoine [bastard] d' Auxi * estoit conducteur, s'en allèrent disner eu la ville, du gré des portiers qui congnoissoient le dit Anthoine, bastard d'Auxi. Et y alloient comme tous les jours, puis les ungz, puis les autres; mais ceste fois, droit à l'heure que chascun disnoit, ceulz cy, faisans signe de partir, occupèrent la porte et tindrent les portiers si court , que messire Phelippe de

i . Antoiney bâtard d*Aaxy , seigneur delà Tonr, fils naturel de Jean, IV du nom , bcr et seigneur d'Auxy , et de Felice de Bfarchant, deyint capitaine des archers de l'empereur Maximilien. (AirsiucB, VUI, 108.)

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Creveceur et toute sa compaigoie, qui de leur fait estoient advisez, yiudrent sur ce point à la dite porte, qui estoit ouverte, si entrèrent tous dedens, en bonne ordonnance ; lesquelz furent maistres de la ville à pou de contredit, dequoy le duc fut grandement joieuz, et non sans cause , car ce lui touchoit grandement.

D'autre part, le conte Dampmartin', grant maistre d'hostel du roy de France, à grant compaignie de gens d'armes s'en alla devant la ville de Roye, où il somma les habittans d'eulz rendre au roy : ce qu'ilz firent à pou de contredit ; dedens laquele estoit , ou nom du duc de Bourguoigne, ]e seigneur de Poix ', filz du seigneur de Moreul , qui tout son tempz avoit tenu le party bourguignon loyaulment; mais son dit filz, que plus n'en avoit, lequel recepvoit les guages du tluc et estoit ung de ses chambellans, rendy la ditte ville auz dis François sans grant refus, et luy mesmes se tourna

1. Antoine de Ghabannes, comte de Dampmartin. Mort le 95 décembre 14S8. (AjftRLMB, Vm, 382.)

3. Jean de Soisaons, seigneur de Poix, fils de Valeran, seigneur de Morenily quitta le serrice du duc de Bourgogne en 1471, et entra à celui de Louis XI. Ce prince lui rendit, en 1473, tous les biens de son père qu'il ayoit confisqués pour avoir tenu le parti du duc de Bourgogne. (Avselmb, YI, 719.) Louis XI lui fit don, le i 1 noTembre 1 471 , de la somme de 800 1. (Bihl. imp,, Mss., Fonds Gaignières, n* 771, page 170.) Son père n'était pas mort à cette époque, car le roi ne lui donne pas le titre de seigneur de Moreuil (Voy. tome II, 355, note 3.) Jean vivait encore le 6 juin 1478, ainsi qu'on le voit par des lettres qu'il adresse au premier sergent royal de la prévôté de Troyes, commençant ainsi : a Jehan de Soissons, chevalier, seigneur de Moreul^ de Poix, Desquesneset de Mareul, conseiller, chambellan du roy nostre seigneur, et son bailljr de Trojes^ commissaire en cette partie , au premier sergent. Té veu les lettres de remission desquelles la teneur sVnsuit. » Ce sont des lettres accordées par Anne de Beaujeu, lors de son entrée dans la ville de Troyes, à Jacques Brulefer, accusé d'avoir tué un religieux. {BibL imp., Mss., Fonds Dupt^Xf no 774, fol. 35 recto.)

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du party royal ; dont son père fut si troublé ' qu'il jura que, s'il le povoit tenir, lui mesmes Focciroit, qu'il le desavouoit pour son filz , et que jamais n'auroit riens de ses héritages. Puis s'en allèrent yceulz François devant Mondidier, dont estoit capittaine le Bon de Rely % chevallier, avec luy aulcuns autres, de par le duc de Bourguoigne, devers lequel ilz envoierent pour avoir secours, disant qu'ilz se tenroient bien vu ou vni jours, s'il luy plaisoit. A quoy le duc respondy qu'ilz feissent le mieulx qu'ilz pourroient, et que il n'avoit pas ses besongnes prestes pour les secourir si brief. Combien que ceulz de Mondidier, hommes ne femmes, ne voulloient entendre à la rendition, pour ce que, passé si long tempz, avoient tenu le party de Bourguoigne, touteffois en fin , ymaginant ceulz de la ville que l'année devant avoient esté tous ars, et aussi que ilz n'auroient de long tempz secours, se rendirent au roy : si se retrayerent les gens d'armes devers le duc, leur seigneur.

Environ l'entrée de febvrier, l'an dessus dit, ceulz d'Amiens» sachans comment ceulz d'Abbeville avoient esté sourprins , ilz firent vuidier de leur ville le sei-

1. Le même fait est raconté par le seigneur de Haynîn (II, 178.) < Le sieur de Pois, £Qs du sieur de Moreuil, rendy Mondidier, et se rendit fransois, au grant desplaisir de son père qui avoit toujours esté et estoU bon Bourghegnon. >

3. Martin, seigneur de Rdy, surnommé par tons les chroniqueurs ie Mom dé Refyj conseiller et chambellan du roi, fait chevalier en 1441 à la prise de Pontoise. Mort en 1491. (La Mobuàrx, page 978.) U était an nombre des seigneurs qui accompagnaient Charles VII à son entrée dans Rouen, eu 1449. (Mathizu d*Esgouoht, X, 219.) Il passa depuis an service de Charles-le-Téméraire : on le Toit compris sur le rôle de paiement pour U fait de la guerre ^ dans le compte rendu, du 1^ janvier au Zi décembre 1468, par Guilbrrt de Ruple, argentier du duc de Bourgogne. U

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environ ce tempz, les François d^Âmiens concc}uirent quarante ou l compaignons des gens du seigneur de Creveceur, en une forteresse» [le chasteau de Boves], lesquelz ilz occirenttous, excepté le capittaine dlceuz, lequel ilz detenterent prisonnier.

1313. Comment le seigneur de Renty s*en alla rendre francois. Comment le duc vie Bourguoigne s'en alla logier à Contay, et d'illec à demye lieue de Amiens : puis parle de la prinse de Picquigny, et d'autres choses. XX.

Le xv« jour du mois de febvrier, ou dit an, le seigneur de Renty ^, aisné filz du sire de Croy, auquel de Renty le duc avoit rendu ses terres et ycelluy fait son chambellan , et lequel pour lors estoit en garnison à Peronne avec le seigneur de Ravestain , messire Adolf de Cleves', auquel de Renty le duc avoit grant fyance, si luy avoit baillié ordonnance d'environ Lx lances ; mais , neantmoins , en faisant manière d'aller courre sur les François, luy et sa compaignie issirentde Peronne, et tantost qu'ilz en furent eslongiés, il dist à ses gens, entre lesquelz estoit le seigneur du Reux ', son frère mainsné : « Qui m'aime, si me sieve ; car je m'en vois à Ham , devers mon beau père le conte de Saint Pol , connestable de France. ^ Si s'en allèrent avec luy v ou vi hommes d'armes, et environ XX archiers. Son frère et ton? les autres s'en retournèrent à Peronne , moult desplaisans de ceste

1 . Philippe de Croj, seigneur de Renty ; ses biens forent confitqaét en 1476. Mort en 1511. (Anselme, Y, 638.)

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