‹ Anchiennes cronicques d'EngleterreChapitre 69 sur 128 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Comme nouvellemeDi me soient advenus pleurs, angoisses et empirement pour la mort du très excellent prince Tauguste duc Phelipes, le grant lyon, le grant duc de Bourgongne, le pillier de llionneur de France et la perle des princes crestiens, et que, avec le grant interest que je y avoye, je consideroye aussy la perte universelle qui s'en faisoit entre tant de haulz nobles hommes ses serviteurs et ausquelz la vie désormais, par samblant, estoit ennuyeuse et désespérant; à ceste cause, moy voeuUant donner lieu à ma doUeur^ et pour icelle tant myeulx povoîr démener à par moy, fut en pleurs et en regretz, ou fut en mains destordre, ou en paroUe, me mys seul en lieu clos; doncqz, comme doeul droit là démené à mon aise en longue espace me donnoit turbation en Tesperit, et, par la vexation trop longuement continuée, pesanteur en l'entendement et fatigue^ me escheit alors de me as-

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sommeiller. Et comme non tant seuUement la mort de ce noble duc, mon maistre, me avoit esté impectoree, mais egallement le grand doenl du très noble fils et héritier, lesquelles pesanteurs infinies tournoient sur moy par ceste mort, et lesquelles je avoye escogitees et maniées en mon entebdement, par amour que j'avoye envers luy, advint lors que je chey en vision estrange. Et comme je reaiment veisse alors des yeulx corporelz et non dormant, ce me semblmt, me trouvay en chambre close, là où estoit ce josne nouvel duc, le duc Charles, tout seul dedens, sur ung bancq assis, sans arme nulle et vestu de robe de doeul, ung bonnet seuUement en teste, qu'il pensoit et musoit durement, ne scavoye à quoy : mais prestement, conune se ce eust esté fantommerie ou chose d'illusion, me percheuz de multitude de personnages d'hommes et femmes qui droit là naissoient, et sans y estre entrez par huys, par fenestre, ne par toict, ne par soubzterre, en ung subit et tout à ung flot, et à tous lez, fenvironnoient et en prindrent saisine toute estroicte avoient touttesFois tant en veis ayans tous et toutes sur eux tiltres et escripteaulx en divers lieux^ parlesquelz donnoient à congnoistre leurs noms et leur estre, et desquelz aultre que moy en deduysani le mistere fera narration : tant seuUement me loist parler de deux, d'un jouvencel et d'une dame, dont la dame gisoit devant lui à genoulx avec ung miroir en sa main, et le jouvencel se tenoit droit devant luy, vestu de blanc sandal, à chevelure comme or et la face comme perle, lequel, comme je le perceuz le dernier et le derrain monstrant, et doubtoie bien que reffect de tout ce mistere, en la plus grant part, deb-

▼oit tourner sur luy, comme il fist, je oys alors et si le veys à Toeul, qu'il commença ceste parolle en disant:

« Charles, nouvellement duc de Bourgongne, prince de grant venue et de haulte attente, fils d'un père qui n'a pareil, et d'un duc dont le nom temist les couronnes, que siez tu droit cy et te maintiens morne et pensif, et es en dedens toy encombré, ce me samble, en l'esperit, et au dehors tout altère visiblement en tes moeurs et en tes manières? droit cy, à dextre et à senestre, t'environnent multitude de gens, diversité d'hommes et de femmes qui te travaillent, te estonnent les oreilles , te encombrent la veue et l'entendement, te tirent par le mantel et par la robbe, et^ couchié au lict^te hochent l'oreiller de ton repos. Les vecy,Charlesy les vecy : je les te monstre. Ce sont personnages de nouvel attire et de grant note, et lesquelz, posé que sambler porroit qu'il te deussent inférer passion, si sont ilz neantmoins de l'essence de ton nouvel estât et de la congruité aujourd'huy de ta haultesse. Regarde en moy, 6 prince pensif, reprens vertu et vigueur devers toy, et entends et prens escout à mon estre. J'ay, à mon cler entendement, luminaire et estor le plus précieux de Thomme, qui, en la perplexité où je te vois ahers et assis, quasy tout entrepris entre faire et non faire, te viens à confort et monstrer que là où maintenant, poeult estre, te tiens à vexé de ceste diverse gent non aprins^ tu tiendras à salut et grant fruicljfeur venue, et, cy après, la presse qui te livrent à grant joye : si ne te €»maye en riens, je te prie, ne de chose que tu voyes ne fais murmure. Touttes ces personnes droit cy ont leur nom, leur nature et singu-

222 CRONIGQUES D*ENGLETERRE.

liere opération à toy servantes, sont de ta nécessité hodierne et quasi ce mesmes que tu es, quierent ta personne et ton approce, désirent à estre veuz et ouys, et grant part de tes interiores vertus envers eux tournées. Leurs noms viendront cy aprez pièce à pièce, là où, par singulières qualitez, par doctrine, et, comme le presejit mistere requiert que je commence et que je le te declaire, expositeur ung après aultre; dont, et pour ce que une dame, entre touttes auUres, droit cy se est mise à genoulx devant toy, et, comme la dernière venue, se est approchié à toy par importun langage, désirant avoir le premier escout, moy argue aulcunement en son importunité. Et, pour ce que impression m'en est plus ague, feray mon commencement sur elle; et, jà soit ce que les aultres soient de substance ires grande et de grant eflect, et trop plus, poeult estre, que ceste, touttesfois, comme il convient avoir entrée en Gouttes choses et en touttes matières convenable addresse, ceste cy, la dernière venue, seja portière et ouverture à touttes les aultres : laquelle, comme je la trouve baptisée de propre nom, et, avec son miroir qu'elle te monstre, se nomme Cognoissance de tojr meismes. Et de ceste cognoissance, telle qu'elle est, et du fruict qu'elle t'a porté pareillement, et de son agréer si chauldement ta personne pour avoir le premier escout, et de la cause pourquoy, je te voeul assoufBre, si que il te plaise tourner cy à bénigne oreille et là où tu poeulx avoir diverse ymagination en cestuy acte, entens à la sieute du mistere. »

<c Cognoissance de toy meismes, doncqz, te vient premier adherdre; voire, et par samblant, voeult estre la première ouye, quant par singulier signe, à genoulx te

fait singulier honneur: et en est la singularité du faire, ce sembleroit, aussi de singulier mouvement qui à ce la maine. Si convient ainsy entendre qu'elle sent aulcune chose estre en elle, par laquelle elle entend te povoir donner singulier fruict et advantage aussy, en la déduction d'aultres choses de singulier efTect. Or, comme pour son dernier venir et de son ostencion droit cy porroit donner admiration de son importun semblant ne que à cela la porroit mouvoir si aigre, je, en son excuse, la declaire debvoir faire ainsy, et, devant tous aultres personnages, de combien haulte nature ilz soient, debvoir obtenir ton audience. Soyes en juge toy meismes et regarde que voeult dire le mot, et, le mot bien entendu, regarde quel lieu il doibt avoir em* prez toy, premier ou dernier. Le mot te admonneste que, pour entrée de tout salut et de tout bien, tu cognoisses etprende cognoissance de toy meismes, qui tu es en substance, quel tu es en fortune et en tous ac^idens ; et certes, quand tu le regarderas et considéreras, et vouldras cognoistre et entendre ce que tu es et quoy, ne dont tu viens et procèdes, et ce que tu es advenir en temps futur, ne fait aultrement à croire que de tout ce présent encombre droit cy de ceste gent que tu ignores que tu ne les sache bien desvoleper,et de tout ce que t'en poeult venir de fruict et de bien tu n'en saches bien faire ton preu*

« Â venir, doncqz, à cognoistre qui tu es ne quoy, tu poeulx dire et juger toy meismes que tu es le filz du plus hault duc de la terre, le plus illustre et le plus fameux, le plus reputë de mille ans en çà, et de qui, en cas de fortune et de haulx et glorieux fais, se debvra et porra plus escripre. Tu es doncqz le filz d'un duc de

234 CRONIGQUES D'ENGLETERRE.

BourgODgne, dont le nom a esté grant en Ion père : si estoit il hauk et redoubtaUe en ton grant père, le duc Jehan, et, tiercement et plus avant encorés, en ton ave, là où le oignon du royal lis dont tu es yssu prist ton essource. Quant doncqz tu regardes et considères que lu es celluy, et que tu &iz et encommences la quarte génération de tels glorieux hommes, qui si haultement et si glorieusem^ott ont régné en telle redoublance, quête doibt il sembler aultrement, fors que régner et prospérer sur terre te sievent et doibvent appartenir de nature, et aussy naturellement de tes pères, comme leur patrimosne ? Raison évidente y a et bon argument; car, de ce dont séparation n*a esté faicte en ton ave, en descendant, aius annexation plus et plus ferme de père en filz, c'est de haulte fortune àhaulte maison, ne se fera point fait espérer en toy le quatriesme sep, le grigneur des aultres. Considère meismes en quoy et pv quoy ils ont régné et dominé : ceste vertu, tu en as aussy devers toy la possession et habondance. Ton ave, filz du roy Jehan de France, en la dignité de sa nature se acquist par commune voix le tiltre du bon duc; et, combien que touttes aultres vertus y estoient, cesUiy nom seuUement luy estoit attribué par une preminance sur les aultres de son temps, car sa bonté vaincquoit et passoit toultes aultres par singulières oeuvres, Luy, le plus josne et dernier des quatre, florissoit et parcreut : et se disposa et tourna son entendement à preudhommye à touttes ses oeuvres, et conclusions à rintegrité de ce royalme et de publicque salut : avoit le cœur à l'honneur de Dieu et du sien, et, en ce regard, gouvernoit seul ce royalme dessus son frère, et portoit le trosne de France, dont il estoit pillier,

APPENDICE. 2i5

dhl*** ®*'*"^- ^° *"y «« maintenoit beaulté et preu-

en "n"^*' «^verence vers Dieu et envers son tronc; et,

^ ceUe qualité, il mérita bénédiction, non pas de Dieu

» seullement, mais des hommes, et de quoy les rays

MKîores redondent et resplandissentsurtoy.Viat après

y Je noble duc Jehan, son successeur, prince de repu-

on fres excelse, ne forlignant ne soy estordant des

e»^ de son père, ne de ses moeurs; mais, par contrai-

j <*°«cques fortunes, drcui de tribulations et de divers

angiers, fut compellë et constrainct de régner tout son

^ mps en armes, efforceement encontre ses ennemis, et,

quoi lesgreigneurspers de France, ses contraires, ne

pooiem mettre remède, tenoit François soubz sa vergue

«-ngletz en Bliere. Si n'avoit en luy délicate condition

e naolesse de char par quoy, à toutte heure, jour et

et, ne fiit prest à belliqueux encombre, avoit grant

f ."* ®* P«" <*e vices, véritable et prompt à tout bien

^w-e : dont enfin, par envie et par doi, il enchei en pi-

no ^n^T*****"*^^**"®"^ pourlui,ainsy perpétrée, que

ou. ue luy saiUy, et aînsy le vault Dieu, le grant iyon

^auc ton père, ceUuy en qui Dieu a doublé et mys

Quilîl- |»«nedictions de ses deux pères passez, et de

hauh ^^ ^^^ comprendre de reciter et raconter les

vent«lf'^*'*';.*'°^"^^^ béatitudes et glorieuses ad-

eVml • T^ P^'^^P*^ el longuunes régions, livres LZZT ^^.^««««"«s sontcSlez et pleines, ce ^»ero.t trop esJongnance de ma voye et de ma maa^v'Z' *"" ? *^"«''-« »>i«n dire, et moy je l'ose rS '^™ ^ ^***"fi««- «n ses vertus, et desquelz tf avrnlrr'T""^ "^'^"^ «* l«« hommes. En la terre a^oit nul plus beaulx hommesde luy, ne myeulx doë.

â26 CRONIGQUES D*£NGLET£RRE.

plus cler ne plus eslevé en fortune, ne à qui fin a esté gardée de meismes à la nature de son règne. Que diront de luypoeupleSy ne que porront dire nations voisines ne foraines ? n'est mort icelluy seul, qui a esté en la bonté et recommendation de tout Iemonde,etdequi, pour la félicité de sa personne, pour la transquilité de ses terres et pays, pour Faiïluence des biens en iceux, pour la grande extencion de ses terres, pour ses victoires et battailles et haultes conduictes en guerre et en paix les hommes ont fait admiration, le ont déifié quasy entre aultres hommes, et le ont volu recognoistre quasi meilleur que homme. Or est il fine comme ses pères et t'a laissé en son lieu son successeur, il avoit glorieux pères et très fameux par devant luy, et luy ne a point empiré leur tiltre dont il te soit moindresse : il te a laissé seul leurs trois béatitudes, leurs trois bénédictions et grandesses dont leurs règnes ont esté esterez. Il a laissé le règne d'un preudhomme, ton ave, le bon duc et le sage, le bien voulu de tout le monde, le sens, la beaulté de France et le parement, et l'honneur de crestienté en son temps : il a laissé en ton decorement encore le règne du plus vaillant prince de regnans, celiuy à qui fer estoit annexé à sa char conune par nature, qui oncqz ne craignit effort, ne à qui peur oncqz ne donna mutation, et lequel, puissant en règne comme son père, le ensievant de ses moeurs et conditions, ne luy fist point de blasme. Puis est venu ton noble père, jà dedunct, que Dieu absolve, et t'a laissé le sien règne avec le decorement de ses pères. Quel? certes de tous celiuy perce les nues et transvoUe, et circuit les grandes mers, celiuy dont il n'est nul pareil ne semblable entre les Toys, ne entre les empereurs

qui y approche de long temps. De celluy haultement régnant tu es Tunicque filz, et de ceulx glorieux hommes tu as receu trosne et règne. Tu es doncqz ton ave, le très cler viellart, de qui tu empruntes splendeur, et tu es le très redoublé prince ton grant père , de cuy main tu Faugmentes; et tu es ton père, le souverain de tous, en cuy gloire avec la tienne lu m'esblouys la veue, en luy tu rechoipz les trois bénédictions passées, trois cleres fortunes de félicité et telle multiplicité de grâces, que je ne scay se mieulx en loist le taire que le dire : le dire en pouroit tourner à excez et le taire à non reprise. Qui doncqz ce vois et te cognois tel homme, tel prince si glorieusement dirivé , de tronc en tronc, par père du glorieux trosne de France , par mère du royal tronc de Portugal, cler comme estoille, et en as la sieute et les haultes possessions, les honneurs et les aornemens du monde, avec infinité de biens, et te vois josne prince, florissant et vert, bien doé de nature et excellentement pourveu en dons de grâce, nulle pari ayant voisins ne ton pareil, que doibs tu juger de toy aultrement, fors que tu es celluy seul en la terre le plus heureux et de qui Dieu, par bénéfice receu, doibt avoir de grâces ? N'y a roy en la terre, tant en dis je bien, de si hault coeur que tu es, ne de qui la fortune me samble estre reculée empres la tienne. Si, touttesfois, aulcuns d'iceulx te précèdent en dignité de couronne, tu en précèdes pluseurs et beaucoup en dignité de plus hault tiltre; tu as en toy la meule de leur envie, et sur laquelle ils aguisenl leur convoit : c'est le hault règne de tes pères, duquel , touttesfois , comme ils s'en sont glorieusement chevy, tu te cheviras à leur exemple et y mettras peine.

2i8 CR(»ÎICQUES D*ENGLETERRE.

(c Comme doncqz tu cognois présentement et sens qui tu es en puissance et en gloire, et de qui tu les as tirées, et cognois aussy que à ung tel et si très hault homme, et en telle dignité comme tu es, il y appartient avoir pensées et opérations de meismes, avec saine et bonne volunfé en bien, non merveilles, certes, se toutte ceste gent droit cy, qui sont connaturelz et une naeismes chose avec toy, te circuisent et adviromient, et* te donnent presse et vexation en ton esperit, chacun selon sa nature; car n'y a nul qui, en sa présentation devant toy et en son office faire, ne te serve et profitte. Exemple : velà Soing^ ce bon chevalier, homme très agu et pressant, ensemble Souss/j son frère, avec leur soeur, dame Cure^ qui te naissent de l'ame tous trois, et te viennent soliciter le coeur et les esperis de ton affaire. Certes et ce font iizdeuement et bien, comme qui poisent et regardent, au jourd'huy, que soing et soussy, grant cure et grant solicitude te doibvent estre prochaines, et tenir touttes les veines de ton cœur enferrées en leurs ferremens ; car en accroissement de seignourie sieut . voluntiers mutacion de corage , du meismes à Testât. Qui est en la terre celluy qui ne dit que curieux soing et grant soussy, au jourd'huy, ne te soient propres et de ta nécessité, et quasy impossible de les te fortraire, quant tu as le fardeau de Thonneur du monde entre les mains, la clef poiu* clorre et ouvrir humain salut, et l'auctorité de povoir faire ou deffaire ta propre bénédiction et Taultruy ? Voirement, et non sans cause, te duict bien cy avoir cure et grant soing' comment tu besongneras en ces trois choses, et comment tu tiendras en estât l'ancien édifice que tes nobles pères y ont fondé dessus. O non plaise à

Dieu qae ce ne te soit immobilement en Toeul, et que ce glorieux édifice, de si longue main fabricqué et faict, tu n'ayes plus chier que ta vie! Tes pères, helas! le ont cuydé ediffier perpétuel, et tu, se Dieu plaist, ne frustreras point leur haulte expectation par petit y entendre.

w Vient après ces trois cy ung aultre, et d'aultre présentation, et se nomme Paour : et te remonstre icelluv que, naturellement, il doibt avoir lieu emprez toy et continuel siège, disant que sans luy tu de legier te porroyes tordre et tourner à la voye oblicque, et par luy tu tiendras en balance et en longue suspence ton élection, de paour de mal condurre, comment il te remonstre. Et me samble que vray dit que paour, au jourd'huy,te sert merveilleusement et te est de fruict, et ne fust tant seuUement que pour garder k sa necteté le trosnede tes engendreurs, lesquelz, par paour qu*ilz ont eu de mal faire et de ternir leur nom, le ont eslevë plus cler que fin or par curieux entremettre. Paour, telle comme droit cy, en hault homme est une salutaire vertu : elle a ang oeul eslevë en Dieu et Tautre en soy meismes, l'un eu la garde d'aultruy honneur, et Taultre en son propre, et ne soeufTre jamais prendre fourvoy à homme noble. Geste paour ne acompaigna mye le roy Boam au decez de son père, mais tost et follement la dechassa en arrière de luy, et, habandonnant le conseil des vieulx et des sages preudhommes, déclina au conseil des josnes, à sa dure meschance ; car, héritier du trosne sur douze ligniés, pour le povoir régir prestement, en perdit les dix par son oultrage. Son père les avoit gouvernez soubz vergue de jong, et luy se presumoit de les conduire soubz vergue de fer : si failli

230 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

à son prétendre, et les Manassiés s*en rebellèrent et prindrent ung aultre roy à son contraire. O comme fructueux exemple droit cy, et comme proffilable à la bien gouster! Salomon estoit Blz de David , et leal et feable, àcuy Dieu avoit faict sempiterne promission, et en cuy faveur il conferma au dit Salomon, son filz, son règne et son trosne. Le trosne de David avoit esté faict et acreu à diverses foiz, à diverses cures et labeurs de battailles, et de grandes chevauchiés contre les ennemis de Dieu, et non oncqz, fors au dernier de ses jours, tout viellart, n'avoit eu quiétude : tout son temps avoit maintenu les guerres encontre les estranges nations, avoit esté plain de seings et de cures toutte sa vie, et de cedequoy oncqz il ne avoit eu fors sueur et travail, pour le mettre en ung, le laissa à son filz tout paisible et transquile. Le filz maintint son règne glorieusement, s'asseist ou trosne que son père luy avoit préparé : ne luy besongna d'emprendre armes ne escuau col, tout trouvoit transquile et tout sien, en paix et en concorde, ne fit ne çà ne là deschirement ne fraction nulle : mais, comme se Dieu Teust aymé, comme il fist, d'une singulière amour, et faveur non jamais veue ailleurs, toutte la bénédiction du ciel et de la terre luy affluoit, ce sambloit, et luy felicitoit son règne, et tout en l'amour et en la bonté de son père David, lequel avoit pris en grâce. Se desvoya touttesfois ce Salomon en sa félicité, à tout son grant sens : et, en Tyvresse de tant de biens et de gloires, il oublia Dieu, perdy ceste paour que j'ay icy ramentue et courouca Dieu. Dieu n'en prist pas toutefois la vengance sur luy en son vivant, et tout pour l'amour de son père : mais en son hoir luy promist dissipation et décadence de son règne. Qui est

ce David icy? le prince de travail et de grandes cures portées, qui, à tant de diverses fois et encores tant de diverses mains, a ediffié et construict sou trosne en ung entier : c'est le noble duc ton père. Et le noble Saloinon,qui touttreuve paisible, tout reflamboiant d'or et de perles, tout plain de bénédiction et de humain convoit? c'est ta haulte et heuree personne, que Dieu a volu béatifier ainsy en l'amour de ton père espoir et pour estre le pillier de son poeuple, en quoy il te troeuva ydoine.Dea! si Salomon se oublia et ^e tordi, ne s*ensieut mye pour tant et n'est de nécessité que tu fiices ainsy : mais l'advertence en est fructueuse, pour tant qu'en l'afHuence de tant de félicitez comme la sienne, la desvoyance y fait fort à craindre. Or es tu le vray ymage de ton père David, et Dieu, en la sienne promesse et en la vertu qu'il t'a donné, te confermera ton règne en ton trosne sans le courroucer, et ne seras pas Roboam en cuy mains tout dissipa et rompi par confusion.

« Auprez de ceste Paour, dont j'ay fait mon compte, je voy ung personnage qui se nomme Désir: et icelluy, au samblant qu'il monstre, te quiert durement à tenir de près et de te avoir en main, comme se sa nature portoit forte convenience et samblableté avec la tienne, doDcqz moy^ qui de ce me perchoy et me cognois assez en ton inclination, je luy loe de (aire son office et de souvent te poindre et boutter avant, affin que ceste paour,qui te tient d'un lez, ne te tienne trop longuement en difficile conclurre ; car, par trop longuement la tenir et trop ample, la paour te tourneroit à vice, par manière de pusillanimité, et ne te soufTriroit produire ne conclurre effect en temps et à point. Et, par

23Î CRONÏCQUES lyENGLETERRE.

ainsy, Faigre désir que tu as et doibz ai^oir de bieu faire, et de faire glorieuse et utile oeuvre, vient cfaaul* dier et poindre à l'aultre lez de la paour, pour emprendre et exécuter ce qui est de ton estât, de ton appartenir et de la nécessité des choses, et desquelles les unes prendent et poevent tourner à gloire et à grant honneur pour toy, et les aultres à proSit et à utilité commune. Ne m'est doubte nuUe que le désir ne te soit aigre de vivre et de régner haultement, et de ad* jouster çncores, avec la gloire, nouvelle chuté par propres fais. Ce te vient de nature et de paternelle infusion, que tu le doibz ainsy ; et la grandesse aussy de ta naissance et du noble sang dont tu es t'en sont cause. Touttesfois, doibs bien garder que le désir ne te pende point tant en Thonneur du monde, que le mérite et le fruict de ton oeuvre ne te soit plus diier que la gloire qui en ensieut, ou aultrement tu déclines à vanité, et vanité te payera de vaine paye.

a Je voy après une dame emprez toy, et laquelle, à peu de parolle, te guygne de l'oeul souvent, et se nomme Vergongne^ reprehensive , mais instructive; car, à dire vray, celle qui est reprehensive, elle presupose aulcuus meffaitz ou aulcuos vices commis, de quoy le commetteur à honte; et celle qui est instructive, elle baille l'advertenceaux haulx et nobles corages de eux garder, sans riens qui soit de blasme ne de vice commettre : et est ceste vergongne instructive, celle qui se présente icy et qui est propre et de grant fruict pour toy, et louable et salutaire pour moult de causes. Ceste vergongne instructive, elle fait considérer à ung prince comment vices et meschancetez sont fort messeans à ung aultre de son estât semblable , et corn-

ment, par laidure de leurs ikis, ils se acquièrent laide grâce et blasme de leurs fais et mesuz. Si s'en chaslie volontiers qui sages est, et s'en corrige quant il les voit, et, par exemple , de ce dont il a honte de le veoir en auUruy se contregarde curieux en soy, affîn de non cheoir en semblable. Tout homme curieux de son honneur doibt estre curieux aussy de son sens, par lequel il se conduict; car, par sens, il délaisse ce qui est à non emprendre. Quelle honte est ce et vergongne à ung prince, quant il délaisse et habandonne le train des nobles moeurs, et s'encline et adonne à paresse et à lâcheté, en contraire de sa lignié. Certes, après le cas commis, vergongne reprehensive y est toutie et en est l'homme defTait : mais, le cas non commis en* cores, et pendant le temps que ung prince varie tel fois el est tempté de chose non honneste, irergongne instmctive droit cy le contretient et garde, en luy disant : ce Que yoeulx tu (aire, homme? tu en seras deshcmnoré. Tu vois les aultres Uasmez du meismes de ce que tu vœulx fiiire, tu ne le feras pas. n Et en ceste adirertence l'homme s'arreste et se advise, et, pour fuyr Uasme, il ddaisse ce qui est de malvais propos; et, pour mente acquerre et garder honneur, il obsenre et se roect au train de ce qui est honneste et de frvîct benoicte. Et^ doncqz, bien louable est ceste vergongne par laquelle les princes se troeuvent en paix et en arrest de leur Decteté,et corrigent, et répriment leure passioos et vicieux propos qui les peurent tempCer et tirer à vice.

c De recfaief je voy icy cw açn z toy, tout en ung Bot, unggnuBt mont de femmes et dliommes, et lesqoelles, quant bien je les regarde toottes, sont de ta procfa»^

234 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

neté, assez nécessaires et quasi conDaturelles, el se nomment Diverses cogitations, Parfonde pensée, Codvoitise d'honneur. Noblesse de corage, Haultain propos, Ardeur de bien faire et de glorieusement vivre. Si me delitte droit cy, o noble duc, de t'en exposer uDg peu grossement ce que je comprens de leur nature et de leur ofHce emprez toy, et me samble voir que moult sont convenables et séantes à ta noble personne , et, que plus est, non bonnement separables ; car trop te sont de près et intrinsecques en Tame. Exemple de Dwerse cogitation . comment te porroit elle estre séparée ne estorse , ne comment porroies tu vivre sans, quant tu as tant de diverses matières et de diverses causes en quoy tu labeures intellectivemeut , que la multitude en empesche la discrétion pour en distinguer par nombre ? et comment porroies tu aussy, sans Parfonde pensée? qui as l'abisme des humains affaires entre mains, et qui touchent à l'ame et à l'honneur, et, sommierement, à tant de qualitez et de conditions d'hommes, comme tu as diversitez de pays et de diverses natures. Tu doibs à chascun voloir satisfaire, traicter chascun en nature de noble prince , gaigner coeurs et corages par vertu , les subgelz par bonne gotiveme, les serviteurs par recognoissance, les. nobles par bonne exemple, et les villes et citez par justice, en quel affaire et quy tout vouidroit bien peser et scrutiner, il y poeult seoir de parfonde pensée beaucoup et difïicillement comprise, souvent, comment oo en porra user; car à tant de difficultez respondre, et pourveoir à tout, n'est pas legiere chose. Ces deux dames, doncqz, ont graut exercite en loy et continuelle opération, et là où nonchaillance te porroit traire à oyseuse,

qui esl grant vice en prince , elles mettent ton josne bouUon en multitude de charges , et par lesquelles te parfont et glorifient. Non moins en fait bon debvoir Convoitise dt honneur. Geste là, où que tu te tournes ou voises, te sieut à queue et ne te laisse pas, ne ne te quictera jamais que tu ne pamengnes à ton intencion. Certes et non merveilles; car elle te lient d'hoirie et de succession , et de génération en génération , de long temps et d'ancienne noblesse qui te est infuse, et dont la loy voeult avoir sa nourriture en toy et son usage. Car tout hault homme, comme plus esl hault tant plus convoite hault honneur et sollempnel oeuvre , et aultrement n'est point homme hault qui ne jouyt de hault tiltre, ceste convoitise d'honneur en ung prince est moult louable, car elle fait garder curieusement ce qui est acquis par luy ou par aultruy; et, de ce qui est à povoir acquerre par labeur, elle donne soing et attente : et, voluntiers, tous ceulx qui sont de cest esgard cou- ^lumierement sont haulx et eslevez corages, et netz et honnestes, sans reproqe, et peu les voit on encheoir en mesuz. Et pour ce dit on voluntiers que : Qui ayme son honneur, il ayme son ame : et s'en ensieut que tout preudhomme doibt aymer son honneur, car nul ne poeult estre preudhomme sans aymer son ame. Si y a encores Noblesse de corage^ Haultain propos^ Ardeur de bien faire et de glorieusement i^ii^re^ qui te donnent de la peine beaucoup, et ne le laissent en nul repos : mais te font le coeur envoller Tune fois envers le ciel tout au plus hault, l'aultre fois à la rondeur de la terre par grant circuit toulte large, te promectre la mer povoir subjuguer en ta main et la terre en ta force; touttes voyes et manières te font excogiter pour hault

236 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

parattaindre, et pour en singuliers haulz fais acquerre singuliers loz. Gestes conditions et natures sont et doibvent estre de Tessence de tout noble prince, et tant plus comme il est plus bault et d'excellent origine. Ton père en a eu baulte et large portion, en son temps, de telles haultes et singulières attainctes, et parlésquelles sa tombe reluit et gist perlisee glorieusement. Si n'est ce point hors de ta nature, ne de ton appartenir, si ces nobles meismes dames qui l'ont tenu de près tout son temps, te sieuvent aussy et se joignent à toy par intencion saïublable.

« Yrainment encores me perchoy d'une dame aultre qui se advance et laquelle , affm qu'elle ne soit ou* bliee pour la presse des autres , crie tout bault , et se nomme Nécessité publicque^ disant : « O très noble et très bault duc de Bourgongne, prince de baulte et renommée vertu, donne moy ton regard. Je suis publicque nécessité, qui doy avoir lieu droit cy et escout eo ton siège. Les princes de la terre sont ordonnés ad ce, et constitués, que par eubc et^par leurs sens il soit pourveu en moy de mon affaire. Je suis celle à qui pend la conversation du monde , Tentreteûement des bommes et la paix des corages, lors que je suis bien maintenue. » Â tant se taist ceste dame et n'en dit plus, et moy, du surplus, o noble duc, je feray son office. Si est vray, o très bault prince, que ceste dame publicque nécessité samble te voloir persuader que tu la prende Fort en coeur, et que ton affaire tu pourvoies par grant sens, et que du sien affaire tu traictes et disposes par saines voyes ; car, entens bien , en toy originelement doibt estre regardée la nécessité publicque, comme pour toy et comme prince : et es aultres.

les snppos de tes seignouries et divers pays, elle doibt estre regardée par toy comme participation universelle. Exemple : il est publicque nécessite à toy, se tu voeulx vivre et régner, et avoir la bénédiction de ton père, que au meismes point là où il a laissé tout , que tu te formes et réduises à icelluy pour estre son ressamble. Et que sera ce? ne quel sera ce point? Certes, c'est que tu te faces aymer cordialement à ung chascun, comme luy, que tu te faces prendre en dUection par ta doulceur, et craindre et avoir en révérence par ta justice. Geste nécessité principalement concerne à ta seulle personne, et non à aullre.Tu voeulx doncqz et quiers à régner puissant, et avoir en ta possession et main ce qui est de ton hoirie, et raison le voeult : mais, avec, convient il entendre que, comme tu appetes à avoir ce qui est de ton convoit et de ton amour, en semblable, et par la meisme raison, tu doibs appeler ce par quoy ce que tu aymes, ce sont tes pays, puissent demourer en estât ; ou, aultrement, ton amour ne serviroit à nul rien que à toy, et ce que tu debvroies aymer pour te tenir grant iroit à perissance. Ne fait à ygnorer que la seulle et souveraine félicité de leurs suppos pend en la prudence et vertueux usage des princes. Qui est au monde prudence plus grande, en ung prince, que de soy faire aymer ? qui est plus ^ertueux usage en terre, ne de si grant fruict, que de gaigner les coeurs des hommes par révérence ? prince aymé se fait révérer, et poeuple qui aime porte cremeur : de poeuple amy vient au prince richesse, et au prince cremu vient puissance de poeuple. Et qui est ce qui fait aymer? ce fait bonté tirée du fohs de prince, et ce qu'il le £siit craindre, ce fait sa vertu et sa justice

238 CRONICQUES D*ENGLETERRE.

roiddement maintenue. Et quelle provisioD vient au poeuple, ne quel fruict de cest amour de prince? certes très hault et très salutaire. 11 en vient que touttes choses en sont observées et maintenues en ordre et en reigle^ en divers estatz sont mises diverses ordonnances : en adversité de causes et d'accidens quotidiens sont mis divers remèdes, et tout au salut et à la paix, et à Fentretenement du monde et à quoy les princes sont constituez d'avoir Toeul et de y mettre attente, et cure à chascune personne et à chascune cause, à l'exigence et nécessité de raflaire. La gist la publicque nécessité que le prince doibt avoir en Toeul, et en quoy, par amour et pour Tbonneur de Dieu, qui à ce Ta commis, il doibt labourer et veiller. Et \aT ce faire , il gaigne les cœurs des hommes et se fait aymer ; et par amour gaignié, il se fait doubler et craindre ep son dedens et dehors, et en tire la substance. Il est doncqz publicque nécessité que le poeuple soit bien traicté, qu'il soit gardé d'inconvénient, qu'il soil pourveu de ce qui est de salut, et administré de ce qui est de prouflit. En ces quatre poincts, et lesquels viennent de bénéfice de prince, est conservée et comprise tout humaine félicité, et entièrement paracomply, aussy, le debvoir de principal vocation.

<c De rechief je en voy trois nouvelles, lesquelles, au samblant qu'elles portent , te debvront donner da pensement beaucoup et de grans regretz en toy. Et se nomme la première Considération des Aumains affaires ^ la seconde Haulte pesanteur de tes pa/s, et la tierce Disperse condition et qualité de tes divers poeuples^ desquelles n'y a celle qui ne se repute bien valoir d'avoir escout et d'estre avec toy : traicte et maine

chacune à sa nature. Venons doncqz à la première, qui se dit Ck>nsideration des humains afTaires, et advisons en quoy et combien elle te compete de Tavoir en tes yeulx. Certes, à mon vray jugement^ elle te compete à beaucoup, ce me semble; car, sans tourner ton entendement, parvenir à tiltre de bon prince et de qui le droit et le debvoir si est d^entendre au bien de ses hommes et de leurs affaires, comme commys ad ce et establi de Dieu par remède. Or sont les humains affaires comme les uudes de la mer^ infinies, fluctueus et mouvans à tous ventz : huy, tempestueuses et furibondes, bruyent et font une freeur espoventable; demain, seront paisibles et coyes, et se remecteront en nature. Ainsy sont les humains affaires : ilz sont infiniz et oultre toutte compréhension ; ilz sourdent et s'esmoeuvent à tous ventz de fortune, ne jamais ne sont sans mutacions en ung endroit de la terre, d'une manière en une aultre. Huy sont en guerre, demain en paix : huy conduisables, demain desesperables. N'y a stabilité nulle ne ferme arrest , sinon aultant que les gouverneui*s des princes y mettent de leurs sens et de leur provision , par bonnes reigles et par bonnes loix, telle fois, à Testroit et bien asseurement, telle fois, aussy, ung peu mollement et en moyenne doulceur, selon Fexigence des diverses natures et eau* ses, lesquelles touttes sont à considérer à prince de hault règne. La mer se soeuffre naviguer par art et par sens, et par industrie d'homme, et conduit on, parmy les impétueuses et espoventables undes, le navire à port de salut : le patron qui le gouverne a tout en main; il a la vie, la mort de mille honcimes en sa disposition; il pourvoit en ses offices dessoubz luy, et à chacun

240 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

baille son entremise; et luy meismes, pour le salut de tous, il veille, il traveille^ U pense et solicite chacun à faire son debvoir, et ne donne repos à nuUuy jusquez ad ce que chacun soit hors de péril tout oultre. Td doibt estre d'un prince qui, par les diverses tribulations et variation» de ce monde, a poeuples et diverses nations à conduire, et desquelz il avoit le soing pour les mener à sauf. Luy premièrement et sur tous doibt avoir le souverain regard , et, pour plus aiseem^at en venir à bonne fin, il doibt mettre en pratique sa conduicte par diverses mains, par divers offices gens utiles et laborieux, et luy, tousjours veillant et entendant sur eulx par le moyen de sa solicitude, il mènera à sauf et à port ce que il a en garde.

<c L*aultre dame, qui se nomme Pesanteur de tes pays, se ramentoit maintenant droit cy. Si fait Diverse condition et qualité de tes divers poeuples, et désirent fort que tu entendes à elles et que tu les cognoisses. Quant à la première, qui se nomme Pesanteur de tes pays, n'est de merveilles se elle se présente à toy et se ramentoit; car te dis bien, sans faulte, que la pesanteur de tes pays est grande, et non pas grande, mais admi« rablement de grand estime et de grand importance. Elle est grande en nature de situation où ilz sont, elle est grande en la nature de Thabitacion qui y est, elle est grande en la qualité et condition des habitans qui y sont sans nombre, elle est grande en considération de leur ancien tout viel ploy et usage, dont se souffireroient firustrer ne rompre, elle est grande en considération de leurs richesses et grandes puissances de leurs usages, et privilèges de leurs loix, lesquelles voeullent avoir observées, elle est grande, encore, en considéra*

tioD de ce que, depuis mille ans, et avant que premièrement furent habitez, ce ont esté les pays des parties d'occident les plus populeux, les mieulx édifiez de fortz et de villes, les mieulz stabititez et pourveuz de loix, les mieulx et les plus submis à justice, les mieulx usant et habituez de marchandises, les plus certains pour touttes nations recepvoir, les plus sages et les plus expers en touttes nations subtilles,' les plus riches et les plus habondans en biens, les mieulx et les plus haultement gouvernez de haulx princes, et les plus tenus en francise et en grant police qui fussent en la terre. Par quoy, tout ce considéré, et quel est la nature de tel peuple et de telz pays, quelle est la prééminence des haultx titres et des haultes grâces qui y sont et qui se voyent à l'oeul, et que la duration en a esté si anchienne et si glorieuse, et que leur transquilité et paix a esté si curieusement observée tousjours, et deffendue par tant de haulx et nobles princes, sans que oncqz Ton mordit en eux, ne que on les violât, pitié seroit et amere dolleur se en toy ceste glorieuse félicité prenoit fin ne amoindrenement, qui es le grigneur encore et de plus grant attente que oncqz nul de tes pères, et qui plus y doibz mectre peine et soing pour le conserver en estre.

O et comment te doibvent donner à penser parfoodement cincq ou six aultres dames <\iie je voy icy devant toy d'une felle manière et hideuse, et desquelles la première se nomme U Inimitié des roix et des princes tes hayneux, Tenvie et hayne des francois et des voisines nations, murmure, machination, fraulde et déception couvertes, et desquelles touttes ensemble les menaches et evidens perilz apparent et les voit on m 16

242 CRONICQU^ P'jËl^GLETERRE.

à l'oeul. Si convient encore à touUe la charge iqua tu as de toy conduyre et gouverner avec jte3 wbgetz que e^ ces clames icy, qui touchent à la vie et à Thooneur de ta personne, tu souverainement regardes et entendes; car du lez dont plus to$t te poeult venir le h^zart se doibt plus tost mettre le remède. Inîoûtiés sont dures et font à craindre, et souverainement en jceulx qui portent injure non vengée. Tu scés à qui tu as poindé, et à quelle cause, et es assés expeift des corageft de ceulx qui ne te sont point amys : si aujourd'hui ilz ilifferent d'exécuter leurs hayneux propos, demain s en metteront en peine et se essayeront jen ta personne. S'ilz poevent, ilz s'en vengeront sur les tiens; et là où ilz ne porront aller .par effect et par main mise, soubs couverte .et longue madiination feront venir et envoyeront fraulde en jeu pour te vaincre. C'est celle seule soubz qui se faindront v<doir entendre à ton afî^itie réconciliée : mais ce sera pour te deflÇaire. La bayne y est congree trop ancienne, et Tenvie trop oAultifôrme redoublée. Envie et hayne sont nées avec fraocois encontre ta maison ; les mères en xespandent le lait en la bouche de leurs enfans au bers, et est chose si connaturelle à eulx, qu'H convient ou que France produise une nouvelle génération toutte aultre de ceste, ou que ta maison de Bourgongne soit foullee aux piedz et toutte demcdie. Jamais atdtreraeot n'y aur^ concorde en ton bien : ce sont les deux eoLtrexnîtez, bien difiiciUes touttesfois. Et pour ce que je les trouve difficiles, je juge diffîciUeraeut y povoir trouver bonne amour. Là où, doncqz, Tamour ue se poeult trouver fors soubz doubte, ruses et sorupuleuses voyes, il se convient pourveoir encontre

rinimUié par convenables remèdes. £nne;my veille et ne cesse de songer mal: tu en fis, tu le scez bien, de malicieux songeurs contre toy, et lesquelz sont nez de celle heure que jamais bien ne te fejront. Touttefois ilz sont créatures et œuvre de Dieu, et leur preste Dieu règne et vie : mais ce paeult estre au bien et à la gloire d'autruy qui, par ce moyen, exercent leurs vertus et s'en font aprez louer et recommander. Les aspres et dures fortunes souvent, en josue eage, font croistre et devenir glorieux viellars : le fer s'aguise et se poUist sur la dure pierre, et le vertueux homme sur ces durs aiTaires. Ton père a eu de durs passages beaucoup et de bien estroitz^ et lesquelz, aprez les avoir passés^ les a trouvés larges et délectables. Ne fut oncqz, jusquez à son tout viel eage, sans avoir des escuremens contre Ja dure pierre; touttefois n'y est oncqz succumbé; aussy ne fer^s, espoir m'est: il a eu les inimitiés les pon pareilles du monde^ il les a glorieusement vaincues touttes, et tu aussy les vaincquera$, s^e à tpy ne tient. Comment à toy ? c'e^ que tu y pourvoies p9.r sens, et par obç^r au conseil des sages * preudho^mes et expers d'e9ge,.que tu te fies^n iceulx dont tu cogQo^s les booQes n^oeurs, les vertus et les recommandations, et que tu ne mettes point ton corps ,en mains de legiere i^orte, ue ton ^cret en bouche de flatteur. Tu en as veu des meschie;ç et ,de gra^ grieiz advenir : p^ose se je dis vray. Ton grant père en fut jpurdri, et toy le as cuydé estre : ton père ep a esté mepaché, mais son heur ne Ta souffert. Tu viz encK^es en semblabiies menacbes,mfus Dieu, qui est ta garde et ton meneur, t^e préservera de {toqt.'Tu es ^ luy : h foy sautve l'homme et sa bonne vie. Mais Dieu voeult que

244 CRONICQtJES D*ENGLETËRRE.

Ton se ayde et que l'en se ordonne et arme de nobles œuvres et de vertueulx faictz, et que Ton mette son faict et son estât en nobles et sages mains, et en preudhomme, pondereux conseil, et que Ton se fortifie de Tamour et benivolence de son poeuple et de ses nobles, par lesquelz on achieve les grans fais et les dures impulsions des ennemis. Prince qui est bien amé de ses nobles ne poeult succumber : il est riche de précieuse chair et a du sang h commandement, comme d'eaue en mer. O noble amour et bien employé qui là se tourne; et comme est grant pitié et plorable, quant prince à ce ne regarde. Ton père avoit coeur, ratte et polmons; il avoit les vies et les substances de ses subgectz, et leur estoit son aspect habandonnement à la mort.

« Tout à ce dernier, et comme en queue, je voy venir avant encore ung personnage d'homme, froidement enmanieré et de bonne mode, et, comme je perchoy de son estre, il porte quatre noms : le premier si est Regard à son debifoir^ le second Regard à sa ifocatiorij le tiers se dit Regard à sa.glorieuse fortune^ le quart Regard à multitude de divers grans exemples. Or, très hault et très excellent duc, icy te plaise à entendre, je le prie, à l'exposition de ces quatre, et par lesquelz je voeulx conclurre et faire fin en cesle matière; car n'y voys mais chose nulle, ne mislere qui me donne plus loy de parler. Et me samble qu'en tant qu'il touche ne competer poeult à ton noble et principal estât, à ta haulte et excellente personne, ne aux presens affaires de tes subgectz, pays et seignouries, tout y sera à suffisance compris, touchié et remonstre dedens pour aultant de TefFect que la vision et du mistere presant

porte et là où je voeul copper. Or, doncqz, regarde à ton debvoir qui te vient admonester droit cy en son premier tiltre, et fais bien. Mais poeulx demander de quoy, ne de quel chose te voeult il donner Tenhort, et je respons que de moult grant chose et fort convenable; car il te voeult faire muser et penser à ce que tu doibz, et à ce à quoy tu es oblegé, par contraire de ce qui te porroit mal seoir et que tu doibs laisser. Qu*esse doncqz qui te porroit bien seoir ou mal, ne en quoy tu porras acquicter ton debvoir ou non ? ce sont vertus ou vices. Vertus et bonnes œuvres te doibvent estre connaturelles, et les vicieuses moeurs anéanties. Quelle chose doncques appellerons nous debvoir en toy, ne à quoy tu es oblegé, ne de quelles vertus dirons nous qu'il te convient user en acquictant nature? je respons, certes, que non d'une vertu ne de deux, ne de trois, ne de telles, mais de touttes les plus haultes et les plus dignes, et les plus glorieuses dont adviser te porras ne ymaginer, et desquelles les plus haulx rois du monde du temps de jadis, et les plus parfaitz, et les mieulx adressez, et le plus renommés le ont fait en leurs temps, si comme on trouve en leur temps comme ilz ont esté décorez et parez, et qui ont en leur manière de faire et de vaincre, et par leur hault sens, et par manificques courages, empris et conduict les haulx dangereux fais, conquis et submis royalmes et diverses nations, ediffié poeuples en police et en bonnes loix, et plus gaigné leurs corages par engin que par force, tant que la renommée leur en dure et durera tous les siècles. Donc, comme tu es aujourd'huy l'un des haulx princes de la terre et des plus eslevez, et, ausquelz près, le

246 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

second ou le liera du àionde, il est convenable que tu aussy, à l'ad venant de ta haulte eslevee fortune, tu acquières par singuliers faitz là renommée de meismes, et que tu face resplendir par vertu ce que fortune te donne par faveur. N'enteus tu pas que possession de haulte seignourie, soit de sceptre ou dé couronne, au malvais ung tirant tel fois possède, et régné an dur et à l'annuy d'aultruy? mais sî n'a fl tiltre, pourtant, fors de régner et que Ton dit dé luy : Ung tel est roy. Mais le bon, qui règne en sa bonté, en son noble et vertueulx corage, et en considération de son estât, celuy clarifie .sa fortune par sa glorieuse renommée et fait resplendir son nom par la singularité de ses fais. Porter nom de prince tant seullement, c'est povre tiltre : sotz et povres personnages le portent; bossus, contrefais et aulcuns dé perverse vie s'en parent. Hz ont les possessions ou les noms sur quoy ilz se grandissent, et posé qu'ilz soient de troncq et de nom, si n'y a sieute nulle aultré que de vanité, ne bonnes moeurs, ne bon exemple : mais porter nom de prince princiant, c*est ung hault tiltre. Icellùy tiltre tant seullement compete à glorieux hommes, à princes de haulte renommée, qui exercent et exposent tous leurs engms en honneur, en bien faire et en bien régir: ceulx là sont princes à droit et tout à bon. Dignes sont de porter sceptre, et d'avoir règne et possession ; car le fait y est : et vault myeulx ung povre homme que vertu accompaigne venir à tiltre de roy et à coronne non doé de nature. Riens ne fait digne l'homme que ses bonnes moeurs, et riens ne le fait cler que ses biensfais, et son loablement proposer de soy acquicter en son debvoir, ou certes envers Dieu, envers soy meis-

mesj àavers son propre honneur, envers son propre saluty envers ses subgetz par equicté maintenir, envers ses nobles par les cognoistre, envers ses serviteurs par les rémunérer, envers les bons et dignes par les advancier, envers les sages par les attraire, et les vaHlans honnorer et tenir en amour par sin^lier bénéfice. Ne doibt avoir ung noble prince riens frustré en luy, riens cassé, ne riens vain : tout doibt avoir lieu, et note ce qa'il faict: tout doibt estre jnste, et compassé l'effect à la cause ; et là on le fait ne poeuh estre tottsjours, que la volonté, pour le moins, s'y monstre. Belles parolles, donlces responces, amyables promesses de princes contentent les hommes : belles paroHes mainent à mort. Si coyde que plus est de (ruiot ung prince doulx et fort tenant, que ung rude bien large et de pervers affaire. Ne vault auHre chose à ung prince fors qu'il entende à son nom, qu'il entende que voeult dire prince et qu'il signifie, et lors, aprez l'entendre, il en prende l'efTect, si luy plaist, devers luy, ou le délaisse. Si le prend aprez bien l'entendre, il s'estore bien; et s'il le délaisse, il vit obscurément, il se monstre homme commun et de bas affaire, qui se doibt faire regarder comme le ciel.

a Or doy je parler, maintenant, de Regard à sa wàaiîon et de ce à quoy il prétend envers toy. Certes il te voeult donner à entendre que ta vocation est d'estre le refuge du poeuple, le centre et le comble de leur ressort, et à qui ilz poevent et doibvent prendre chief et production, et advance de tout leur salut : dont, pour ce que infinie multitude d'hommes ne se poeult unir et concorder à soy sans chef de telle infinité, arflin de les maintenir en reigle, dont comme ceste

248 CRONICQUES D*ENGLETERRE.

reîgle sortit à diverses fins et effectz, comment donoqz eïie se contourne en diverses vertus, et lesquelles sont de ta vocation, disons doncqz quelles sont les reigles ne les vertus de ta vocation. Et je dis, premièrement, que ce sont justice, equitté, droicture en tous cas, parfond regard, fréquente solicitude, diligence en commun bien, attente à salut et providence de paix^ nourrir poeuple en cremeur, et aussy, pareillement, les nobles hommes en bonne amour, les pays en transquilité et bonne ordre, et iceulx préserver et deffendre d'ennemis, laisser ce que Ton troeuve bon en son estât, et ce qui va combre de le reduyre selon le faisable, user de sens et de raison, non de volonté, régner sur toy premier que sur aultre, et sur ton poeuple par doulceur, et en ton dehors par cremeur, avoir Dieu et saincte Eglise en révérence, propos à tout bien faire, d'estre exemple de bien au monde, et de dresser touttes les voyes à bonne fin. Gestes sont, avec pluseurs aultres, les conditions et les vertus qui duysent à ta vocation et qui sont de l'appartenance de ton estât et de ta personne, et en quelles il est apparence et espoir grant que tu floriras et floris, et en seras hault et loable à qui que Dieu doint.

w Que dirons nous du Regarda ta glorieuse personne?siet il icy ramentevoir, ne qu'on en face répétition? raison me juge que ouy, et que c'est chose convenable d'en gouster bien ce qui est de l'efTect. L'on dit volontiers que ce qui est acquis chierement et en longz travaulx et dangiers, il doibt estre de chiere garde, et en doibt l'en avoir tant plus de soing comme il est hault et de chier acquest : chose obtenue et acquise ne vault que au poix de ce que l'acquérant en faict

pris; et pour ce que le regard que Thoinme y mect a l'équivalent de ce que la chose luy monte^ si elle luy est grande, il y mectgrand regard, et s'il luy samble petite, il en fait aussy moins de poix. Venons doncqz à ceste fortune et sur laquelle tu doibz asseoir ton regard, et voyons de quelle estime elle tepoeultestre, ne de quelle réputation. Quant est à ce qu'il en samble aux hommes, elle est merveilleusement haulte : mais se l'estime en est samblable à toy, cela pend en doubte; et pour ce que la doubte y est, et que la Êiulte de la condigne réputation y porroit cheoir, ce regard droit cy te vient admonnester d'entendre à foitune , laquelle est affin que tu entendes quelle elle est, ne quel nom. Il la te baptise glorieuse, et, voirement^ en bonne equitté, bien l'a baptisée ainsy; car, certes, glorieuse est elle et très excelse, et sur toutte commune condition ailleurs peradmirable. Doncqz, pour en parler au vray, en touttes qualitez et dons qui sont du povoir de fortune, à ton noble père et à toy elle en a donné tout l'extrême, ne a riens recoppé en l'un ne retaillé en l'aultre ce de quoy elle poeult enrichir tout homme : tout a converti à toy seul : à toy seul a ouvert son trésor, là où, nulle part^ n'en distribue que par portion, cy d'une manière, là d'une aultre. Veons doncqz c|uelles sont ces largesses de fortune envers toy, et les dons si extrêmes dont elle te sert. Ne sont ce les richesses, si grandes que le tout ne poeult estre compris? ne sont ce honneurs et exaltacions, égales avec les roix? ne sont ce puissances et anciennes possessions de seignouries, non moindres que royaulmes?ne sont ce faveurs et révérences de suL^ectz, nulle part trouvées semblables? ne sont

250 GRONICQUES I/EN6LETERRE.

ce aspirattioDs des cieak et des dieux, se ainsy parler on osoity qni te donnent et ont envoyé à ton feu noble père et à toy, gloires et victoires les plus admirafbles et les plus redoublées de la terre, avec touttes anltres bénédictions, félicites et béatitudes, touttes gratuides et complacences si avant, et tout ainsy que souhait et convoit de cœur porroit appeter ne demander à Dieu, et dont l'approbation te reffiert au front et te fait cognoistre que nulle part du monde, ne loingz ne prez, l'en ne troeuve ainsy ? c'est bien une glorieuse fortune, doncqz, et bien resplendissant, qui ainsy passe touttes aultres, et fait bien à tenir à chiere que l'a si faicte. César prépara le triumpbal empire et l'ediftia sur l'univers monde : l'Auguste, sow nepveu, cler en vertu de son oncle, le possessa paisible^ et en Tibère se déclina la gloire de l'imperiat acquest. Doleur, donqz, et reproche à Tibère de perdre l'intégrité de sihaultes gens comme les deux; et fault dire, ou que la vertu luy fut moindre que de aultres, ou son eur. Si vertu luy failly, ce luy fut reproce; et s'il tenoît à eur, si luy tourne il à charge, car n'estoit point bien volu des dieux. Le noble duc mort a esté César : tu es et seras, si plaist à Dieu, le vray Auguste. Tu auras, si luy plaist, le tout en ta paix et (ruycion ; tu appaiseras les rebellions, et seras produyseur de unyon et de paix, partout où seras, en tes moeurs et beaaix exemples, comme déifié des hommes, entretenéur de ton trosne, non dissipeur, non elat ne enfieii en ton exaltation, corrigeur des malvais et Texalteur des bons; et, rendant grâces à Dieu de tant de biens, ta recognoistras ta glorieuse fortune et toy meisoies, comme fist icelluy que Dieu tant beatiffia, qui rouit

APPENDICE. 25i

natstre toubz hiy et en son règne, comme j 'espoir sur loy. 11 porra renaistre encore tout nouvel en coeur des hortnnes, et se corrigeront les vices et les malvaîstiés qui courrent aujourd'huy, et se révélera la foy de Dieu et Thonneur de TEglise en vigueur. Soubz lès preudhonraies princes et de leal coeur feict Dieu naistre, coustumierement, tontte félicité, babondafàce de paix et d'amour : et, par contraire, soubz prince tyrant, derrision eh tous estas. Les hommes sievent leurs princes en exemple : c'est chose experte et cogneue. Leal homme, doncqz, et vray coeur, il cognoist les biens que Dieu luy a fait, il cognoist sa gloire et sa haulte félicité, il cognoist sa glorieuse fortune et la poorpense souvent ; et, selon ce, il se dispose et ordonne de luy en rendre grâce, et d'en estre curieux g^deur sans décadence, laquelle ne fait jamais fors par couroucer Dieu et habandonner vertus. Cog- Doistre ce qu'on a, fait aymer : amour faict chieremenl garder d'une fruition, et joyeux pose de ce qui est de garde.

« Reste doncqz le dernier regard, célluy qui se nomme Regard à divers haulx fais et ^rans exemples ^ et duquel, pour faire usage du présent mistere, il convient que j'en expose ce qu y fait à entendre. Regardons doncqz quel fruict il y a en avoir son regard assis en divers exemples, ne d'avoir son oeul rué en dehors de soy bien loingz, pour le retirer de près arrière en dedens soy, à rapport et à gaigne. Certes, là où le rapport se faict de fruict et de lucre, il samble que le ruage y a esté fait à bon preu et à cause honneste. Les philozophes demonstrent que nostre humaine cognoissance nous procède et nait des choses

252 CRONICQUES lyENGLETERRE.

exterioreSy sensibles et capables par sens, et puis, par ung retour en devers nous, les bouttons en nostre entendement et en reservons Tymage : et, par ainsy, la vertu sensitive esmoeult et mect en œuvre la vertu intellective. Comme doncqz cecy est vray, et que par touttes les choses qui en terre sont et jusquez au mouvement du ciel cecy se proeuve, utile chose est doncqz et très nécessaire que, pour soy assagir et faire cler par dedens, que Ton rue donqz les yeulx dehors soy et là envers,dont on ne poeult retirer clarté. Question est pourquoy ne poeult Tadveugle jugier des couleurs : response est pour ce qu'il n'en vit oncqz nulles et qui n'a point en luy la sensitiye qui luy en fait le rapport. Il ignore la différence du blanc au noir. Appert, doncques, que la vertu sensitive du corps inforiùe et enbesogne la puissance interiore, qui est en Tame. Ramenons doncqz au propos cest argument : l'aveugle, qui oncqz ne vit blancq, ne scet comprendreaussy que c'est de noir; et qui oncqz ne vit clarté, ne scet que c'est de ténèbres. En luy ne poeult avoir nulles impressions de nulle riens, par carence de la vertu visine, qui fait les présentations. À qui acompagnerons nous l'adveugle? à ung prince ignorant. A quoy le blancq et le noi^? à vertu et à vice. A quoy clarté et ténèbres? à glorieusement et obscurément vivre, à vivre à prudence et à grant aguet, ou à vivre à non chaillance, inutile à soy meisoies. Comme, doncqz.prince ignorant est de grant grief au poeuple, et, que plus est, à luy meismes en ame et en corps, est comme ung homme despect et imparfaict, demy homme, demy riens; ne vise ne à clarté ne à ténèbres, ne au blanc ne au noir, car ne les cognoist ; ne vise

que à mettre jour après jour, en brutal usage. Par contraire, prince prudent et enluminé d'entendement, tout premier il pourveoit à luy meismes, et, par ce moyen, il pourveoit à son poeuple; et est la charité de luy à Iny plus nécessaire que de luy à aultre. En sa prudence ,doncqz, et par ce qu'il a la cognoissance du blancq et du noir, il se adhère au blanc par élection, il préfère clarté de ténèbres, etsapience devant ignorance, il préfère glorieusement vivre devant vie obscure, et bien voyager et bien faire devant vanité et folie. 11 a doncqz son élection au blanc, qui luy représente les vertus; il a son amour en clarté, figure de glorieuse vie : et, par contraire, il contempne le noir pour sa laide représentation, et les ténèbres, il les fuit pour ce que àl'ame il les voit contraires; laquelle ame est clere et resplendissant en soy, et, parce, elle ayme ce qui est son semblable. Que dirons nous, doncqz, de ces exemples dont parlé est dessus, et cause de quoy nous avons fait ces prémisses? Exemples, vray est, sont de la nature des couleurs : les ungz sont blancz et les aultres sont noirs, les ungz obscurs et les aultrès bien clers, et tous deux, neantmoins, les blancz et les noirs, et les clers et les obscurs, servent à ung sage prince : en ung endroit, pour luy eslever le corage en leur bonne demonstrance ; en Taultre, pour luy reprimer son desvoy par leur cogneu reproche. Geste discrecion ne se troeuve point en prince ignorant : prince ignorant ne assiet nulle élection, et si, d'avanture, il en assiet aulcune, si le assiet il en ce qui est de sa nature, en choses viles et basses ; car n^a clarté en luy par quoy clarté luy soit de réputation. Telz sont les princes qui sont plains de lassiveté et d'ordure.

i56 CRONIGQUES D'ENGLETERRE.

purement, obéissent à leur inclination ; non riens demonstre en eulx fors orgoeul et haulx apparaulx; vestent le dehors précieusement, dont le dedens n'est que tien ; et de la sueur des povres et de leurs dures labeurs se grandissent par les rues ; n'y a sieute de fruict nul, fors d*ignorance et de vanité, et contempnent scavoir et d'estre remontrez ; de Dieu font petit poiz, le oublient le plus du temps, et du dernier et du plus froit du cœur le servent ; tout leur temps ilz le passent en vanité, en ignorance et en ingratitude. Si font briefve terminatibn, souvent, et fort doubteuse, et vivent comme bestes^ et moeurent si fais.

« Quant, doncqz, entre si fais et haulx hommes, roix et princes de la terre, et desquelz je debveroye bien nommeement les exemples dire, il eschiet que ung ou deux entre tous eulx se addressent à bien, et rendent et portent fruict de perfection et de vertu, ceulx là se font regarder par exemple, ceulx là se font préférer en honneur et en loz : et comme Testoile du matin se fait cognoistre en Taube du jour, tout ainsy se fait cognoistre le prince en sa vertu sur les aultres. Entre cent millions d'estoilles au ciel n'y a que sept planettes, et en la rondeur de la terre, souvent, n'y a que ung prince cler. O bien heure celluy ! et ung seul soleil enlumine tout le ciel : lune et planettes se refont en luy seul. Tout ainsy poeult ung prince seul en addresser ung grant nombre d'auitres, et les parfaire, et font l'exemple et patron l'un à Tautre par ung chef. Ung prince de vertu en sa vie, il reprime et corrige ses subgectz, il leur recoppe ce qui est de salut, il proffitte à luy et à aultruy, il tient la terre et la mer sans vent d'orage, il tient Dieu bénevolent envers son poeuple

elle poeuple recognoissant de sa grâce. Ne tient que à ung prince de vertu que le ciel et la terre, et les anges et les hommeSy ^e soient en ung compassé non divisibles, et que ung voloir ne soit commun à eulx tous. Or devisons des planettes non divisibles en tout le grant cercle du ciel, qui sont iceulx, et de Testoille journal, qui est seulle au monde. Quant au ciel, le soleil se préfère, et, combien que les aultres se monstrent clers, sî est ce en sa vertu. Ainsy est il : en la terre n'a que ang soleil, de qui tous les aultres principaulx estats prennent refulgence, le Pappe l'un, l'Empereur Faullre. De çfs qui fault, d'aventure, en tous les deux, ce se mect et se recoeuvre en la très crestienne maison : au moins se doibt ainsy entendre. L'estoille journal, qui c»t ce? c'est celluy qui , reaiment et par eflFect, se fait grandir et cognoistre en ses cleres oeuvres et en ses clers exemples, et devant tous ceulx de son semblable estât. Princes et roix se font apparoir en leur clere vie : icelluy, quant moindre seroit d'un roy, si est il radresse de royal estât; en ce qu'il se préfère en clarté d'exemple, en tant se préfère il en dignité de personne. Le soleil soeufire éclipse tel foiz et en tel temps, aussy il soeuffre ténèbres ou rougeurs comme sang, et en est le ciel tout altéré et de jugement tout estrange. Se, par semblable, empereurs ou roix aulcuns les supereminens se desvoient ou desnaturent, ne s'ensieut mie que toutte la girarchie des princes en dessoubz eulx se fine pour tant avec eulx, ne se desmoeuvent de naturel ordre : cela ne se fait que à temps et à terme, et vertu en coeur d'homme, où que ce soit, demeure perpétuelle. Qui doncqz, en temps que clarté fault, reliesve clarté et la monstre? c'est celluy qui se fait m 17

258 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

cognoistre etyeoiren temps d'eclipse. L'en voit l'homme en ses fais, et en ses moeurs on le juge. Se Tempereur fault, le très crestien roy le r^oeuvre : et se faulte a en celluy, aultre de son sang ou de son trosue le restore, le royal père ne poeult périr pour ung corps rétrograde. Souvent le moindre exerce l'office du plus grant, et est toutte une maison saulvee eu la fermette d'un pillier.

<c Laissons les empereurs, n'y querons riém, ne faisons mention de leur clarté ne de leur exemple : ce qui est de eulx, il est veu. Venons aux empereurs du trosne de France, et voyons droit là qui nous est eymple : et délaissant Charlemaine et Pépin, prenons nous à nostre plus prez, là où il nous duict. Prenons nous au roy Charles cincquiesme, lequel, trouvant son père prisonnier et les nobles du royalme, espuisséen finance jusquez faire monnoye de cuyr, et fouUé et submis d'ennemis, régna seize ans sans plus, et en sa vertu, et en son sens, et en sa royalle clarté le remist plus hault que jamais ne fist homme, et avec toutte habondance d'humaine félicité, et de population, et de richesse, le mist en telle justice que meismes les Sarrasins y sont venus prendre jugement de leurs debatz. Que dirons nous decest exemple? est il point digne d'estre pour ses faictz. Helas! en son filz ne se continua mye ceste bénédiction : le soleil y souffrit durement éclipse, et de quoy tout le trosne tourna en trouble. Y avoit il des releveurs, touttesfois, et puis cy, puis là, lesquelz, par envye l'un de l'aultre, se descordoient pour Tadvance. Ton grant père y monstra sa clarté mieulx que nul : mais fortune l'en paya de dure, et ne parregna point. Vint Charles le septiesme aprez, et de qui, se

parier en loist par recommandation , n'a son per en terre. Luy, en seulle vertu et aigre battaille encontre fortune, surpasse tous roys, et par le contraire en quoy ^inltres se reputent malheureux , c'est povreté : là est nionstré benoit, là se est monstre riche du trésor de vertu, et de tout ce qui fault pour devenir grant homme, tousjours son oeul luy veoit droit là, et au point où il avoit fîchië, là parvint; il vaincquist povreté au bras, et toutte adversité submist à la luicte; il dechassa ténèbres et orages à sueur de corps, et tout le desirementde son royalme il interina par diligence ; il ramena le lait en bel, Tobscur en clerté, et désolation en joye; il refist d'un trosne foullé, marchepied *|Je sacquemens» le plus excellent de tous les roys, et là où justice et révérence, et cremeur, et toulte intégrité de salut regnoient et tenoient siège. Et comme vertu le avoit mené jusquez à là par divers temps et degrez, celle meisme vertu il observa devers luy pour sa durée; la consideroit aussy nécessaire en son hault vol comme en son contendre pour monter hault : son royalme mist en seureté, en ung entier et en ung rond, tout espurgié d'ennemis et opprobres, et tant (ist que je ne scay ou se vertu prist clarté de luy, ou luy d'elle. En ceste gloire trespassa du monde, et en ceste benoiste clarté laissa son royalme comme il est : aujourd'huy se poeult faire le jugement tel que on le voit. J'en laisse Texemple à ceulx à qui il sert, et la coraparation de l'un à Taultre, là où il sera besoingde le faire : mais quant au père, il estoit de glorieux exemple et de hault miroir ; et quant au fil?, si plaist Dieu, il se trouvera pareil : la fin juge l'œuvre. Souvent les moyens ne les commencemens ne sont du mesmes de la fin ;

260 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

Tiin desment Taultre souvent : mais, quoy que soh, TefTect demeure tousjours, et de l'effect procède le liltre; quant Thomme fault, jamais tiltre ne fault poitt tant. Et, au premier, quant Thomme est &iUy, laW troeuvç sa famé, et en fait on exemple et allégation de bien ou de mal, selon le cas. Le roy de Portugal, ton grant père, te est une clere estoille et bel miroir : si est le roy d'Arragop Alphonce, qui de sdence et d'armes fisl une mixtion peu veue : si est le roy d'Engleterre, d'aussi peu que régna, mais plus, poeiilt estre, en glore du monde que à salut d'ame. Ung conte Francisque, de bas et humble sang, en sa vertu et splendeur de corage se fist duc de Millau, se (ist reputer avec les roys et digne d'impérial sceptre : et non, doncqz, pour tant, pour élévation de sa fortune, ne oublia humilité de sa vocation primitive, et en attribua la dignité, non à sa personne, mais à sa vertu, et d'icelle fist son manteau de parement. O hault exemple droit cy, et de grant fruict à tout noble prince!

a Or, as ouy pluseurs exemples et pluseurs haultes recommandations de prince par ung abregié, et lesquelz te sont et doibvent estre en miroir pour les ensievir ; car aux bons siet louenge, et à ceulx qui clochent sombre grâce; l'en doibt tourner Toeul envers le blanc, par contraire du noir, et envers la clarté, par contraire aux ténèbres, qui hydeuses sont et espoventables. Et qu'esse de mal vivre et de mal Fegner, qui est puantise et hideur? et de bien faire et de régner glorieusement, fors blancheur et clarté ? sur quoy clercs parolles et louables escrips se fondent. Tu ois et entens ce que l'on dit en divers lieux, et coguois, par

APPENDIGE. 261

rapport des hommes, Testât des royaltties^ et les hommes et les royalmes portent leurs tiltres telz ou telz, et De s^en poeult musser la vërité : mais grant chose est de prendre chastoy eti aultruy desvoyance. Se ne fussent les loix, n'y auroit révérence nulle ne cremeur en terre; et se ne fussent les dolloreux et divers accidens, n'y auroit nul exemple de correction. O Charles, Charles, entens droit cy : poise, je le prie, les divers exemples contraires, et ramembre souvent; ne deviens mye de ceulx, helas! qui pervertissent le bien en mal, ne qui muent paix et salut des hommes en turbation de corage; tu as receu ung climat de terre scitué en paix et que le ciel a longuement regardé par faveur, metz peine de Tentretenir et de non le muer en pis que tu le troeuve. Le faire aiûsy te donnera los et bénédiction, et à Dieu contentement ; et le faire aultrement, te donnera reproche et inreparable meschief. Dieu t'a haultement pourveu en biens de nature : des biens de fortune, tu en as toutte la sommitté, et^ des dons de grâce, tu en as ce qu'il fault à homme. Ne fault riens, doncqz, fors que raison te gouverne et que tu portes empire sur ta volonté pour la tourner en bien, que tousjours tu tourne les yeulx envers le hault, par honneur, et, par devers terre, en amour et dilection à ton poeuple, à l'exemple de ton père. Il te loist estre doulx et familier, estre homme tout homme, seigneur sur tout et serf à tous, et, à l'exemple de César, imperer tellement sur tes subgectz comme tes subgectz te vouldroient avoir empereur. Tu es de la plus noble rasse des crestiens, par père et mère, du plus noble sang de la terre, et lequel jusquez en toy semble estre beneit et aspiré de Dieu. Tesmoing ton grant père, le

262 CRœiICQUES D'£NGLËT£RRE.

roy Jehan de Portugal, champion de la crestienne foy ; tesmoingz tous ses nobles enfans, que Dieu arous codduictz; tesmoing ta noble mère, la vertueuse princesse, coffre de charité et de dévotes prières, ei de laquelle, avec ton propre bon zèle et les bontez qui en toy sont, il ne poeult que tu ne tires fruicl et béatitude, et que la main de Dieu ne te conduise et gouverne, et préserve de mal et de confusion, et de ruyne, comme tous les tiens. Vraye equitté est et naturelle que le bien faire grandist l'homme, et est force que, qui en vertu labeure, il attainde à liauit honneur. Vertu prend son mouvement de Dieu, et envers le lieu dont elle moeult elle contourne sa fin. Dieu, doncqz, la guyde et la gouverne, et Dieu a Toeul tousjours sur celluy qui de vertu use. Aymé doncqz vertu et ensieus les clers exemples, et te contourne envers celuy qui a Toeul sur les clers hommes : requiers luy de son amour et te dispose à sa grâce ; les humaines tribulations et povretés dispense les, je te prie, et les supporte en ton sens ; metz ta haultesse et ta haulte fortune en comparation à leur faculté povre; car comme est plus haulte et glorieuse la tienne, tant plus doibt estre humble et bénigne envers la leur.

« Tu vois les royalmes et divers pays souffrir soubs prince deffectueux; tu vois les royalles lignées terminer et faillir à règne, par pugnition de Dieu ; tu vois villes et citez périr pour vicieux gouverne, et de quoy les princes portent le fardeau ; tu vois que peu, aujourdlmy, les grans de la terre entendent au fait de Dieu, passent leur temps en vanité et desordre : et Dieu, aussy , souvent les oublie et ignore; moeurent dollentz ou déclinent d'honneur et de chevance, et ne se reliefvent

jamais leurs hoirs. Les péchez mainent à néant les maisons, et les vertus et les bonnes oeuvres les eslievent': expérience le te monstre par effect. Or, as la cog- Doissance de toy meismes, et scez qui tu es et dont tu viens; et, par une chose et par aultre, tu entens et i^ognois ce qui est de ton appartenir et de ton laisser, et quel fruict tu poeulx prendre en contraires exemples. Reste tout le plus et le plus fort à ce dernier, c'est que tu cognois que tu es mortel homme et morras comme ton père, sievras ton grant père et ton ave, laisseras à aultruy ce qu'ilz ont laissé à toy, n'emporteras riens du tien ne du leur. Eulx, ilz te ont laissé gloire et félicité : rapporte leur bénédiction de leurs biensfais, prie pour eulx, aultruy priera pour toy; eulx, ilz ont emporté le chappeau de leur gloire, fais le tien à ta poste, il sera tel que ta vie. Du leur ilz sont certains, et tu pendz en doubte du tien : par cy devant ilz ont gouverné les hommes, et maintenant ilz en sont au compte rendre. Là tu venras comme eulx, et aultres te sievront; eulx sont allez devant, et tu les sievras aprez ; eulx ont rendu leur compte, et tu viendras à rendre le tien. Labeure doncqz en ton chappeau, et Testore de belles fleurs : celluy de tes pères est plain de précieuses jacintes; le leur reluist très cler, fay resplendir le tien, car tu n'emporteras aultre chose. Ton compte sera du meismes à ton chappeau ; tel l'un, tel l'aultre; et tout tel Dieu tu trouveras à compter là hault, comme tu auras usé de ta recepte en sa commission cà bas. »

A ce mot, présentement, s'esvanoist le parlant, ensamble tous les aultres personnages. Âinsy que subitement se estoient apparus, se perdirent ; et le noble

Î64 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

prince demoura tout seul. Lors, ou en subit, je orry les yeulx, et, en regardant entour de moy, me doonay merveilles de ce que veu avoye et ouy, donl, comme se j'en eusse eu la vive impression en moy,QU comme se ce fut ma propre oeuvre^ j'en aliay naeoUe en escript mon retenir, lequel, par humilité et grail amour, et en grant révérence, pour ce que l'ay Isom competant à vous, o mon très redoubté Seigneur, je le vous présente et envoyé. Plaise vostre noble haultesse et bonté le recepvoir agréable, et l'envoyeur e^ cripvain en vostre noble et bonne grâce.

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