‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 112 sur 291 · VII. De la canonisation des saints · texte numérisé non relu

VII. De la canonisation des saints

VIII. De ce qui se chantait ou se récitait à la messe, par le prêtre, par les clercs et par le peuple.

IX; Des messes de saint Jacques et de saint Marc. X. De la diversité des langues dans les offices divins de l'Eglise orientale.

I. Il faut dégager dans ce chapitre la promesse que j'ai faite d'indiquer sommairement les origines de quelques particularités de l'office divin, quoique ce vaste dessein demande plus de temps et plus d'érudition que je n'en ai.

Le pape Jean VllI permit au prince des Esclavons, nouvellement convertis, de faire célébrer la sainte messe en langue esciavonne , de lire l'Evangile et toutes les Ecritures en la même langue, puisqu'il est juste de bénir Dieu en toutes les langues dont il est l'auteur. 11 ordonne néanmoins qu'on lira premièrement l'Evangile en latin, et qu'après on l'interprétera en esclavon pour le peuple.

« Nec sanœ fidei vel doctrinal aliquid obstat, sive missas in eadem slavonica lingua canere, sive sacrum Evangeliimi, vel lectiones divinas novi et veteris Testamenti bene translatas et interpretatas légère, aut alia horarum officia omnia psallere. Quoniam qui fecit très linguas principales, licbrœam scilicet, grœcam et latinam, ipse creavit et alias omnes ad laudem et gloriam suam. Jubemus tamen ut in omnibus Ecclesiis terrœ vcstrœ propter majorem honorificentiam Evangelium latine legatis, et postmodum slavonica lingua translatum, in auribus populi latina verba non intelligentis, adnuntieturj sicut in quibusdam Ecclesiis fieri

videtur. Et si tibi et judicibus tuis placet, missas latina lingua magis audire, pmecipimus, ut latine missarum tibi solemnia celebrentur (Epist. ccxLvii), »

Ce pape n'obligea pas à la vérité les Esclavons de faire le service en langue latine, mais il permit au prince et à ses seigneurs de se faire dire la messe en latin, s'ils le désiraient.

IL En etTet, et l'Ecriture et la liturgie, et toutes les psalmodies ont été d'abord écrites en langue vulgaire que tout le monde entendait. Mais la révolution des siècles a changé la langue vivante des peuples, en sorte que les descendants n'ont plus entendu le. langage que leurs ancêtres avaient parlé.

Voilà comment la Bible et le service divin se trouvent en langue étrangère, quoiqu'ils n'aient reçu en eux-mêmes aucun changement par la seule inondation d'une langue étrang^ère qui s'est établie, ou qui se glisse insensiblement sans qu'on s'en aperçoive. Mais cela n'a lieu que dans les pays où la chrétienté s'est établie lorsqu'on y parlait la même langue des Ecritures, comme la Judée et la Grèce, ou bien dans ceux où l'on a fait des versions de l'Ecriture en langue vulgaire, en même temps que la foi s'y est étendue, comme les pays occidentaux, où la langue latine était entendue.

Ainsi l'on peut dire qu'au commencement de la conversion d'une grande nation, comme on leur prêche l'Evangile en leur langue, aussi on leur donne l'Ecriture, la liturgie et le service en leur langue. Cela parait dans l'établissement des églises judaïque, grecque et latine, auxquelles le pape Jean Vlll ajouta l'esclavonne l)Our les mêmes raisons; parce qu'il est impossible d'apprendre une langue nouvelle à tout un peuple, mais il n'est pas impossible de faire une fidèle version des Ecritures et du service.

Comme ces versions sont néanmoins trèsdifficiles, l'Eglise ne s'est jamais engagée d'en faire ou d'en autoriser de nouvelles, toutes les

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fois que l'ancien langa^fe s'altérait. Ces altéra- lire l'évangile et l'épître en grec et en latin

tions se font insensiblement plutôt en une pro- aux jours des fêtes solennelles, pour faire re-

vince qu'en une autre dans le même royaume, manpier l'union des deux Eglises, outre les

plutôt dans l'usage du petit peu[)le que dans monastères de Rome, où tout l'office se faisait

les personnes de qualité, plutôt entre les igno- en grec par des religieux grecs : tel fut celui

rants qu'entre les gens de lettres. Ainsi (|uand de Saint-Praxède que le pape Pascal I" fonda,

on serait résolu de faire de nouvelles versions, et y établit une congrégation de moines grecs,

autant de fois que le langage précédent n'est « quae die noctuque grtecfc modulationis psal-

plus intelligible, il serait très-difficile de faire modi;e laudes omnipotenli Deo persolveret. »

un juste discernement des pays et des temps Ajoutons encore cette remarque que dans la

auxquels cette innovation serait nécessaire. succession de tant de siècles, et dans la foule

Enfin, les versions fidèles et exactes sont si de tant de nations qui ont été converties à la

longues à faire et à autoriser, qu'on peut dire foi cette concession du pape Jean VIII est

en quelque façon que la langue change en très-singulière et peut-être unique et sans

moins de temps qu'il n'en faut pour donner exemple. On peut inférer de là que les peuples

crédit à une nouvelle version. nouveaux ne sont jamais en droit de rien pré-

Lors donc que la religion est déjà établie, tendre de semblable, quoiqu'il soit toujours au

c'est un moindre mal de conserver l'ancien pouvoir de l'Eglise d'user de ses dispenses ,

langage, quoique peu entendu; mais lorsqu'il quand elle le juge à propos. Mais si l'histoire

faut planter la religion dans un pays barbare, du temps passé est une leçon pour l'avenir, on

il faut quelquefois se résoudre à essuyer les ne pourra jamais tirer à conséquence l'exemple

dangers des translations nouvelles. C'est peut- des Esclavons, ni l'opposer à une infinité d'aii-

étre pour cela que ce même pape, Jean VIII, très nations à qui on n'a point permis après

défendit à l'archevêque de Pannonie, de celé- leur conversion le chant public des offices de

brer encore la messe en esclavon , parce que la l'Eglise en leur langue.

Pannonie était peut-être déjà convertie (Episl. IV. Anastase, bibliothécaire, nous apprend

xcv). ailleurs que le pape Léon IV institua l'octave

III. Il ne faut pas aussi dissimuler qu'on a de l'Assomption, avec des veilles solennelles,

tâché d'aller au-devant des divisions et des « Vigiliis sacris matutinisque cum omni clero

schismes que la diversité des langues pourrait pernoctans laudibus in basilica ejusdem Domi-

introduire dans l'Eglise. L'unité des cœurs et nx nostra3 (De divin. Offi., c. i). » Alcuin nous

des esprits se conserve bien mieux dans l'uni- a représenté la manière dont on veillait la nuit

formité d'un même langage. Aussi, lorsque de la Nativité de Notre-Seigneur.

Dieu voulut rompre la bonne intelligence en- La veille de Noël, on disait la messe à l'heure

tre des hommes qui en abusaient pour immor- de none, après on chantait vêpres , ensuite on

taliser leur insolence, il ne fit que diviser et allait manger, A l'entrée de la nuit le pape

diversifier leurs langues. C'est pour cela que le entrait dans l'église de Sainte-Marie, y chantait

pape Jean VIII commandait qu'on lût toujours les vigiles et matines, c'est-à-dire laudes et en-

l'Evangile en latin, et puis en esclavon dans la suite la messe de la nuit. Après quoi il allait

messe esclavonne. C'est pour cela que, comme chanter une autre messe de la nuit à Sainte.

le pape Nicolas 1" l'a remarqué, dans Constan- Anastasie. De là il allait à Saint-Pierre, où il

tinople même on lisait premièrement l'épître continuait l'office de la nuit avec les chanoines

et l'évangile de la messe en latin, et puis en de Saint-Pierre qui l'avaient commencé à

opec. l'heure ordinaire, avec Finvitatoire ; au lieu

« Ecce quotidie, imo vero in prœcipuis festi- que le pape n'avait point dit d'invitatoire aux

vitatibus inter grœcam linguam, velut quid- veilles et aux matines qu'il avait chantées dans

dam pretiosum, hanc romanam linguam mis- l'église de Sainte-Marie,

centes, etc. Constanlinopolitana Ecclesia lectio- Alcuin ajoute que c'est pour cela que l'anti-

nem apostolicam et evangelicam istius dictione [-iionaire romain marquait pour cette nuit un

linguœ in stationibus fertur primitus recitare, office double : « Unde etiam dupla officia in

sicque demum propter Grœcos graeco sermone Romanorum antiphonariis hac nocte descri-

utique ipsas lectiones pronuntiare (Epist. vni). » bunlur. »

La même coutume s'observait à Rome, de C'est donc là l'origine des fêtes et des offices

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