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XVIII. Sommaire de ce qui a été dit

I. Nous avons prouvé qu'il n'y avait, point durant les cinq premiers siècles de clercs sans ordres, différents des laïques par leur tonsure seulement ; venons à. l'habit, et montrons que les ecclésiastiques n'en avaient point dans la vie civile qui les distinguât des séculiers. Commençons d'abord par une autorité si claire et si puissante, qu'il n'y ait point de réplique.

Le pape Célestin écrivit en l'an 428 aux évêques des provinces de Vienne et de Narbonne, pour les blâmer d'une nouveauté superstitieuse qui s'était glissée dans leur clergé, où les ecclésiastiques commençaient de porter un manteau et une ceinture, au lieu de la tunique et de la toge romaine , qui était l'habit ordinaire des clercs, aussi bien que des laïques. Ce grand

pape leur remontre, que ce n'est pas à la lettre qu'il faut pratiquer ce qu'on lit dans l'Evangile, de se ceindre les reins ; qu'il ne faut pas se distinguer des laïques par les habits, mais par la sainteté des mœurs : enfin qu'il ne faut pas par de nouvelles superstitions corrompre la discipline que tant de saints évêques ont autorisée.

et Didicimus quosdam Domini sacerdotes, superstitioso potius cultui inservire, quam mentis vel fidei puritati. Amicti pallio et lumbi pra^cincti, credunt se scripturœ fidem non per Spiritum, sed per lilteram completuros. Nam si ad hoc ista praecepta sunt, ut taliter servarentur : cur non fiunt pariter, quœ sequuntur, ut lucernœ ardentes in manibus una cum baculo teneantur. »

Après leur avoir montré que c'est l'amour de la chasteté qui nous est recommandé dans le sens véritable de ces paroles de l'Evangile, « Habent suum ista mysterium, etc. » il leur déclare en quoi il faut mettre la différence du clergé et du commun des fidèles : « Discernendi a plèbe vel cœteris sumus doctrina, non veste ; mentis puritate, non cultii. »

Ces paroles prouvent évidemment, que ce n'était ni par les cheveux, ni par les habits que l'on reconnaissait les ecclésiastiques. Enfin il condamne cette nouvelle coutume comme une superstition et une injure faite aux anciens Pères et aux premiers évoques de l'Eglise. « Unde hic habitus in Ecclesiis gallicanis, ut tôt annorum tantorumque pontificum in alterum habitum consuetudo vertatur, etc. Nam si incipiamus studere novitati, traditum nobis a Patribus ordinem calcabiinus, ut locum supervacuis superstitionibus faciamus. »

II. Ce grand pape nous ai)prend dans la même lettre , que cette innovation avait été faite par des moines qui avaient été faits évêques et avaient voulu conserver dans l'épiscopat rhabit de leur première profession, u Non mirum si contra ecclesiasticum morein fa-

DE L'HABIT CIVIL DES ECCLÉSIASTIQUES

ciunt, qui in Ecclesia non creverunt : sed alio venientes itinere , seciim hcTc in Eccle?iam, quœ in alia conversatione habuerant, inlulerunt. »

II ajoute que *cette manière extraordinaire de se vêtir est peut-être supportable à des moines qui vivent dans la solitude ; mais que les évèques des Gaules ne peuvent point en user sans condamner leurs prédécesseurs, ou sans se condamner eux-mêmes en les abandonnant. « Habeant tamen istum forsitan cultum, morem potius quam rationem sequcntes, qui remotioribus habitant locis , et procul a caeteris degunt. Unde hic habitus in Ecclesiis Gallicanis, etc. » Il conclut enfin par ces mots : « Non est imponendum oculis, sed mentibus infundenda prœcepta sunt. »

III. Salvien nous a fait voir ci-devant combien les personnes séculières avaient en horreur les moines qui passaient quelquefois par les grandes villes, couverts d'un manteau et la tête rasée : « Palliati, et recisisusquead cutem comarum jubis. » Voici comme il parle ailleurs à un moine relâché qui n'avait que l'extérieur d'un solitaire : « Licet religionem vestibus simules, licet fidem cinguloafFeras, licet sanctitatem pallio mentiaris. (AdEccl. Cathed,, I. iv). »

Si cette différence d'habits rendait les moines ridicules aux yeux des hommes charnels, le clergé n'avait garde de l'affecter, puisqu'il fait profession de gagner et d'attirer tout le monde. Saint Paulin nous a aussi fait voir dans le chapitre XXXVII , les solitaires vêtus de la même manière, « veste succincti, sagulis palliati (Epist. vu) ; » et il fait gloire au même endroit de s'attirer par cet habit le mépris du monde : « Hujusmodi hominum et -vultus, et habitus, et odor nauseam illis facit, quibus odor mortis est in odorem vitœ (Epist. x). »

11 remercie ailleurs celui qui lui avait envoyé un habit convenable à la profession qu'il faisait de solitaire : c'était un manteau de poil de chameau : « Pallia camelorum pilis texla. » II lui envoie en échange une tunique de peaux d'agneau : « Tunicam de tenero agnorum vellere conlextam [De habitu Monach., I. i. c. 1, etc.) » Voyez ce que dit Cassien des ceintures et des autres habits propres aux solitaires.

IV. Je viens à d'autres preuves. Le pape Sirice a marqué avec une exactitude admirable dans une de ses lettres, tous les devoirs et toutes les démarches de ceux qui se dévouent à l'état

ecclésiastique. 11 veut que de? leur enfance ils reçoivent le saint baptême et en même temps l'ordre des lecteurs : il leur permet ensuite de se marier ; et pour\"u qu'ils vivent chastement et chrétiennement jusqu'à l'âge de trente ans, il permet qu'on leur donne l'ordre et qu'on leur fasse exercer les fonctions des acolytes et des sous-diacres. Il ne les oblige à la continence que lorsqu'on les élèvera au diaconat.

Outre que ce pape ne parle ni de la tonsure, ni de l'habit propre et singulier du clergé; quelle apparence y a-t-il, que tous ces clercs qui vivaient dans le mariage au milieu de leur famille, fussent autrement vêtus que les plus modestes d'entre les autres chrétiens ( Siric. Epist. I. c. 9, 10) ? Le pape saint Léon parle en quelque endroit de l'habit particulier des vierges qui se consacraient à Dieu : « Puellae quœ virginitatis propositum atque habitum susceperunt (Epist. xcn. c. 19). » Mais ni lui, ni aucun des anciens papes n'a parlé en aucun endroit de l'habit propre des ecclésiastiques.

V. Le concile IV de Carthage (Can. xlv), n'a rien oublié des devoirs importants de tous les ecclésiastiques. Aussi n'a-t-il pas omis de leur recommander la modestie dans leurs habits et dans leurs souliers ; mais cela suffit pour nous persuader que, ni pour la couleur, ni pour l'étoffe, ni pour la forme des habits, les clercs n'avaient rien qui les distinguât des laïques, si ce n'est une modestie et une fuite singulière de la vanité du monde. « Clericus professionem suam et in habitu, et in incessu probet : et nec vestibus , nec calceamentis decorem quaerat. » Dans les habits aussi bien que dans la démarche, le clerc, selon ce canon, ne doit rien affecter que la simplicité.

VI. Julien Pomère nous a dépeint ceux que ce canon semble avoir notés, à cause de leurs robes traînantes et de leur démarche molle et affectée. « Taceo de illis, qui undante lapsabundi corporis motu, defluentibus in talos vestimentis incedunt, et vagis laterum flexibus quodammodo fluctuantes, etc. (De vita Contempl., lib. ii. c. i). » Voilà tout ce qu'on pouvait blâmer dans les habits des ecclésiastiques, en un temps où tous les honnêtes gens étaient vêtus de long , et où les personnes vertueuses ne pouvaient se signaler que par la modestie et la simplicité.

Saint Jérôme nous enseigne la même vérité, a Si lector, si acolythus, si psaltes te sequitur, non ornentur veste, sed moribus : nec calami-

stro crisjtent comas , sed piulicitiam liabitu tiinica, et operimento |)aii, (juo tocto lanlum

polliceantur (Ad Ne|)oti de vita Cleric). » corpore frifi:us excluderct, niliil sibi anii)lius

Un peu plus bas dans la même lettre, ce sa- reservavit. Cullus ipse provinci;p morem seyant Père l'ait clairement voir (jue l'habit noir qnens : nec niunditiis , nec sordidis notabilis n'était pas encore orilonné aux ecclésiasticiues; erat ^In Epitapb. Nepotian). »• il leur détend même de s'en servir, aussi bien Ce Père semble prescrire aux moines un haque d'un habit d'une éclatante blancheur, bit plus vil et plus pauvre, et qui les rendant « Vestes pullas œciue devita, ut candidas : or- méprisables au monde, témoij^ne aussi le ménatus, ut sordes pari modo lugienda' sunt : piisiju'ils en font. «Si monachusesse vis, sorquia alterum delicias, allerum f^loriam re- dida' vestes candid;e mentis indicia sunt. Vilis dolet. » tunica conleni|ttum sœculi probel ; ila dun-

Cette blancheur éclatante était une marque taxât ne animus tumeat; habitus sermoque dis-

d'une excessive délicatesse : l'habit noir était senliant (Ad Ruslicum Mona.). » En parlant

réservé aux moines et aux pénitents; et c'eût d'Asella. « Tunicam fusciorem induta (Epist.

été une humilité affectée, et une véritable ad Marcellam.). » Et écrivant à Eustoquie,

vanité à de jeunes ecclésiastiques de s'en re- « Vestis nec salis munda, nec sordida et nulla

vêtir. diversitate notabilis, ne ad te obviam prœter-

Saint Jérôme les exhorte à prendre le milieu, euntium turba consistât, et digito monstreris

et à se faire reconnaître par une médiocrité qui (Ad Eustoc). » Et parlant d'une veuve. «Vestis

n'ait rien de remarquable. Il n'approuve pas fuscior, pulla tunica, minus cumhumijacuerit

même qu'ils s'abstiennent de porter du linge, sordidatur. Soccus vilior, cingulum laneum,

si leur amour pour la pauvreté évangélique, et etc. (Ad Marcel. deBliesilla). »

leur vie morliliée ne répond à cela. Mais en écrivant à Pammaque, il montre

a Non abscjue amictu lineo incedere, sed bien que les moines affectaient de se faire mé-

pretium vestium linearnm non habere, lauda- priser du monde par leurs habits, ce qui n'eût

ijile est. Alioqui ridiculum et plénum dedeco- pas été convenable aux ecclésiastiques qui ne

ris est, referto marsupio, quod sudarium, ora- doivent pas rebuter les malades qu'ils veulent

riumque non habeas, gloriari. » A quoi il faut guérir (AdPamma. de obituPaulinip).«Quis hoc

ajouter ce ({u'il dit ailleurs : « Quid prodest crederet ut consulum pronepos , inter purpu-

circa collumadabstergendossudoreslinteolum ras senatorum, furva tunica puUatus ince-

non habere, quid juvat esse [i.ovo7.£Twva;, et prae- deret, et non erubesceret oculos sodalium , ut

ferre habitu paupertatem ; cum marsupium deridentes se derideret? Est confusio, quae

nostrum universa pauperum turba suspiret? » ducit ad mortem, et est confusio, quœ ducit

Voici de quelles couleurs ce même Père (In advitam. Prima virlus est monachi contem- Michicam, c, m) dépeint ailleurs les ecclésias- nere hominum judicia , et semper Apostoli tiques qui faisaient voir la vanité de leur àme, recordari , dicentis : Si adhuc hominibus plaet la disposition de leur cœur dans le luxe de cerem, Christi servus non essem. » leurs habits et dans le soin qu'ils prenaient de Vlll. Les pélagiens se portaient à un excès friser leur cheveux. «Omnis his cura de vesti- que saint Jérôme même ne peut souffrir, lorsbus, si bene olente; si pes taxa pelle non fol- qu'ils voulurent censurer la modestie même et leat. Crines calamistri vestigio rotantur : digiti la propreté simple des habits. Voici ce que saint annulis radiant : et ne plantas humidior via Jérôme leur répond. « Adjungis gloriam vespargat, vix im])rimunt summa vestigia. Taies slium et ornamentorum Deo essecontrariam. cum videris, sponsos magis existimato, quam Quœ sunt, rogo, inimicitiœ contra Deum, si clericos (Ad Eustoc, ad custodiavirginit.). » tunicam habuero mundiorem : si episcopus,

VIL Les commencements même de la con- presbyter , et diaconus et reliquus ordo eccle-

version de Népotien furent bien autres : il est siasticus in administrationesacrificiorum can-

vrai qu'il changea d'habit, mais ce ne fut que dida veste processerint? Cavete clerici, cavete

pour en prendre un plus modeste en seconfor- monachi , viduœ et virgines, periclitamini ,

mant à l'usage de sa province, et en évitant nisi sordidasvos atiiuepannosas vulgus aspexe-

autant la saleté que la mollesse. « Balteo po- rit(L. i, advers. Pelag.). »

sito mutatoque habitu, quidcjuid castrensis Ces paroles de saint Jérôme nous découvrent

peculii fuit, in pauperes erogavit. Excepta vili que si les ecclésiastiques avaient quelque chose

DE L'HABIT CIVIL DES ECCLÉSIASTIQUES

de singulier dans leurs habits, ce n'était qu'à l'autel ; et alors même c'était une blancheur et une propreté extraordinaire qu'ils affectaient par un respect singulier pour le sacrifice de l'Agneau sans tache. Au reste, les clercs, les moines et les religieuses n'étaient nullement obligés d'attirer sur eux le mépris du peuple par la saleté de leurs habits, quoique quelquesuns l'aient fait par un instinct particulier, et par un amour extraordinaire des croix et des injures.

IX. Il est vrai que le prêtre Constance , dans la\ie de saint Germain, évêque d'Auxerre, dit que saint Amateur lui donna Vhabit de relif/ion en le faisant clerc : « Caesariem ejus capiti detrahens, habitu religionis, rejectis sœcularibus ornamentis, cum promotionis honore induit (Surius, Julii diexxxi). » Mais cet habit de religion n'est autre qu'un habit modeste. Sidonius a usé du même terme en ce sens, où parlant du courtisan Maxime qui avait embrassé l'état ecclésiastique, il nous le représente en cette sorte. Habitus viro, gradus, pudor, color, sermo reIigiosus(L. iv, epist. xxiv).» En tout cela il ne pouvait y avoir qu'une modestie singulière.

X. Il y aurait aussi quelque fondement de croire que cet habit de religion serait un habit monastique : car ce mot de religion est souvent pris pour la profession des pénitents, ou des moines. C'est en ce sens que Salvien Ta employé, « Sub specie religionis, vitiis sfecularibus mancipati, etc. Divini cultus habitum magis quamactum existimantes, vestem tantummodo exuere, non mentem (L.v, de gubernat. Dei). »

La suite de son discours montre clairement qu'il parle de ceux qui ne faisaient qu'une fausse pénitence, après s'être plongés dans des crimes dont l'énormité les rendait irréguliers, et incapables des rangs et des dignités ecclésiastiques. Ainsi saint Amateur aurait donné à saint Germain un habit de religion, parce que les saints évêques de ce temps-là joignaient quelquefois la vie monastique avec les fonctions épiscopales.

Sévère Sulpice le dit nettement de saint Martin. « Ubi Martinum in veste hispida, nigro pendulo, pallio circumtectum viderunt, etc. (Dialog. H, de vita S. Martini).» Et en un autre endroit : « Idem constantissime perseverabat, qui prius fuerat; eadem in corde ejus humilitas, eadem in vestituejus vilitas erat : atque iia plenusautoritalis et gratisB, implebat episcopi

Tu. — Tome II.

dignitatem, ut non tamen propositum monachi virtutemque desereret (Lib. de vita Martini, c. vu, epist. ni). »

Ce manteau était propre aux moines, qu'il appelle ailleurs, Agmina palliata. Sidonius assure la même chose de Fauste, qu'ayant été tiré du monastère de Lérins et élevé à Tépiscopat,- il n'avait rien changé de l'austérité de sa vie précédente. « Nil ab abbate mutatus per sacerdodotem ; quippe cum novœ dignitatis obtentu, rigorem veteris disciplinée non relaxaveris (Lib. IX, epist. ni. Ibid., epist. ix). » Fauste n'était pas le seul qui réunit par une piété extrordinaire deux conditions si éloignées; témoin le même Sidonius en une autre lettre qu'il lui écrit : « Legivolumina tua, quœ Riochatus autistes et monachus, atque istiusmundi bis peregrinus, Britannis tuis pro te reportât (L. IX, epist. ix). »

Mais le même saint Germain, dont nous parlons, justifie par sa conduite fexphcation que nous avons donnée aux termes dont se sert l'auteur de sa vie. Dès le premier jour de son épiscopat, il se conforme entièrement à l'austérité des moines les plus réformés et pour sa table et pour ses habits. « Ex ea vero die, qua sacerdotii sumpsit exordium.nunquam panem frumenti, non vinum,nonacetum, nonoleum, non legumen, vel salem accepit. Indumentum cuculla et tunica indiscretis fuere temporibus. Nam neque hyeme accessit adjectio, neque œstate levamen admissum est. Quod utrumque tandiu usui fuit, nisi forte donatum est, donec attritione nimia solveretur, cilicio semper interius inhoerente (Surius, Julii die xxxi). »

On ne peut douter que ce ne fût joindre les austérités des solitaires avec la dignité de l'épiscopat. Ce saint évêque étant mort, voici le partage qui se fit de ses habits, entre ceux qui crurent pouvoir recueillir de ces précieuses dépouilles les restes de sa sainteté : « Cucullam cum interiori cilicio Petrus episcopus usurpavit. Sex vero antistites, ut aliquid monimenti ex successione sanctitatis accipcrent, disrumpere quod superfuerat, maluerunt. Unus pallium, aller cingulum accepit. Duo tunicam, duo sagulum diviserunt. » Voilà comment l'héritage d'un pauvre et saint évêque en enrichit plusieurs.

XL Ce que nous venons de rapporter de saint Martin, de Fauste. de Riochatus, de saint Germain, montre manifestemcntque plusieurs évêques de France faisaient gloire de porter

3t DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME.

riiabit des plus austères solitaires, et d'être en (jues d'une pénitence et d'une humilité toute

même tenijjS les imitateurs de leur vie péni- extraordinaire, Salvien ne parle que des airi-

tente. Si de ces quatre évèques les trois pre- cains et de ceux de Cartliafjre, quand il dit (|ue

miers avaient été appelés de la profession reli- la vue et la présence des moin(;s (|ui passaient,

gieuse à l'épiscopat, on ne jieut [)as avoir la leur donnait de l'horreur. 11 eût dit de même

même pensée de saint Germain. Nous avons des Gaules, s'il eût pu le faire sans blesser la

donc en lui un exemple, non pas d'un évèque vérité.

qui conserve dans cette éminente dignité les ha- Saint Martin avait donné tant d'admiration,

bits et les exercices des solitaires, parmi lesquels tant d'estime, et tant d'amour à toutes les Gau-

11 avait été élevé : mais d'un lionmie de grande les, que nous pouvons croire, sans crainte de

qualité, (jui étant traîné plutôt qu'élevé à ré])is- nous tromper, qu'il leur avait inspiré la véné-

copat, embrasse en même temps tout ce qu'il ration pour tous les moines, et pour toute leur

y a de plus humble et de plus mortifiant dans profession. On avait tiré de son monastère un

la vie religieuse. grand nombre d'évêques. Il en était aussi sorti

Il y a bien de l'apparence que c'est contre un fort grand nombre du monastère de Lérins. ces saints évèques et leurs imitateurs, que le Tous ces saints religieux avaient saintement pape Célestin écrivit la lettre par laquelle allié les vertus épiscopales avec les pénitences nous avons commencé ce chapitre. Ces évèques et les mortifications des solitaires, portaient effectivement les habits que ce pape Les peuples des Gaules ne pouvaient après désapprouve, pallium, cùigidum; et le reste cela regarder les moines qu'avec un extrême des vêtements des moines. Aussi les trois pre- respect, et il s'en fallait beaucoup qu'ils ne miers étaient étrangers en France, comme le crussent que l'habit et la vie des moines déspape le remarque. La lettre de ce saint pape ne honorât l'épiscopat. L'évêque Cresconius a cru laisse pas d'être très-raisonnable et très-cou- au contraire, dans son abrégé des canons, que forme aux lois ecclésiastiques. le pape Célestin n'avait défendu aux ecclésias-

Nous avons vu que l'habit des moines était tiques les habits monastiques, que comme une

le sujet de l'aversion et des railleries de la plu- singularité affectée par un esprit de présomp-

part des peuples, dont les yeux n'étaient pas tion (Cresconius in Breviario, can. cxxxi).

encore accoutumés à ces honorables marques C'est pour cela qu'il joint ce décret de Céles-

de Ihumihté chrétienne. La profession mo- tin avec le canon du concile de Gangres, qui

nastique n'avait commencé qu'avec l'empire de blâme l'affectation orgueilleuse de quelques

Constantin. Ces solitaires sortaient en ce temps- moines dans leurs habits. « De his qui palliis

là fort rarement de leurs déserts. Les évèques utuntur, et idcirco superbiunt : » il n'est pas

étaient plus anciens que les moines d'environ nécessaire de justifier ces évèques de France,

trois cents ans. Ils ne devaient donc pas chan- dont nous parlons, de cette singularité pré-

ger leur ancienne manière de s'habiller, ni se somptueuse.

distinguer de leurs confrères, pour se confor- Xlll. Si les peuples au contraire étaient le

mer à une profession nouAelle, et à une sorte plus souvent scandalisés du luxe et de la vanité

d'habit choquante, quoique sainte. des évèques et des autres ecclésiastiques : qui

Il n'y avait donc rien de si juste, en parlant peut douter qu'ils ne fussent au contraire édigénéralement, que ce que le pape Célestin or- fiés de la piété singulière de ceux qui ne metdonnait, de conserver l'ancienne coutume, ne talent leur gloire que dans un entier mépris faire aucune innovation, se revêtir comme les de la gloire et du faste? Saint Jérôme nous reanciens évèques, ne pasdifîérer des autres évê- présente un de ces évèques plus curieux de ces ques du monde, n'affecter pas les habits qui ornements extérieurs que des vertus qui sont rebutent ceux que l'on doit attirer; enfin, ne les véritables ornements de l'àme, pas faire montre dans les villes de ce qui n'a «Si quisepiscopatumdesiderat, bonumopus été introduit que pour la solitude. desiderat : opus, non dignilatem : laborem ,

XII. Mais comme les raisons et les circons- non delicias : opus per quod humilitate decre-

tances particulières l'emportent quelquefois scat, non intumescat fastigio, etc. Sunt quidam

sur les maximes générales, ces saints évèques ignorantes mensuram suam,et tantœ stolidita-

de France crurent alors que ce ne serait pas fis acvecordia^, ut et in motu, et in incessu, et

déshonorer répiscopat(jue de le revêtir des mar- in habitu, et in sermone communi, risum spe-

DE L'IîABiT CIVIL DES ECCLÉSIASTIQUES. 35

ctantibus prrebeant : et quîisi intelligentes, ipsa calceamenta suscipiens clericorum , etc., quid sit ornatus, comunt se vestibus et mun- fre(iiientcr nutlis jiedibus ambiilabat. Casuditiis corporis, et lautioris mensaî epulas prf- lann pretiosam, vel superbi coloris nec monarant; cum omnis istiusmodi ornatus et cultus clios suos habere perinisit, nec ipse liabuit. sordibus fœdior sit (Tom. ii^ epist. ad Ocea- Subtus casiilam nigello vcl lactinio pallio cirnum). » cumdatusincessit.Quandotenipcriesaerisinvi- Si cette mollesse et ces ajustements étaient tabat, solo pallio intra monasteriuni estcoopéraux fidèles un juste sujet de scandale, ce leur tus. Nec de[)Osilo salleni cingulo somnum était au contraire un objet fort édifiant quand pelivit. In qua tunica dormiebat, in ipsa sacriils voyaient les évêques revêtus de toutes les ficabat, etc. (Ferrand. Diacon., in vita S. Fuivertus et de l'habit même des solitaires. Tel gent., c. xviii, xix). »

était saint Hilaire, évoque d'Arles, dont Tau- Ferrand n'a pas oublié la raison de cette

leur de sa vie rend ce témoignage : « Cum conduite, qui est que ce saint évêque avait été

primum speculatoris suscepit officium , in tiré du monastère à l'épiscopat, et voulut pas-

seipso primum monstravit , quemadmodum ser tout le temps de son épiscopat avec des

congregatio' mundum contemneret , corpus moines, comme nous le dirons ensuite,

despiceret, unius tegmine tunicae lestatis ardo- XVI. Saint Augustin vivait aussi en commu-

rem et hiemis rigorem contenta toleraret, etc. nauté avec ses ecclésiastiques, et on ne peut

(Surius, die 5 Maii). » douter qu'il ne leur fît observer dans leurs

XIV. Cet exemple de saint Hilaire nous fait habits cette sage médiocrité, dont il faisait luiremarquer une nouvelle preuve de ce que même profession , jugeant que la véritable nous avons avancé et comme une nécessité in- humilité était également ennemie et de la jusdispensable à ces saints évêques de conserver tesse et de la négligence trop affectée.

dans l'épiscopat l'habit de la religion. Non-seu- « Vestis ejus et calceamenta et lectualia ex

lement ils avaient été portés du cloître sur le moderato et competenli habitu erant, nec ni-

trône de l'Eglise, mais ils vivaient aussi étant tida nimium, nec abjecta plurimum : quia bis

évêques en communauté avec leurs clercs dont plerumque vel jactare se insolenter homines

la vie était ou toute semblable à celle des moi- soient, vel abjicere. » Et plus bas : « Cum ipso

nés, ou très-peu différente, comme nous fe- semper clerici una etiam domo ac mensa,

rons voir dans la suite. sumptibusque communibus alebantur, et ve-

Ainsi l'auteur de cette vie remarque fort ju- stiebantur (Possid., in vita August., c. xxn ,

dicieusement que saint Hilaire, dès le premier xxv). »

jour de son épiscopat, donna l'exemple et se C'est ainsi que ce saint homme pratiquait

rendit lui-même comme la règle vivante qu'il admirablement et faisait pratiquer à son clerc^é

voulait qu'on suivît dans cette sainte congre- ce qu'il avait fait ordonner dans le canon du

gation de clercs dont il était le chef et le père. IV" concile de Carthage, que nous venons d'al-

Nous dirons plus bas quels en étaient les exer- léguer. Possidius ne dit pas que saint Augustin

cices, et combien ils approchaient de l'état mo- ou ses clercs fussent vêtus comme les moines

nastique pour les veilles, les jeûnes et le tra- aussi il ne l'avait jamais été, et quoique le sé-

vail des mains. minaire où il vivait en commun avec ses clercs

XV. Tel était encore saint Fulgence, pour ne soit quelquefois appelé un monastère par luipas nous arrêter dans la France seule, et pour même et par l(>s auteurs du même temps, nous ne pas l'accuser elle seule d'avoir peu scrupu- montrerons dans la suite qu'on n'y faisait nulleusement observé la décrétale du pape Cèles- lement profession de la vie monasti(|ue, quoitin. Ferrand, diacre, nous fait connaître com- qu'on en pratiquât les vertus. Nous dirons |)lus bien ce saint évêque de Ruspe, en Afrique, bas, que les vêtements communs de saint était persuadé que c'était honorer l'épiscopat Augustin et de son clergé, étaient « Linea et que de l'accompagner de toute l'austérité des byrrus. »

solitaires. Il dit ailleurs lui-même, que les habits de lin

« Orario quidem, sicut omnes episcopi, nul- étaient sous ceux de laine, et que la seule

latenus utebatur. Pellicio cingulo tanquam tunique de laine paraissait dehors. « Lana car-

monachus utebatur. Sic studio humilitatisam- nale aliquid, linum vero sjjirilales sio-niticut,

bitionem vestium corporalium fugiens, ut nec quia in ordine vcslimtntorum interiora suni

line.i vestiinenta, lanea \ero cxtoriora (Vide Aiif^nislin : « Ncc cnllus fuit dispar a vultu ; Serin. 217, do iL-nip., et iTi , de Diversis). » teiiipcratiis et i[)so de iiicdio : non illimi super- Un peu plus bas il donne le nom de tunique à lua séeeularis inllaverat; née tanien prorsus afcet habit de laine. fectata penuria sordidarat : (juia et hoc vestitus

XVII. Pontius, diaere de saint Cyprien, nous genus a jaetantia minus non est, quam osien-

a api)ris (juels étaient les habits de ce saint évè- tala taliter anibitiosa frugalitas (Surius, die xiv

(jue, en nous décrivant connnent il s'en dé- Sejjtend).). »

pouilla en se présentant au bourreau qui allait XVIII. Pour finir ce chapitre que nous avons

le décoller : « Expoliavit se byrro, et dédit car- destiné à l'Eglise latine, par où nous l'avons

nificibus. Dalmaticam vero tradidit diaco- commencé, il faut conclure que l'ordonnance

nibus, et stetit in lineis, expectans spicula- du pape Célestin était la jdus juste et la plus

torem. » sainte règle du conunun des ecclésiasti(}ues,

La discussion exacte de ces habits nous arrê- qui ne devaient se signaler dans leurs habits

terait trop longtmips, et nous aurions de la que par la modestie et par une sage médiocrité,

peine à en donner un éclaircissement qui sa- qui fuit également les deux extrémités contrai-

tisfît les plus curieux. Mais sans apj)rofon(lir la res du trop et du trop peu.

chose, on ne peut guère douter que l'habit de Mais sans blesser cette règle générale, ceux

dessus, qui fut le premier dont il se déi)ouilla, qui avant leur ordination avaient été formés

ne lui fût commun avec tous les laï(|ues, puis- dans les monastères, et ceux d'entre les évè-

qu'il le donna lui-même aux bourreaux, et que -ques qui voulaient mener une vie commune

les auteurs profanes parlent tous du même dans une congrégation de leurs ecclésiastiques

habit, en marquant les vêtements communs ou de moines , non-seulement ne pouvaient

entre les Romains. être blâmés sans injustice, mais ils se fus-

Ajoutons à cela la maxime également sage sent au contraire attirés de'justes reproches, s'ils

et pieuse du môme saint Cyprien, que les chré- eussent fait du sacerdoce ou de l'épiscopat

tiens devaient faire connaître la profession même un prétexte de mollesse et de relàche-

qu'ils faisaient d'une vertu éminente, par la ment.

sainteté de leur vie, et non pas par la singu- Quel blâme n'eût pas mérité cet évêque, dont

larité de leur habit : « Nos qui philosophi, parle Cassien, qui avait passé trente-sept ans

non verbis, sed factis sumus : nec vestitu sa- dans les austérités de la solitude, s'il s'en fût

plentiam, sed verilate praeferimus (Cyprian, relâché, parce qu'on l'appelait à l'état de la

Debono patientinc) . »Tertullicn assure que tous plus haute perfection qui soit dans l'Eglise ? Il

les chrétiens ne diffèrent en rien des païens n'eut garde aussi de le faire. Cassien dit de

pour les habits, et les autres choses différen- lui : « Archebius raptus de anachoretarum

tes: « Homines vobiscum degentes, ejusdem cœtu, et episcopus Panephisi oppido datus,

victus, liabitus , instructus (Tertul. Apolog., tanta districtione omni œvo suo propositum

G. xui). » solitudinis custodivit , ut nihil de prœteritae

Une autre édition de Pontius exprime plus humilitatis tenore laxaverit, aut de adjecto sibi

distinctement la modération de saint Cyprien honore blanditus sit (Collât, ii, c. 2). » dans ses habits, toute pareille à celle de saint

DE L'HABIT CIVIL DES ECCLÉSLVSTIQUES

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