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CHAPITRE SEIZIÈME

COMBIEN LES EVÊQLES ONT CONTRIBUE A LA PROPAGATION DE L ÉTAT MONASTIQUE , ET A LA MULTI- PLICATION DES MONASTÈRES. DIVERSES PARTICULARITÉS DE LA PROFESSION MONASTIQUE, DEPUIS

CLOvis jusqu'à CHARLEMAGNE.

I. Les monastères n'ont pu s'établir qu'avec la permission IV. V. VI. En Italie, en Angleterre, en Afrique.

des évêques. Vil. VIII. En Orient.

H. III. Ils ont été la plupart fondés et dotés de leurs libéra- IX. X. XI. Diverses lois de Justinien pour les monastères,

lités, en France, en Espagne. pour la réception des esclaves, pour l'élection des abbés, pour

500 DES COiN'GUÉCiATIONS. — CIIAIMTRE SEIZIEME.

les procès, pour les religieuses, pour les églises des moines, clara que l'évêque pourrait donner jusqu'à la

pour les généraux. . .•- i-j Ji

Xii Diverses résolutions du grand saint Grégoire sur les Cinquantième |)artie (les biens de son éj-'lise au

mômes matières. monastère (ju'il fonderait dans son dioeèse,

xlv: Des%tlorTief ''''^ '" '' ""'''"'' '"""'"^'■''- J"^'^"^^"^ "1"^' ^'*^^^'^ ^'"'^ j^'^^e médiocrité pour

accommoder le monastère sans incommoder

1. La propagation des monastères et des or- l'Eglise. Si, au lieu d'un monastère, l'évêque

dres religieux, qui s'est faite par la faveur et voulait gratifier une aulre église où il aurait

les bienfaits des évoques, est une maniue glo- dioisi sa sé|)ulUire, ce concile ne lui permet

rieuse de leur admirable alliance avec l'état (pie la donation de la centième partie des biens

ecclésiastiiiue. de son église, avec cette condition qu'il ne

Le pape Symmaque (Epist. ui) répondit aux pourrait faire que Tune de ces deux libéraconsultations de saint Césaire , archevètiue lilés. et non pas toutes les deux ensemble : d'Arles, que les fonds qui avaient été donnés à « Monasterio non am[)lius quam quintjuagesil'Eglise n'en pouvaient être aliénés, quoiqu'on mam partem dare debebit ex rébus Ecclesiœ en pût donner la jouissance aux clercs d'un oui piu'sidet. Ecclesi.T vero, qucp monasticis mérite extraordinaire pendant leur vie, ou aux non inforniabitur regulis, aut quam pro suis monastères : « Nisi forsitan aut clericis, liono- magnilicare voluerit sepulluris, non amplius rum meritis,aut monasteriis religionis intuitu quam centesimam partem conferre lice- (Cap. i). » bit, etc. »

Les conciles d'Agde (Can. xxvii) et d'Epone En voilà assez pour montrer combien les

(Can. x) défendirent qu'on ne bâtît aucun mo- évèques étaient passionnés pour la fondation

nastère et qu'on n'instituât aucune comi)agnie et la multiplication des monastères dans leurs

nouvelle de religieux sans la permission et diocèses, combien les conciles ont travaillé

rai)probation de l'évêque : « Nisi episcopo per- pour modérer ces profusions, et combien ils

mittente, aut probante, etc. Cellas novas aut ont été favorables aux nouveaux établissements

congregatiunculas monacborum absque no- des monastères,

titia episcopi proliibemus institui. » III. Saint Isidore, évêque de Séville, qui fut

lï. Le concile III de Tolède (Can. ni. iv) per- le père des monastères d'Espagne aussi bien

mit aussi aux évèques de donner à des monas- que de leur règle, assure qu'après les exemples

tères quelques fonds de leur église, pourvu d'Elie , d'Elisée, des prophètes et de Jean-

qu'elle ne fût pas incommodée de cette libé- Baptiste, Paul et Antoine, Hilarion et Macaire

rallié : « Si quid vero, quod utilitatem non furent les premiers instituteurs de l'état mo-

gravet Ecclesiœ pro suffragio monacborum, nastique : « Conversationis liujus nobilissimi

vel ecclesiis ad suam parocbiam pertinentibus principes, Paulus et Antonius, etc. (De Eccles.

dederunt, fîrmum maneat. » Oflîc, 1. n, c. 15). »

Ce même concile permet encore à l'évêque H dit qu'il y a six différentes espèces de

d'établir un monastère dans quelqu'une de ses moines, dont il y en a trois aussi louables que

églises paroissiales, et non-seulement d'y unir les trois autres méritent d'être décriées; que

tous les revenus de cette paroisse, mais encore les anachorètes ne peuvent se hasarder à cette

d'y donner quelque fonds de son église cathé- parfaite solitude, qui ne se rassasie que des

drale, pourvu qu'en enrichissant ses enfants il eaux célestes de la contemplation; ({u'après

n'appauvrisse pas son épouse : « Si episcopus s'être exercés l'espace de trente années dans

unam de parochianis ecclesiis suis monasterium l'obéissance et dans les austérités du cloître,

ditare voluerit, ut in ea monacborum régula- On peut connaître par là de quelle nature

riter congregatio vivat, hoc de consensu con- furent les abbayes que ce saint évêque fonda,

cilii sui liabeat licentiam faciendi. Sit stabile. Saint Fructueux, évêque de Brague, dressa

si de rébus Ecclesiœ suœ eidem loco aliquid aussi une règle pour les moines, et il fonda lui

donaverit, quod detrimentum Ecclesiœ non seul trois monastères, selon les auteurs de sa

exhibeat. » vie. Le concile de Tolède, qui ne permettait

Comme il pouvait y avoir du doute dans le aux évèques d'en doter qu'un des fonds ou des

discernement des fonds et des libéralités qui revenus de leur cathédrale, ne leur défendait

incommoderaient ou n'incommoderaient pas pas d'en fonder autant d'autres qu'ils vou-

l'église cathédrale, le concile IX de Tolède dé- draient, soit de leur patrimoine ou des moyens

CONTRfRdTION DES ÉVÈQUES A L'ÉTAT MONASTIQUE. 5G1

infinis et du trôsor inéi)uisal)le de leur ingé- Syagriiis, évoque de la même ville, et par la

nieuse charité. reine Bruneliaut. « Quod in civitale Augusto-

IV. Saint Aurélien et saint Césaire, évèciiies diinensi a Syagrio e|)iscopo , et excellenlissima d'Arles, ont aussi composé des règles et sans filia nosfra regiua constructum est, etc. (L. ii, doute fondé jiliisieurs monastères en France, ej). x). »

Saint Césaire vit avant sa mort plus de deux Si les évéques de France peuvent passer après

cents religieux sous la conduite de sa sœur, ces exemples pour les fondateurs de la plus

sainte (lésaric, dans le monastère qu'il leur grande partie des monastères de ce royaume,

avait fondé à Arles ((Wpriamis in vita Ca'sarii). saint Orégoire les surpassait autant en celte

Saint Ouen, évoque de Uouen, peujtla tout sainte ferveur <|u'en Téminence de sa dignité,

son diocèse d'un si grand nond)re de ces Les six monastères de Sicile et le sei)tième de

saintes colonies, qu'on eut cru ([u'il ne voulait Home (|u'il bâtit et dota d'abord au connnen-

pas imiter la Tliébaïde de l'Egypte, mais la cément de sa conversion sont une assez grande

surpasser; il en ré|)andait même dans toutes preuve des richesses inépuisables de sa charité

les provinces de la France, ne donnant point envers cette portion choisie du trou|)eau de

de bornes à l'amour d'un bien qui n'en a J.-C. Les monastères n'étaient plus pauvres dès

point. qu'il était informé de leur pauvreté (L. i, epist.

« Ardebat summo studio monasteria et loca xui, xlii, liv).

sacra peromnesFranciîcprovinciasconslruendi L'empereur Maurice ayant fait une loi pour

maxime vero inproi)riadiœcesi ; ubisanemulta fermer la porte de tous les cloîtres à ses sol-

cœnobia, eaque ampla et nobilia afundamcntis dats, ce saint pape y apporta un sage et juste

condidit; non pauca vero priorum antistitum tempérament, en commandant qu'on les y

et abbatum desidia neglecta instauravit, etc. reçût, pourvu qu'ils ne fussent point compta-

Tantus ibi erat numerus cœnobiorum diversi bles des deniers publics , et qu'ils témoignas-

sexus, puta monachorum ctmonacliarum, (luœ sent une sérieuse résolution de se convertir

ad ejus institutionem, tanquam divinœsationis par une épreuve , ou un noviciat de trois ans,

messes quœdam , subito enituere , ut multi- avant que de recevoir l'habit de religion,

tudine et religione ^Egypli monasteria, ab Ce saint pape (L. vu, epist. xi), envoyant une

Antonio quondam instituta , icquare vide- troupe de ses admirables religieux en Angle-

retur. » terre, non-seulement y rétablit la foi dans les

Voilà le père de tant de magnifiques monas- conquêtes des Anjilais sur les Bretons , mais y

tères qu'on admire encore dans le diocèse de renouvela la pureté de la foi et de la discipline

Ilouen ( Surius, Aug. die 2i). Saint Eloy, évê- dans les monastères des liretons même , oii le

que de Noyon , n'eut pas moins d'ardeur pour nombre des moines était si prodigieuxqueBède

la construction des monastères. 11 en fonda un assure (jue le seul monastère de Bancor était

de religieuses à Noyon, mais ses disciples, en divisé en sept bandes, dont chacune avait ses

suivant ses célestes conseils, en bàtirentun fort supérieurs et n'était pas composée de moins de

grand nombre dans tout le royaume, où plu- ti'ois cents religieux , qui vivaient tous du tra-

sieurs d'entre eux furent évêqucs. vailde leurs mains.

« Sed et alia multa monasteria, quoîque ejus « In monasterio Bancor lantus fuisse fertur opère, (jusque vero institulione a discipulis numerus monachorum, ut cum in se|)tem ejus constructa, hodie intra ('.allias noscuntur: portiones esset cum prœpositis sibi rectoribus nam multi ex discipulis ejus ecclesias condide- monasterium divisum , nuUa harum portio runt, multi monasteria salubriler rexerunt, Juinus quam trccentos homines haberet, qui multi etiam in regimen episco^)ale sublimali , onuics de labore manuum suarum viveresole- Ecclesiispr;cfuerunt(S. Audoenusin vitasancli bant(liist. Angl., l, n, c. u). » Eligii, 1. H, c. v). » VI. Les évêques d'Afrique n'avaient pas ou-

Saint Domnole, évoque du Mans, fonda plu- blié que saint Augustin avait donné commen-

sieurs abbayes dans son évêché des revenus cément aux monastères dans leur vaste conti-

et des fonds de sa cathédrale (Surius, die IG nent. L'évêque chez lequel saint Fulgence fit

Maii). sa première retraite avait bâti un monastère

V. Saint Grégoire confirma la fondation du dans le lieu de son exil (Ferrand., invita Fuimonastère et de l'hôpital d'Autun, faite par geut., c. iv, xu).

Th. — Tome II. 36

502 DES CON(.RÉr.ATlONS. — CIIAIM IHK SEIZIÈME.

L'évèqiie de Syracuse qu'il visita en allant à IX. Jiislinien jtrescrit dans la même novelie,

Rome, avait aussi un monastère ou il allait que les laïques feront un noviciat de trois ans

goùler les délices et la i)aix de l'esprit, après avec leur habit et leurs cheveux de laïques,

l'embarras de ses occupations épi^copales. avant de recevoir l'habit et la tonsure des

« Monachorum ])roressionem su|)er onmiadili- moines, c'est-à-dire, avant de faire pro-

gebat, habens etiam ipse monasterium pro- l'ession : la règle de saint i*acôme ordonnait

prium, cui semper adliœrebat , quoties ah la même chose ; mais saint Antoine recevait

ecclesiasticis vacabat (Cap. xui, xix). » d'abord à la vêtureetà la profession religieuse.

Un autre évêque, banni de l'Afrique, vivait Cet empereur veut (ju'on reçoive même les

en moine dans une île voisine. Saint Fulgence, esclaves, et que l'esclavage saint du souverain

après sa |)romolion à ré|)isco|»at, donna ses seigneur où ils entrent, les alfranchisse de la

premiers soins à bâtir im monastère. Kntin, servitude des hommes. « Sivc servi sint, non

étant exilé dans la Sardaigne, il bâtit un inquietari, migrantes ad connnunem omnium

monastère à ses dépens près de Cagliari, et il y cœlestem Domininn, et arripiantur in liber-

vécut avec quarante religieux, juscju'à son re- tatem. Nam si nmltis casibus etiam ex lege

tour en Afri(|ue (Cai». xx, xxvn). hoc lit, et lalis qua'dam libertas datur ; quo-

VU. Le célèbre patriarche irAlexandrie saint modo non pnevalebit divina gratia, talibus eos

Jean l'Aumonier bâtit deux monastères nou- absolvere vinculis? (Nov. v, c. 2) »

veaux dans Alexandrie, et les dota des revenus II ne veut pas même que les maîtres de ces

de révèché, ne croyant pas que le patrimoine esclaves puissent les arracher du monastère

des pauvres puisse être plus libéralement dis- durant les trois années de leur noviciat, si leur

tribué qu'à ceux qui se sont dévoués à la pau- prétention n'est fondée que sur la servitude,

vreté évangélique. 11 n'exigea d'eux que les 11 enjoint aux moines de manger tous dans

offices solennels de vêpres et des veilles de la le même réfectoire, et de dormir tous dans un

nuit, et il éprouva que le sacré re[)0s de ces même dortoir, sans séparations, en des lits dif-

solitaires est plus utile à l'Eglise (jue le travail férents, à la réserve des contemplatifs, à qui

apparent debeaucoup d'autres (VitaejuSjC. W). on donne le nom d'anachorètes et d'amateurs

A l'exemple de ces religieux, toute la ville du repos, r.au/.àarai, Quicscentes (Cap. ni). S'ils

d'Alexandrie commença à chanter durant les sortent du monastère après leur profession ,

nuits les louanges de Dieu, et se transforma les biens qu'ils y avaient apportés y demeurent

comme en un grand et vaste monastère. « Et et ne leur sont jamais rendus (Cap. iv, v, vi).

ad similitudinem monasteriiexhis civitas pêne Enfin l'abbé doit être élu, non pas par les re-

vivit, in diversis locis pervigiles hymnodias ligieux, mais par l'évêque, qui aura plus d'é-

Deo referens. » gard au mérite et à la capacité qu'à ranticjuité

VIII. Justinien commence ses ordonnances ou à l'âge (Cap. ix). sur la police des monastères, par la permission X. Quant à l'élection de l'abbé, cet empeque l'évêque doit donner de les bâtir, par les reur la remit depuis aux suffrages des reliprières qu'il doit faire lui-même, et la croix gieux, après avoir promis en présence des qu'il doit arborer en mettant les premiers saints évangiles d'élire le plus digne, qui defondements. « Si quis monasterium œdificare vait ensuite être ordonné ou installé par l'évoluerit, episcoi)um advocct, ille manus exten- vêquc (Novel. cxxni, c. ;ii, 3a). 11 voulut aussi dat ad c(elum et per oralionem locum couse- dans ses dernières constitutions (ju'on rendît cret Deo, figens in eo crucem, sicque inchoet aux maîtres leurs esclaves, s'ils les redemanœdificium (Novel. v, c. 1). » daient durant les trois années de leur noviciat;

En voilà assez pour justifier que dans toutes mais (ju'après leur profession ils fussent entes provinces de l'Eglise, les évêques ont été fièrement affranchis, à condition néanmoins les Pères et les fondateurs de la plus grande de retomber dans leur ])remière servitude, si partie, et en quelque manière de tous les le libeninage les faisait sortir du monastère, monastères. Et afin de toucher en passant quel- Il permit de donner des cellules à part à ceux ques points importants de la profession monas- à qui leur âge et leurs infirmités auraient tique de ces mêmes siècles , rapportons ici rendu la vie conunune intolérable (C. xxxvi). quelques articles qui furent arrêtés à ce sujet 11 défendit à l'avenir les monastères compar cet empereur. muns aux deux sexes , et sépara partout les

CONTFUnrnON DKS KVKOUES a LKTAT MONASTIQLE. 563

relif,neux des religieuses. Il ordonna nue l'ô- ques , et fera éclater sur eux son zèle ci sa

vèque examinerait le prêtre ou le diacre (jne Juste indignation, s'ils ne châtient rigoureu-

les religieuses auraient élu pour leur porter sèment tous les violemenls de ses constilu-

la sainte communion et se charger de leurs lions.

alfaires; que s'il n'était pas encore élevé à ces « Monastcriornm exarchus, si quis per loca ordres sacrés et (|u'il en tût digne, Tévèque fuerit^ sicut in hac felicissima civilate , h;rc les lui conférerait et le chargerait du soin du sollicite curet, et mittat a|)ociisiarios i»cr momonastère , sans néanmoins (ju'il y put de- nasteria, etc. Sed etiam uniuscujusque civilameurer. « Feminis aulem (luemcimiipie ii)s;e tis episcopus, etc. Sive patriarcha, sive metroelegerint, sive presbyterum, sivc iliaconum, ad polita, etc. Neque enim imperium despiciet faciendum responsum, ant sanctam cis com- h.TC negiigi , neque rctinebit indignationem munionem portandam , sanctissimus episco- advcrsns abhatem, necjue contra loci episcopus, sub quo sunt, deputet, queni récite lidei puni, et sub eo positos defensores, si hœc non et boncC vit;e esse cognoverit. Sin vero, etc. » observaverint, etc. »

Cène furent donc plus les réguliers (|ui gou- XII. Les lettres de saint Grégoire (L. i, ep.

vernèrent les religieuses après cette séparation xxxni, xxxix, xl, xlvih) font voir les saints

des monastères doubles. Elles n'étaient diri- emportements de son zèle pastoral, pour rap-

gées que par un prêtre ou un diacre, (jui leur peler les moines dans les cloîtres dont ils

apportait la communion et prenait soin de étaient sortis, pour arrêter leurs courses vaga-

leurs affaires, ayant été élu par elles et con- bondes de monastère en monastère et de pro-

flrmé par l'évêque. vince en province, pour empêcher les femmes

Si un religieux quitte son monastère pour d'habiter proche des monastères, pour déchar-

se rengager dans la vie séculière, outre qu'il ger les religieux de la poursuite des atfaires et

est privé de toutes les charges qu'il avait pos- des procès et en charger un séculier habile

sédées, l'évêque et le magistrat le feront ren- avec des gages réglés.

trer dans son monastère; et, s'il en sort encore « Ei monasterii ipsius generaliter debeas une fois, le gouverneur de la province le sai- constituto solatio commendare negotia. Expesira et l'enrôlera entre les plus bas officiers de dit enim parvo inconnnodo a strepitu causala justice (Cap. xlu). rum servos Dei quietos existere, ut et utilitates

XI. Enfin cet empereur (Novel. cxxxni, c. 2, cella? })er negligentiam non pereant, et servo-

4, 5), après avoir protesté qu'il ne travaille rum Dei mentes ad opus Dominicum liberio-

qu'à faire observer les canons, pour rompre res existant (L. i, ep. Lxvn]. » Et dans une

tout le commerce des jeunes religieux avec les lettre à un abbé : « In causis istis procurato-

personnes séculières, ordonne que, s'il y a une rem institue, et tu ad leclionem atque oratio-

église publique dans leur monastère, ils n'y nem vaca (L. n, ep. ni). »

viendront que pour assister à la messe , et II porte les religieux à l'hospitalité, h l'au-

qu'il ne paraîtra dans l'église que quatre ou moue, et, avant toutes choses à payer leurs

cinq vieillards qui auront passé leur vie dans dettes. « De hospitalitate esto sollicitus quan-

les exercices du cloître, et auront mérité ou la tum potes, largire pauperibus : ita tamen ut

prêtrise ou le diaconat ou quelqu'un des autres serves, quod Floriano restitui débet. » Il oblige

ordres, afin que leur conversation toute sainte les religieux de s'api)liquer à la lecture. « In

avec les séculiers et leurs entretiens de la vie ipsis fratribus monasterii tui quos video, non

spirituelle répandent un pjirfum céleste qui invenio eos ad lectionem vacare (L. ii, epist.

fasse juger de la piété de tout le monastère, xxni). »

Les exarques , c'est-à-dire les généraux des II a un soin merveilleux de faire ordonner

monastères dans les endroits on il y en aura, ])ar les évêques les abbés que les religieux

comme ta Constantinople, veilleront à l'obser- d'un monastère avaient élus. Il soutient cou-

vation rigoureuse de la discipline monastique, rageusement contre l'empereur Maurice (jue

et feront visiter les monastères par leurs apo- l'entrée des monastères doit être libre et aux

crisiaires ; comme aussi les archevêques, les comptables publics, en les acquittant de leurs

évêques et les métropolitains par les défen- obligations, et aux soldats, puisqu'il y en a

seurs de leurs églises. Enfin l'empereur même plusieurs qui ne peuvent aller au ciel que par

sera le censeur commun des abbés et des évè- la voie du cloître. « Et plericjue sunt qui nisi

r,6l DES CONGRKf.ATIONS. — CHAPITRE SEIZIÈME.

oninia reliqucrint, salvari apud Deum nullale- rares dans TOccident, qu'ils étaient ordinaires

nus possunt (L. ii, ep. lxh). » parmi les Orientaux. Je dis les généraux des

Il défend aux moines de tenir des enfants monastères, et non pas les généraux d'ordre,

sur les sacrés fonts, d'être parrains et d'avoir parce que leur pouvoir s'étendait sur tous les

des commères : « Sibi commatres facere (L. ii, monastères d'une certaine règle, en (iuel<|ue

ep. xl). » pays qu'ils fussent répandus. Et ces généraux

Il maintient dans la sainte liberté des en- des monastères ne se trouvaient que dans

fants de Dieu, ceux (lui n'avaient abandonné l'Orient.

leurs maîtres, soit ecclésiastiques ou séculiers, J'avoue qu'il est parlé dans la vie de saint

que pour n'être plus esclaves de J.-C. dans la Colomban de ces archimandrites, qui avaient

profession monastique où ils avaient été reçus juscju'à mille abbés sous leur obéissance :

apiès une longue probation. « Tt ab humano « Ita ut mille abbates sub uno archimandrita

servitio liber recédât, qui in divino obsequio esse referantur. » Mais c'est des Orientaux

districtiorem appétit servitutem (L. iv, epist. qu'on parle dans cet endroit, le mot d'archi-

XLiv). » mandrite le montre encore, aussi bien que ce

Il prend un soin extrême à maintenir les nombre prodigieux d'abbés, qui ne s'est jamais

monastères dans la possession des autres mo- vu dans l'Occident.

nastères qui leur avaient été unis par leurs Si saint Grégoire a fait voir un monastère

fondateurs (L. viii, ep. xxxix) ; et à ne pas uni et soumis à un autre ; si saint Fulgence a

laisser recevoir dans le clergé les moines que établi une parfaite société entre deux monas-

leurs maîtres n'avaient mis en liberté qu'à tères, cela ne remplit pas l'idée d'un général,

condition d'entrer et de persévérer dans un Mais l'auteur de la vie du grand Eutychius,

monastère (L. vu, ep. xxxi, xxwi). qui fut depuis patriarche de Constantinople,

Il s'emploie cà faire rentrer par force dans dit positivement, qu'étant encore religieux et

les cloîtres ceux qui avaient apostasie (L. xu, abbé, il fut fait catholique, c'est-à-dire général

ep. xx) : ce qui nous fait croire que l'expé- detous les monastères d'une métropole. «Totius

rience avait déjà fait connaître qu'il ne fallait monachorum cœtus in ea provincia guber-

plus ni chasser les moines incorrigibles, ni les nandi provinciam cepit, exquo catholicus, seu

laisser aller dans les précipices où leur égare- generalis appellatus est (Cap. xv). »

ment les porterait, quoique saint Benoît eût Marian, abbé de Saint-Delmace à Constan-

ordonné de mettre liors du monastère ceux tinople, et exarque de tous les monastères

qu'on n'avait pu corriger ni par l'excommu- situés dans cette ville impériale, est nommé

nication ni par les peines corporelles, et de ne dans l'action première du concile de Constan-

les y plus jamais recevoir s'ils en sortaient, ou tinople, sous Menas. On y nomme aussi Serge,

s'ils méritaient d'en être chassés pour la troi- prêtre et visiteur, Periodeules ; Léonce, abbé

sième fois (Cap. xxvni, xxix). et vicaire de tout le désert ; Sophronius, archi-

Le concile premier d'Orléans, canon xix, mandrite, est le premier de tout le désert. Paul,

ordonna qu'avec l'aide de l'évêque les moines envoyé du monastère de Saint-Maron , qui

fugitifs fussent emprisonnés, « sub custodia était le premier de la seconde Syrie (Act. o) ;

revocentur. » Le concile 11 de Tours, canon xv, Alexandre, exarcjue des monastères de Constan-

excommunie les moines fugitifs (jui se sont tinople.

mariés, jusqu'à ce qu'ils retournent au cloître. XIV. Quant aux solitaires qui vivent seuls, le

Le concile de Poitiers, tenu pour pacifier les concile //< r/Vi/Zo (Can.xLi,XLii) en a parlé dans

religieuses de l'abbaye de sainte Radegonde, le même sens que l'empereur Justinien dans

soumit au dernier anathème les religieuses les constitutions ci-devant citées, condamnant

fugitives. Le concile V de Paris, canon xu, ceux à qui cette solitude n'est que le voile d'une

excommunia tous les apostats jusqu'à leur re- lâche fainéantise, d'une ignorance extrême et

tour au monastère. d'un détestable libertinage; et rehaussant avec

XllI. On a i)u observer dans ces diverses de très-justes éloges la vertu des autres, qui

lettres de saint Grégoire, qu'il y a maintenu après de longues épreuves dans la vie com-

l'exécution de la meilleure partie des règle- mune des cloîtres, se sont enlin abîmés dans la

ments qu'avait renouvelés l'empereur Justinien. méditation des Ecritures, et dans les chastes

Les généraux des monastères étaient aussi délices de la contemplation.

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