X. Suite des mêmes preuves
XI. Les évêques mêmes firent de grandes instances pour avoir le pallium ; à quoi les métropolitains s'opposèrent.
XII. De la forme du pallium et des privilèges qui l'accompagnaient.
I. Ce qui reste à dire du pallium, mérite un chapitre à part ; nous commencerons par les pratiques de l'Eglise orientale, que nous avons commencé de débrouiller dans le chapitre LUI.
Nous y avons remarqué que selon l'opinion de quelques personnes très-savantes, le pallium était un ornement commun à tous les évêques d'Orient, et qu'ils en étaient honorés au temps même et dans la cérémonie de leur ordination. Ce sentiment ne laisse pas d'être combattu par des gens savants, et par des preuves considérables.
Le concile VII général, qui est le quatrième de Constanlinople célébré en 809 (Can. xvii), ordonne que les anciens patriarches soient maintenus dans leur ancienne autorité de pouvoir convoquer à leur concile tous les métropolitains qu'ils ordonnent ou qu'ils confirment en leur envoyant le pallium.
«Hœc synodustam in seniori et nova Roma, quam in sede Antiochiœ et Hierosolymorum priscam consuetudinem decernit in omnibus conservari, ita ut earum pra}sules universorum metropolitanorum , (jui ab ipsis promoventur.
et sive per manus impositionem, sive per pallii dationem episcopalis dignitatis firmitatem accipiunt,habeant potestatem ad convocandum eos ad synodalem conventum. »
Il semble qu'on peut conclure de ces paroles, que le pallium était réservé pour les métropolitains, aussi bien dans les patriarcats de l'Eglise grecque , comme dans celui de Rome , et que les patriarches le donnaient ou l'envoyaient aux métropolitains de leur ressort, comme l'investiture de leur dignité.
En effet, quelle api)arence y a-t-il, que le patriarche pour investir un métropolitain de sa dépendance, ne lui envoyât qu'un ornement commun à tous les évêques ?
On tire la même conséquence d'un autre canon du même concile (Can. xxvii) , qui défend aux évêques , à qui le pallium a été accordé , d'en user hors des temps et des lieux où il leur a été permis d'en user. « Ita ut episcopi, quibus concessum est palliis uti certis temporibus, ineisdemtemporibuset locis iis induantur. » Ce n'étaient donc pas tous les évêques, à qui cet ornement était accordé.
Si cette conséquence ne paraît pas convaincante, au moins on demeurera persuadé, que si le pallium eût été un habillement commun à tous les évêques, dont on les eût revêtus dans leur consécration même, on ne se fût jamais avisé d'en restreindre l'usage à un petit nombre de jours, et à certains temps seulement de la liturgie. Les prêtres et les diacres ne sont point limités à certains jours et à certains temps pour porter l'étole ou la chasuble, qui est l'ornement propre de leur ministère. Pourquoi aurait-on donné des limites plus étroites aux évêques?
II. Si le pallium a été d'abord un ornement impérial dont les patriarches aient été premièrement favorisés, et dont ils aient depuis obtenu des empereurs la communication aux plus éminents d'entre les métropolitains, et enfin à tous les métropolitains , comme
nous l'avons montré dans la partie précédente la première Justinienne, de Corintlie, de Nico-
de cet ouvrage, il est certain qu'en l'accordant polis , de la même manière qu'il l'envoyait à
aux métropolitains, on a pu leur en limiter Tu- ceux d'Occident (L. iv, epist. lv, lvi; 1. v,
sage à certains jours ; au lieu que les patriar- ep. vu).
ches n'y observaient aucunes limites. Mais on Si les autres métropolitains et si les évêques
ne met point de semblables bornes à un du reste de l'empire oriental n'eussent pas été
pouvoir qui est comme naturel et ordinaire. assujétis à une discipline semblable, ceux du
Lorsque les métropolitains, dont il est parlé ressort du patriarche d'Occident eussent eu
dans le VUI'' concile, avaient été ordonnés bien de la peine à se soumettre à ces servitudes
par les évoques de leur province, avaient-ils extraordinaires.
reçu le pallium dans leur ordination? s'ils Comment les évoques grecs du ressort du
l'avaient reçu, pourquoi en fallait-il recevoir pape eussent -ils souffert d'être absolument
encore un autre du patriarche, comme une privés d'un ornement qu'on recherchait avec
marque de leur conlirmation? Et comment les tant de chaleur, s'ils eussent tu tous les au-
eût-on confirmés, en leur donnant ce qu'ils très évoques grecs jouir universellement de
avaient déjà? Si ces métropolitains ne rece- cette faveur? Comment les papes eussent-ils
valent point de pallium en recevant l'ordina- été si réservés à accorder le pallium aux seuls
tion des évêques de leur province, comment métropolitains, si les moindres évêques grecs
peut-on se persuader que le pallium fût donné en eussent eu l'usage libre? Comment eussent-
aux évêques, et ne fût pas donné aux métropo- ils choisi un ornement commun à tous les
litains au temps de leur consécration ? évêques grecs, pour distinguer les archevêques
m. 11 est difficile que Luitprand se soit occidentaux qu'ils voulaient honorer de la
trompé, étant aussi savant qu'il était, et ayant charge de >icaire et de légat du Siège Apostoli-
été témoin oculaire de ce qui se passait dans que? Enfin, eùt-il fallu faire intervenir toute la
la Grèce, quand il a écrit que le patriarche puissance et la faveur impériale pour faire
Théophylace de Constantinople obtint du pape donner le pallium à quelques archevêques pri-
la permission pour lui et pour ses successeurs, vilégiés de l'Occident, s'il eût été accordé in-
de porter le pallium sans attendre la permis- différemment à tous les évêques grecs?
sien des pontifes romains, d'où s'introduisit V. Il y a donc beaucoup d'apparence, 1° Que
une nouvelle coutume, que tous les évêques les Grecs eurent aussi bien que les Latins, dès
d'Orient usèrent enfin du pallium. « Tum ipse les premiers siècles, un pallium, ou une chape
tum successores ejus absque paparum permissu épiscopale, qui distinguait les évêques des prê-
palliis uterentur. Ex quo turpi commercio 1res, ou par sa forme, ou par sa somptuosité ;
mos inolevit, ut non solum patriarchae, sed et que c'est de ce pallium commun qu'on doit
etiam episcopi tolius Grœciœ palliis uterentur expliquer les passages qu'on allègue : c'est ce
(An. 933, apud Baron.). » Le pallium n'avait qui est appelé ùaoçop-.cv , superhwnerale ; c'est
donc point été commun jusqu'alors à tous les ce que Balsamon distingue nettement du poly-
évêques. staurion qu'il appelle Trai/ixi* TroXjaTXjfîwv , don-
IV. Saint Grégoire le Grand réprima l'ambi- nant à l'un et à l'autre séparément des si-
tion de l'archevêque de Ravenne, qui portait le gnifications mystérieuses, et voulant que le
pallium même hors de l'église aux jours des polystaurion figure la gloire et le triomphe de
litanies et des processions publiques, en lui la croix.
opposant la pratique générale des métropoli- 2° Que le pallium orné de croix, qui n'était
tains de l'Orient, et de ceux même qui avaient qu'une bande en façon de collier, qui se mettait
trente et quarante évêques sous leurjuridic- par-dessus la chape ordinaire des évêques, et
tion. a Qui sub se etiam tricenos et quadrage- qui était une imitation de ces bandes, lora
nos episcopos habent (L. iv, epist. xv). segmenta, dont les empereurs s'ornaient eux-
Ce grand pape ne parle que des métropoli- mêmes, et dont Constantin fait part au pape
tains, et il ne refuse pas de se conformer quant dans sa prétendue donation; que ce pallium, dis-
à l'usage du pallium aux pratiques reçues je, ne fut d'abord accordé qu'au pape et aux pa-
dans l'Eglise grecque. Ce même pape envoya triarches, et dans la suite du temps aux plus
le pallium aux métropolitains de la Grèce qui illustres d'entre les métropolitains, et à ceux
relevaient de son patriarcat, conune à ceux de (jue le jjape honorait de la commission de
iOO DU SECOND ORDRE DES CLERCS. ■- CHAPITRE CINQUANTE-SIXIÈME.
légat et de vicaire apostolique, tant en Orient seur , et prenait aussitôt possession de son
qu'en Occident : avec cette différence, que le trône: « acciperecollosuoheati Marci palliuin,
pape et les patriarches usaient continuellement et sic sedere ; » qu'Antliinie ayant clé déposé
du pallium, sans aucunes limites ni de jours, par le pape Agapet, rendit son pallium aux
ni du temps, au lieu que les métropolitains empereurs et se retira, «videns se sede pulsum
n'en avaientqu'un usage fort limité. Balsamon, pallium imperatoribus reddidit et discessit
dans l'endroit que je viensde citer (Balsam., in (Cap. xxi). » II est vraisemblable qu'il le remit
Jure Orient., tom. i, p. .447), veut que les pa- entre les mains de ceux de qui il l'avait reçu
triarches portent toutes les marques de leur (L. i, epist. 27).
dignité, quelque part qu'ils se trouvent hors Saint Grégoire pria l'empereur de souffrir
de leur patriarcat, même à Constantinople, qu'Anastase, patriarche d'Anlioche, vînt faire
comme ne faisant tous qu'un seul chef de son séjour à Rome, en lui laissant l'usage du
l'Eglise. pallium, puisqu'il ne voulait pas lui laisser la
3" Que depuis que le pallium orné de croix liberté de résider dans Antioche. « Concesso
fut devenu commun à tous les métropolitains, usu pallii, etc. » Et tant d'autres exemples rap-
et que les évoques mêmes en impétrèrent quel- portés ci-dessus, où il a paru que dans l'Occi-
quefois l'usage dans l'Occident et l'eussent dent même les papes ne donnaient le pallium
tous emporté sans la vigoureuse résistance des qu'avec l'agrément , et avec dépendance des
papes, comme nous allons dire, les évêques empereurs.
grecs se donnèrent tous la liberté d'en user, C'était donc plutôt une libéralité des empe-
et en extorquèrent une permission forcée du reurs que des pape* dans l'Orient,
pape, ou firent semblant de l'avoir obtenue. YIl. Il faut néanmoins demeurer d'accord
Avec cette distinction on peut accorder toutes que. si le pallium a été reçu de la main des
les autorités qui semblent d'abord se détruire empereurs dans les temps où plusieurs habits
les unes les autres. du sacerdoce n'étaient pas encore bien distin-
Les preuves que je viens d'avancer parais- gués des habillements communs, il y a eu non-
sent avoir plus de poids que celles qui ont été seulement de la bienséance, mais aussi de la
alléguées ci-devant pour l'opinion contraire, nécessité que lorsque ces habillements sont
J'ai tâché dans la préface de justifier ce balan- devenus sacrés et purement ecclésiastiques, la
cément , et cette manière flottante de traiter distribution en ait été faite par le pape et par
quelques matières qui sont extraordinaire- les patriarches plutôt que par les empereurs,
ment embrouillées. 11 est souvent plus à Au reste si les prélats considèrent que les
propos de suspendre que de hâter son juge- papes et les rois sont les vicaires de J.-C. sur la
ment. terre, les uns pour les choses ecclésiastiques, les
VI. Lorsque les Latins eurent conquis l'em- autres pour les temporelles, ils tiendront bien
pire oriental au temps d'Innocent III, ce pape autant à honneur de recevoir ces marques
ordonna, dans le concile de Latran IV, que les d'honneur et cette investiture du souverain pon-
patriarches orientaux recevraient le pallium tificat, de la main du pape, que de celle des
du pape et le donneraient après cela à leurs suf- souverains de la terre.
fragants. « Postquam a Romano pontifice rece- VIII. On a avancé que ce fut le concile VIII,
perint pallium, licenteret ipsi suis suffraganeis général, tenu à Constantinople en 869 (C. xvu),
largianlur. » C'est-à-dire que les victorieux qui imposa une nécessité odieuse aux métro-
établirent dans l'Orient la police des Eglises polilains de demander le pallium au pape, et
occidentales sur ce point important pour faire de promettre en même temps une soumission
remarquer la subordination et la correspon- et une obéissance au Siège Apostolique, dont
dance de tous les membres à leur chef. Aupa- on n'avait point parlé dans les siècles précé-
ravant les patriarches grecs ne recevaient le dents.
pallium que de leurs consécrateurs, ou ils ne le Mais 1° le canon de ce concile qui a été rap-
recevaient que de l'empereur. porté ci-dessus, n'ordonne point aux métropo-
Libérat dit que l'ancienne coutume d'Alexan- litains de demander le pallium, mais seule-
drie était que le nouveau patriarche mettait ment que les métropolitains se rendront au
sur son col le pallium de saint Marc, après concile du patriarche, du<iuel ils reçoivent leur
avoir achevé les funérailles de son prédéces- confirmation en recevant le pallium , ou bien
en recevant de lui Tordination même épisco- IX. Tout ce que nous venons de dire sur la
pale. matière du pallium , recevra de nouveaux
2" Ce concile proteste qu'il ne fait que cou- éclaircissements, en parcourant ce qui en est
firmer rancienne coutume sans rien innover rapporté dans les conciles et les autres actes
« antiquam consuetudinem jubet servari. » de l'Eglise gallicane.
3° Ce canon donne aux autres patriarches la Le pape Adrien I" envoya le pallium à
même autorité qu'au pape sur les métropoli- l'archevêque de Reims, Tilpin, à la demande
tains de leurs ressorts. « Taminseniorietnova du roi Cliarlemagnc, pour lui confirmer tous
Roma, {juam in sede AntiochiiP, etc. » les droits de sa métropole. « Ad petitionem
i" Les auteurs mènies de cette nouvelle ré- régis Caroli , pallium secundum consuetudi-
flexion reconnaissent que cette même profession nem tibi transmisimus, cum privilégie ut me-
d'obéissance et de soumission au Saint-Siège tropolis Ecclesia Remensis in suo statu mane-
avait été introduite plus de cent vingt ans avant ret, etc. Neque aliquis tuas parochias aut
par le légat Boniface, dans le célèbre concile ecclesias vel civitates subtrahere audeat, etc.
qu'il tint en France (An. 7'r2). Comment aurait- (An. 772, Flodoar., 1. n, c. 17). »
on voulu établir dans un concile de Constanti- Le pallium était donc comme le sceau du
nople ce qui était déjà reçu et praticiué depuis droit mètropolitique, avec cet autre privilège
plus de cent vingt ans en Europe? Et les Grecs de ne pouvoir être jugé en dernier ressort que
eussent-ils facilement donné les mains cà un si par le pape : « Et te, aut futuris temporibus
considérable agrandissement de l'autorité du Remensem episcopum et primatem illius diœ-
Siège apostolique? cesis non prœsumat, neque valeat aliquis un-
5° Cette obéissance était limitée aux canons, quam de episcopatu dejicere sine canonico
« per omnia, prœcepla Pétri canonice sequi. » judicio, et neque uUo judicio, sine consensu
Boniface môme n'en avait point fait d'autre au Romani Pontificis , si ad hanc sanctam sedem
pape Zacharie pour l'archevêché de Mayence. Romanam, quse caput esse dignoscitur orbis
« Sicut prcTdeccssorum vestrorum pro autori- terrœ appellaverit in ipso judicio. Sed in sola
tate sancti Pétri servi devoti, et subditi, obe- subjectione Romani Pontificis permanens, diœ-
dientes et subditi sub jure canonica. » Or, ce cesin et parochiam Remensem, nostra atque
n'est pas une servitude nouvelle que de se beati Pétri fultus in ista sancta Sede autoritate,
soumettre aux canons. La promesse en était secundum sanctos canones et hujus sanctae
nouvelle; mais y eut-il jamais une nécessité Sedisprœceptiones, itastudeasgubernare, etc.»
plus pressante de donner de nouveaux remèdes Cette sujétion au siège romain, qui était
à de nouvelles maladies que celle où l'Eglise comme une suite du pallium, était donc un
de France se trouva après le débordement privilège que les métropolitains recherchaient
effroyable de toutes sortes de désordres qui avec chaleur, c'était un affermissement de leur
accompagna ou qui causa la ruine de la mai- autorité, appuyée sur celle du pape, c'était un
sondeClovis? affranchissement de toute autre supériorité
G" Plusieurs ont fait un article capital de nos que de celle du pape, c'était l'exemption de ne
libertés de cette observance étroite des canons, pouvoir être jugé en derrière instance que par
et ont cru que les anciennes franchises de TE- le pape, c'était enfin un nouvel appui, pour
glise gallicane consistaient principalement dans gouverner leur province dans l'exacte disci-
l'observation rigoureuse des anciens canons, pline des canons.
T Le peu de déférence que les Français Au reste , ce pape chargea en même temps
avaient eu pour le VIP concile général, et pour l'archevêque Tilpin de faire des informations
toutes ses ordonnances, ne pouvait faire conce- de la vie et des mœurs de LuUus, archevêque
voir aux Romains qu'une faible espérance de de Mayence,afln de lui envoyer aussi le pallium,
les assujétir aux canons du VHP concile. En après avoir reçu de lui une confession de la foi
effet, ni le décret du culte des images qui fut catholique : « Ut si aptus fuerit, manu sua
renouvelé dans ce Ylll^ concile, ni les autres subscriptam catholicam et orthodoxam fidem
canons qui y furent concertés ne furent reçus per misses sues, cum litteris ac testimonio tuo,
en France que longtemps après. Ainsi ce n'est seu aliorum episcoporum , quos tecum esse
pas à ce concile qu'il faut attribuer le nouveau mandavimus, ad nos dirigat, ut pallium illi
serment dont il est question. secundum consuetudinem transmittamus. »
Le pape n'exigeait donc encore qu'une con- attaché à sa personne, et non pas à l'Eglise,
fession de foi des métropolitains, à qui il en- dont on l'investirait. «Quodnon aliter illi, nec
\oyait le pallium , avec une information des cuilibet abscpie metropolitis concedcremus ,
mœurs, qu'il faisait faire par les évoques, qu'il nisi nuiltolies hune exilia, mare , vincula pas-
nonmiait sur les lieux mêmes. sum, eliamad capitalem sentenliam fréquenter
Le même pape (An. 786), accorda le pallium tractum fuisse comperissenms, etc. ut pro
à l'archevcque de Bourges Ermcmbert de exilio et catena, pallii ornamenta, non ad Ec-
la même manière. 1° à la prière du roi Char- clesiœ cui incardinandus est, perpetuum ins-
lemagne, « pro niniio vestro regali ex intimo titutum sed ad suum specialem certique tem-
cordis amore, etc. (Concil. Gall., tom. ii, p. 73, poris usum. »
7.'>, iiri). » 2" En assujétissant cette Eglise à la Ce pallium fut accompagné du même
seule Eglise romaine, « sub jure sanctœ Ro- privilège, qui a déjà été remarqué, de ne pou-
manœEcclesiicdegenti.» 3" Pour gouverner son voir être jugé par le pape, « ut nullus metro-
Eglise selon les canons, « ut ministcrium sibi politanorum antistitum , seu cœtcrorum epi-
commissum digne valeat et canonice dispen- scoporum, in controversia criminis, si sedem
sare. appellaveris Apostolicam, vel ej us speciali expe-
Nicoîas 1" envoya le pallium à Egilon, ar- tieris audiri , vel discuti fortassis examine, chevêque de Sens, à l'instance du roi Charles prspsumat de te proferre, non nostro prœmisso le Chauve, qu'il conjura en même temps de decreto judicium, sed Apostolicam Sedis tantum faire rendre à cette Eglise, et à toutes les autres reserveris examinandus , vel judicandus in- Eglises de son royaume, tout ce qui leur avait cunctanter arbitrio; cujus videlicet decreto vel été ravi pendant les longs désordres de la largitatevacanli Ecclesiœ incardinatus vel palguerre. « Unde et pallium secundum consue- liatus esse dignosceris. » tudinem utendum ei secundum postulationem X. Jean Ylll donna le pallium à l'évêque vestram direximus (Concil. Gall., tom. m, p. d'Autun Adalgarius en faveur de l'empereur 273, 274).» En écrivant sur le même sujet à Charles le Chauve, « quem vestri amoris causa, l'archevêque Egilon, il ne lui recommande rien ipsiusque morum probitate moti, ])alliatum ad tant que l'exécution des canons. vos rcmittimus (Ibid., p. 434). »
Le concile de Troyes célébré en 867, composé H y a apparence qu'il ne l'exempta pas pour
de six archevêques et de plusieurs évêques, où cela de la juridiction de son métropolitain,
Hincmar, archevêque de Reims présidait, de- comme saint Grégoire le Grand n'en avait pas
manda au même pape le pallium pour Wlfad, autrefois affranchi Syagrius,évêque delà même
archevêque de Bourges. Le roi Charles le ville, en lui accordant la même grâce. Ainsi ce
Chauve y joignit ses instances, « ut fidelissi- fut une grâce extraordinaire qu'on fit à l'évê-
mum servum vestrum Wlfadum pallio aposto- que Actardus, de le soustraire de l'autorité de
licœ autoritatis exornando decorelis, et déco- son métropolitain.
rando confirmetis. » Le pape Adrien II, qui Le même Jean VIII différa d'envoyer le pal-
avait cependant succédé à Nicolas, accorda ce lium à Wilibert , arcbe\êque de Cologne, jus-
pallium, « postulantibus vobis , ut Wlfadus qu'à ce qu'il eût reçu de lui une confession de
pallii usu more decessorum suorum, nostrœ foi entière, où il fût fait mention des conciles
autoritatis largitione decorari potuisset, me- universels, et des constitutions des papes selon
rito condescensionis aures accommodavimus la coutume, « decretalium pontificum Roma-
(Ibid.,c. cccLxxxv, cccLxvn, ccclxix, ccclxxi.)» norum constitutorum, secundum morem fece-
Le même Adrien II ayant appris que l'Eglise ris mentionem (An. 885. Ibid., p. 520). » Il ne de Nantes avait été entièrement détruite par lui parle point du serment, les Normands, écrivit au roi et aux évêques du Hincmar ayant été accusé de se servir du concile de Soissons, de donner un autre évêché pallium à d'autres jours qu'à ceux qui sont dévacant, quand ce serait même une métropole, terminés pour cela, se justifia auprès du pape à l'évoque de Nantes Actardus, auciuel il en- Nicolas I" (Tom. u, p. 311), en l'assurant qu'à voya cependant le pallium, comme une juste peine le portait-il en d'autres jours qu'à Pâques récompense des exils, des prisons et des chaînes et à Noël, parce que les aflaires de l'Eglise et qu'il avait souffertes pour la foi de l'Eglise, de l'Etat l'arrêtaient hors de son diocèse dans déclarant néanmoins que ce serait un honneur les autres tenqis qu'il est permis d'en user.
Qu'il n'avait demandé le pallium que comme prudenti prœcauta foret sollicitudine, confu-
l'ornement propre des métropolitains, et non sioncm non mediocrem generaret Ecclesia> ,
pas pour en tirer gloire : « Non enim usum magnumcjue cliaritati dispendium valeret in-
pallii esse mea? dignitatis puto, sed genii sedis ferre. Unde tam se, quamomnem precari dicit
nietropolis esse cognosco. » Que si le pallium le Ecclesiam, ne cito alicujus irrationabili peti-
met au-dessus des autres évèques de sa pro- tioni, sinegeneraliasscnsuetlitterisconsentiat.
vince , cette élévation n'est pas celle de la vertu, Ne per hoc ecclesiastica) dignitatis lionor vile-
qui nous approche le plus de Dieu, « et si ex- scere incipiat, si res indebita, qurc temere atîe-
cellentiorem cœteris Remorum provinciae se- ctatur, inconsulte tradatur. (Flodoard, 1. m,
dibus metropolim sedem pallii usus demonstrat c. i.) »
in oculis hominum ; non tamen majorem me Enfin, ce môme archevêque Foulques fit in-
facit in oculis Domini. » tervenir le crédit de l'empereur Charles le
Il y a pourtant quelque sujet de se défier de Gros, pour obtenir du pape le pallium, avec la
la sincérité de Hincmar dans cette réponse, confirmation de tous les droits et de tous les
puisque Flodoard nous apprend qu'il avait au- avantages de la métropole de Reims. « Scripsit
trefois employé l'autorité de l'empereur Lo- et ad eumdem imperatorem pro percipicndo a
thaire, pour obtenir du pape Léon IV la liberté Sede Romana pallio, roborandisque datis olim
d'user tous les jours du pallium. Ce que ce a Romanis Pontificibus Ecclesiae Remensi pri-
pape lui accorda en l'assurant qu'aucun arche- vilegiis (L. in, c. v). »
vèque n'avait obtenu, ni n'obtiendrait jamais Le roi Carloman, fils de Louis, roi de Ger-
une pareille grâce. manie, obtint du pape Jean VIII le pallium
« Per interventionem Lotharii imperatoris pour Farchevêque Théomar. « Pallium vestra
pallium ad quotidianum suscepit usum a quarto petitione inclinati, consuetudinaliter dirigentes
Leone papa, a quo jam aliud perceperat in de- Theomaro archiepiscopo. (Joan., viii, Ep. lxiii).
signatis sibi solemnitatibus débite fruendum. Fempereur Othon s'employa sans doute pour
Quem quotidianum pallii usum nuUi unquam faire donner le pallium au saint archevêque de
archiepiscopo se conccssisse, vcl deinceps con- Cologne, auquel il écrivit en ces termes après
cessurum esse idem papa in epistola tune ad son élection : « Otho imp. Aug. Hereberto ar-
eum directa testatur (flodoard., 1. m, c. x). » chilogothetaî gratiam et Coloniam, et pallii
C'est peut-être la concession extraordinaire cubitum unum, » où il fait allusion à la qua-
de ce pallium pour tous les jours que le pape lité d'archichance.lier, qui est attachée au siège
Nicolas désapprouvait, ou même il la révoquait épiscopal de Cologne et à la figure du pallium
en doute. (Surius, in ejus vita, Mart. die 16, c. vu). Saint
XL Si un métropolitain avait tcàché de parti- Bruno, évêque de Cologne, obtint aussi le pal-
ciper au singulier privilège des patriarches, de lium avec cette singulière prérogative, d'en
porter le pallium tous les jours ; les évêques se user autant de fois qu'il le jugerait à propos,
crurent d'autant mieux fondés à demander la Voici comme en parle l'auteur de sa vie :
communication du pallium des métropolitains, « Legatus Roma rediit, portans sacrum habi-
que leur demande n'était pas sans exemple. tum, ab universali Pontifîce missum, prœten-
Foulques,archevèquedeReims, ne laissa pas dentem jugum Domini suave, et onus ejus
de s'en plaindre dans ses lettres au pape For- levé, et ipsum, quod sub eo dispensatur, hu-
mose, lui découvrant la secrète ambition des mile ministerium, quod verba Domini testan-
évêques, qui ne tendaient qu'à s'exempter de tur , dicentis , Qui major est vestrum , erit
la juridiction des métropolitains, c'est-à-dire ministervester,etprivilegiumapostolicœ subli-
au renversement général de la discipline de mitatis autoritate traditum; quod et eodem
l'Eglise , et le conjurant de ne rien accorder pallio prœter consuetudinem sacerdos Domini,
d'extraordinaire, sans le consentement général quoties vellet, indui permissus, etc. (Apud Su-
des métropolitains, qui se sont si justement rium, die 2. Octobr., c. vu). »
intéressés dans cette cause. Enfin, saint Dunstan, archevêque de Cantor-
« Subnectit de quibusdam episcopis Gallia- béry, alla lui-même demander le pallium à rum, qui sibi pallium indebite a Romana pos- Rome, et le pape le lui donna comme une cebant sede , metropolitanos suos tali spernen- transfusion de l'autorité apostolique, en le faites tenore ; assereus quod res eadem , nisi sant légat du Saint-Siège en Angleterre: «Stola
Apostoliis pro quavenerat, decentissimeilhim 3° C'étaient les métropolitains mêmes qui
decoravit. Sicqiio deli'gata ei lej^vilione Aposlo- interposaient les sollicitations des rois et des
licai Sedis, etc. (Apud Suriuni, die i'J Maii, empereurs pour faire réussir leurs poursuites.
c. xxix). » Comment se i)ersuadera-t-un donc ([ue la cou-
Théodulphe, évoque d'Orléans, fut envoyé trainte et la servitude étaient attachées au
par l'empereur, Louis le Débonnaire, au-devant pallium ?
du pape Etienne avec les archevètiues de Co- A" Les papes se seraient-ils rendus si difficiles
logne et d'Arles. Ce fut là probablement où il à accorder le pallium, au point (ju'il fallût que
fut honoré du pallium par ce pape, connue il les princes interposassent leur autorité, si ce
le témoigne lui-même dans ses vers : huitième concile général avait prescrit aux
métropolitains de le demander ?
Soiius iliud opus Romani prœsulis extat, 5° Les souverains eussent-ils poursuivi avec
Cujus ego accepi palUa sancla manu. ^ tjint d'ardeur un ornement qui attachait les
( . IV. ar. 0.) évêcjues de leurs Etats au pape par des liens et des asservissements nouveaux? Les métro- Ce fut en suite de ce privilège que Théodul- })olitains auraient-ils achevé la servitude avec plie fut appelé archevêque dans plusieurs tant de brigues et tant de poursuites ? chartes de l'empereur Louis le Débonnaire 6" Les métropolitains ne se contentaient pas (Le Cointe, anno 816, n.20). des avantages ordinaires du pallium : ils tà- J'ai déjà dit ci-dessus en parlant des pou- chaient de se distinguer de leurs propres convoirs du métropolitain, que Calon , évêque de frères, par l'usage ordinaire de ce collier sacré. Metz, fut le cinquième prélat de cette Eglise, Il s'en fallait donc beaucoup qu'ils ne le regarqui obtint le pallium du Saint-Siège. Urbicius dassent comme la marque de leur asservisseavait été le premier; Crodegangus, fils de la ment.
sœur du roi Pépin , le second; le troisième An- 7" Les évoques mêmes faisaient leurs efforts
gilram; Drogon, fils de Charlemagne. C'était pour avoir part à un honneur si recherché,
ce qui faisait prendre la qualité d'archevêque 8° Les papes, en accordant tant de fois le
à ces évêques de Metz (Spicileg., tom. xii, pallium, n'ont jamais exigé cette nouvelle
pag. 215.) Bertolphe, archevêque de Trêves, profession.
s'emporta contre Galon et l'obligea enfin de se 9" Le savant Hincmar avait assez de courage priver de l'usage du pallium. En quoi il nous et assez d'adresse pour s'opposer à cette indonne lieu de croire que ses prédécesseurs novation, s'il s'en fût aperçu, et il s'en fût inn'avaient pas été trop satisfaits de voir leurs failliblement aperçu , s'il y eût eu quelque suffragants user du pallium, mais ils avaient fondement de le croire, cédé à la nécessité et à l'autorité des princes. Xll. Finissons cette matière par ces deux ré- Detous ces exemples on conclura sans peine flexions, dont l'une regarde la forme, et l'autre qu'il n'y a pas la moindre apparence du monde les libertés du pallium. L'empereur Othon souque le VllI^ concile général ait imposé une Imitait à un saint archevêque une coudée du nouvelle loi aux métropolitains de demander pallium, palliï cubitwn imum : parce que ce le pallium, et de faire en même temps profes- n'était pas le manteau impérial tout entier sion par écrit d'une nouvelle soumission au qu'on envoyait , mais une partie seulement, Saint-Siège. composée de bandes et de croix, qu'on appuie' Si les empereurs et les rois s'employaient quait sur le pallium, ou sur la chasuble ordidepuis longtemps pour faire donner le pallium naire.
aux métropolitains, comment peut-on se figu- Le livre d'Alcuin ou attribué à Alcuin, des rer que le Vlll'= concile ait imposé cette nou- divins offices, nous donne la même idée du velle nécessité aux métropolitains ? pallium; il le compare à la lame d'or qui pen- 2" Si les empereurs et les souverains ont cou- dait sur le front du grand prêtre de la synatinué après le môme concile de faire les mêmes gogue, et qui s'appliquait sur sa mitre. « Paloffices aux métropolitains auprès du Saint- liumarchiepiscoporum super omniaindumenta Siège, comme nous venons de le justifier, ce est, ut lamina in fronte pontificis. » 11 dit que n'était donc pas une fâcheuse nécessité à la- c'est comme un collier semblable à celui dont quelle on les eût asservis. on honorait autrefois ceux qui avaient rem-