‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 84 sur 291 · IX. Preuves de cela même · texte numérisé non relu

IX. Preuves de cela même

X. Les moines qu'on fit évêqucs auraient introduit cette coutume dans le clergé, quand ils ne l'y auraient pas trouvée.

XI. L'ordination des clercs les attachait au service d'une église. Le premier service de l'église était la prière. La prière n'était point mentale seulement, mais vocale, et la psalmodie même. Exemples. Obligation de restituer, quand un bénéficier a manqué à l'office.

I. Saint Epiphane dit qu'on célébrait dans l'église les offices du matin et du soir, distinguant avec soin la psalmodie de l'oraison : mais que les religieux s'employaient tout entiers à la psalmodie, à l'oraison, à la lecture des Ecritures, et à les imprimer dans leur mémoire.

« Matutinaî laudes in Ecclesia Catholica, matutinœque preces assidue celebrantur : lucernales item psalmi et orationes, etc. Magna vero ex parte monachi in decantandis psalmis ac perpetuis orationibus, et sacrarum litterarum lectionibus, et iisdein memoriter pronuntiandis exercent (Exposit. fidei calhol. c. 23).

Saint Clément d'Alexandrie (Slrom. 1. vu) avait dit autrefois que s'il y en avait qui destinaient à la prière certaines heures, comme

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tierce, sexte clnone, le contemplateur vérital)le penser du clergé qui était le modèle des uns et

priait sans interruption et lisait les Ecritures des autres ?

avant le repas. Saint Grégoire de Nazianze> entre les vertus

II. Mais il ne se peut rien ajouter à ce que admirables de saint Basile, n'oublie pas son

saint Basile a dit à la louange de la psalmodie assiduité et sa persévérance infatigables dans la

ecclésiastique. 11 assure que les peuples en psalmodie : «In jejuniis et orationibus assidui-

étaient si touchés, qu'ils chantaient continuel- tatem, insuperabilem in vigiliis et psalmodiis'

lement des psaumes dans leurs maisons et vigorem (Orat. '21. Rcg.,cap. cvn).» Mais il ne

même dans les places publiques. « Psalmorum faut pas oublier l'obligation que saint Basile

eloquia et domi cantillant, et medio in foro impose à ses religieux dans sa règle , de

securn circumferunt (In psal. i). » réciter leurs heures canoniales en particu-

Ce père parle ailleurs des sept heures diver- lier, quand ils ne pourront pas se trouver au

ses qui étaient consacrées à la psalmodie dans chœur avec les autres : « Si enim corporaliter

les monastères, à minuit, au matin, à tierce, à adesse cum caîteris non occurrat ad orationis

sexte, à none, à vêpres, et il remarque que la locuni , in quocumque loco iuventus fuerit,

prière du midi était coupée en deux, l'une quod devotionis est, expleat. »

avant, et l'autre après le repas, pour accomplir III. Saint Grégoire de Nysse, dans la vie de

le nombre de sept (Tom. ii, serm. de institut, sainte Macrine, sa sœur, décrivant la vie des

Mona. Et in Regulis fusius disp. c. 37). religieuses consacrées à Dieu dans les monas-

On forma diverses accusations contre ce Père tères, assure qu'on y employait aussi les jours

d'avoir fait des changements dans le chant des et les nuits à prier et à chanter des psaumes :

psaumes, en instituant des monastères. II ré- « Perpetuum precandi studium , et assidua

pondit, dans sa lettre au clergé de Néocésarée, psalmorum decantatio, quœ nec die, nec nocte

qu'il n'avait fait qu'imiter et suivre de loin ce intermittebatur. »

qui se pratiquait depuis longtemps dans les On ne peut douter que les heures canoniales

maisons religieuses de l'Egypte, de la Palestine n'y fussent observées , car il parle un peu

et de la Mésopotamie ; que la psalmodie était plus bas de l'office de vêpres, ou de la messe

uniformément observée dans toutes les églises, qui s'y célébrait. Il parle aussi des nuits en-

« Quod propter psalmodias accusamur, qui jam tières qu'on passait à psalmodier aux fêtes des

obtinuerunt ritus, omnibus Ecclesiis Dei con- martyrs,

cordes suntet consoni (Epist. lxiu). » Mais que peut-on souhaiter de plus beau et

Il dit que le peuple s'assemble dès avant le de plus formel que ce que le même saint Gréjour dans l'église, et qu'après y avoir prié à goire de Nysse rapporte du voyage qu'il fit en genoux, il se lève pour le chant des psaumes : carrosse, en Arabie? Il en avait fait comme un que tantôt on les chante à deux chœurs, tantôt monastère, en jeûnant, et psalmodiant avec un seul chante et les autres répondent; qu'ainsi toute la compagnie :« Yehiculum nobis pro par intervalle la psalmodie et l'oraison s'entre- Ecclesia et monasterio erat omnibus per totam suivent jusqu'au jour : enfin qu'à la pointe du viam simul psallentibus et jejunantibus. » jour on recommence à chanter les psaumes, et Voilà les heures canoniales récitées, ouchanque cela se pratique dans l'Egypte, la Lybie, tées en particulier, même en faisant voyao-e. la Thébaïde, la Palestine, l'Arabie, la Syrie. Qui peut donc douter qu'on ne chantât dans

« De nocte populus consurgens domum pre- cette église déambulatoire les mêmes psaumes

cationis petit, etc. Tandem ab oratione sur- qui font la dévotion publique des fidèles dans

gentes , ad psalmodiara traducuntur. Et nunc l'Eglise, et qu'on était accoutumé de chanter

quidem in duas partes divisi, alternis succi- dans les assemblées communes,

nentes, psallunt, nunc uni ex ipsis hoc mune- IV. Saint Chrysostome ne se contenta pas

ris dato, ut quod canendum est prior ordiatur, d'obliger tous les clercs à se trouver aux offices

reliqui succinunt, etc. Ita psalmodiœ varietate de la nuit; il y exhorta même les hommes du

precibusque intersertis noctera superant. Illu- siècle, à qui les occupations ordinaires déro-

cescente vero jam die, omnes pariter psalmum bent les journées entières , et ne laissent que

confessionis olîerunt Deo. » la nuit pour prier : « Fidèles quoque laïcos

Si les fidèles, si les moines faisaient paraître exhortabatur, vigiliis nocturnis in ecclesia in-

lant d'assiduité aux offices divins , que doit-on sistere : uxores autem horum domi manere,

interdiu orantes : ideo quod viris die otium non esset. Hœc oninia quosque negligcntiores de clero contristabant, lotis noclibus dorniire consuetos (Pallad., in vita Clirysost., c. v). »

li ne se pouvait rien dire de plus formel, pour faire voir l'obligation des ecclésiastiques, de se trouver aux olTices du jour et de la nuit même dans l'église , puisque ce saint et fervent prélat tâchait de rallumer le feu de l'ancienne ])iété des fidèles mêmes, en les conviant de se rendre assidus aux heures canoniales, les femmes à celles du jour et les hommes à celles de la nuit.

Ce père conseille, en un autre endroit, de faire succéder l'oraison à la psalmodie, et il n'y oublie pas la lecture des Prophètes. Il explique au long pourquoi on lit après Pâques les Actes des Apôtres ( In Psal. 41. Tom. v. serm. 63).

V. Le même saint Chrysoslome fait des instances très-pressantes aux riches, de bâtir une église, ou un oratoire dans leurs maisons de campagne, et d'y avoir un prêtre et un diacre qui y célèbrent le terrible sacrifice les jours de Dimanches , mais qui y chantenttous les jours les louanges de Dieu.

« Educa diaconum etsacerdotalemordinem.

Preces illic perpetuœ propter te. Laudes et synaxes propter te; oblatio per singulos dies Dominicos, etc. Quanta res est, matutinis et vespertinis esse hymnis prœsentem, etc. Parum est pro villa quotidie preces ad Deum fieri (Hom. 18. in Acta) ? »

En voilà assez pour nous persuader, que quoique ces sortes d'églises fussent les moins considérées de toutes , les ecclésiastiques qui les desservaient ne laissaient pas d'y célébrer tous les jours la divine psalmodie. De là on peut juger de l'obligation des autres ecclésiastiques, puisqu'ils étaient tous attachés et asservis à quelque église par leur ordination.

Que si ce Père dit ailleurs qu'on ne disait la messe dans l'Orient que trois ou quatre fois la semaine, on doit conclure de là même, que les ecclésiastiquesavaient des prières réglées en particulier pour les autres jours , de même qu'en tant de monastères où la synaxe et le sacrifice ne se célébrait que le samedi et le Dimanche ; et en quelques-uns le Dimanche seulement (Chrysost. Tom. v, serm. 52. In eos qui Pascha jejunant. In Epist. i, ad Timoth. hom. G).

Enfin, si ce Père en un autre endroit attribue aux monastères la psalmodie journalière des

nuits, du matin , de tierce , sexte, none et de vêpres, on peut bien en conjecturer que le clergé ne célébrait pas tous les joursdans toutes les églises toutes les mêmes heures canoniales, puisqu'on ne les célébrait pas aussi toutes dans tous les monastères. Mais il faut croire qu'alors les clercs, aussi bien que les moines, célébraient le reste des heures canoniales en particulier. En effet, saint Chrysostome ajoute que des vertus semblables se trouvent dans l'Eglise.

« In ecclesiis ejusmodi quid invenias.Neque enim quoniam illorum exposuimus vitam , eorum qui intra ecclesiam sunt , instituta despicimus. Plurimi saepe hujusmodi et in mediis ecclesiis sunt, sed delitescunt. Non enim quia circumeunt domos et forum, despiciendi sunt. Et hoc Deus imperavit : Judicate , inquit, pupille, et justificate viduam. »

Ces dernières paroles s'entendent des clercs qui prenaient la défense des orphelins et des veuves.

Palladius dans la vie de ce saint , parle bien plus nettement , quand il dit que les quarante évêques de son parti étant exclus des églises , célébrèrent les vigiles de Pâques, et les offices dans leurs maisons. « Reversi episcopi vigilias intra sua diversoria celebrarunt. » Les prisons furent changées en autant d'églises. « Carceres in ecclesiœ faciem transiere : hymni et oblationes mysteriorum in carceribus agebantur (Cap. 9, 10). »

Il n'était donc pas nouveau ni aux évêques, ni aux ecclésiastiques de célébrer en secret les mêmes offices qui se disent solennellement dans l'éghse.

Yl. Je viens à Théodoret, qui nous apprendra des particularités très-remarquables sur cette matière. Celle qui regarde l'institution du chant des psaumes à deux chœurs à Antioche, mérite la première place. Voici comment cette institu. tion se fit : Pendant que les ariens faisaient les derniers efforts pour corrompre la pureté de la foi catholique dans cette Eglise, qui était comme la mère du nom chrétien; deux laïques, d'une vertu éminente, Diodore qui fut depuis évêque de Tarse, et Flavien qui monta depuis sur le trône épiscopal d' Antioche même, s'opposèrent avec une générosité et une vigilance infatigable à ce torrent d'iniquité; et pour affermir les peuples dans la solidité de la foi par les exercices de la piété, ils leur apprirent à chanter les psaumes à deux chœurs.

« Hi duo quanquam annunierati laicis, tamen

DES ORIGINES DE L'OFFICE DIVIN, etc.

noctu et interdiu ad pietatis studium omnes sedulo excitarunt. Hi psallentium clioro in diias partes diviso, liymnos Davidicos alternis canendos tradiderunt (Tbeodoret, Hist. 1. ii, c. 24). »

Théodoret ajoute que cet usage fut suivi des autres églises, et passa jusqu'aux extrémités de la terre. « Quaî res prinium incepta Antiocliiœ ubique pervasit, et ad ultimas orbis terne partes pervagata est. »

Ce récit a beaucoup plus de vraisemblance que la vision de saint Ignace, rapportée par Socrate. La vérité est que les seuls chantres d'offices avaient chanté les psaumes jusqu'à ce changement fait à Antioche, le clergé et le peuple ne réunissant leurs voix que pour finir les psaumes par le Gloria Patri, ou par ({uelque chose semblable comme Amen, Alléluia. Mais à l'exemple des fidèles d'Antioche , on commença partout ailleurs à faire chanter les psaumes aux peuples mêmes.

Sozomène dit que les Ariens de Constantinople étant chassés de toutes les églises, firent leurs assemblées pendant la nuit dans les portiques publics, et se partageant en deux chœurs, chantèrent les psaumes, auxquels ils entrelacèrent des motets qui étaient comme des sommaires de leur pernicieuse créance (Sozom. , I. VIII, c. 8).

Saint Chrysostome, pour animer davantage son peuple, établit le même chant alternatif dans l'église et il y fut depuis conservé. « Populum suum ad similem canendimodumexcitavit. » Et plus bas : « Catholici ex hac causa in hune modum canere exorsi , in hune usque diem ita perseverarunt. »

Nous dirons dans le chapitre suivant, comment saint Ambroise introduisit la même psalmodie des peuples dans l'Occident.

VII. Je reviens à Théodoret. Il dit ailleurs qu'on chantait le Gloria Patri à la liturgie du matin, à celle du soir, et aux trois heures du jour, Tô TpiToaçpiov^ c'est-à-dire à tierce, sexte et none (Epist. xiv). Que pour faire retentir la gloire de l'adorable Trinité, le clergé et le peuple joignaient leurs voix (Hist. 1. ii, c. 24). Que la coutume était d'apprendre d'abord aux enfants dans les écoles, les jisaumes de David et quelques beaux endroits de l'Ecriture. C'est ainsi que le pieux Protogène en usait.

« Ludum aperuit, et pueros non modo ad céleri manu scribendum exercuit , sed sacra Dei eloquia cdocuit. Nam hymnos Davidistanquam dictata illis proposuit , et cas apostolicœ

Th. — ToM. II.

doctrinsD sententias quas eorum ingeniis accommodatas putabat, ediscendas tradidit (Hist., 1. iv, c. 16). »

Ainsi on était toujours prêt à chanter les psaumes, et le même raconte que les fidèles étant chassés de leurs églises par Valens, ils s'assemblèrent au pied d'une montagne et y chantèrent les hymnes ordinaires de l'office divin.

VIII. Le même Théodoret raconte encore ailleurs que le célèbre solitaire Julien avait prescrit à ses religieux, après avoir chanté tous ensemble les offices de la nuit, de sortir deux à deux le matin, et de passer toute la journée en priant Dieu de cette sorte ; l'un chantait debout quinze psaumes et l'autre cependant adorait Dieu à genoux, puis alternativement celuici chantait debout un pareil nombre de psaumes et l'autre demeurait prosterné adorant Dieu. Ayant ainsi passé la journée, ils s'assemblaient tous vers le soir, et après avoir pris un peu de repos, ils chantaient l'office de vêpres (Hist. Reh., c. 6).

Cela nous montre qu'on chantait et qu'on récitait les psaumes même en secret et en particulier. Cela paraît encore dans la visite que le pieux Avitus rendit à Marcion. Ces deux solitaires, après quelques discours de piété, dirent

ensemble none, xo'.vri -rr.v -rr; àvârr,; è-ETe).Y,oav XeiTOup-

7£av; et prirent ensuite leur réfection (Ibid., c. 5).

Publius n'interrompait jamais la psalmodie que par l'oraison ou la lecture des Ecritures. « Psalmodiam oratio, orationem psalmodia , et utramque divinorum lectio excipiebat (Ibid., c. 5). » Il fonda deux monastères, l'un de Grecs, l'autre de Syriens , et ne leur ayant donné qu'une église commune, il les faisait assembler pour la psalmodie du matin et du soir, afin de chanter tous ensemble les louanges de Dieu à deux chœurs, les uns en grec, les autres en Syriaque. Théodoret dit que cette louable coutume durait encore de son temps.

IX. Ces monastères étaient donc de ceux où les petites heures du jour ne se récitaient qu'en particulier, dont il a déjà été parlé.

Si les monastères entiers récitaient en particulier les heures canoniales qui ne se chantaient point en public, peut-on douter que les particuliers ne récitassent aussi en secret leur office quand ils n'avaient pu se trouver à l'office public de l'église? A plus forte raison qui pourrait douter que tant de solitaires qui passaient

lO-i

ou toute leur \ie, ou une fjrande partie dans les déserts écartés, ou seuls, ou avec un compagnon seulement, ne chantassent ou ne récitassent toutes les heures en particulier.

Nous en avons vu les exemples, aussi bien que des voyageurs et des hôtes. Et puisque toutes les autres vertus de la profession monastique avaient été imitées du clergé , comme nous le ferons voir dans la suite, n'est-il pas visible que cette assiduité à la psalmodie est de ce nombre?

Les premières lois de la discipline ecclésiastique ne furent que des coutumes, comme il arrive à toutes les républiques naissantes. La loi de la charité en faisait plus faire que toutes les autres lois n'en eussent pu commander. La coutume fut d'abord dans l'Eglise que les heures canoniales du malin, de tierce, sexte, noue et vêpres se célébrassent en commun pour tout le peuple, à plus forte raison le clergé y assistait-il. La piété des fidèles s'attiédit avec le temps, le clergé tint bon. Les moines s'élevèrent avec une ferveur toute divine, ils imitèrent le clergé et enchérirent par-dessus.

Quand la loi vivante de la coutume n'eût pas obligé le clergé à l'office, l'exemple des moines l'y eût engagé, puisqu'on ne peut nier que dans la suite des siècles le clergé n'ait imité en plusieurs choses les pratiques saintes des monastères. Mais il est certain que c'est au contraire sur le modèle du clergé que les religieux se sont imposé l'obligation et la manière de réciter l'office canonial.

Les règles monastiques, aussi bien que les canons qui font la règle du clergé, supposent plutôt la coutume de réciter ou de chanter les heures canoniales qu'elles ne l'établissent.

X. Nous avons dit ci-dessus , et nous ferons voir encore plus au long dans la suite, qu'une infinité de saints religieux furent appelés pour remplir les chaires épiscopales. S'ils n'y eussent pas trouvé les offices divins établis d'obligation dans le clergé , ils les y auraient établis euxmêmes.

Théodoret parle encore du divin Abrahames, qui montrait encore après sa promotion à l'épiscopat, quelle avait été sa manière de vie et de prier dans la solitude. Toutes les nuits il chantait quarante psaumes, et doublait les oraisons qu'on avait coutume d'entremêler. « Quadraginta noctu alternas hymnodiasexplebat, interjectarum precum mensuram congeminans (Ibid., c. xvii). »

Ce saint évèque cliant.'iit avec ses clercs , ce qu'il avait auparavant chanté avecsesmoineset voilà comment infailliblement les autres saints évoques tirés des cloîtres eussent inspiré au clergé la psalmodie continuelle, s'ils ne l'y eussent pas trouvée.

Le môme Théodoret suppose ailleurs, que les offices du matin et du soir se disaient publiquement dans l'église, mais qu'il n'en était pas de même de tierce, sexte et noue (Epist. i.) Il suppose donc aussi qu'on les disait en particulier.

XL Concluons par la preuve la plus naturelle et la plus invincible de toutes, de l'obligation des clercs h s'acquitter des heures canoniales. Nous l'avons déjà touchée. C'est qu'étant tous par leur ordination attachés au service d'une église, et la principale fonction des Eghses étant la prière, et la prière mentale étant aussi rare et aussi courte dans tous les offices publics, qu'on sait qu'elle a été , et au contraire la prière des Eglises n'ayant été autre que la psalmodie , il s'ensuit évidemment que les clercs par leur ordination même étaient engagés à ce devoir sacré des heures canoniales.

D'ailleurs comme leur subsistance temporelle n'était qu'une suite de leur ordination, et une juste récompense de leur assiduité à servir l'Eglise, il s'ensuit que ceux qui manquaient, ou à la résidence, ou à l'assiduité qu'ils avaient promise aux offices divins, devaient être privés des distributions journalières, qui faisaient alors tout le revenu des bénéficiers.

Sozomène nous a fait connaître l'incomparable Zenon, évêque de Majume , lequel étant âgé de près de cent ans , ne manquait jamais de se trouver aux offices du matin et du soir, à moins qu'il ne fût malade : « Natum plus minus annos centum, nunquam vel matutinos vel vespertinos hymnes neglexisse, nisi forte morbus ipsum impediret (L. vu, epist. 27). »

Le texte grec ajoute que cet évêque ne manqua à aucun office, et il n'exprime pas si c'était dans l'église, ou en particulier qu'il s'acquittait de ce devoir. Mais ce qu'il y a de plus merveilleux est que ce saint prélat ne laissait pas encore même dans ce grand âge de travailler de ses mains, afin de fournir à ses nécessités et à celles des pauvres.

Voilà quels étaient les anciens bénéficiers, voilà à qui ont succédé ceux qui trouvent présentement étrange qu'on les oblige à réciter les heures canoniales, qu'on leur fasse un crime

DES ORIGINES DE L'OFFICE CANONIAL, etc.

d'y avoir manqué, et qu'on les oblige de restituer les fruits de leur bénéfice pour le temps qu'ils vont manqué. Leurs prédécesseurs récitaient très-fidèlemcnt toutes les beurcs de l'office divin, le plus souvent dans l'église, le reste du temps en particulier; ils regardaient cela conmie une jtartie seulement des services qu'ils devaient à l'Eglise; ils ne prenaient que ce qui

était nécessaire pour se nourrir et pour se vêtir des revenus de l'Eglise; souvent ils n'en prenaient rien du tout, et s'entretenaient du travail de leurs mains.

Ce sont là les règles et les exemples que l'ancienne Eglise proposait à tous les bénéficiers des siècles à venir.

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