‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 118 sur 297 · IX. Des messes de saint Jacques et de saint Bbrc · texte numérisé non relu

IX. Des messes de saint Jacques et de saint Bbrc

X. De la diversité des langues dans les offices divins do l'Bgiise orientale.

L n fout dégager dans ce chapitre la promesse que j'ai faite d'indiquer sommairement les origines de quelques particularités de l'office divin, quoique ce vaste dessein demande plus de temps et plus d'érudition que je n'en ai.

Le pape Jean YIII permit au prince des Esclavons, nouvellement convertis, de taire célébrer la sainte messe en langue esclavonne , de lire l'Evangile et toutes les Ecritures en la même langue, puisqu'il est juste de bénir Dieu en toutes les langues dont il est Tauteur. Il ordonne néanmoins qu'on lira premièrement TEvangilé en latin, et qu'après on l'interprétera en esclavon pour le peuple.

< Nec sanae fidei vel doctrinss aliquid obstat, sive missas in eadem slavonica lingua canere, fiive sacrum Evangelium, vel lectiones divinas novi et veteris Testament! bene translatas et interpretatas légère, aut alia horarum officia omuia psallere. Quoniam qui fecit très linguas principales, hebrœam scilicet^ grsecam et latinam, ipse creavit et alias omnes ad laudem et gloriam suam. Jubemus tamen ut in omnibus Ecclesiis terrse vestrse propter majorem honoriflcentiam Evangelium latine legatis, et postmodum slavonica lingua translatum, in auribu8 populi lalina verba non intelligentis, adnuntietur; sicut in quibusdam Ecclesiis fleri

videtur. Et si tibi et Judicibus tuis placet, mt^ sas latina lingua magis audire, praecipimus, ut latine missarum tibi solemnia celebrentur

(Epist. GGXLVll). »

Ce pape n'obligea pas à la vérité les Esclavous de faire le service en langue latine , mais il permit au prince et à ses seigneurs de se fdire dire la messe en latin, s'ils le désiraient.

IL En eflPet, et l'Ecriture et la liturgie, et toutes les psalmodies ont été d'abord écrites en langue vulgaire que tout le monde entendait. Mais la révolution des siècles a changé la langue vivante des peuples^ en sorte que les descendants n'ont plus entendu le langage que leurs ancêtres avaient parlé.

Voilà comment la Bible et le service divin se trouvent en langue étrangère, quoiqu'ils n'aient reçu en eux-mêmes aucun changement par la seule inondation d'une langue étrangère qui s'est établie, ou qui se glisse insensiblement sans qu'on s'en aperçoive. Mais cela n'a lieu que dans les pays où la chrétienté s'est établie lorsqu'on y parlait la même langue des Ecritures^ comme la Judée et la Grèce, ou bien dans ceux où Ton a fait des versions de l'Ecriture en langue vulgaire^ en même temps que la foi s'y est étendue, comme les pays occidentaux, où la langue latine était entendue.

Ainsi l'on peut dire qu'au commencement de la conversion d'une grande nation, comme on leur prêche l'Evangile en leur langue, aussi on leur donne l'Ecriture, la liturgie et le service en leur langue. Cela parait dans l'établissement des églises judaïque, grecque et latine^ auxquelles le pape Jean YIll ajouta l'esclavonne pour les mêmes raisons; parce qu'il est impossible d'apprendre une langue nouvelle à tout un peuple, mais il n'est pas impossible de faire une fidèle version des Ecritures et du service.

Comme ces versions sont néanmoins trèsdifficiles, l'Eglise ne s'est jamais engagée d'en faire ou d'en autoriser de nouvelles, toutes les

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fois que Fancien langage s*altérait. Ces altérations se font insensiblement plutôt en une proyince qu'en une autre dans le même royaume, plutôt dans Tusage du petit peuple que dans les personnes de qualité, plutôt entre les igno- . rants qu'entre les gens de lettres. Ainsi quand on serait résolu de faire de nouyelles Yerpions, autant de fois que le langage précédent n'est plus intelligible, il serait très-difficile de faire un juste discernement des pays et des temps auxquels cette innovation serait nécessaire.

Enfin, les versions fidèles et exactes sont si longues à faire et à autoriser^ qu'on peut dire en quelque façon que la langue change en moins de temps qu'il n'en faut pour donner crédit à une nouvelle version.

Lors donc que la religion est déjà établie, c'est un moindre mal de conserver Tancien langage^ quoique peu entendu ; mais lorsqu'il faut planter la religion dans un pays barbare, il faut quelquefois se résoudre à essuyer les dangers des translations nouvelles. C'est peutêtre pour cela que ce même pape, Jean VIII, défendit à l'arcbevSque de Pannonie, de célél)rer encore la'mèsse en esclayon, parce que la Pannonie était peiit-être déjà convertie (Epist. xcv).

III. Il ne faut pas aussi dissimuler qu'on a tâcbé d'aller au-devant des divisions et dés schismes que la diversité des langues pourrait introduire dans TEglise. L^unité des cœurâ et des esprits se conserve bien mieux dans l'uniformité d'un même langage.. Aussi, lorsque Dieu voulut rompre la bonne intelligence entre des hommes qui en abusaient pour immortaliser leur' insolence, il ne fit que diviser et diversifier leurs langues. C'est pour cela que lé pape Jean VIII commandait qu'on lût toujours l'Evangile en latin^ et puis en esclavon dans la messe esclavonne. C'est pour cela que, comme le pape Nicolas V* Ta remarqué, dans Constantinople même on lisait premièrement l'épitre et l'évangile de la messe en latin, et puis en grec.

<K Ecce quotidie, imo vero in praecipuis festivitatibus inter grsecam linguam, velut quiddam pretiosum, banc romanam linguam miscentes, etc. Coostantinopolitana Ecclesia'lectionem apostolicam et evangelicam istius dictione linguœ in stationibus fertur primitus recitare, sicque demum propter Grsecos grseco sermone utique ipsas lectiones pronuntiare (Epist. vni). »

La même coutume s'observait à Rome, de

lire l'évangile et l'épitre en grec et en latin aux jours des fêtes solennelles , pour faire remarquer l'union des deux Eglises, outre les monastères de Rome, où tout l'office se faisait en grec par des religieux grecs : tel fut celui de Saint-Praxède que le pape Pascal I" fonda, et y établit une congrégation de moines grecs, « quae die noctuque graecœ modulationis psalmodiée laudes omnipotent! Deo persolveret. »

Ajoutons encore cette remarque que dans la succession de tant de siècles, et dans la foule de tant de nations qui ont été converties à la foi cette concession du pape Jean VIII est très-singulière ei peut-être unique et sans exemple. On peut inférer de là que les peuples nouveaux ne sont jamais en droit de rien prétendre de semblable, quoiqu'il soit toujours au pouvoir de l'Eglise d'user de ses dispenses, quand elle le juge à propos. Hais si l'histoire du temps passé est une leçon pour l'avenir, on ne pourra jamais tirer à conséquence l'exemple des Esclavons^ ni l'opposer à une infinité d'autres nations à qui on n'a point permis après leur conversion le chant public des offices de l'Eglise en leur langue.

IV. Anastase , bibliothécaire , nous apprend ailleurs que le pape Léon IV institua l'octave de l'Assomption, avec des veilles solennelles. a Vigiliiç sacris matutinisque cum omni clero pernoctans laudibus in basilica ejusdem DominaB nostree (De divin. Offi., c. i]. » Alcuin nous a représenté la manière dont on veillait la nuit de la Nativité de Notre- Seigneur.

La veille de Noël, on disait la messe à llieure de none, après on chantait vêpres, ensuite on allait manger. A l'entrée de la nuit le pape entrait dans l'église de Sainte-Marie, y chantait les vigiles et matines, c'est-à-dire laudes et ensuite la messe de la nuit. Après quoi il allait chanter une autre messe de la nuit à Sainte- Anastasie. De là il allait à Saint-Pierre, ou il continuait l'office de la nuit avec les chanoines de Saint-Pierre qui l'avaient commencé è l'heure ordinaire, avec Finvitatoire ; au lieu que le pape n'avait point dit d'invilaloire aux veilles et aux matines qu'il avait chantées dm? l'église de Sainte-Marie.

Alcuin ajoute que c'est poui;* cela que Tantiphonaire romain marquait pour celte nuit un office double : <e Unde etiam dupla officia in Romanorum antiphonariis hac nocte dcscribuntur. »

C'est donc là l'origine des fêtes et des offices

DE L^OBLTGATION DES BËNfiFIClEaS A CHÂNTCR, etc.

hœc, et psaHerium a capite, nil niortale sonaoa cum eisdem percucurrit. Ex hoc jam sibi cou* suetudinem statuil ^ ut psalterium pêne quotidie recitaret (Ibid., c. Lmu]. »

Le moine Ignace remarque que le saint patriarche de Constantinople Taraise dans les extrêmes langueurs de sa dernière maladie^ faisait éclater les flammes de sa charité en célébrant tous les jours le diYin sacrifice ( Surius die 35. Febru. c. xlyi). »

Saint Ludger, évêque de Hunster, étant appelé au palais de l'empereur par des ordres réitérés de s'y rendre , ne laissa pas de continuer et d'achever la récitation de ses heures canoniales qu'il avait commencées, et fit après cela trouver bon à l'empereur qu'il eût préféré l'honneur et le service de Dieu à celui des hommes. « Autistes dum consuetudinariis ex more psalmis et orationibus instaret, dixit se peracto ofûcio divino secnturum^ etc. Omnipotentis servitium intermittere, inconveniens judicavi, etc. (Surius^ die 36 Martii, c. xxxii). »

On récitait donc , ou on chantait en particulier le service divin , même en voyageant par la campagne, conune il est remarqué ensuite du même saint: a Dum in.itinere esset, noctu stans dum matulinas laudes cum clericis caneret^ etc* »

Le saint confesseur Nicétas avait appris le psautier dès son enfance , et après cela il fut tonsuré : a Psalteriom mémorise mandavit^ cumque illum in ecclesia pater totondisset, etc. (Surius^ die 3 April., c. v, xui). d Ce fut aussi son principal e^^erci.ce dans le monastère qu'il gouverna depuis, de récitai* tous les jours tout le psautier et d'en chanter une partie, a Toium psalterium quotidie |m)nuntiabant^ quo expleto ad eorumdem psalmorum vicissim canendorum ordinem se parabant , ita ut nunquam omnino a Dei gloria celebranda ipsi vacarent. »

Le saint martyr et apôtre des Russes, Boniface, parcourait les provinces en psalmodiant , et parce qu'il avait passé de la vie monastique à l'épiscopat, il récitait chaque jour l'office des religieux et celui des ecclésiastiques. « Pedester ibat^ jugiter psallens, et cmteros longe pra)cedens , etc. Postquam consecratus est archiepiscopus , quotidie observabat et monasticum pariter, et canonicum in celebrandis horarum oIQciis ordinem (Petrus Damian. in vita sancti Romuald.^ c. xvni). »

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