X. De la dignité des conseillers
XL XII. XIII. Surtout dans l'Eglise romaine. XIV. Et dans celle d'Alexandrie.
L II faut demeurer d'accord que ces noms de syncelles, et de conseillers, ne sont que des noms d'offices, plutôt que de bénéflces; mais comme les bénéfices mêmes n'ont été originairement que des offices, et que les offices ont été, dans la longue suite des siècles, érigés en bénéfices, nous n'avons pas cru les pouvoir passer sous silence.
Les syncelles étaient ceux qui demeuraient dans la même chambre, ou dans la même cellule avec les évêques, pour être les témoins de toutes leurs actions, même dans le particulier. Tel était apparemment le prêtre Anastase, qui avait suivi Nestorius d'Antioche à Constantinople, où il continua de vivre avec lui dans la même familiarité et confidence. « Erat familiaris Nestorii Ânastasius presbyter qui una cum illo profeetus erat Antiochia. Hune Nestorius magnoin honore habebat, ejusqueconsilio in rébus gerendis utebatur ( Socrat., I. VII, c. 32). » Mais tels étaient indubitablement ceux que le diacre Ischyrion alléguait pour témoins des crimes dont il avait accusé Dioscore, archevêque d'Alexandrie, dans le concile de Calcédoine, a Per nominatos a me testes, syncelles ejus constitutos qui hactenus cum ipso degunt et comitautur (Act. 3). d
Agoraste était un de ces syncelles de Dioscore, comme il parait par la requête présentée
contre lui dans le même concile par le laïque Sophronius, qui demanda qu'on le produisit pour le convaincre comme le témoin et le compagnon des effroyables excès de Dioscore. a Agorastum unum ex cooperatoribus ejus insaniœ, et syncellum ejus existentem jubete adduci. »
Dans Faction 6 du concile de Constantinople, sous Flavien, Eusèbe, évêque de Dorylée, accusateur d'Eutychès, demanda qu'on fît comparaître Narsès, prêtre et syncelle d'Eutychès. Ces exemples nous apprennent en même temps les devoirs et l'utilité des syncelles. Car comme les abbés et les moines avaient quelquefois d'autres moines dans la même cellule, pour s'éclairer l'un l'autre, et ne rien faire en particulier, dont ils pussent rougir en public : les mêmes étant ensuite appelés à Tépiscopat^ conservèrent ces mêmes inspecteurs de leur vie secrète, pour être à jamais ou les censeurs de leurs défauts, ou les témoins de leur innocence, ou les accusateurs de leurs crimes.
Sozomène remarque qu'Acace, évêque de Béroée, se fit admirer avec justice, ne fermant jamais ni sa maison, ni sa chambre, afin de pouvoir toujours être surpris par les citoyens et par les étrangers, ou plutôt pour s'engager lui-même à ne jamais rien faire, où il pût rougir d'être surpris (Sozora., 1. 1, c. 7).
Saint Jérôme semblait avoir donné le même conseil à Népotien. a Taies habeto socios, quorum contubernio non infameris. Si lector, si acolylus, si psaltes te sequitur, non ornentur veste, sed moribus.»
Il faut néanmoins observer cette différence entre les syncelles des évoques, et surtout des patriarches, et ceux des moindres ecclésiastiques, que les premiers étaient des dignités, des charges et des bénéfices si considérables, que la suite des siècles nous les fera voir avec admiration dans le comble de Thonneur et de la puissance, comme les grands- vicaires des évêques et des patriarches, et assez souvent
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leurs successeurs ; au lieu que les autres ne retiraient d'autre avantage de cette charge que l'édification réciproque qu'ils donnaient à leurs confrères^ et qu'ils en recevaient.
IL Saint Grégoire pape ordonna^ dans un synode romain^ que les pontifes romains ne seraient plus servis dans leur chambre par déjeunes séculiers, mais par des ecclésiastiques, ou même par des religieux qui fussent les témoins de leur conduite secrète, et qui profitassent de leurs exemples. « Verecundum mos torporem indiscretionis involvit^ ut hujus sedis pontificibus ad sécréta cubiculi servitia laici pueri, ac sseculares obsequantur ; et omnis pastoris vita esse discipulis semper debeat in exemplo, plerumque clerici, qualis in secreto vita sit sui pontiflcis nesciunt, quam tamen, ut dictum est^ pueri sciunt sœculares. De qua re prœsenti décrète constituto ut quidam ex clericis, vel etiam ex monacbis electi, ministerio cubiculi poûtificalis obsequantur^ ut is qui in hoc loco est regiminis, habeat testes taies, qui vitam ejus in sécréta conversatione videant, et ex visione sedula exemplura profectus sumant (L, IV, ep. 14). »
Ce décret ne regarde véritablement que les pontifes romains, mais les mêmes raisons et les mêmes obligations sont communes à tous les évêques. Car tous les évéques sont pasteurs, et par conséquent leur vie doit être comme un flambeau brillant toujours exposé aux yeux de leurs disciples : a Cum pastoris vita esse disci* pulis semper debeat in exemplo. »
Il importe àtoi^ les évoques que le plus secret de leur vie et de leur conduite domestique soit éclairé par des témoins irréprochables, et éclaire par ce moyen tout leur diocèse. « Ut is qui in loco est regiminis habeat testes tales^ qui vitam ejus in sécréta conversatione videant, et ex visione sedula exemplum profectus sumant. »
III. C'est de ces ecclésiastiques inséparables de leur évêque que le même saint Grégoire semble parler à Sérénus, évoque de Marseille, en lui faisant une réprimande aussi juste que charitable, de ce qu'il souffrait en sa compagnie et dans le secret même de sa familiarité un prêtre criminel et impénitent, ce qui était autoriser le crime même et, Timpénitence.
a Pervenit ad nos quod dilectio tua malos homines libenter in sua socictate recipiat^ adeo utpresbyterum quemdam, qui postquam lapsus est, et in sua adUuc dicitur iniquilatis poUu-
tione versari, familiarem habeat. Quod quidem nos ex toto non credimus; quia qui talem recipity scelera non corrigit, sed magis aliis talia perpetrandi videtur dare licentiam (L. ix, ep. 9, 49). » C'est approuver les crimes que de n*en pas éloigner les auteurs, a Considéra quam periculosum sit ante oculos Dei, si per eum a quo plectenda sunt crimina^ nulriri vitia videantur. »
Ce saint pape avait déjà fait auparavant le même reproche à Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople, à roccasion de son syncelle, à qui cette haute dignité et la faveur du patriarche qui en est inséparable, n'était qu'un instrument pour se nuire à lui-même, en nuisant impunément à tous ceux qui devaient espérer son appui et sa protection.
« Credo quod mihi familiaris vester ille juvenculus rescripsit , qui adhuc de Deo nihU didicit, qui viscera ctiaritatis nescit, qui ab omnibus accusatur, qui insidiari quotidie diversoruni mortibus dicitur per occulta teslamenta, etc.Hihi crede, frater, ipsum prii^s corrige, ut ex bis qui vobis vicini sunt, et ii qui vicini non sunt, exemplo melius emendeatur (L. II, ep. 53). »
IV. Jean Diacre, nous a appris, dans la vie dp ce saint pape, combien exactement il pratiquait lui-même ce qu'il avait fait résoudre dan3 cp concile, et ce qu'il exigeait des autrqs évê^ue^ avec tant de sévérité. 11 écarta du palais pQoJlifical tous les laïques, et n'admit dans sa fotnjlle que d'excellents ecclésiastiques et de saiats religieux. « Remotisa suo cubiculo saîcularibus^ elericos sibi prudeiitissimos conciliarios familiaresque delegit (L. ii, c. 2, 12). b
Après avoir nommé quelques-uns de ce?
ecclésiastiques, dont le mérite singulier éclata dans les grands emplois qu'ils eurent ensuite^ cet auteur vient aux moines que ce pape approcha de sa personne, et associa à son clergé dans le palais apostolique, a Monacborumi vero sanctissimos sibi familiares elegit^ intar quos, etc. j»
Les apôtres d'Angleterre et plusieurs saints évêques sortirent de cette incomparable socié^i^» que ce saint pape éclairait jour et nuit, pp^ tendant lui-même en être éclairé, a Ci^m quibus Gregorius die noctuque versatus , etfl. (L. XII, ep. 10). »
Je ne puis m^empêcher d'ajouter ici guo Datien, métropolitain d'Arménie, ayant d4^ mandé à saint Grégoire des enlants égaux en
âge et en beauté, pour en faire un présent à Tempereur, ce pape, bien loin de lui en envoyer, lui écrivit que pour lui il aimait mieux en avoir de difformes que de beaux. « Mei similes, videlicet déformes quœro. o Une disposition si chaste de la maison épiscopale est un rempart invincible contre les attaques de la calomnie.
V. Nous lisons dans Ennodius une ordonnance royale, où il est commandé aux évoques, aux prêtres et aux diacres, d'avoir toujours un autre ecclésiastique pour compagnon inséparable, et pour témoin de toutes leurs actions les plus secrètes; que si leur pauvreté est un obstacle à cette précaution, ils serviront euxmêmes de compagnon et de témoin à quelque autre, a NuUum ergo sacerdotum antiquis et modernis legibus obsequentem , nuUumque levitarum sine bene probata volumus in quocumque loco manere persona. Vel quem substantif exilitas non permiserit habere consortem, ipse cancellaneus fiât alterius (Opusc, cap. vu). 0
Dieu voit notre innocence, mais les hommes doivent en être persuadés, et ils le seront s'ils en sont témoins. C'est un crime aux ecclésiastiques de ne pas faire tout ce qui leur est possible pour écarter les soupçons ïnêmes du crime. Us sont coupables des injustes défiances et des plus noires calomnies qu'on forme contre eux, s'ils ne tâchent de les prévenir, encore plus pour le salut des autres que pour leur propre réputation, a Multos habeat actuum conscios, qui Deo débet innocentiam. Yideant œmuli, quia qui testes habet, vult probari. Gerte vel si mens sit recti conscia, vindicta dignus est, qui alii existit causa periculi. »
Ce prince ne fit cette ordonnance qu'avec le consentement du Siège Apostolique : aÂpostolicœ Sedis B. Pétri vel praesulis ejus autoritate papae subnixi. » Et ce fut même à l'occasion des infâmes accusations qu'on avait formées contre le pape Symmaque, que cet édit fut fait : a Cum Âpostolicse Sedis prsesulem , et omnium pêne Ecciesiarum gubernacula tractantem per proximi tumultus incendium, inimicorum rabies tali ore momordisset. »
Le cardinal Baronius attribue cette constitution à Laurens, archevêque de Milan (Baronius, an. 802, n. 32, 503; n. 13, 14).
Les louanges qu^Ennodius et que Baronius même après lui, ont données au roi Théodoric, touchant Testime et Tamour même qu'il avait
pour l'Eglise romaine, peuvent bien le faire juger digne d'avoir fait cet édit, qui ait été ensuite soutenu d'une ordonnance épiscopale.
D'ailleurs, ces paroles du titre, « Praeceptum quando jussi sunt omnes episcopi cellulanos habere, » conviennent beaucoup mieux à l'édit d'un prince, qu'à l'ordonnance d'un évêque. Mais il nous importe peu d'approfondir qui fat l'auteur de celte ordonnance, Théodoric ou Laurens. Le titre convient mieux à Théodoric, l'ordonnance à Laurens.
VI. Comme cette déclaration royale suppose des lois précédentes qui aient ordonné ces mêmes précautions à l'innocence et à la réputation des évêques et des clercs majeurs, nous trouvons dans le concile de Girone , en Espagne, deux canons qui prescrivent à tous lec clercs majeurs d'avoir toujours un garde et un témoin inséparable de leur probité.
C'est principalement pour ceux qui avaient été mariés que cette ordonnance était faîte, pour mettre leur continence à couvert, ou des tentations, ou des médisances : a Placuit a pontifice usque ad subdiaconatum , post suscepti honoris officium si quis ex conjugatis tuerit ordinatus, ut semper alterius fratris utatur sruxilio, cujus testimonio vita ejus debeat clarior apparere (Can. vi). »
Mais ce concile ne laissa pas de commander à tous les autres ecclésiastiques qui avaient famille, quoiqu'ils n'eussent point de femmes, d'être toujours accompagnés d'un fidèle témoin de leur conduite, a De liis qui sine uxoribus ordinantur, et familias domus habent , habito secum pro vitœ conversatione fratre in testimonium, etc. (Can. vn). »
Le concile IV de Tolède (Can. xxu) renouvela la même ordonnance pour les trois ordres supérieurs. Voici pour les évêques : « Ut deînceps excludatur omnis nefanda suspicio , aut casus, et ne detur ultra saecularibus obtrectandi locus, oportet episcopos testimonium probabilium personarum in conclavi suo habere, ut et Deo placeant per conscientiam puram, et EcclesisB per optimam famam. d
Quant aux prêtres et aux diacres, ce concile les oblige, ou de vivre en communauté avec leur évêque, si leur santé ou leur âge le leur permet, ou d'avoir dans leur maison un autre ecclésiastique, comme un invincible rempart contre la calomnie. « Non aliter placuit, ut quemadmodum autistes, ita et presbyteri alque levifaB, quos forte infirmitas aut œtatîs
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gravitas in conclayi episcopi manere noa sinit, ut iidem in cellulis suis testes vitœ babeant, vitamque suam sicut nomine, ita et meriiis teneant (Can. xxin). »
Enfin ce concile (Can. xxiv) renferme pour les mêmes raisons tous les clercs inférieurs dans un séminaire, a Omnes in uno conclayi commorentur, deputari probatissimo seniori, quem magistrum doctrina et testem vitœ babeant. »
VIL Le concile II de Tours (Can. xii) nous représente dans la France les mêmes règlements qu'on pratiquait en Espagne. Car si Tévêque a été marié, il est toujours, après son ordination, accompagné d'une armée céleste de saints ecclésiastiques , qui le rendent inaccessible aux attaques de la chair, aussi bien qu'à la malignité des calomniateurs : « Et licet Deo propitio^ testimonio clericorum suorum castus vivat^ quia cum illo tam in cella, quam ubicumque fuerit, sui habitent^ eumque presbyteri et diaconi, vel deinceps clericorum turba juniorum Deo autore conservent, etc. »
Si révêque n'a point été marié, ou s'il est veuf, les ecclésiastiques ne laissent pas d'être en garde continuelle auprès de lui , et d'en écarter toutes les femmes étrangères, a Habeant ministri ecclesise, utique clerici, qui episcopo serviunt, et eum cuslodire debent, licentiam extraneas mulieres de frequentia cohabitationis ejicere (Can. xui). p
Ces clercs qui sont au service de l'cvêque, selon les termes de ce concile, c< clerici qui episcopo serviunt, » ne sont nullement déshonorés par ce ministère. Si l'évêque est l'image vivante de J.-C, si la royauté de son divin sacerdoce réside principalement en lui, ceux qtii le servent, même dans son particulier, sont les princes de sa cour ; et ils sont aussi éminents par-dessus les princes de la terre, que la royauté céleste de J.-C. est infiniment rehaussée par-dessus tous les empires du monde.
Le concile romain, sous saint Grégoire, se servit des mêmes termes : « Ad sécréta cubiculi servitîa. » Aussi ce concile de Tours semble nous montrer que la piété des évêques de France avait prévenu les règlements de ce pape, et n'admettait plus que des clercs au service des évêques.
Enfin ce concile de Tours (Can. xix) oblige les archiprêtres , même de la campagne , à se faire aussi toujours accompagner par quelques clercs mineurs^ soit aux champs, soit chez eux.
a Seu in vico manserit, seu ambulaverity unns lector canon icorum suorum aut certus aliquis de numéro clericorum cum illo ambulet, et in cella, ubi ille jacet, lectum habeat, pro testimonio. 9
VIII. Grégoire de Tours nous enseigne la pratique de ces décrets. Parlant d'Ethérius^ évoque de Lisieux, il le fait coucher dans une même chambre où étaient couchés avec lui un grand nombre de clercs, ainstrato suoquievit, habens circa lectum suum multos lectulos de* ricorum (L. vi, c. 36). » Il est vrai que cet évêque redoutait alors avec raison les embûches de ses ennemis, mais cela ne l'obligea apparemment qu'à augmenter le nombre de ses gardes.
Le prêtre et le diacre qui ont écrit la vie de saint Césaire, dont ils avaient été les disciples et les syncelles, protestent qu'étant couchét dans sa même chambre, ils l'ont souvent oui durant la nuit , pendant son sommeil^ parler avec la même ferveur que lorsqu'il prêchait dans son église, du redoutable jugement que Dieu doit faire des hommes à la fin des siècles, et de la félicité sans fin des bienheureux* a Nos ipsi vel conservi nostri, qui in oella ipsius manserunt, sciunt qusB diximus, etc. Fréquenter in sopore positus de future Judicio, vel de œlerno praemio prœdicabat (L. n, c. î, 3). » Le diacre seul parle de lui-même dans le chapitre suivant, a Cum in cella ipsius diaconus in servilio illius ad judicium delectus essero, curam me inter reliqua de noctumis horis jusserat habere. »
C'était donc l'usage commun de parler des prêtres même et des diacres, de dire qu'ils étaient au service de l'évêque, mais l'exemple même de ceux-ci montre manifestement que ces serviteurs étaient efiectivement les disciples comme saint Grégoire les a aussi appelés dans le premier passage que nous en avons rapporté.
IX. Comme l'origine du nom de celle , x^xxiov, et de syncelle est venue de la Grèce, la dignité des syncelles y a été aussi sans comparaison plus éminente, et leur puissance plus redoutable. Au lieu que les papes et les autres évêques d'Occident en avaient plusieurs dont tout le pouvoir ne consistait qu'à rendre témoignage de leur vie et profiter eux-mêmes de leur doctrine et de leur sainteté , les patriarches grecs n'avaient qu'un syncelle, ou, entre plusieurs syncelles, ils avaient un- protosyncelle qui devint enfin le confident de leurs conseils
et ï'unique dépositaire de leur autorité.
Ainsi les syncelles paraissent toujours comme
les premiers ministres du patriarche durant sa
-vie, et ordinairement ils leur succèdent après
leur mort.
Un des accusateurs de Dioscore, patriarche d'Alexandrie, dans le concile de Calcédoine (Act. 3) , promit de prouver tous les chefs de son accusation par les syncelles propres de Dioscore : « Per nominaios a me testes, syncéllos ejus constitutos, qui hacteaus cum ipso degunt et comitantur. » Un autre accusateur du même Dioscore nomma son syncelle Agorastô comme le complice de ses crimes : « Uû^im ex cooperatoribus ejus insaniœ , syncellum ejus existentem. j>
Le patriarche d'Alexandrie avait peut-être Alwrs plusieurs syncelles, mais lorsque le diacre fMârain Dioscore écrit au pape Hormisde que Jyfln*, patriarche de Constantinople, étant mort, le plâtré Epiphâne, qui avait été son syncelle , lui aifait ausfâi été donné pour successeur : a In euju« IfXéUfi) Epiphanius quidam presbyter , qtiottdam syvicelius ejus successit (Post ep. iMi B&ttùi^.) ; » et lorsque le synode de ConstatUinople nomme, dans sa lettre synodale au pape Héraclien , prêtre de la grande église de ConBtàntlnople et syncelle d'Epiphane, patriar- C3lie : « Cohabitator patriarcïise Epiphanii », il ne pariait qu'un syncelle. Il est vrai que dans ta conférence des catholiques avec les Sévéliens, en Tan 532, ou nomme Héraclien et Laurens prêtres et syncelles du patriarche Epiphane. Dans le concile romain^ sous Martini", il est ï^arlé d'Etienue, prêtre, syncelle et chartophylace du patriarche Sergius (Consult. iv).
itttàstase Bibliothécaire, dans son histoire, l'acon^ comment Timpie Léon d'isaurie, épiant les occasions de déposer le saint patriarche de Constantinople, Germain, parce qu'il avait trouvé en lui un invincible défenseur des saibteS images, corrompit Anastase, son disciple et son syncelle, en lui promettant son trône patriarcal pour le prix de sa trahison, a Habuit in hoc comparticipera discipulum ejus et syncellum Anastasium , cui spopondit , utpote impietatis sucB consentaneo, throni eum adulterum successorem futurum. » Germain s'étant démis lui-même, cet Anaslase lui succéda.
Ce même auteur, aussi bien que Théophane, avait dit auparavant que Jean le Cappadocien, de syncelle, devint lui-même patriarche de Constantinople après la mort de Timothée , et
eut aussi pour successeur Epiphane, son syncelle. II n'en tant pas davantage pour faire voir rélévalion et le pouvoir des syncelles. Aussi, les patriarches furent forcés, avec le temps, de les multiplier jusqu'à un si grand nombre , qu'ils en eurent eux-mêmes de la honte , et le patriarche Serge les réduisit à deux, par une constitution insérée dans le droit oriental (L. ii).
L'ambition des ecclésiastiques et la facilité excessive des patriarches ne put se contenir dans ces bornes ; le nombre des syncelles se multiplia encore sans mesure, mais on donna au premier et au plus éminent la qualité de protosyncelle.
II ne faut pas oublier que le saint et invincible patriarche Taraise, de Constantinople, eut le déplaisir de voir tous ses syncelles corrompus j)ar l'empereur , devenir ses espions et ses ennemis domestiques , comme nous l'apprend l'auteur de sa vie.
X. On a bien pu remarquer, dans ce qui a été dit des syncelles, que c'étaient les conseillers, Consiliarii, du pape, des patriarches et des évêques. C'est donc ici le lieu de dire quelque chose de cette dignité de conseillers.
Jean Diacre donne cette qualité aux syncelles du pape saint Grégoire le Grand : « RemoUs a cubiculo suo saecularibus, clericos sibi prudentissimos consiliarios familiaresque delegit (L. II, vita ejus, c. H, 14). »
C'étaient ces saints ecclésiastiques et ces excellents religieux qui composaient le conseil secret de ce grand pape, et qui ayant les premiers foulé aux pieds toutes les grandeurs du monde, ayant renoncé aux plaisirs trompeurs des sens , et s'étant entièrement consacrés à la sagesse du ciel et à la perfection évangclique , faisaient régner ce même esprit de réforme et de sainteté dans tous leurs conseils et dans toutes leurs résolutions.
« Arcessebantur pontificalibus profundis consiliis prudentes viri, quos perhibui, potius quam poientes; et a paupere philosophia intrinsecus quid potius aut potissimum in unoquoque negotio sequendum videretur, artiflciosis argumentationibus rationabiliter inquirente, dives inertia, quse modo se de sapieatibus pari sorte ulciscitur, prae cubiculi foribus despicabilis remanebat. b
Saint Grégoire parle lui-même de ses conseillers et des autres personnes savantes de la ville de Rome, dont il prenait liss avis dans les affaires importantes et embarrassées, a Neces-
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sarium visum est nobis, tam cum consiliarîis nostris, quam cum aliis hujus civitatis doclis viris, quid esset agendum, de lege tractare. Qui tractantes responderunt, etc. (L. vu, ind. 2, ep. vu). »La réponse de ces hommes savants de Rome et de ces conseillers domestiques du palais pontifical, fut Toracle qui émana de la bouche de ce saint et savant pape. Les grands officiers de l'empire avaient aussi leurs conseillers (L. ly ep. 36).
XL Pour montrer que c'était véritablement un office et une dignité, et non pas un nom, ou une qualité superficielle, il ne faut que rapporter le commencement de la lettre que le Saint-Siège écrivit en Angleterre sur la Pâque, lorsque le pape Jean lY n'était encore qu'élu pape et non encore consacré. Car voici les noms et les titres de ceux qui écrivirent la lettre : a Hilarius archipresbyter et servans locum sanctae Sedis Âpostolica, Joannes Dia« conus et in nomine Dei electus^ item Joannes primicerius et servans locum sanctae Sedis Âpostolicse, et Joannes servus Dei consiUarius ejusdem Âpostolicae Sedis (Beda, 1. n, c. xix). »
La qualité que prend ce dernier, de serviteur de Dieu, nous fait croire qu'il était religieux. Aussi Jean Diacre nous a assuré que les conseillers de saint Grégoire étaient en partie clercs, et en partie religieux. Or cette souscription montre évidemment que comme les qualités d'archiprêtre^ de diacre^ de primicier étaient des dignités effectives et permanentes, il faut faire le même jugement de celle de conseiller.
XII. Le même Bède, qui a inséré cette lettre dans son histoire, parle ailleurs de l'archidiacre de Rome, Boniface, qui était aussi conseiller An Siège Apostolique, et fort habile dans toutes les sciences ecclésiastiques; aussi le célèbre WiUrid le mit au nombre de ses disciples, dès qu'il fut arrivé à Rome.
« Venions vero Wilfridus, Romam, pervenit ad amicitiam viri sanctissimi et doctissimi Bonibcii scilicet archidiaconi, qui etiam consiliarius erat apostolici papœ, cujus magisterio quatuor Evaugeliorum libros ex ordine didicit, computum Paschœ rationabilem, et alia multa quœ in patria nequiverat, ecclesiasticis disciplinis accommoda, eodem magistro tradente percepit (L. v, c. xx). »
Voilà quelle était l'abondance de toutes les sciences ecclésiastiques dans ces sources admirables , où le pape même avait recours. Il est
raconté dans les actes du concile II de Nicée, que le pape Benoit II tâcha de faire rentrer dans la créance catholique l'hérésiarque Macaire, pour le faire ensuite remonter sur le trône d'Antioche (Baronius, ann. 685, n. 8). Et il lui envoya pour cela son conseiller^ c'est-àdire le plus savant de sa cour. Car entre toutes les dignités ecclésiastiques, celle <)a conseiller est sans doute celle qui demande plus de science et plus de sagesse.
XIII. Anastase, bibliothécaire,'rapporle, dans la vie du pape Serge I", que ce pape ayant résisté avec une fermeté inflexible aux pressantes instances que lui faisait l'empereur Justinien II, de recevoir les canons du concile in Trullo, cet empereur, irrité de ce refus, fit enlever de Rome et conduire à Constantinopie Jean, évêque de Porto, et Boniface, conseiller du Siège Apostolique : a Bonifacium consiliarium Apostolica) Sedis, » comme les auteurs do cette vigoureuse résistance du pape.
Je ne sais si cet abbé Jean, dont il est parlé dans la lettre de saint Maxime, martyr, au prêtre Marin, et qui y est appelé Symponus , n'aurait point aussi été conseiller du pape Honorius, puisque ce fut lui qui dicta la lettre de ce pape, qu'on flétrit dans le sixième concile général, et qui en donna une interprétation favorable, protestant que ce pape n'avait jamais eu dessein de s'opposer au dogme des deux volontés de J.-C.
XIV. Si le concile de Nicée a regardé, dans son sixième canon, l'Eglise romaine comme le modèle de toutes les autres, il est aussi à croire que les autres évêques avaient leurs conseillers^ aussi bien que le Siège Apostolique. Je me contenterai d'ajouter un témoignage admirable de Léontius, évêque de Chypre, dans là vie de saint Jean l'Aumônier, patriarche d'AIexaildrie, que le même Anastase Bibliothécaire tra^ duisit en latin , et qu'il dédia au pape Nicolas (AnasU Bibliot. Collect., p. 33, cap. xxxt).
Voici ce qu'il dit des dignes conseillers de ce saint patriarche. « Ad voluntatem ejus, quœ tota in Deo erat , misit ei Deus viros sapientes , et semper memorandos Joannem et Sophronium. ConsiUarii enim erant veraciter boni , quibus et tanquam Patribus indiscrète obediebat et gratias agebat, tanquam constantibus maxime , et viriliter agentibus militibus^ pro pietate religionis. Etenim sancti Spiritus virtutu freti, etc. »
Voilà une excellente peinture des conseillers d'un évêque.
DU SECOND ORDRE DES aERCS. ~ CHAPITRE CENTUiNlEME.