‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 19 sur 297 · X. Suite de la même explication · texte numérisé non relu

X. Suite de la même explication

L Dans l'Eglise grecque ^ durant ces cinq premiers siècles autant que les ecclésiastiques s'étudiaient à s'éloigner des vices qui régnent dans les personnes séculières, autant ils se conformaient à eux dans les habits et dans la vie civile , sans y affecter d'autre différence que celle que la modestie y pouvait mettre.

Eusèbe fait dire à Origène (L. vi, c. 19), qu'Héraclas, prêtre d'Alexandrie s'étant fortement adonné à Tétude de la philosophie profane en avait aussi prisThabit, (çtxôao^ov àvaoapwv ox^pia), et qu'il le portait encore. Il dit ailleurs, que l'empereur Constantin coifriait à sa table les saints évéques; parce que les regardant des yeux de la foi, il ne considérait pas leurs habits qui étaient vils et abjects ; mUis il les Toyait eux-mêmes tous revêtus et tous péné^ très de la divinité : a Mensaa ipsius adhibebantur homines vestitu quidem et externo habitu despicabiles : sed quos ille minime despicabiies judicabat; quippe qui non externam hominum speciem y sed Deum ipsum intro* spiceret (De vita Constant., L i, c. 42]. »

Le manteau des philosophes était commun à tous les laïques .qui voulaient en user ; et le même Eusèbe parle ailleurs du martyr Edesius, qui Tarait toujours porté ( L. de Hartyribus Palest., c. 5). Ce vil habit des évêques que Constantin Toulait honorer de sa table, ne nous fait Toir que leur amour pour la pauvreté, dont ces philosophes faisaient une espèce de profession par ce manteau.

II. Socrate nous embarrasse un peu plus quand il dit, que l'évêque des JNovatiens, Sisiuius, passait pour un homme mol et délicat, parce qu'il était vêtu de blanc ; mais qu'il se justifia fort adroitement, parce que, comme on lui demandait pourquoi il usait d'un habit peu séant à un évéque, et où il était écrit qu'un évêque doit s^habiller de blanc : il répondit , qu'il n'était écrit nulle part que les ecclésiastiques doivent porter des habits noirs ; mais que l'Ecriture nous apprend que J.-C, Moïse et Elie^ parurent revêtus d'une admirable blancheur, et que Salomon conseille d'être toujours vêtu de blanc. « Sint tibi vestimenta alba (L. vi, c. 20). d

ai cette histoire est véritable, il en faut conclure que le clergé commençait à s'attacher à la couleur noire : mais cela ne regarde que la couleur^ la forme de l'habit était d'ailleurs commune ; et il parait même, par le rapport de Socrate, que la couleur noire n'était pas encore universellement reçue. Théodore, lecteur, dit qu'Acacius, évêque de Constantinople^ pour faire éclater le deuil de l'Eglise dans la persécution atroce qu'elle souffrait du tyran Basilic^ se couvrit de noir, et en couvrit aussi son siège épiscopal et l'autel, a Seipsum, et sedemj et altare nigris amicivit. d

III. Le moine Cyrille nous fournit une autre preuve très-évidente dans la vie de cet incomparable père de tant de< solitaires^ Euthymius (Surius, die xx Januar).

Ce grand saint, abordant Ana^tase, garde des vases sacrés, ou sacristain de la grande Eglise, le salua et l'entretint comme si c'eût été le patriarche même de Jérusalem, et comme on l'avertit que ce n'était pas le patriarche, parce qu'il était vêtu d'un habit de soie, et de couleur fort éclatante, dont le patriarche n'avait pas la coutume d'user : « Vestes ejus splendidse et sericse erant , quas quidem non est fas Jerosolymorum patriarcbam induere : » Le saint répondit qu'il avait vu Anastase vêtu de blanc

38 DU SECOND ORDRE DES aERCS. — CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈBIE.

de la même manière que le patriarche avait coutume de s'habiller. Ce qui était un présage qu'Anastase devait cire porté à cette dignité, a Hune vidi candida veste indutum, quali decet indui patriarcham. i»

Cela nous montre que le noir n'était nullement ordonné aux ecclésiastiques, puisque les patriarches et les bénéficiers éminents en dignité usaient de la couleur blanche et d'autres couleurs éclatantes.

IV. Palladius, dans le dialogue de la vie de saint Chrysostome, dit que ce saint prélat, un peu avant de mourir, s^habilla de blanc afin de faire répondre son habit à Tinnocence de sa vie. « Vitœ susedigna candida vestimenta quaBsivit, exutusque prioribus, easibi induit. » On voit par là que les couleurs étaient indifférentes.

V. Saint Grégoire de Nazianze se décrivant lui-même dans le poème de sa vie, dit que les prélats qui ne lui ressemblaient pas, ne purent le souffi ir dans le siège épiscopal de Constantinople, à cause de la pureté et de la frugalité de sa vie, parce qu'il était toujours fort pauvrement vêtu.

Faisant ailleurs Féloge de saint Bazile et parlant de son amour incroyable pour la pauvreté. il assure que ce grand archevêque n'avait qu'une tunique et un manteau : rb iv x^^'*^'*f ^ T^t^viov (Orat. xx) : et il proteste plus bas, qu'en toutes ces sortes de choses, ce grand homme n'affectait aucune singularité. Il remarque dans une autre oraison la rudesse de ses habits, Tvi( ioe^Toc {mG to T^ivov (Orat. 25] : Et encore ailleurs, rb hH^ toûto to T^ivov (Orat. xxvii).

En tout cela il ne parait pas que les plus saints évêques aient recherché autre chose dans leurs habillements que la modestie , la simplicité, et quelquefois même la pauvreté.

YI. Saint Athanase écrivit une lettre admirable au moine Dracontius, qui ne pouvait se résoudre à accepter Tépiscopat auquel ses vertus l'avaient fait élire, dans la crainte qu'il avait que cette élévation ne fût incompatible avec la sainteté de la vie religieuse , pouf laquelle il avait un très-ardent amour. Saint Athanase lui remontra qu'il pourrait pratiquer toutes les vertus de la religion, et en ajouter encore d'autres plus excellentes dans la charge et dans les fonctions d'un évêché, que plusieurs très-saints solitaires avant lui lui en avaient donné l'exemple, ayant passé de la solitude à répiscopat, et ayant soutenu les vertus de Tun

de ces états par celles de l'autre. Hais saint Athanase ne parla point du changement d'habit.

VU. Saint Denys a fait une description fort exacte de la consécration d'un moine. Il n'y a pas oublié la cérémonie mystérieuse de lui faire quitter l'habit, aussi bien que la vie et l'esprit du siècle, et de le revêtir de l'habit de la religion, pour lui apprendre à mener une vie nouvelle ; la tonsure précédait, accompagnée de l'invocation de la sainte Trinité : a Sacerdos eum signe crucis consignando tondet, très personas divin» beatitudinis invocando> omnique veste detracta, alla eum induit. (Ecoles. Hieron., c. vi). »

Avant que de venir à l'explication des cérémonies saintes qui regardent les moines, ce savant théologien (Cap. v, ibid.) s'était étendu fort au long sur les ordinations des clercs; mais il n^y avait pas dit un seul mot de leur tonsure, ni de leur habit particulier. Il est vrai qu'il n'y parle que des diacres, des prêtres et des évêques ; mais la raison en est manifeste , . il ne reconnaissait que ces trois ordres pour être d'un établissement divin, et pour être les parties essentielles de la hiérarchie ecclésiastique.

YIII. Théodoret dit que saint Jacques, évêque de Nisibe, se soumit, quoique par force, au poids de la dignité épiscopaïe dont on le chargea ; mais que ce changement d'état n'en apporta aucun ni à la manière de vivre, ni aux habits dont il avait auparavant usé parmi les moines dans la solitude : a Hontanam illam in habitationem eum mutasset, urbanamque non ex animi sententia suscepisset, nec cibum mutavit, nec vestitum ; sed mutatis locis vite institutio ntdlam cepit mutationem (Hist. Relig., c. I). »

Si les ecclésiastiques, ou les évêques eussent en quelque sorte de vêtement qui teur eût été propre et particulier, on eût peutrêtre fait plus de difficulté de souffrir que ces saints religieux préférassent l'habit des solitaires à celui des évêques, ou des clercs. Hais comme ils n'en avaient aucun qui ne leur fut commun avec les honnêtes gens du monde qui se vêtaient à la romaine, ou du moins à la manière des Orientaux qui ont toujours été vêtus de long , on avait moins de peine à souiTrir que les solitaires qui étaient faits évêques, conservassent les habits, aussi bien que les austérités de la vie religieuse. Théodoret assure dans la même histoire que le saint solitaire Aphtonius , après

DE L'HABIT CIVIL DES EœLÉSIASTIQUES.

aToir passé quarante ans dans les monastères , (ut appelé à Tépiscopat, et ne youlut rien changer^ ni de ses habits, ni de sa nourriture, a Cum annosamplius quadraginta cboro prœfuisset^ sedem ascendit pontiflcalem, nec pallium mutans aSCetiCUm^ rh i(nenr\x,h atoupav, UeC tUDÎCam

caprarum e pilis contextam; cibisque iisdem utens^ quibus ante episcopatum Toscebatur (Ibidem, c. y) . »

Ces saints religieux, après ayoir Tieilli dans la solitude^ eussent rougi de changer ou d'habit, ou de vie. Ainsi dans TOrient, aussi bien que dans TOccident, une bonne partie des éyêques se trouva insensiblement engagée dans rétat monastique, et Tépiscopat tout entier en emprunta beaucoup de choses dans la suite du temps. Ceux qui n'acceptaient Fépiscopat que dans la résolution de revenir dans la solitude , comme Abrahames, n'avaient garde de rien changer à leur habit, ou à leur manger.

Enfln Théodoret ne nous a appris ces illustres exemples de vertu, qu'après les avoir imités (Ibidem, c. xvu). Car, étant obligé de repousser les calomnies dont il était attaqué, il s'est rendu lui-même ce témoignage , qu'il avait été retiré avec violence du monastère où il avait passé sa jeunesse, et que dans Tépiscopat il n'avait rien possédé de propre que les haillons dont il était vêtu : a PrsBter panniculos quibus amictus suro, nihil volui possidere (Epist. lxxxiv].»

IX. Le concile de Gangres prononce anatbème contre les moinet qui ne se contentent pas de s'habiller d'une manière singulière en portant le manteau^ inpip()Xaicv,Pa//mm, comme si la sainteté était attachée aux vêtements : mais par une sotte vanité méprisent les autres qui usent des habits qu'on appelle pîîpouç, byrrhos.

Ce canon nous apprend que les moines seuls pouvaient affecter un habit particulier, pourvu qu'ils ne condamnassent pas les autres : mais que tous les autres fidèles, sans en excepter les ecclésiastiques, portaient les habits qui étaient dans l'usage commun de la vie. t$ ôtxx^ xoivf, wX

Si cet habit commun que le canon appelle p^^c (Can. xii), est le Byrrhm des latins^ comme la convenance des mots, et la conspiration des anciens interprètes, semble nous le persuader; nous en concluerons avec justice que les habits de saint Cyprien , lorsqu'il fut décollé au rapport de Pontius, étaient les mêmes que ceux du commun du peuple, a Ibi lacerno se byrrbo expoliavit, et genua in terram flexit^

et cum se dalmatica expoliasset, in linea remansit. x>

Les plus savants ont reconnu que lacema et byrrhus étaient la même chose ; ainsi Pontius a joint ces deux mots : c'était l'habit de dessus pour le commun, au lieu de la robe que les honnêtes gens portaient alors plus ordinairement; ainsi ce fut le premier habillement dont saint Cyprien se dépouilla. Il quitta ensuite sa dalmatique que tout le monde sait avoir été un habit profane, et assez ordinaire entre les Romains. Après cela, saint Cyprien demeura avec sa tunique de lin^ seule, m linea^ et reçut la mort en cet état.

Saint Augustin dit que les évêques portaient de ces sortes d'habits, qu'il appelle ByrrhuSy de grand prix; mais qu'il n'eût pas été séant pour lui d'en porter de même prix, parce quil était pauvre, et qu'il était né de parents pauvres, a Byrrhum pretiosum forte decet episcopum, quamvis non deceat Augustinum : id est, hominem pauperem, de pauperibus natum (De divers. Sermon, l). x> Il portait donc de ceux qui étaient communs à tous les clercs, comme il marque au même endroit.

Sévère Sulpice nous apprend aiissi que cet habit était coinniun à tous les ecclésiastiques, lorsqu'il se plaint avec tant de justice d& ceux qui vivent et qui s'habillent plus mollement après qu'ils ont été mis au rang des clercs, < Si quis clericus fuerit effectus, dilatât continuo fimbrias suas, vestem respuit grossiorem, indumentum molle desiderat. Atque bœccharis viduis, et familiaribus tributa mandat virginibus, illa ut byrrhum rigentem, hœc ut fluentem texat lacernam (Dialog. i, c. 14). d

Cet auteur ne dit pas, que ces ecclésiastiques déréglés refusassent de porter l'habit propre des clercs; mais il les blâme de ne vouloir plus user des habits grossiers qu'ils portaient auparavant, comme si l'état ecclésiastique leur avait inspiré la délicatesse.

X. Si ces Pères nous apprennent donc que le Byrrhus était un habillement commun à tous les ecclésiastiques, et si le canon du concile de Gangres nous montre clairement que c'était l'habit commun des laïques; il est aisé d'en conclure qu'il n'y avait aucune distinction d'habits entre les laïques et les ecclésiastiques.

Je n'ajouterai plus pour Téclaircissement de ce canon, qu'un passage de Cassien, qui nous fait voir la différence qu'il y avait entre les habits des moines qu'on appelait Pallia^ ou

3f a fortes ; eiceuxâes séculiers qu'on nommait Planeticas^ ou Byrrhos. a Post hœc angusto palliolo, tam amictus humilitatem, quam vilitatem pretii, compendiumque spectanles, colla pariter^ atque bumeros tegunt : qnœ mafortes tam Dostro, quam ipsorum nuncupantur elo« quio. Et ila planeticarum atque byrrhorum

pretia simul ambitionemque déclinant (L. i, de habitu Monacbi, c. 7). »

Voilà les noms et les différences des babits des moines et des séculiers; les uns sont étroits et grossiers, les autres sont plus amples et de prix (1).

(1)  tous ces habits primitifs des clercs et des moioet, noos pouvons ajouter ceux que nous avons recueillis nous-méme soit dans les Vi\œ Patrtan publiées par RMweide, soit dans d'autres. C'est d'abord le palliolum d« saint Germain de Paris, la tunique de saint Athanase, la stieharium d'un évéque grec, le pileus qui couvrait le sommet de la tète d'an moine, ^e cametauchium d'un autre pour se voiler la face, le lebitùn de saint Pacôme, qui était, selon Bufin, 9esti» linea instar Colabiiy Yependyte» pellieeuâ de saint Hilarion, Yeraeiêitet d'un autre moine, qui était ooosu à raigulUe, Vamphihalus aîbuM que saint Rémi légua à son successeur, Ve$opfuirium de Jean l'aumdnier, vêtement de dessous, le earacalla de saint Albau. Quant au Lacemum kirrumy voici ce i^ae dit Hosweide dans son Onom(u*iccn : « Quod vero habent acta LACERNUM BIEIRUM, voz BIRRUM ad colorem perlinet; nam DOlai Featus la veibo

BIRRUM apud antiquos rufum oolorem dicstom «sse birram. Âc proinde lacemam rufi fuisae coloris. Sive dicere velimus LACERNUM BIRRUM, hoc est sericum, ^npoui enim veteres dixere serica, ut ZoDsras et Theodorus interprétantes duodecimum canonem Gangrengis concilit tradnnt. t D'après tous les glossaires, le co/oHk» étsit une espèce d« couUe longue sans mandie. Tout oeta ne fait qoa fortifier Tobservation de Tbomassin, à savoir, que dans les cinq premiers siècles le clergé séculier, obligé de se mêler à la société, n'avait aucun vêtement particulier ni pour la forme, ni pour la couleur, mais portait la toge romaine, si digne et si convenable, et que ua fut ■urtout dans les Gaules que les évéques, voulant ^eut-être imiter saint Martin, leur gcand modèle, prenaient généralement les vêt»* ments des moinea. (Dr Amdax.)

Page 1