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XII. Autres preuves de cela

XIII. Le clergé- des églises cathédrales était alors assez nombreux pour cela.

XIV. Il n'y eut point de ces congrégations ecclésiastiques on séminaires dans l'Orient^ mais quantité de monastères, d'où on tirait les évèqnes.

XV Saint Ambroise avait fondé des moines dans un faubourg de Milan.

XVI. Exemple funeste d'un lecteur da séminaire de saint Augnstin, fait èvèque.

XVii. Comparaison du séminaire de saint Augustin et des chanoines réguliers.

XVIII. Explication de ce que saint Augustin dit des clercs qni abandonnaient sa congrégation.

XIX. Comparaison de sa confrrégation de clercs avec celle 4eB religieuses, dont il fut aussi rinsUlulear.

I. Apprenons de saint AugnsMn même ce que Tauleur de sa vie bous a dé^à fuit connaître par

tant de preuves certaines; que la congrégation qu'il inslilna n'était composée que de ses ecclésiastiques, ou de laïques qu^on élevait pour rétat ecclésiastique, les uns et les autres possédant tout en commun , et vivant dans une même maison, et à une même tabte.

C'est de cette compagnie d'ecclésiastiques, inséparables de sa personne, qu'il écrit à saint Paulin : « Resalutantsanctam et sincerissimam benignitatem tuam conservi mei , qui mecum sunt (Epist. Lix). » Et dans sa lettre à Aurélius : a Omnis itaque fratnim cœtus, qui apud nos cœpit coalescere , etc. (Epist. lxiv). a Et à réxêqiie Possidius: 0 Domino dilecUssimo, etc. Possidio et qui tecum sunt fralribus, Auguslinus et qui mecum sunt fratrcs, in Domino saiulem (Epist. lxxiii). » 11 n'y a que le clergé d'un évêque qui puisse faire en cette manière un même corps avec lui.

Il dit dans une autre lettre qu'il a embrassé et qu'il a fait embrasser à d'autres cette pauvreté 'évan^clique y qui contient un degré si baut de peifection : «Ego perfectionem de qua locutus est Dominus, vade, vende omnia qus babes, etc. velu menter adamavi, et s^ic ftd : et ad hoc propositumquantispossuin viribusalios exhortor, etin nomineDomini habeoconsortes, quibus boc per meum ministehum persuasum est (Epist. LXix). »

11. 11 n'y a rien de si clair, ni de si convaincant, que le discours que ce saint évêque fit un

SAINT AUGUSTIN VÉCUT EN COMMUNAUTÉ DE LAÏQUES

jour à son peuple^ pour rinformer de rétablissement et de la discipline du monastère de ses clercs , ou de son séminaire. Bède et le concile d* Aix-la-Chapelle , sous Fempereur Louis le I>ébonnaire , ne permettent pas de douter que ce sermon qu'ils ont cité y soit de saint Augustin.

et Yoblscum hic vivimus et propter tos vî- \imus^ 9 dit d'abord saint Augustin (De diversis. serm. <49), ce qui est le caractère propre des ecclésiastiques , de vivre parmi les fidèles , et de s'appliquer entièrement à les servir : au lieu que les moines font profession de fuir le monde, et ne s'occuper que de Dieu, et de leur propre salut.

Il continue de représenter la vie commune qu'il mène avec les siens dans la maison épiscopale, et la loi indispensable qu'il y fait observer de ne rien posséder en propre : a Nostis sic nos vivere in ea domo, quse dicilur domus episcopi, ut quantum possumus, imitemur eos sanctos^ de quibus loquitur liber Actuum Apostolorum : Nemo dîcebat aliquid proprium, sed erant illis omnia communia. »

Valère, en le faisant prêtre, lui avait donné le jardin de Févêché pour y bâtir un monastère : a Dédit mihi Valerius hortum illum, in quo nunc est monasterium. b

Saint Augustin, étant fait évêque, crut être obligé d'exercer Thospitalité, et reconnaissant que la retraite et le silence d'un monastère ne s'accorde pas bien avec le concours et la compagnie du monde, il établit un monastère de clercs dans la maison épiscopale. « Perveni ad episcopatum, vidi necesse habere episcopum exhibere humanitatem assiduam quibusque venientibus sive transeuntibus ; quod si non fecissem^ episcopus inhumanus dicerer. Si autem consuetudo ista in monasterio permissa esset, indecens esset. Et ideo volui habere in ista domo episcopi mecum monasterium clericorum. »

Voilà évidemment un Monastère de clercs^ Monasterium clericorum. Ce qui suffit pour justifier tout ce qui a été tiré de Possidius dans !e chapitre précédent. Saint Augustin rapporte aussitôt de quelle manière on vivait dans ce monastère de clercs^ ou dans ce séminaire qui était renfermé dans la Maison épiscopale, In domo episcopi. On n'y possédait rien en propre, a Ecce quomodo vivimus. Nulli licet in societate nostra habere aliquid proprium. »

III. On pourrait, avec quelque apparence, conclure de cet endroit de saint Augustin , qu'il n'institua son séminaire de clercs qu'après qu'il eut été évêque, afin d'y pouvoir exercer l'hospitalité, qui n'eût pas cté convenable au premier monastère qu'il avait fondé étant prêtre , dans le jardin que Valère lui avait donné. Ainsi il y aurait eu deux monastères, Tun dans le jardin, l'autre dans la maison de l'évêque : l'un bâti par saint Augustin, encore prêtre, l'autre établi dans la maison épiscopale, après qu'il eut été fait évêque. Enfin, l'un consacré a une retraite plus exacte, et l'autre plus proportionné à la vie des ecclésiasliques et à l'hospitalité même que saint Paul leur ordonne d'exercer.

Ce n'est nullement mon dessem de m'opposer à ce sentiment, pourvu que cette vérité demeure constante, que la communauté nouvelle que saint Augustin a établie, dontil a été le père et le premier instituteur, dans laquelle il a toujours vécu, au moins depuis son épiscopat, de laquelle il a tiré tous ces admirables évoques, et ces vertueux ecclésiastiques qu'il a distribués aux autres églises; que cette communauté, dis- je, a été composée d'ecclésiastiques qui n'y étaient' reçus qu'en renonçant à tout ce qu'ils avaient pu posséder dans le monde.

IV. En effet, depuis l'établissement de ce séminaire, saint Augustin ne donna plus les ordres à personne qui ne renonçât à tout ce qu'il avait en propre, en le donnant aux pauvres, ou en le rendant commun au séminaire.

«Noveritcharilas vestradixisse me fratribus meis, qui mecum manent, ut quicumque habet aliquid, vendat et eroget : aut donet et commune illud faciat. Ecclesiam habet; per quam Deus non pascit (Ibidem). » Et un peu plus bas : a Certe ego sum, qui statueram, sicut Dostis, nullum ordinare clericum, nisi qui mecum vellet manere : ut si vellet discedere a proposito, recte illi tolleremclericatum, quia desereret sauctœ societatis promissum, cœptumque consortium, d

Ce saint évêque ne reçut donc plus personne dans l'état ecclésiastique qui ne s'obligeât de renoncer à tout et de vivre en commun avec lui dans son séminaire; et il dégrada des or? dres qu'ils avaient reçus, et de la cléricature, tous ceux qui ne voulaient pas perse véier dans un si saint engagement.

La crainte d'une dégradation si honteuse en

DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE TROISIÈME

faisait tomber quelques-uns dans une hypocrisie encore (ilus périlleuse ; de sorte qu'ils possédaient secièteroent leur patrimoine, et ne laissaient pas de vivre dans la communauté ; saint Augustin ne pouvant souffrir une dissimulation si criminelle , changea de conduite, et se contenta de retrancher de sa communauté ces misérables esclaves de leur cupidité , sans les priver de la cléricature, tt sans les empêcher de Texercer dans les autres diocèses.

« Ecce in conspectu Dei et vestro, muto consilium. Qui volunt habere aliquid proprium , quibus non sufûcit Deus et Ecclesia sua, manéant ubi volunt^ et ubi possunt, non eis aufei o clericatum. Noio habere hypocritas, etc. Nolo quis habeat necessitatem sinmlandi. Scio quomodo homines ament clericatum. Nemini eum tollo, noienli mccum communiter vivere. »

V. Saint Augustin ne fit ce changement dans sa conduite qu'en sa vieillesse. Il le témoigne lui-même dans ce discours : a Date \eniam loquaci senectuti, etc. Ego sicut videtis , per statem jam senui^sed periiiûrmitalem corporis olim senexfui(lbideui]. > Ainsi jusqu'à son extrême vieillesse, non-stulenient il n'avait reçu personne dans son clergé qui ne renonçât à toute propriété , mais il avait aussi dépouillé de la cléricature tous ceux qui ne voulaient pas être fidèles à ce qu'ils avaient voué.

Quelque adoucissement que ce divin pasteur eût apporté à sa conduite, il persista avec une fermeté iuébianlable dans la résolution de ne laisser exercer la cléricature dans son église à aucun de ceux qui n'avaient pas renoncé aux biens de ce monde, ou qui Tayaut tait, avaient ensuite succombé à leur inconstance et à leur cupidité.

Cette résolution inviolable de saint Augustin parait dans la protestation publique qu'il fit dans un second discours à son peuple sur le même sujet : qu'on avait beau armer contre lui les conciles et les autorités les plus éminentes dts églises d'outre-mer, qu'il ne souffrirait jamais que les fonctions ecclésiastiques fussent exercées dans son église par ceux qui n'auraient pas été fidèles à la promesse qu'ils avaient faite de renoncer à tout.

a Modo quia placuit illis socialis haec vita , quisquiscuui hypocrisi vixerit, quisquis inventus fuerit habens proprium , non illi permitto ut indefaciattestamentum, scd delebo eum de tabula clericorum. luterpellet contra

me mille concilia , naviget contra me qis voluerit^ sit certe ubi potuerit , adj u vabit me Deus ut ubi ego episcopus sum^ iliic cierias esse non (>ossit (De di\ersis.^ serm. 50). m

VI. Il faut détromper ceux qui se sont faissèment persuadé que ces ecclésiastiques vivant en communauté ne s'étaient engagés par aucia vœu à cette vie commune et à cette dêsapprepriation. C'est une eri:eur qu'il est aîâé<k convaincre par saint Augustin nnême.

Les termes dont il seseilpour exprimcf l'avarice criminelle et l'apostasie de ceux gai retenaient secrètement quelque cbose en pro* pre ou qui se séparaient ouvertement de cette société sainte le prouvent assez. Il les traite comme des gens qui manquent à leur vœu et à leur profession, faisant en cela ce qui ne se peut f.tire sans une damnuble perfidie et sans renoncer à l'espérance du salut.

« Malum est cadere a proposito^ sed pfjus estsiniulare propositum. Ecce dico, audîte: Qui societatem communis vitae jam susceptam, quœ laudatur in Actibus Apostoiorum dtserit, ac \oto suo cadil, et a proressione sancta cadit, etc. Ego scio quantum mali sit, profiteri s^ctum aliquid, uec implere : Vovele, inquil, et reddite Domino Deo vestro, Etmeliusestnon vovere, quam vovere et non reddere. » Et un peu plus bas : o Professus est sanctitatem, professus est communiter viveudi societatem ; si ab hoc proposito ceciderit^ et extra m mens clericus fucerit, dimidius etipse cecidit (Serm. 49, ibid.]. »

Toutes ces expressions ne laissent aucun doute que ce ne fussent de véritables vœux.

VU. Quoique saint Augustin parle des clercs en général dans tous ces discours^ et qu'il semble les comprendre tous dans son monastère de clercs, il y a néanmoins quelque sujet de croire qu'il n'y recevait que des prêtres, des diacres et des sous-diacres, et que tous les autres clercs inférieurs n'y étaient que rarement, ou point du tout admis. En voici les preuves.

Saint Augustin semble le dire nettement, en faisant le dénombrement de tous ceux de soa séminaire qui avaient renoncé à toute propriété : a Nuntio ergo vobis, unde gaudealis; quia omnes fratresetclericos meos, qui mecum habitant, presbytères, diaconos, subdiaconos, et Patricium nepotem meum , taies inveni, quales desideravi (ibid. serm. 50]. a

11 ne dit pas une seule |»arole des autres clercs, ni dans cet endroit, ni dans toute h

SAINT AUGUSTIN VÉCUT EN COMMUNAUTÉ DE LAÏQUES

suite de ce long discours, où il rend compte au peuple de tous ses prêtres, diacres et sousdiacres eu général eten particulier, pour justifier leur conduite et leur fidélité constante au vœu de pauvreté auquel ils s'étaient engagés, sans dire un seul mot des lecteurs ou des autres clercs inférieurs.

Enfln, ces clercs inférieurs étant, comme ils étaient, en liberté de se marier, il était impossible de les faire vivre en communauté , et de leur faire pratiquer cette désapropriation.

Cela nous porte à croire que les sous-diacres mêmes dans l'Afrique gardaient déjà la continence, aussi bien que les diacres et les prêtres. A moins de cela il eût fallu leur faire promettre la continence en les recevant dans cette société, et c'est de quoi saint Augustin n'eût pu se dispenser de nous informer.

VIII. Ajoutons une réflexion tirée de ces mêmes discours de saint Augustin à son peuple. Ily proteste que les habillements dont il use lui-même ne sont autres, ni plus précieux que ceux de ses prêtres^ de ses diacres et sousdiacres : et que si on lui en donne en présent qui soient de plus grand prix, il les fait vendre, afin que l'argent de la vente soit employé aux besoins communs du séminaire.

« Nemo det byrrum , vel lineam tunicam , seu aliquid, nisi in commune ; de communi accipiam mihi ipsi ; cum sciam commune me baberevelle, quidquid habeo. Nemo talia offerat, quibus quasi ego solus decentius utar. Offeratur mihi verbi gralia byrrum pretiosum, forte decet episcopum, quam\is non deceat Augustinum, id est, hominem pauperem, de pauperibus natum, etc. Qualem vestem potest haberepresbyter,qualem potest habere decenterdiaconuset subdiaconus, talem volo accipere, quia in commune accipio.Siquismeliorem dederit, vende : ut quando non potest vestis esse communis, pretium vestis sit commune (Ibid.y Serm. l). •

Ces paroles apprennent que le monastère de saint Augustin n'était composé que de clercs et de clercs supérieurs, en y comprenant les sous-diacres : qu'ils étaient tous vêtus de la même manière , sans en excepter même leur saint prélat; que leur habit ordinaire était une tunique de lin , et ce qu*il appelle Byrrus , dont nous avons parlé cL-devant ; que tel était riiabit des prêtres ; que tel avait été Thabit de , saint Augustin lorsqu'il fut fait prêtre; que c'était rhabit ordinaire des ecclésiabliques,

comme Ta dit Possidius dans le chapitre précédent, et comme nous l'avons prouvé fort au long ci-dessus, en parlant des habits des ecclésiastiques; et qu'ainsi saint Augustin n'a jamais porté rhabit des moines.

IX. De ce que nous avons dit on peut tirer un éclaircissement suffisant contre les deux extrémités où quelques-uns se sont précipités : les uns veulent que saint Augustin ait été moine, et ait institué des moines; d'autres ne peuvent souffrir qu'il y ait eu aucune profession ou aucun engagement par des vœux dans sa congrégation.

Les premiers ont été assez fortement réfutés par tout ce qui a été avancé dans ces deux chapitres, où saint Augustin a toujours affecté le nom de clercs à sa personne et à ceux de sa compagnie; au lieu que les moines qu'on honorait de quelque ordre sacré ne quittaient pas pour cela le nom de moine^ qui marquait une profession si sainte et si honorable aux yeux des vrais fidèles.

Ecrivant à Aurèle, évéque de Carthage^ et lui remontrant qu'il ne fallait pas élever les moines au-dessus du clergé, il le prie de considérer qu'ils sont tous deux du corps du clergé : a Nimis dolendum^ si ad tam ruinosam superbiam monachos surrigamus, ettam gravi contumelia clericos dignes putemus, in quorum numéro sumus^ etc. (Epist. lxxvi]. »

Enfin saint Augustin déclare lui-même , dans ses Confessions, qu'il avait conçu le dessein d'aller e)[pier ses péchés dans quelque solitude, mais que Dieu lui avait fait connaître qu'il voulait le purifier par Its emplois ecclésiastiques, et lui faire faire son salut en travaillant à celui de son prochain, a Conterrifus peccatis meis agitaveram in corde, meditatusque fueram fugam in solitudinem : sed prohibuisti me ; et confortasli me. Domine^ dicens : IdeoChristus pro omnibus mortuus est, ut qui vovunt, jam non sibi vivant , sed ei qui pro ipsis mortuus est(Confess., 1. x, c. ult.). »

En un autre endroit il dit bieiî qu'il avait commencé à observer la continence avant que d'être fait dispensateur des sacrements, a Factum est et antequam dispensator sacramenti tuifierem; » mais il ne dit nullement qu'il l'eût fait par l'engagement à la profession monastique. C'était effectivement en la compagnie de quelques séculiers qu'il avait conmiencé cette vie chaste et retirée en son pays, et il la continua avec les mêuies amis à liippone^ lors-

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DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE TROISIÈME

qu'il y fut fait prêtre, comme Possidius l'insinue : étant fait évêque, il dressa un séminaire de clercs.

X. Quant à Pétrus Aurélius (Aurel., part, ii, pag. 191), Mirée (Miraeus, in notis ad Regulam Canonic], Clément Renier, et autres, qui estiment que les clercs du séminaire de saint Augustin vivaient sans yœux et sans liens , comme les pères de l'Oratoire, dit Renier, et tant d'autres communautés modernes; la lecture simple des deux discours de saint Augustin, dont nous avons tissu tout ce chapitre, devait les avoir détrompés : puisque ce saint docteur a exprimé en termes très-formels la profession et le vœu de pauvreté qu'il exigeait de tous ceux qui entraient dans son séminaire et dans son clergé.

S'il n'y a point parlé des vœux de continence, d'obéissance et de stabilité, c'est que ce clergé domestique et associé au saint n'était composé que de prêtres, de diacres et de sousdiacres à qui leurs propres ordres étaient un engagement nécessaire au célibat et étaient en même temps, aussi bien que les ordres inférieurs, comme autant de liens indissolubles qui les soumettaient à l'empire de leur évêque et les attachaient à son église.

Nous ferons voir dans la suite que l'ordination et la cléricature attachaient et soumettaient généralement tous les ecclésiastiques à leur évêque et à son Eglise; ainsi il ne fallait point d'autre vœu d'obéissance et de stabilité.

Les ordres supérieurs dans l'Eglise latine étaient inséparables de la loi du célibat, et le sous -diaconat commençait à s'élever en ce rang au temps de saint Augustin. Il ne restait donc que la pauvreté volontaire, dont saint Augustin pût faire une règle et une sainte singularité dans son clergé, et c'est ce qu'il flt.

XI. L'exemple d'un prélat aussi saint et aussi illustre que saint Augustin anima les autres évêques à se faire à eux-mêmes, et à leur clergé, de semblables lieux de retraite. Nous avons déjà vu que Possidius vivait aussi en communauté a^ec son clergé.

Saint Augustin le dit évidemment dans les lettres qu'il lui écrit, aussi bien que dans celles qu'il écrivit à Evodius, à Bénénatus, à Sévère, à Novat, auxquels il écrit conjointement avec leur communauté et sans se séparer lui-même de la sienne : c Novato, et qui tecum sunt fratribus, Augustinus, et qui mecum sunt fratres

(August., epist. Lxxm, Gi,ccxxrF, gcxxxe.

CCXL, CCXL, GCXL). »

Saint Paulin assure la même chose d*A^ lorsqu'il lui écrit en ces termes : « Nostm ûvicem salutentur obsequiis et in clero saucétatis tus comités , et in monasterîis fidd ^ virtutis tuae aemulatores. Nam etsi irt popA ac super populum agas, tamen abdicatkK sœculi, ac repuisa camis et sanguînis, desertum tibi ipse fecisti, secretus a multis, Tocats in paucis. »

Voilà les séminaires du clergé distingués Ibit évidemment des monastères. 11 fait encore obc fois la même distinction vers la fin de la mêise lettre : « Benedictos sanctitatis tuae comités d œmulatores, in Domino fratres nostros^ tara is ecclesiis, quam in monasteriis, Carthagini, Tagastœ, Hippone regio et lotis paroch îis tuis atque omnibus cognitis tibi per Africam locc^ multo affectu rogamus, etc. »

Il parait de là, et de ce que Possidius a d^fi dit, que ces monastères de clercs se multiplièrent beaucoup dans l'Afrique.

XII. C'est encore de ces communautés ecclésiastiques que parle Julianus Pomcrius (!>? vita Contempl., L u, c. vui), quand il dit que Paulin , évêque de Noie , Hilaire , évèqne d'Arles, et tant d'autres saints prélats, après avoir vendu et distribué aux pauvres tons leurs fonds et leurs patrimoines, ont pa, sans rien diminuer de cette haute perfection, posséder les biens et les revenus de l'Eglise pour assembler et entretenir de saintes congrég|^' tiens : a Congregandis fratribus alendis , expedit facultates EcclesiaB possideré , ut uno sollicitudines omnium in sua societate viventium sustinente, omnes qui sub eo sunt, fructuosa vocatione potiantur spirituaiiter et quiète. »

En effet, l'auteur de la vie de saint Hilaire dit que ce saint prélat apprit à son séminaire, par ses admirables exemples, comment il fallait renoncer au monde, vivre de son travail, jeûner, prier. « Cum primum speculatoris suscepi.t officium in seipso primum monstravit, quemadmodum congregaliomundumcontemnerel, manuùm operibusconlinuis vesceretur, sanctis paginis inhsereret, jejuniis, vigiliis, etc. (Surius, die 5 Maii]. i>

XIII. Ou pourrait douter si le clergé était assez nombreux pour former une congrégation dans chaque église cathédrale. Cette difficulté a beaucoup plus de poids pour les trois pre-

SAINT AUGUSTIN VECUT EN COMMUNAUTÉ DE LAIQUES

miers siècles. Au temps de saint Augustin et dans les siècles suivants, le nombre du clergé était fort grand dans toutes les villes considérables. Saint Augustin vient de dire qu'on avait une ardente passion pour entrer et pour 8e maintenir dans Tétat ecclésiastique, a Scio quomodo bominesamentclericatum. b

Victor, évêque de Vite, dit que le roi des Vandales exila en une seule fois près de cinq mille personnes, tant évêques, prêtres et dia* treSy qu'autres membres de TEglise : a Quibus autem prosequar fluminibus lacrymarum^ quando episcopos, presbytères, diaconos, et alia Ecclesis membra, id est quatuor raillia quadringentos sexaginta unum ad exilium eremi destiaavil? (L. u de persecutione Airicana.) »

On pourrait douter si tous ceux que Victor appelle membres de l'Eglise étaient ecclésiastiques ou simples fidèles (Ibid., 1. v). Mais il n'y a pas lieu d'hésiter en ce qu'il dit ailleurs que le clergé seul de Cartbage montait à cinq cents personnes ou plus, a Universus clerus Ecclesi» Carthaginis cœde inediaque maceratur, fere quingenti, vel amplius. »

On lut dans le concile de Calcédoine un acte authentique où Ibas, évêque d'Edesse, dit que son clergé était d'environ deux cents ecclésiastiques ou davantage. "Em* 6 xXîi^ •h^^'* ^uuccaiov ^- (jbatT»y,(ibwp& irpôç,ifi xat icXitovttv(Act. Xy COnC. Calc). Eo

effet, dans les souscriptions du clergé de cette ville, on voit les noms d'un fort grand nombre de prêtres, de diacres et de sous-diacres.

XIV. Cet exemple du chapitre ou du clergé d'Ibas n'a pas été rapporté pour faire croire que tous ees ecclésiastiques vécussent en communauté. Je ne crois pas qu'en tout TOrient on ait jamais vu ces congrégations purement ecclésiastiques. Les prêtres et les ecclésiastiques inférieurs y étant ordinairement maries, et le nombre de ceux qui consacraient leur corps à la continence étant très- petit, parce que les canons qui la prescrivaient aux clercs majeurs y étaient très-mal gardés, il n'y avait ni apparence ni espérance d'y établir jamais ces saintes sociétés d'ecclésiastiques. Ce défaut était en quelque façon compensé par un prodi^ gieux nombre de monastères.

Saint Basile fut comme l'Augustin de l'Orient, mais il ne put assembler que des congrégations monastiques (Basilius, in Regulis fus. disput., c. xv; et in Hcgul. brev., c. ccxcii). U est vrai qu'il donnait à ses religieux la con-

duite de plusieurs séminaires de jeunes garçons et de jeunes filles qu'on élevait séparément, dans des maisons séparées, dans tous les exercices de la piété chrétienne, et on les y admettait dès leur enfance afin de les disposer^ par une éducation si sainte, à embrasser dans un âge plus mûr la vie religieuse.

C'étaient donc comme des séminaires qui servaient à peupler les monastères, comme les monastères étaient les écoles ardinaircs^ en Orient, dont on tirait les évêques.

Socrate dit qu'Alexandre, évêque d'Alexandrie, vit un jour saint Atbanase encore enfant, avec d'aulres enfants, contrefaire les divers ordres et les cérémonies de l'Eglise; qu'il commanda ensuite qu'on les élevât et qu'on les instruisit dans l'Eglise : et Athanase étant de* venu grand, il le fit diacre (Socrate, 1. i, c. 41). U y avait donc dès lors des séminaires déjeunes enfants dans les églises.

XV. Saint Ambroise avait fondé un monastère dans les faubourgs de Milan, témoin saint Augustin même. «Erat monastcrium Mediolani^ plénum bonis fratribus, extra urbis maenia sub Ambrosio nutrilore (Conf., 1. viii, c. 6). » Mais la seule situation de ce monastère hors la ville montre bien que ce n'était que pour des moines qu'il avait été établi ; au lieu que saint Augustin institua le monastère de ses clercs, fionseulement dans la ville ^ mais aussi dans sa maison.

Saint Martin bâtit aussi un monastère à deux milles de la ville de Tours, dont il était évêque; mais ce ne fut non plus que pour des religieux qui habitaient la plupart dans des cavernes creusées dans la montagne, c Duobus fere extra civitatem millibus monasterium sibi statuit, etc. Discipuli erant octoginta, etc. plerique saxo superjecti montis cavato, receptacuia sibi fecerant (Severus Sulpicius, 1. de vita Martini, c. vu). »

Ainsi, ni saint Ambroise, ni saint Martin ne firent cette admirable alliance de la vie ecclésiastique avec les vertus de la profession monastique. Cet avantage était réservé à saint Augustin, non pas de fonder des monastères, mais de faire vivre son clergé dans les exercices des mêmes vertus et des mêmes austérités qu'on pratiquait dans les monastères.

Il est vrai que toutes les églises s'eflforcèrent à l'envi dkivoir des évêques qui eussent été formés de la main de saint Martin, et qui eusst^nt passé par toutes les épreuves de son monastère :

DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE TROISIÈME

c Plurea ex his postea episcopos Yîdimus. Qus enim esset civitas, aul ecclesia, quœ non se de Martini momsterio cuperet habere sacerdotes? (Ibidem.) » Mais on ne peut nier que le séminaire de saint Augustin ne fût encore plus propre à cultiver de saints ecclésiastiques^ et à former d'excellents évoques, qu'un monastère où Ton ne fait nullement profession des fonctions sacerdotales, et où l'on fait plutôt profession de les éviter que de les apprendre.

XVI. Saint Augustin dit lui-même que c'était de son séminaire que les évoques étaient tirés pour aller prendre le gouvernement des églises.

Ayant ramené à l'unité de l'Eglise un grand nombre de donatistes dans la ville de Fussale, qui était de son diocèse, il voulut y faire ériger un évècbé nouveau et y consacrer un évéque. Il y fit venir pour cela le primat de Numidie. Le prêtre qu'il croyait avoir disposé à accepter cette importante charge refusa absolument de s'y soumettre, a Omnimodo resistendo frustravit (Epist. CGLXi]. » Saint Augustin ne put se résoudre à renvoyer le primat, qui était un vénérable vieillard, sans rien faire^ et n'ayant avec lui qu'un lecteur de son monastère^ nommé Antoine^ a In monasterio a nobis parvula quidem state nutritum, sed praeter lectionis officium nuUis clericatus gradibus et laboribus notum, » il le présenta et le fit ordonner évêque.

Saint Augustin blftme lui-même sa précipitation dans ce dernier choix. Aussi les suites en furent funestes et lui causèrent bien du déplaisir. Mais cela est hors de notre sujet. Il suffit de remarquer que c'est de son séminaire que saint Augustin tirait les évéques; et si ce lecteur n'était pas digne d'une si éminente dignité , le prêtre témoigna assez combien il en était digne par sa fermeté à la refuser.

XYII. Ajoutons ici un mot sur la conformité de ce séminaire de saint Augustin avec les chanoines réguliers qui portent le nom, mais qui font encore plus de gloire d'imiter les vertus de ce saint Père.

La ressemblance en est fort grande : de part et d'autre ce ne sont que des clercs et des ecclésiastiques liés par les trois vœux et vivant en commun ; au reste, appliqués à toutes les fonctions propres au clergé. Mais on ne peut nier qu'il n'y ait aussi quelque ditTérçnce entre ces deux sociétés. Les ecclésiastiques de saint Augustin n'avaient rien en leur habits qui le

distinguât des autres ecclésiastiques, s e n'est la singularité de leur modestie. On » servait à leur table que des légumes ; et si es 3 voyait quelquefois de la viande, ce n'était qoe pour les hôtes ou pour les infirmes.

On y servait du vin ; et en cela ils HsàeA différents des moines à qui l'usage du vin d de la viande était entièrement inconnu (Possidius, c. xxii). Il faut encore ajouter à oek que le clergé de saint Augustin n'était autre que le clergé propre de l'église cathédrale vivant en communauté avec Tévêque. Us ne vouaient la continence qu'en recevant os ordre sacré : ils ne promettaient robéis<aiice qu'à leur évêque, qui était leur supérieiff unique et immédiat, et ils la promettaient aussi dans leur ordination. Ainsi, quant à la continence et à l'obéissance, ils n'avaient rien qui ne leur fût commun avec tous les autres ecclésiastiques. Le seul point qui leur était propre était la désappropriation et le vœu qu'ils en faisaient en consentant à cette condition, sans laquelle saint Augustin ne les eut pas ordonnés. Voilà à mon avis les différences.

XVIII. J'ai dit qu'ils vouaient la pauvreté évangélique en recevant l'ordre sacré qui ne leur était donné qu'avec cette condition. Ce n'était qu'un vœu implicite et une profession tacite, semblable à celle par laquelle aiyour* d'hui les sous-diacres s'obligent au célibat par leur ordination. C'est peut-être ce qui a trompé ceux qui ont cru que l'on ne faisait point de vœux dans ce monastère ecclésiastique de saint Augustin.

Ce saint évêque dit que les clercs qui ont tait profession de cette perfection particulière : « Professus est sanctitatem, professus est communi ter vivendi societatem> » ne peuvent s'en retirer qu'en tombant à demi, car ils ne tombent pas tout à fait^ puisqu'ils persévèrent dans les autres obligations de l'état ecclésiastique : « Si ab hoc proposito ceciderit, et extra manens^ clericus fuerit, dimidius et ipse cecidit (De diversis serm. 49, 50). »

De même qu'une vierge qui s'est consacrée à Dieu peut ne pas s'enfermer dans un monas* tère ; mais si elle s'y est une fois retirée , elle n'en peut sortir sans tomber à demi , quelque soin qu'elle prenne de sa pureté : a Virgo sacra etsi nunquam fuit in monasterio^ et virgo sacra est^ illi nubere non licet : quamvis esse in monasterio non compeliitur. Si autem cœpit esse

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