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DES CONGREGATIONS. — CHAPITRE QUINZIÈME
nus beafo Gallo id injunxit offldi, ut populum ab errore idololatriae ad cultum Dei exhortatione salutari revocaret ; quia ipse banc a Domino gratiam meruit, ut non solum latinœ^ sed etiam barbarie» locutionis cognitionem non parvam baberet (Vita ejus, c. yi Sur., die
16 Octobr.). »
Soit que cette connaissance d'une langue barbare lui Ytnt du ciel ou qu'il Teût acquise par rétude, c'était une marque d'un missionnaire apostolique. On sait qu'une partie des monastères de France qui se formèrent dans la suite embrassèrent la règle de saint Colomban et le prirent pour le diYin modèle de leur vie et de leur conduite. Il faut conclure de là qu'ils ne négligèrent pas le salut des peuples, en travaillant à leur propre sanctification. Or, on ne peut douter que la prédication ne soit la plus apostolique et la plus éminente de toutes les fonctions ecclésiastiques, et qu'on ne peut la communiquer aux religieux s^ms les admettre dans toutes les dignités de la cléricature.
Il ne faut pas s'étonner après cela si un ancien auteur a écrit que le monastère de Luxeuil était une pépinière d'évêques aussi bien que d'abbés : et Quis locus, yel civitas non gaudeat, ex beati viri disciplina rectorem habere pontiflcem. Tel abbatem ? (Le Cointe^ ad an. 612, n. 22). »
lY. Les abbés de Lobbe, célèbre abbaye près de Tuin, dans le pays de Liège, ont été longtemps évêques, sans autre fonction épiscopale que celle de prêcher aux peuples barbares et idolâtres, depuis que saint Ursmar y porta ces deux qualités d'évêque et d'abbé , au temps de Pépin l'ancien.
Voici les paroles de l'auteur de la vie de ce saint apôtre des Flamands : a Dicendum panels, cur dictus sit episcopus, cum Lobia non sitsedes episcopalis. Quia enim intentus erat semper lucrandis animabus, et quia multi barbaries gentis, ut supradicti Fiandrenses, adhuc detinebàntur vanis idololatriœ superstitionibus , prsedicandi tantum gratia , sicut competebat rudimentis novellae fidei, est ordinatus episcopus. Quod factum quoque de sancto Àmando legimus. A quo etiam locus Lobiensis tantum dignitatem est adeptus, partira ob hoc, partim quia locus regius regia munificentia est constructus, ut nulli committeretur, nisi primum esset ordinatus episcopus. Quœ dignitas perduravit etiam in multos
successores , qui leguntur fuisse e|»soop <& abbates ( Du Cbesne, Histor. Franc. , toiiL i« p. 688). »
Les exemples semblables qui ont été chàB- Yant, et qui seront encore allégués dans k pngrès de cet ouYrage ne nous permettoat pesque pas de douter de ce r^it. Mais œ qâ suit chez le même auteur ne mérite peoVte pas la même créance : que c'est de là qs l'abbé de Lobbe a consenré le droit d*nset de ornements propres aux éYêques^ et d'en eiocer la juridiction ; si ce n'est que cet anles eût Youlu dire que les papes qui ont aooori ces privilèges aux abbés de Lobbe, ont a quelque égard à la dignité des ancietis aUis qui y aYaient été durant quelque temps o^ donnés éYêques.
V. Dans l'Espagne, le concile d'Huesca (Ai. 598), ordonna que tous les éYêques tinseitf tous les ans leur synode diocésain aYcc les abbés, les prêtres et les diacres de leur diocèse, pour les confirmer tous dans Uobservance religieuse des lois ecclésiastiques. « Annrâ Yicibus unusquisque nostrum omnes abbates monasteriorum , Yel presbyteros et diaconat suae diœcesis congregare prsecipiat, et omnibus regulam demonstret, etc. »
Les abbés prennent ici leur rang avant toos les prêtres, aussi bien que dans le synode d'Auxerre et dans quelques autres conciles que nous aYons cités. Le concile de Hérida (Can. n) nomme les prêtres ou les curés aYant les abbés, en leur enjoignant à tous de reccYoir aYec honneur la Yisite de FéYéque. Le concile III de Brague (Can. yii] , place les abbés entre les prêtres et les diacres, eu les exemptant toos également des châtiments corporels, a Qui gradus jam ecclesiasticos meruerunt, id est presbyteri, abbates, seu IcYitse, exceptis graYioribus et mortalibus culpis^ nullis debeant Yerberibus subjacere. »
Il est bon de remarquer ici que la qualité d'abbé est mise entre les degrés ecclésiastiques, entre la prêtrise et le diaconat. Le concile lUD de Tolède en use de même (Can. n).
Les abbés souscriYirent au XV* aYant les prêtres, et ils y souscrivirent en leur nom, au lieu que les prêtres n'y souscrivaient qu'an nom des évêques qui les avaient envoyés, la même chose parait dans le XYI*.
Le concile XII de Tolède (Can. rv) cœidamna la violence du roi Vamba , et en même temps la facilité excessive de Tévéquede
ALLIANCE DE L'ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE, etc.
Mérida à obéir à ce roi, en érigeant un évêché xiouTeau dans le monastère du saint confesseur Piménius, qui avait été en même temps abbé et éyêque du monastère de Dume. Ce nouvel évêché fut cassé, mais nous n*avons pas laissé de trouver des monastères dont les abbés étaient évêques , et nous en rencontrerons encore d'autres dans la suite de cet ouvrage.
YI. Ce que nous avons dit ci-dessus de saint Fulgence pous doit suffire pour l'Eglise d'Afrique, et pour être pleinement persuadés que rétat ecclésiastique n'y recevait pas peu d'avantage de son étroite alliance avec la profession religieuse. 11 faut donc venir à l'Eglise grecque, où nous rencontrons d'abord un très-grand nombre d'archimandrites et de religieux de la seconde Syrie, qui envoyèrent une requête au pape Hormisde pour implorer son secours contre l'hérésie qui faisait d'étranges ravages dans rOrient^ et ils nous font voir par leurs souscriptions qu'ils étaient tous ou prêtres oU diacres (Post ep. xxii Hormisd.]. Les archimandrites, qui paraissaient en très - grand nombre dans les actions 1 et 5 du concile de Constantinpple , sous Menas , sont aussi tous dans les ordres sacrés.
Avouons après cela que si l'humilité des solitaires les a souvent éloignés de la prêtrise lors même qu'ils étaient abbés et pères de plusieurs monastères, les évéques n'ont pas laissé de les honorer du sacerdoce contre leur volonté, et d'honorer en même temps le clergé de la société de personnes si saintes.
C'est ce qui parait clairement dans la vie du divin Sabas^ qui donna naissance à tant d'illustres enfants et à tant de célèbres monastères, et qui ne voulait néanmoins ni monter luimême, ni laisser monter aucun des siens aux degrés éminents de la cléricature^ jugeant que la seule pensée d'une si grande élévation était incompatible avec la modestie religieuse. « l)t qui nec ipse auderet suscipere dignitatem sacerdotii, nec alicui alii ex eis quibus prseerat, rem permittebat. Ita enim statuebat, saôerdotium esse semper monachis causam ambitionis (Vita ejus, c. xxii apud Surium, Decem. die 1) . » L'évêque de Jérusalem ne laissa pas de lui conférer la prêtrise et de lui attirer par ce moyen une vénération plus grande et une obéissance plus prompte de la part de ses religieux qui ne lui étaient pas encore assez soumis.
VIL 11 est donc à croire qu'il y a eu uno
sainte contestation entre les évêques et les plus saints religieux, ceux-ci fuyant les saints ordres avec tous les innocents artifices dont ils se pouvaient aviser, et les évêques au contraire leur déclarant une sainte guerre pour les y forcer.
La règle de saint Aurélien (Cap. xlvi) ne permet à i'abbé que l'ordination d'un prêtre, un diacre et un sous-diacre d'entre ses religieux, s'il le juge nécessaire. La règle du Maître (Cap. Lxxxiii), ordonne de recevoir dans les monastères les prêtres qui voudront s'y retirer, mais comme des étrangers, en leur faisant faire les offices et dire les collectes dans les églises pour honorer leur caractère, mais sans leur donner aucune part au maniement du temporel, de peur qu'ils ne donnassent l'exclusion aux abbés mêmes, comme à des laïques : a Ne et ipsi obtentu honoris de ratiociniis, vel dominatîone monasterii, utpote laicos abbates excludant. o
Les évêques et le clergé n'étaient pas encore bien revenus de leurs prétentions fondées sur Içur ancienne possession de tout le temporel des églises de leur diocèse. Ainsi, durant quelques siècles, ce ne fut pas sans peine et sans beaucoup de précaution que les monastères conservèrent les revenus et les offrandes que la libéralité des fidèles leur donnait. Enfin, cet article de la règle du Maître veut que l'abbé exhorte doucement ses prêCres à travailler de leurs mains, aussi bien que les autres religieux; et, s'ils ne se rendent pas à ces douces semonces, qu'il les prie de s'en retourner dans leurs églises.
VIII. Toutes ces circonstances de n'être reçus que comme des étrangers, peregrinorum loco, de n'être jamais admis au gouvernement du temporel, d'être un sujet de continuelles défiances à l'abbé même, comme n'étant que laïque, et enfin ce danger d'être renvoyé à son église; toutes ces circonstances, dis-je, semblent nous persuader que ceux qui étaient déjà prêtres, s'ils venaient à se retirer dans les monastères, n'y étaient jamais parfaitement incorporés et peut^tre même n'y faisaient point de profession.
En effet, il était difficile de bien cimenter cette union d'un prêtre avec une compagnie toute composée de laïques. Saint Grégoire nous a aussi appris ci-dessus que si un religieux était appelé aux saints ordres hors du cloître, il ne pouvait plus après cela se mêler dès affaires du
DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE QUINZIÈME
monastère. Mais il est à croire que tout cela n'aYait lieu que dans TOccident pendant que les abbés mêmes n'étaient pas clercs, et qu'aucun de leurs religieux n'entrait encore dans la cléricature. Car, dans TOrient, où nous avons Yu tous les abbés et même plusieurs simples religieux élevés aux ordres sacrés, toutes ces jalousies eussent été trop mal fondées.
Il est même très-plausible que dans TOccident même les abbés furent tous ordonnés prêtres avant la un du vu" siècle^ puisque nous les avons vus, dans les synodes diocésains et dans les conciles provinciaux, tenir rang le plus souvent avant les curés et les prêtres, au moins précéder toujours les diacres. La police même du siècle de saint Grégoire sur ce sujet nous a paru fort embarrassée. Car les monastères ne pouvaient pas se passer de prêtres^ et néanmoins ils étaient forcés d'user contre eux de toutes les précautions imaginables. Ainsi, ils trouvèrent enfin par leur propre expérience, que le meilleur parti pour eux était d'avoir des prêtres de leur corps.
C'est ce qui commença à se pratiquer, comme saint Grégoire même nous l'a montré. Mais ce saint pape sembla mettre la dernière main à cette parfaite communication du sacerdoce aux religieux, quand il les envoya en Angleterre faire les fonctions non-seulement sacerdotales, mais aussi apostoliques.^
Si la première disposition des monastères où il n'y avait point de prêtres mérite de justes louanges, la police suivante^ qui leur en a accordé, en mérite encore plus, puisque les pressantes et indispensables nécessités, tant des monastères que de TËglise^ ont enfin contraint les plus sages et les plus saints d'entre les papes et les évêques de faire ce changement, et de faire exercer le ministère apostolique à ceux qui embrassaient avec plus de ferveur les conseils et les vertus apostoliques.
Il en est de même de la demeure des anciens religieux loin des villes, dans les solitudes écartées : elle avait ses avantages, mais le changement qui s'est fait a été encore plus avantageux à TEglise, puisque saint Chrysostome et saint Augustin ont jugé^ avec tant d'autres saints évêques, qu'il était plus utile que ces flambeaux de sainteté éclairassent les villes , et embrasassent le clergé même du feu sacré dont ils brûlent.
Cessons de regretter les bonnes et saintes pratiques de Tantiquité , lorsque l'antiquité
même , qui en apercevait aussi les ineosiinients, les a changées, et ne peut les aw changées que pour d'autres encore meiUeareL C'est une prévention plus cemmune que msonnable d'estimer les usages parce qu^ils smà anciens : si les plus anciens étûent les radlleurs , ils n'auraient pas été changés par ks anciens Pères mêmes , après un juste balaacement des biens et des maux qui les aoooBh pagnaient.
IX. Ce fut après cette parfaite oomnranica' tion de la cléricature aux religieux que le coicite IV de Tolède (Can. l) déclara aux évèqas qu'ils ne devaient pas s^opposer aux saintt! résolutions de leurs ecclésiastiques^ lorsqu'ib désiraient embrasser la profession monastique pour s'y consacrer à la contemplation des Ttrites du ciel et à la perfection de la vie évangélique. « Clerici qui monachorum propofituffl appetunt, quia meliorem \itam sequi copinnl^ libères eis ab episcopo in monasteriis lârgiri oportet ingressus, nec interdici propositum eorum , qui ad contemplatîonis desideriuiD transire nituntur. i>
Ce canon suppose une vérité incontestaUe? que les ecclésitisliques étaient par leur ordination si étroitement attachés et comme asserfis à l'évêque qui les avait ordonnés et à Féglise pour laquelle il les avait ordonnés , qu'ils ne pouvaient en aucune façon rompre ce double lien sans se rendre transgresseurs de la foi qu'ils avaient promise à leur église et de l'obéissance qu'ils avaient vouée à km évêque. Ainsi ils ne pouvaient passer dans des monastères sans le consentement des évêques.
Mais ce concile oblige les évêques de ne pas refuser une permission si juste, qui ne diminue pas le nombre de leurs sujets^ mais qui en augmente le mérite, et qui les rend d'autant plus utiles à FEglise qu'elle les rend {dus vertueux et plus saints. Quelque jugem^t qu'en puissent porter les yeux de la chair , ceux qui sont les plus saints sont aussi les plus utiles à l'Eglise, quoiqu'ils semblent ne rien faire ; et l'activité destituée de vertu et de sainteté fait plus de bruit que de profit devant les yeux de la Vérité étemelle.
X. Saint Benoit ordonna dans sa règle qu'oo ne se rendit f)as facilement à la demande des prêtres qui désireraient d'être reçus dans ses monastères, a C[on quidam ei citius assentiatar (Cap. Lx] ; » mais qu'on se rendit enfin à leur
COiNTRIBUTION DES ÉVÊQDES A L'ÉTAT MONAOTIQUE.
constante perséTérance à frapper à la porte , après leur avoir déclaré qu'ils seraient obligés à Inobservation exacte de la rè^e. 11 leur donne séance après Tabbé.
Quant aux autres clercs, il ne commande pas qu'on leur fasse les mêmes difficultés , il ne leur assigne leur place que dans un rang médiocre entre les autres moines , et il leur fait promettre Tobservation de la règle et la stabilité , ce quil semblait n'avoir pas si expressément exigé des prêtres, a Clericorum autem si qnis eodem desiderio monasterio socîari vo* luerit, loco mediocri coliocetur. Et ipse tamen se promittat de observatione regulse , vel propria stabilitate. »
Les religieux recevaient plus difficilement les prêtres dans leur société que les autres clercs. Leur grande élévation et leur engagement plus étroit à l'Eglise faisait que les moines n'osaient les recevoir, encore moins les refuser, ils n'osaient leur faire faire profession de garder la règle , et encore moins les en dispenser. Mais quant aux autres clercs inférieurs , ne leur donnant qu'un rang médiocre entre les moines, ils montraient bien qu'ils ne mettaient pas une si grande différence entre eux et les religieux. Aussi avons-nous vu que les évêqnes mêmes voulaient bien que les années passées dans la vie monastique tinssent lieu des exercices des ordres mineurs pour se disposer au diaconat et à la prêtrise.
XI. Aussi saint Benoit passant ensuite à ceux que Tabbé choisit entre ses plus excellents religieux pour les honorer des ordres sacrés , il ne parle que de la prêtrise et du diaconat, comme présupposant que leurs longs exercices
du cloître suppléeront avantageusement m défaut du sous-diaconat et des autres ordres mineurs, a Si quis abbas sibi presbyterum vel diaconum ordinare petierit, de suis eligat, qui dignus sit sacerdotio fungi (Can. lxii). »
Ce saûit législateur déclare à ce nouveau prêtre que la dignité qui l'élève ne doit pas renfler ; que pour être prêtre, il en est encore plus soumis à la règle ; que Tabbé , quoique laïque, a droit de lui commander ; enfin que sa mauvaise conduite pourrait bien forcer ses frères de le traiter, non pas comme un prêtre, mais comme un rebelle, a Ordinatus caveat elatîonem, nec quidquam prsesumat, nisi quod ei ab abbate prsBcipitur ; sciens se multo magis disciplioœ regulari subditum, etc. Quod si aliter prœsumpserit , non ut sacerdos^ sed ut rebellis judiçetur. o
XII. Quelque respect que ce saint homme portât anx prêtres, il ne les fait pourtant marcher qu'après l'abbé , qui n'est pas seulement dans les ordres , et les soumet à sa juridiction claustrale. « Concedatur ei post abbatem stare et beuedicere^ aut missas canere, si tamen jusserit ei abbas. Sin alias , nullatenus aliqua prsBSumat (Cap. lx; ad an. 518). »
Le père Le Cointe a rapporté un exemple d'un laïque que les moines ne voulurent pas admettre à la communion chez eux ^ ni à la messe. Les dimanches même , les moines qui avaient été ordonnés prêtres avant leur profession célébraient le service divin; mais ils n'y admettaient que les religieux et non pas les laïques , ils les renvoyaient à leurs paroisses.