XV. Ouant aux prêtas qui
ALLIANCE DE L'ÉTAT MONASTIQUE AVEC LE CLERGÉ
gietix , le patriarche Michel les resserra tous dans leur monastère^ quoique la coutume eût été de ne les point retrancher, ni du corps, ni des fonctions des autres ecclésiastiques.
a Cum enim mos esset, ut qui ex laicis sa-
cerdotibus monachi facti fuerant, et ad sacer-
dotum ministerium prius adscripti erant ,
etiam post vitam monasticam in minislrorum
<x>rpore et catalogo permanerent^ et una cum
laicis sacerdoiibus yersarentur ; sanctissimus
dominus noster Michael longam hanc cousue-
tudinem habuit pro nihilo^ et slatuit ut ex
laicis solum sacerdotibus ministeria consta-
rent, monachi autem in suis monasteriis assi-
derent (Juris Orient., tom. i, p. 230. Balsamon
in Nomocan.^ tit. i, c. 3). b
Si ce fut un zèle pur et religieux qui porta ce patriarche à en user de la sorte, j'en laisse le jugement à d'autres. Hais il nous parait que la coutume immémoriale avait été que les bénéflciers^ les curés, et enfin toutes sortes de clercs conservassent leur rang , leur séance , leurs fonctions dans les chapitres et dans tout le clergé, après qu'ils avaient «rjouté à la dignité cléricale la sainteté de la profession religieuse. Ce mélange de clercs et de moines a duré plus longtemps dans les chapitres et dans tout le clergé de TOccident.
XVI. Dans le concile VII général , presque tous les légats du pape et des autres patriarches absents étaient des religieux. Dans Taction 4 de ce concile (Can. xiv), après les souscriptions des évêques, on trouve celles d'une multitude incroyable d'abbés et de moines, qui avaient été les défenseurs invincibles des sacrées images et les colonnes vivantes de la foi de l'Eglise. Ainsi ce n'est pas sans raison que ce concile donna ou confirma aux abbés qui étaient prêtres, et qui avaient été bénis par leur évêque , le pouvoir de conférer les ordres mineurs aux religieux de leur couvent. Dans le concile VIII général (Act. 9), plusieurs rnoines remplireni aussi la place des patriarches absents , et entre autres Joseph , archidiacre et vicaire du patriarche d'Alexandrie.
. XVII. Il ne faut pas omettre l'apostolat de tant de saints religieux qui travaillèrent à la conversion des peuples barbares du Nord, et en furent les premiers évêques.
L'histoire ecclésiastique d'Adam, chanoine de Brème (Cap. ix , xii , xi v , xxvir , xxviu , xxxvi), apprend que Louis le Débonnaire ayant
fondé Tabbaye de Corbie, en Allemagne, et l'ayant peuplée d'une colonie de religieux de Corbie, en France, en tira un saint religieux nommé Ansgarius, pour l'envoyer prêcher en Danemark et aux autres peuples du Nord. Le succès en fut si heureux qu' Ansgarius fut sacré archevêque d'Hambourg^ et continua de gouverner cette nouvelle église en qualité dé légat du Saint-Siège. Il s'associa son disciple le diacre Rimbert, et pendant que les Normands et les Danois désolaient la France et l'AUemagoe, ces deux apôtres allèrent subjuguer à l'empire de J.-C. leur état propre, le Danemark et la Suède, par de saintes et admirables représailles. Les armées les plus nombreuses n'osaient paraître devant les Normands pendant que ces deux intrépides missionnaires traversaient les mers et allaient conquérir à J.-C. leur propre pays.
a Et quia vastatio Normanorum, vel Danorum excedit omnem crudelitatem ^ eo plus mirum, quod sancti confessores Dei Ansgarius et Rimbertus per tanta pericula maris et terrse illas gentes intrepidi adibant et prœdicabant, ante quarum impetum nec armati reges aut potentes Francorum populi subsistere poterant (Ibidem, c. xxxviii, xxxix). »
Saint Rimbert joignit toujours aux travaux de l'épiscopat les austérités de la vie religieusCi et fit agréer aux empereurs qu'Adalgarius, re« ligieux de Corbie, fût son coadjuteur pendant les incommodités de sa vieillesse , et son successeur après sa mort. Après une longue et glorieuse course de travaux le pape Nicolas I** permit à Adalgarius de prendre pour son coadjuteur et pour son successeur Iloger, moine de Corbie (C. xli, xlu). Ces saints archevêques donnèrent enfin des pasteurs et des évêques au Danemark, à la Suède et à la Norvège.
Nous avons parlé ci-devant de la mission de saint Bonitace et des autres disciples de saint Romuald dans la Russie. On pourrait ajouter beaucoup d'autres exemples. En voilà assez pour faire connaître que FEglise n'a pas eu sujet de se repentir d'avoir confié les fonctions apostoliques aux plus saints d'entre les religieux , puisque c'esl à eux qu'elle est redevable de la conversion de tant de nations infidèles.
Saint Boniface et saint Lulle, archevêque de Mayence, et avant eux saint Suvibert et saint Luidger^ avaient été les apôtres de l'Allemagne et l'avaient accoutumée à recevoir et à donner
DES CONGREGATIONS. ^ CHAPITRE DIX-HUITIÈHE.
des prélats, d'autant plus propres à prêcher l'Evangile , qu'ils en pratiquaient plus exactement les conseils par les engagements de la profession monastique.
Amolfe, religieux de Saint-Emmeram de Ratisbonne , raconte dans le second livre de la vie de saint Emmeram, que Tévêché de Ratisbonne était alternativement confié à un chanoine et à un moine, qui résidait et faisait la fonction d'abbé dans le monastère de Saint- Emmeram. C'était une institution admirable pour allier Tétat ecclésiastique avec le monas-
tique^ et c'était Tapôtre de rAllemagne, tak Boniface qui en était l'auteur.
a Ex eo tempore quo primum a Boni&à Aposlolica Sedis vicario juxta décréta caoooiiB in Bojoaria ordinabantur episcopi, vîdsâm sibi succedçbant in hujus episcopaiu moDadâ atque canonici ; ita ut si antecessor es6et caBOuicus, fleret successor monachus, et Uerm buic aatecessori succederet canonicus. Bzc consuetudo usque ad nostra permaiisit tespora.»