‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 94 sur 297 · IX. Preuves de cela même · texte numérisé non relu

IX. Preuves de cela même

X. Les moines qu'on fil évêques auraient introduit cette coutume dans le clergé^ quand ils ne l'y auraient pas trouvée.

XI. L'ordination des clercs les attachait au service d'une église. Le premier service de l'église était la prière. La prière n'était point mentale seulement^ mais vocale^ et la psalmodie même. Exemples. Obligation de restituer, quand un bénéficier a manqué à l'office.

L Saint Epiphane dit qu*on célébrait dans régUse les offices du matin et du soir, distinguant avec soin la psalmodie de Toraison : mais que les religieux s'employaient tout entiers à la psalmodie, à l'oraison, à la lecture des Ecritures, et à les imprimer dans leur mémoire.

a Hatutinae laudes in Ecclesia Catbolica, matotinœque preces assidue celebrantur : Incernales item psalmi et orationes, etc. Magna ven) ex parte monachi in decantandis psalmis ac perpetuis orationibus, et sacrarum litteranim lectionibus, et iisdem memoriter pronuntiandis exercent (Exposit, fldei cathol. c. 23).

Saint Clément (l'Alexandrie (Strora. 1. vu) avait dit autrefois que s'il y en avait qui destinaient à la prière certaines heures, oomme

DES ORIGINES DE L'OFFICE DIVIN, btc.

tierce, sexte et none, le contemplateur véritable priait sans interruption et lisait les Ecritures avant le repas.

II. Mais il ne se peut rien ajouter à ce que saint Basile a dit à la louange de la psalmodie ecclésiastique. Il assure que les peuples en étaient si touchés^ qu'ils chantaient continuellement des psaumes dans leurs maisons et même dans les places publiques, a Psalmorum eloquia et domi cantillant, et medio in foro secum circumferunt (In psal. i]. »

Ce père parle ailleurs des sept heures diverses qui étaient consacrées à la psalmodie dans les monastères, à minuit^ au matin, à tierce, à sexte, à none^ à vêpres^ et il remarque que la prière du midi était coupée en deux, Tune avant^ et l'autre après le repas, pour accomplir le nombre de sept (Tom. ii, serm. de institut. Mona. Et in Regulis fusius disp. c. 37).

On forma diverses accusations contre ce Père d'avoir fait des changements dans le chant des psaumes, en instituant des monastères. Il répondit, dans sa lettre au clergé de Néocésarée, qu'il n'avait fait qu'imiter et suivre de loin ce qui se pratiquait depuis longtemps dans les maisons religieuses de l'Egypte^ de la Palestine et de la Mésopotamie ; que la psalmodie était uniformément observée dans toutes les églises, c Quod propter psalmodias accusamur, qui jam obtinuerunt ritus, omnibus Ecclesiis Dei concordes suntet consoni (Epist. lxiu). b

Il dit que le peuple s'assemble dès avant le jour dans l'église, et qu'après y avoir prié à genoux, il se lève pour le chant des psaumes : que tantôt on les chante à deux chœurs, tantôt un seul chante et les autres répondent ; qu'ainsi par intervalle la psalmodie et l'oraison s'entresuivent jusqu'au jour : enfin qu'à la pointe du jour on recommence à chanter les psaumes, et que cela se pratique dans l'Egypte, la Lybie, la Thébaïde, la Palestine, l'Arabie, la Syrie.

a De nocte populus consurgens domum precationis petit, etc. Tandem ab oratione surgentes , ad psalmodiam traducuntur. Et nunc quidem in duas partes divisi, alternis succinentes, psallunt, nunc uni ex ipsis hoc muneris dato, ut quod canendum est prior ordiatur, reliqui succinunt, etc. Ita psalmodiae varietate precibusque intersertis noctem superant. Illucescente vero jam die, onmes pariter psalmum confessionis offerunt Deo. »

Si les fidèles, si les moines faisaient paraître tant d'assiduité aux offices divins , que doit-on

penser du clergé qui était le modèle des uns et des autres ?

Saint Grégoire de Nazianze, entre les vertus admirables de saint Basile, n'oublie pas son assiduité et sa persévérance infatigables dans la psalmodie : «In jejuniis et orationibus assiduitatem, insuperabilem invigiliiset psalmodiis vigorem (Orat. 21. Reg.,cap. cvn).B Mais il ne faut pas oublier l'obligation que saint Basile impose à ses religieux dans sa règle , de réciter leurs heures canoniales en particu* lier, quand ils ne pourront pas se trouver au chœur avec les autres : < Si enim corporaliter adesse cum cseteris non occurrat ad orationis locum , in quocumque loco inventus fuerit, quod devotionis est, expleat. »

III. Saint Grégoire de Nysse, dans la vie de sainte Macrine, sa sœur, décrivant la vie des religieuses consacrées à Dieu dans les monastères, assure qu'on y employait aussi les jours et les nuits à prier et à chanter des psaumes : « Perpetuum precandi studium , et assidua psalmorum decantatio, qusB nec die, nec nocte intermittebatur. »

On ne peut douter que les heures canoniales n'y fussent observées, car il parle un peu plus bas de l'office de vêpres, ou de la messe qui s'y célébrait. Il parle aussi des nuits entières qu'on passait à psalmodier aux fêtes des martyrs.

Mais que peut-on souhaiter de plus beau et de plus formel que ce que le même saint Grégoire de Nysse rapporte du voyage qu'il fit en carrosse, en Arabie? 11 en avait fait comme un monastère, en jeûnant, et psalmodiant avec toute la compagnie : « Vehiculum nobis pro Ecclesia et monasterio erat omnibus per totam viam simul psallentibus et jejunantibus. »

Voilà les heures canoniales récitées, ou chantées en particulier, même en faisant voyage. Qui peut donc douter qu'on ne chantât dans cette église déambulatoire les mêmes psaumes qui font la dévotion publique des fidèles dans l'Eglise, et qu'on était accoutumé de chanter dans les assemblées communes.

IV. Saint Chrysostome ne se contenta pas d'obliger tous les clercs à se trouver aux offices de la nuit ; il y exhorta même les hommes du siècle , à qui les occupations ordinaires dérobent les journées entières , et ne laissent que la nuit pour prier : « Fidèles quoque laîcos exhortabatur, vigiliis nocturnis in ecclesia insistere : uxores autem horum domi manere,

inteidiu orantes : ideo quod viris die otium non esset. Hcec omnia quosque negligentiores de clero contristabant, totis noctibus dormire consuetos (Pallad., in yita Chrysost., c. y). »

n ne se pouvait rien dire de plus formel^ pour faire voir Tobligation des ecclésiastiques, de se trouver aux offices du jour et de la nuit même dans l'église i puisque ce saint et fervent prélat tâchait de rallumer le feu de Tancienne piété des fidèles mêmes^ en les conviant de se rendre assidus aux heures canoniales, les femmes à celles du jour et les hommes à celles de la nuit.

Ce père conseille, en un autre endroit^ de faire succéder Toraison à la psalmodie^ et il n'y oublie pas la lecture des Prophètes. 11 explique au long pourquoi on lit après Pâques les Actes des Apôtres ( In Psal. 41. Tom. v. serm. 63).

V. Le même saint Chrysostome fait des instances très-pressantes aux riches, de bâtir une église^ ou un oratoire dans leurs maisons de campagne, et d'y avoir un prêtre et un diacre qui y célèbrent le terrible sacrifice les jours de Dimanches , mais qui y chantent tous les jours les louanges de Dieu.

< Educa diaconum etsacerdotalemordinem* Preces illic perpétuée propter te. Laudes et synaxes propter te; oblatio per singulos dies Dominicos, etc. Quanta res est^ matutinis et vespertinis esse hymnis prœsentem^ etc. Parum est pro villa quotidie preces ad.Deum fleri (Hom. 18. in Acta) ? »

En voilà assez pour nous persuader, que quoique ces sortes d'églises fussent les moins considérées de toutes , les ecclésiastiques qui les desservaient ne laissaient pas d'y célébrer tous les jours la divine psalmodie. De là on peut juger de Tobligation des autres ecclésiastiques, puisqu'ils étaient tous attachés et asservis à quelque église par leur ordination.

Que si ce Père dit ailleurs qu'on ne disait la messe dans FOrient que trois ou quatre fois la semaine^ on doit conclure de là même, que les ecclésiastiques avaient des prières réglées en particulier pour les autres jours , de même qu'en tant de monastères où la synaxe et le sacrifice ne se célébrait que le samedi et le Dimanche ; et en quelques-uns le Dimanche seulement (Chrysost. Tom. v, serm. 52. In eos qui Pascha jejunant. In Epist. i. ad Timoth. hom. 6).

Enfin, si ce Père en un autre endroit attribue aux monastères la psalmodie journalière des

nuits , du matin , de tierce , sexte, none et de vêpres, on peut bien en conjecturer que le clergé ne célébrait pas tous les jours dans toutef les églises toutes les mêmes heures canoniales, puisqu'on ne les célébrait pas aussi toutes dans tous les monastères. Hais il faut croire qu'alors les clercs^ aussi bien que les moines, célébraient le reste des heures canoniales en particulier. En efTet, saint Chrysostome ajoute que des vertus semblables se trouvent dans l'Eglise.

« In ecclesiis ejusmodi quid invenias. Neque enim quoniam illorum exposuimus vitam , eorum qui intra ecclesiam sunt , instituta despicimus. Plurimi saepe hujusmodi et in mediis ecclesiis sunt, sed delitescunt. Non enim quia circumeunt domos et forum, despiciendi sunt. Et hoc Deus imperavit : Judicate , inquit, pupille, et justificate viduam. o

Ces dernières paroles s'entendent des clercs qui prenaient la défense des orphelins et des veuves.

Palladius dans la vie de ce saint , parle bien plus nettement , quand il dit que les quarante évêques de son parti étant exclus des églises , célébrèrent les vigiles de Pâques , et les offices dans leurs maisons. « Reversi episcopi vigilias intra sua diversoria celebrarunt. s Les prisons furent changées en autant d'églises. « Carceres in ecclesiœ faciem transiere : hymni et oblationes mysteriorum in carceribus agebantur (Cap. 9, 10). »

Il n'étcHt donc pas nouveau ni aux évêques, ni aux ecclésiastiques de célébrer en secret les mêmes offices qui se disent solennellement dans l'église.

VI. Je viens à Théodoret, qui nous apprendra des particularités très-remarquables sur cette matière. Celle qui regarde l'institution du chant des psaumes à deux chœurs à Antioche, mérite la première place. Voici comment cette institu. tion se fit : Pendant que les ariens faisaient les derniers efibrts pour corrompre la pureté de la foi catholique dans cette Eglise, qui était comme la mère du nom chrétien ; deux laïques , d'une vertu éminente, Diodore qui fut depuis évêque de Tarse, et Flavien qui monta depuis sur le trône épiscopal d'Antioche même, s'opposèrent avec une générosité et une vigilance infatigable à ce torrent d'iniquité; et pour affermir les peuples dans la solidité de la foi par les exercices de la piété, ils leur apprirent à chanter les psaumes à deux chœurs.

a Hi duo quanquain annumerati laicis, tamen

DES ORIGINES DE L'OFFICE DIVIN, etc.

noctu et interdiu ad pietatis studium omnes sedulo excitarunt. Hi psallentium cboro in duas partes divise, hymnos Davidicos alternis canendos tradiderunt (Tbeodoret, Hist. 1. ii, c. S4). d

Théodoret ajoute que cet usage fut suivi des autres églises, et passa jusqu'aux extrémités de la terre, a Quœ res primum incepta AntiochisB ubique pervasit, et ad ultimas orbis terrœ partes pervagata est. »

Ce récit a beaucoup plus de yraisemblaace que la vision de saint Ignace, rapportée par Socrate. La vérité est que les seuls cbantres d'offices avaient cbanté les psaumes jusqu'à ce changement fait à Antiocbe^ le clergé et le peuple ne réunissant leurs voix que pour finir les psaumes par le Gloria Patri, ou par quelque chose semblable comme Amen, Alléluia. Hais à l'exemple des fidèles d'Antioche, on commença partout ailleurs à faire chanter les psaumes aux peuples mêmes.

Sozomène dit que les Ariens de Constantinople étant chassés de toutes les églises , firent leurs assemblées pendant la nuit dans les portiques publics^ et se partageant en deux chœurs, chantèrent les psaumes^ auxquels ils entrelacèrent des motets qui étaient comme des sommaires de leur pernicieuse créance (Sozom. , 1. VIII, c. 8).

Saint Chrysostome, pour animer davantage son peuple^ établit le même chant alternatif dans l'église et il y fut depuis conservé, a Populum suum ad similem canendi modum excitavit. D Et plus bas : a Catbolici ex bac causa in hune modum canere exorsi, in hune usque diem ita perseverarunt. b

Nous dirons dans le chapitre âuivant^ comment saint Ambroise introduisit la même psalmodie des peuples dans l'Occident.

VII. Je reviens à Théodoret. Il dit ailleurs qu'on chantait le Gloria Patri à la liturgie du matin, à celle du soir, et aux trois heures du jour, To TpiTC|iipicv, c'est-à-dire à tierce, sexte et none (Epist. xiv). Que pour faire retentir la gloire de l'adorable Trinité, le clergé et le peuple joignaient leurs voix (Hist. 1. ii, c. 24). Que la coutume était d'apprendre d'abord aux enfants dans les écoles^ les psaumes de David et quelques beaux endroits de l'Ecriture. C'est ainsi que le pieux Protogène en usait.

« Ludum aperuit, et pueros non modo ad céleri manu scribendum exercuit, sed sacra Dei eloquia edocuit. Nam hymnes Davidis tanquam dictata illis proposuit, et eas apostolicas

Th. — Ton. IL

doctrinae sententias quas eorum ingeniis accommodatas putabat, ediscendas tradidit (Hist.^ 1. iv^ c, i6). »

Ainsi on était toujours prêt à chanter les psaumes, et le même raconte que les fidèles étant chassés de leurs églises par Valens^ ils s'assemblèrent au pied d'une montagne et y chantèrent les hymnes ordinaires de l'office divin.

VHI. Le même Théodoret raconte encore ailleurs que le célèbre solitaire Julien avait prescrit à ses religieux, après avoir chanté tous ensemble les offices de la nuit, de sortir deux à deux le matin, et de passer toute la journée en priant Dieu de cette sorte ; l'un chantait debout quinze psaumes et l'autre cependant adorait Dieu à genoux^ puis alternativement celuici chantait debout un pareil nombre de psaumes et l'autre demeurait prosterné adorant Dieu. Ayant ainsi passé la journée, ils s'assemblaient tous vers le soir^ et après avoir pris un peu de repos, ils chantaient l'office de vêpres (Hist. Reli., c. 6).

Cela nous montre qu'on chantait et qu'on récitait les psaumes même en secret et en particulier. Cela parait encore dans la visite que le pieux Avitus rendit à Marcion. Ces deux solitaires^ après quelques discours de piété, dirent

ensemble none, »oivp mv rnc âyani; iic6T6XiiaAv XtiToup-

yAH\ et prirent ensuite leur réfection (Ibid^ c. 5).

Publius n'interrompait jamais la psalmodie que par l'oraison ou la lecture des Ecritures, a Psalmodiam oratio, orationem psalmodia^ et utramque divinorum lectio excipiebat (Ibid., c. 5). » Il fonda deux monastères, l'un de Grecs, l'autre de Syriens, et ne leur ayant donné qu'une église commune^ il les faisait assembler pour la psalmodie du matin et du soir^ afin de chanter tous ensemble les louanges de Dieu à deux chœurs^ les uns en grec, les autres en Syriaque. Théodoret dit que cette louable coutume durait encore de son temps.

IX. Ces monastères étaient donc de ceux où les petites heures du jour ne se récitaient qu'en particulier, dont il a déjà été parlé.

Si les monastères entiers récitaient en particulier les heures canoniales qui ne se chantaient point en public, peut-on douter que les particuliers ne récitassent aussi en secret leur office quand ils n'avaient pu se trouver à l'office public de l'église? A plus forte raison qui pourrait douter que tant de solitaires qui passaient

ou toute leur Tic, ou une grande partie dans les déserts écartés^ ou seuls, ou avec un compagnon seulement, ne chantassent ou ne récitassent toutes les heures en particulier.

Nous en avons vu les exemples^ aussi bien que des voyageurs et des hôtes. Et puisque toutes les autres vertus de la profession monastique avaient été imitées du clergé , comme nous le ferons voir dans la suite, n'est-il pas visible que cette assiduité à la psalmodie est de ce nombre?

Les premières lois de la discipline ecclésiastique ne furent que des coutumes^ comme il arrive à toutes les républiques naissantes. La loi de la charité en faisait plus faire que toutes les autres lois n'en eussent pu commander. La coutume fut d'abord dans TEglise que les heures canoniales du matin, de tierce, sextc, none et vêpres se célébrassent en commun pour tout le peuple, à plus forte raison le clergé y assistait-il. J^ piété des fidèles s'attiédit avec le temps, le clergé tint bon. Les moines s'élevèrent avec une ferveur toute divine, ils imitèrent le clergé et enchérirent par-dessus.

Quand la loi vivante de la coutume n'eût pas obligé le clergé à l'ofQce, l'exemple des moines l'y eût engagé, puisqu'on ne peut nier que dans la suite des siècles le clergé n'ait imité en plusieurs choses les pratiques saintes des monastères. Mais il est certain que c'est au contraire sur le modèle du clergé que les religieux se sont imposé l'obligation et la manière de réciter l'office canonial.

Les règles monastiques , aussi bien que les canons qui font la règle du clergé, supposent plutôt la coutume de réciter ou de chanter les heures canoniales qu'elles ne l'établissent.

X. Nous avons dit ci-dessus , et nous ferons voir encore plus au long dans la suite, qu'une infinité de saints religieux furent appelés pour remplir les chaires épiscopales. S'ils n'y eussent pas trouvé les offices divins établis d'ol3ligation dans le clergé , ils les y auraient établis euxmômes.

Théodoret parle encore du divin Abrahames, qui montrait encore après sa promotion à l'épiscopat, quelle avait été sa manière de vie et de prier dans la solitude. Toutes les nuits il chantait quarante psaumes, et doublait les oraisons qu'on avait coutume d'entremêler, a Quadraginta noctu alternas hyrnnodiasexplebat, interjectarum precum mensuram congeminans (Ibid., c» xvu}. o

Ce saint évêque chantait avec ses clercs , ce qu'il avait auparavant chanté avec ses moi neset voilà comment infailliblement les autres saints évêques tirés des cloîtres eussent inspiré au clergé la psalmodie continuelle, s'ils ne l'y eussent pas trouvée.

Le même Théodoret suppose ailleurs , que les offices du matin et du soir se disaient publiquement dans l'église, mais qu il n'en était pas de même de tierce, sexte et none (Epist. i.) il suppose donc aussi qu'on les disait en particulier.

XI. Concluons par la preuve la plus naturelle et la plus invincible de toutes, de l'obligation des clercs à s'acquitter des heures canoniales. Nous l'avons déjà touchée. C'est qu'étant tous par leur ordination attachés au service d'une église, et la principale fonction des Eglises étant la prière, et la prière mentale étant aussi rare et aussi courte dans tous les offices publics , qu'on sait qu'elle a été , et au contraire la prière des Eglises n'ayant été autre que la psalmodie , il s'ensuit évidemment que les clercs par leur ordination même étaient engagés à ce devoir sacré des heures canoniales*

D'ailleurs comme leur subsistance temporelle n'était qu'une suite de leur ordination, et une juste récompense de leur assiduité à servir l'Eglise, il s'ensuit que ceux qui manquaient, ou à la résidence, ou à l'assiduité qu'ils avaient promise aux offices divins, devaient être privés des distributions journalières, qui faisaient alors tout le revenu des bcncficiers.

Sozomène nous a fait connaître l'incomparable Zenon, évêque de Hajume , lequel étant âgé de près de cent ans , ne manquait jamais de se trouver aux offices du matin et du soir, à moins qu'il ne fût malade : « Natum plus minus annos centum, nunquam vel matutinos vel vespertinos hymnos neglexisse, nisi forte morbus ipsura impediret (L. vu, epist. 27). »

Le texte grec ajoute que cet évêque ne manqua à aucun office, et il n'exprime pas si c'était dans l'église, ou en particulier qu'il s'acquittait de ce devoir. Hais ce qu'il y a de plus merveilleux est que ce saint prélat ne laissait pas encore même dans ce grand âge de travailler de ses mains, afin de fournir à ses nécessités et à celles des pauvres.

Voilà quels étaient les anciens bénéficiers, voilà à qui ont succédé ceux qui trouvent présentement étrange qu'on les oblige à réciter les heures canoniales, qu'on leiur fasse un crime

DES ORIGINES DE L'OFFICE CANONIAL, etc.

d'y aToir manqué, et qu'on les oblige de restituer les fruits de leur bénéfice pour le temps qu'ils y ont manqué. Leurs prédécesseurs récitaient très-fidèlement toutes les heures de l'office divin^ le plus souvent dans Téglise, le reste du temps en particulier; ils regardaient cela tomme une partie seulement des services qu'ils devaient à TÈglise; ils ne prenaient que ce qui

était nécessaire pour se nourrir et pour se vêtir des revenus de l'Eglise; souvent ils n'en prenaient rien du tout, et s'entretenaient du tra* vail de leurs mains.

Ce sont là les règles et les exemples que Tancienne Eglise proposait à tous les bénéficiers des siècles à venir.

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