‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 3)Chapitre 42 sur 88 · I. Bouche de Tégout · texte numérisé non relu

I. Bouche de Tégout

(donc il eft adC Yoyer) par deuers le Chaftelec de Paris, iufques au Grand Pont & goulec, haut & bas. Ilauoit anciennement droid fur tous les bancs au dedans du Palais. A préfent il ne tire que de ceux des Procureurs & Huifliers, en la grand'Salle, & es trois derniers piliers.

8. La CoNNESTABLiE ET Ma&eschavssée de France eft vn droid de luftice conféré aux Conneftables & Marefchaux fur les armes. Son fiége eft en la Table de marbre. Elle cognoift de toutes caufes tant ciuiles que criminelles concernant le hi€t de la Milice .& Gendarmerie, fors & excepté les crimes de léze Majefté, ou dépendances. Ses fentences font fcellées dVn fcel des armoiries du Conneftable, ou en fon abfence du premier Marefchal de France.

9» L'Admiravté de France a de mefme fon Tribanal de luftice dans Tenclos du Palais, au fiége de la Table de marbre, où reffortiffent les appellations des trois Admiraux, ou leurs Lieutenans, & de là à là* Cour. Celuy de la Prouince de France a vn Lieutenant, vn Procureur du Roy, vn Greffier, & autres Officiers ordinaires, dont la nomination luy eft ac— quife.

10, La petite Chancelerib, eftablie pour Texpédirion des lettres de luftice, a fa Chambre & fon Siège au bout de la Galerie des Prifonniers, à main gauche. Là préfident les Maiftres des Rèqueftes, dont le plus ancien tient le feau. Elle a ce priuilège fpécial fur toutes autres, que toutes prouifions & lettres de

Co ESTIENNE CHOLET.

fimple luftice féellées en icelle (encores que d'autre reflbrt) y font néantmoins d'aufli grande force & vertu, que fi elles auoient efté féellées es féels de leur refforc.

11. Comme autresfois le Thréfor des Rois eftoit mis en dépoli dans le Palais, il y auoic auili vne Chambre des Thrésoriers pour le maniement d'iceluy. Elle fe void encores fous l'ancien nom de Caméra vêtus Thefauri^ dans le corps d'Hoftel de la Chambre des Comptes. De là ils fe retirèrent au Temple Tan 1303, quant & le Thréfor. Des lors vn Thréforier fut eftably pour en auoir la garde & adminiilration, ainfi que depuis quand on le tranfporta au Louure. Aujourd'huy les Confeillers de la Chambre du Thréfor ont cette jurifdidion, comme nous Tauons diâ en fon lieu.

12. L'Election a fon fiège de ludicature dans cet enclos, auprès des grands degrez de la petite Salle des Merciers. Il y a vn Préfident, huid Eleus, vn Procureur du Roy & autres Officiers ordinaires. Tous érigez en tiltre d'Offices dès le règne de Charles VII, que les Aydes commencèrent à eftre ordinaires. L'augmentation a efté faide à plufieurs fois félon la néceffité. Leur principale charge eft d'afleoir & impofer les deniers fuyuant les commiffions émanant des Thréforiers généraux de France, faire les affietes & departemens, bailler à ferme lès aydes, faire leurs cheuauchées, vifiter les ponts, paflages & chemins.

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SINGULARITEZ DE PARIS. 6ï

13. On trouue encores à préfent des veftiges de la Chambre des Moknoyes où les OfEciers d'icelle cxerçoyent leur luftice, ne faifant alors quVn corps auec les fieurs des Comptes & Thréforiers de France. Depuis elle a efté érigée en Cour fouueraine, qui connoiil en dernier reflbrt de toutes chofes concernantes & dépendantes des Monnoyes. Il y a néantmoins dts cas réferuez à la Cour du Parlement, mentionnez es modifications par elle faites i\ir l'Edid de création de la Cour des Monnoyes en auril 1551 & eu may 1552.

14. La Chambre des Comptes a Ton corps d^Hoftel diftind & féparé des autres Cours fouueraines contenues dans le Palais. Son inilitution eft fort ancienne & fon autorité très grande. Elle fut eflablie refféante peu auparauant le Parlement. Ses Officiers font Préfidents, Maiftres, Auditeurs, Correfteurs, Aduocat, & Procureur général du Roy, Greffiers, Porteurs & Gardes des Liures, Huiffiers nommez d'ancienneté Meflagers à pied, à la différence defquels l'ancien eft appelé premier Huifficr. Elle a eu de tout temps la luftice contentieufe auec la cognoiflance fouueraine, iufques au règne de Charles IX.

15. La Salle du Palais eft d'vne ftru£ture admirable. Autour d'icelle font les Statues des Rois de France, depuis Pharamond iufques à Charles IX. La repréfentation de leurs mains hautes ou baiffées eft myftiquej ceux-là vertueux, ayant toufiours eues les mains & les âmes éleuées au Ciel ; ceux-cy fainéants.

les ayant eues abaiffées. Les foufcriptions déclarent leurs noms, leurs aages, & le temps de leur décez. Le paué de cette Salle eft de quarreaux de marbre blanc & noir. Elle a deux efcaliers de pierre, qui laliTent vn perron au milieu, fur lequel reprend vn autre efcalier fimple. Dans icelle fe font les fefUns folennels, les Alfemblées générales des Rois, Fils & Filles de France fe marians, ou faifant leur entrée. A Tvn des bouts d'icelle eft vne Chapelle que Loys XI fit faire, où Ton chante la Mefle des fleurs Préfidents. Quafi à l'autre bout, fur la main droiâe fe void :

i6. La grand^ Chambre des Audiences, ou la Chambre Dorée, toute faite de lambris taillez en menuiferie à l'antique, releuez de fin or fur azur. Au fond eft le fiège des Préfidents & Confeillers, la place du Roy entre deux plus éminente que les autres. A cofté font affis en lieu plus bas les Aduocats & Procureurs généraux de Sa Majefté : aux pieds du premier Préfident les Greffier & premier Huiffier pour efcrire & appeller les caufes à tour de roole, ou par placets, les Aduocats au barreau drefTé tout autour. Les Procureurs au milieu à genoux, auec la plus-part des parties : les Huiffiers à l'entrée pour impofer filence aux efcoutans. Les Préfidents font reueftus de robbes rouges & ont le mortier fur la tefte, qui eft leur haut ornement & appareil : ez arrefts folennels & ouuertures du Parlement, les Confeillers paroifl"ent auffi en robbes rouges, d'où vient qu*on lit ces mots

au pied de plufieurs arrefls, prononcé en robbes rouges,

17. le laiffe les fingularitez à remarquer es Chambrés des Enqueftes, de la Tournelle, des Requeftes du Palais, toutes du corps de la Cour & autres, les Chambres des confultations, qui font au lieu du prelbycère de S. Barthélémy, les Greffes, les Prifons. robmets le grand nombre de tours qui entourent ce fomptueux & Royal édifice, fa forte clofture, & le grand nombre des baftiments contenus en cet enclos, dont Fvn des principaux eft :

18. La S. Chapelle. Icy le Roy Loys le Gros fonda en l'année 11 54 l'Oratoire de noftre Dame de l'Eftoille, & fur iceluy S. Loys la S. Chapelle,, qui fut acheuée Tan 1247. Ouurage le plus hardy qu'on puiffe voir : car ces deux baftimens * ne font foutenus que des colomnes qui Tenuironnent, fort menues & déliées. Les arcs de la voûte par dedans font dorez, & toute la ceinture de TEglife, ayans au deflbus diuerfes peintures d'efmail & de cryftal, qui repofent fur petites colonnes d'vne pièce, & ne feruent que d'ornement. S. Loys fit mettre en ce lieu beaucoup de faindes Reliques, après les auoir tirées des mains des Vénitiens (qui les tenoyent en engagement de Baudoin, Empereur de Conftantinople) pour l'acquit de fommes à eux deuës. Ces deux Chapelles furent dédiées Pannée 1248, en vn mefme iour, la haute à l'honneur de la Corone d'Efpines de noftre Sauueur,

it La chapelle haute et la chapelle basse.

la bafle à la S. Vierge, fa bienheureufe Mère. Les Chanoines de la S. Chapelle ont mefmes dignicez que ceux de TEglife noftre Dame, & ne defpendenc que du S. Siège, la collation des Bénéfices réferuée au Roy.

19. Il y a en la court du Palais vne Chapelle nommée autresfois de S. Nicolas, maintenant .de S. Michel, à caufe des maiftres patifiiers qui e(lablirent là leur confrairie *. Elle a efté Chapelle des Rois juiques à S. Loys. Il y a là dedans deux Chapelles, Tvne fondée par les 18 MefTagers de la Chambre des Comptes & du Thréfor, Pautre par le grand Guet du Roy.

20. Deuant la grand'porte du Palais fe void vne place, joignant la court S. Eloy, qui fut faide de la maifon de Pierre Chaftel, rafée par arreft de la Cour, à caufe de l'exécrable parricide attenté par fon fils Jean Chaftel en Tannée 1594, fur la perfonne lacrée du Roy Henry IIII. Vne pyramide de fculpture fort induftrieufe, y eftoit auffi elleuée, enrichie de diuerfes inlcriptions tout autour, qui depuis a efté démolie de l'autorité feule de fa Majefté, à la diligente pour-

I. Saint Michel, patron de la France, était en grande dévotion an moyen âge. Les pâtissiers établirent le siège de leur confrérie dans cette chapelle, mais ne lui imposèrent pas son nom, elle existait déjà depuis longtemps. On y trouvait aussi les confréries des messagers de la cour et du guet royal, qui y avaient chacune leur autel dans une chapelle distincte. Cette chapelle de Saint-Michel n'a pas remplacé celle de Saint-Nicolas, rasée pour construire la Sainte- Chapelle; elle existait avant Philippe>Auguste qui y fut baptisé le 22 août 116$ f

fuite des léfuites, & à préfent y a vne fontaine.

21. S. Barthélémy. Chapelle Royale du Palais, où repofent les corps des Sainfts Magloire, Samfon, & Maclou aportez de Bretagne fous le règne de Lothaire. Il y avait pour lors des Chanoines réguliers, transférez depuis en la Chapelle S. Nicolas, & mis en leur place les Religieux de S. Magloire, tranfmarchez * après en la rue S. Denys. Encores y a-il icy vn Prieuré dépendant de S. Magloire, où les Religieux viennent officier aux quatre principalles Feftes de Tannée : c'eft vn lieu derrière le Chœur appelle d'ancienneté noflre Dame des Foutes. Cette Églife eft maintenant Parochiale *, où font quatre Chapelles de la collation du Roy, qui en eft le premier paroiffien. Mais auant de paifer outre allons au :

22. Pont S. Michel, qui fut autresfois de pierre, comme on peut remarquer quand l'eau eft baflê. En l'année 1296, la riuière s'enfla & delborda de telle forte, qu'il tomba, trainant quant & foy les maifons. Depuis rebafty de bois, cheut en partie Tan 1574, & neuf maifons qui regardent le petit Chaftelet. Enfuice on le releua & refeit tout à neuf, où furent bafties les maifons que Ton y void à préfent, égales en hauteur, maçonnées de briques, & entrelaffées de pièces de bois en croix de S. André.

Voyons les autres Eglifes, Premièrement

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