CARACTÈRES
lémiques et les controverses religieuses agitèrent les esprits des Syriens dans l’empire romain et dans l’empire perse.
Par leur ancienneté les versions bibliques se recommandent à l’exégète. La Peschitto apporte un contrôle utile à la critique du texte hébreu , comme l’ITexaplaire syriaque à celle des Septante. Les versions du Nouveau Testament, y compris l’Héracléenne, sont consultées avec fruit, ainsi que les commentaires que les Pères de l’Église syriaque ont faits des Saintes Écritures.
La littérature apocryphe de la Judée eut son écho en Syrie, où l’imagination s’exerça sur les Patriarches bibliques , sur la vie de Notre Seigneur, sur la Vierge et les Apôtres. Il se forma des légendes qui furent acceptées en Occident même.
L’hagiographie occupe dans la littérature syriaque une place aussi grande que dans les autres littératures chrétiennes. Les Actes des martyrs rédigés par les Syriens occidentaux diffèrent, par leur caractère, de ceux écrits par les Syriens orientaux. Ces derniers renferment des données historiques et géographiques qui servent à éclairer des points obscurs des temps anciens.
Nous ne nous appesantirons pas sur ces sujets qui trouveront leurs développements dans le cours de ce livre , mais nous ferons ressortir ici la valeur des traductions des livres grecs, qui forment une des branches importantes de la littérature syriaque.
La Mésopotamie païenne était restée fermée aux lettres grecques. La nécessité de connaître les œuvres des Pères de l’Église grecque et de l’Eglise hellénisante d’Antioche se fit sentir d’abord dans la Mésopotamie antérieure au commencement du Ve siècle. A cette épo-
que, l’enseignement du grec faisait partie du programme de la célèbre école d’Edesse, qui publie successivement des traductions des commentaires de Théodore de Mopsueste, des traités de saint Cyrille d’Alexandrie, delalogâque d’Aristote et d’autres livres de Y Or gcinon. De là l’étude du grec se répand dans toute la Mésopotamie et se continue pendant les siècles suivants. Sous les Abbassides apparaît à Bagdad une renaissance scientifique créée parles illustres médecins que les califes entretiennent à leur cour. Des écoles dirigées par des maîtres en renom revisent et rééditent les anciennes traductions d'Aristote et de Galien et publient en syriaque les œuvres de Dioscoride et de Paul d’Egine. Ce sont encore les Grecs qui initient les Syriens à la connaissance de la grammaire et de la lexicographie. La langue syriaque porte la marque visible de cette culture. Après avoir été les disciples des Grecs , les Syriens deviendront les maîtres des Arabes et leur transmettront les livres grecs. Il n’est guère de version arabe d'une œuvre grecque qui ne suppose un intermédiaire syriaque. Par un curieux retour des choses, la philosophie grecque reviendra d’Orient en Europe par les livres arabes qui firent autorité chez nous au moyen âge.
Nous devons encore aux Syriens orientaux des versions syriaques de livres pehlwis : le livre de Kalila et Dimna, le Roman d’ Alexandre le Grand , et probablement le livre de Sindbdn ou des Sept sages.
Ces traductions nous ont conservé un certain nombre d’œuvres dont les originaux sont perdus, soit en totalité, soit en partie. Certaines versions d’écrits grecques valent par leur âge un bon manuscrit et méritent d’être consultées pour une édition critique.
LA POÉSIE SYRIAQUE
§ 2. — La poésie.
Si l’on veut toucher du doigt la note personnelle de l’esprit littéraire des Syriens, c’est dans leur poésie qu'il faut la chercher. On ne s’attendra pas à trouver dans leurs productions poétiques les hautes envolées du lyrisme ni le charme naïf et captivant de l’épopée héroïque , mais le caractère particulier de cette poésie en fait un événement littéraire qui vaut la peine qu’on s’v arrête et qu’on suive son histoire dans le cours des siècles h
La poésie syriaque, purement ecclésiastique, est née et s’est développée dans le clergé pour lequel elle fut l’instrument le plus apte à répandre dans le peuple l’instruction religieuse et à donner aux offices du culte toute la solennité qu’ils comportent. Ici encore pas de traces d’une tradition qui relie la poésie chrétienne aux chants populaires des temps païens. C’est du côté de l’ancienne poésie hébraïque qu’on pourrait chercher quelques analogies : les vers syriaques groupés deux par deux forment une phrase métrique, un édifice (jLcS), comme disent les Syriens, répondant assez bien au parallèlisme des versets hébreux. Il ne fait pas de doute, d’autre part, que l’usage des strophes acrostiches qui suivent l’ordre alphabétique se soit introduit dans la poésie syriaque par imitation de certains Psaumes et des Lamentations de Jérémie qui présentent cet arrangement strophique1 2.
1. Ce que nous disons plus loin de la poésie syriaque a fait l’objet d’une lecture à l’Assemblée de la Société asiatique du mois de juin 1897, et a été imprimé dans le Journal de cette société, n° de juillet-août 1897.
2. Les homélies métriques de Narsès (Ve s.) encore inédites , présentent de nombreux exemples de réponse , c’est-à-dire de la reprise au
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Cependant le principe fondamental de la métrique syriaque, le nombre déterminé des syllabes du vers, n’existe pas en hébreu. Ce serait faire fausse route que d’en chercher l’origine dans l’ancienne poésie grecque et latine. Les Syriens ne distinguaient pas dans les vers les voyelles longues des brèves, et rien ne trahit chez eux la connaissance de la poésie occidentale à l’aurore de leur époque littéraire. La langue syriaque, émoussée par l’usure , ne maintient que très rarement la voyelle brève dans une syllabe ouverte; par suite, les mots se décomposent en syllabes bien tranchées qui ont la même valeur prosodique. Il était donc naturel qu’une phrase rythmée comprit un nombre déterminé de syllabes. C’est le phénomène qui s’est produit également pour le vers français, dans lequel il n'est pas tenu compte de la durée d’émission des voyelles.
On serait plutôt tenté d’admettre une certaine parenté entre l’hymnologie syriaque et l’hymnologie byzantine, en supposant que celle-ci dérive de la première. C’est l’hypothèse qui a été soutenue en 1885 par M. Wilhelm Mayer1; mais sa thèse a rencontré plus d’adversaires que de partisans; la prosodie syriaque était alors trop mal connue pour servir de base à un travail de comparaison qui eût quelque chance d’être accepté. M. Hubert Grimme2 a depuis repris l’étude de cette prosodie
commencement d’une strophe, d’un mot ou d’une pensée de la strophe précédente. Ce phénomène poétique a été signalé pour l’hébreu par M. D. H. Millier dans les livres des Prophètes, les Psaumes et diverses poésies bibliques. Il y a encore là une analogie frappante entre la poésie hébraïque et la poésie syriaque.
1. Anfang und Ursprung der lateinischen und griechischen rythmischon Dichtung , Munich, 1885.
2. Zeitschrift der deutschen morgenl. Gesellschaft, XLVIII, p. 276, et der Strophenbau in den Gedichten Ephræms , Fribourg en Suisse, 1893. Comp. la réfutation du système de Grim me, par C. Broc kelmann , Zeitsclir. der deut. morg. Gesellschaft LU, p. 401.
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et recherché les règles qui régissent l’accent tonique et les strophes dans la poésie syriaque. Nous ne pouvons entrer ici dans l’examen de ce sujet; il nous suffira d’avoir rappelé la question posée par M. Wilhelm Mayer pour montrer que l'intérêt qu’offre la poésie syriaque dépasse le cercle des orientalistes.
C’est au célèbre Bardesane d’Edesse, qui vivait à la fin du IIe siècle de notre ère, que revient, dit-on, l’honneur de la création de la poésie syriaque. Dans une de ses hymnes contre les hérétiques'1 , saint Éphrem dit de Bardesane :
Il créa les hymnes et y associa des airs musicaux.
Il composa des cantiques et y introduisit les mètres.
En mesures et en poids il divisa les mots2.
11 offrit aux gens sains le poison amer dissimulé par la douceur. Les malades n’eurent point le choix d’un remède salutaire.
11 voulut imiter David et se parer de sa beauté.
Ambitionnant les mêmes éloges, il composa comme lui Cent cinquante cantiques.
Selon saint Éphrem, Bardesane avait écrit ces hymnes pour graver dans l’esprit du peuple ses enseignements religieux. Son invention eut, paraît-il, un grand succès, et son fils Harmonius, rapportent les écrivains ecclésiastiques, excella tellement dans cet art qu’il surpassa même son père. Malheureusement, il ne nous est rien resté de ces poésies, si l’on excepte quelques vers de Bardesane cités par saint Éphrem. Les écrits des gnostiques ont définitivement péri avec les théories qu’ils exposaient.
Mais, si l’oeuvre disparut, le moule qui l’avait façon-
4. S. Ephræmi syri opéra syriace et latine , éd. Stepii. Évod. Assémam, Rome, 1737-1743, II, p. 354.
2. C’est-à-dire, il divisa les vers en mesures rythmées et accentuées.
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née subsista. Un siècle et demi plus tard, saint Ephrem empruntait à Bardesane son armure poétique pour combattre les doctrines erronées et c’est sous la forme d’hymnes et d’homélies métriques que l’illustre Père de l’Eglise syriaque réfuta les hérétiques et popularisa les doctrines orthodoxes.
La fécondité littéraire de saint Ephrem tient du prodigue. Ses nombreuses œuvres poétiques ont été religieusement conservées et sont aujourd’hui publiées. Il est vrai que l’auteur, si l’on pouvait évoquer son témoignage, en renierait un certain nombre. On a mis sous l’autorité de son nom des compositions de son école, notamment d’Isaac d’Antioche1, et même deNestoriens, tels que Narsès2.
Ephrem fut dans cet art le grand maître que les écrivains de l’époque classique imitèrent et rarement dépassèrent. On lui a reproché son manque de chaleur et sa prolixité. Le genre didactique et parénétique se prête peu au lyrisme. Il ne faut pas non plus perdre de vue le caractère spécial de l'hymne sacrée, qui était chantée par deux chœurs pendant les offices; or, dans ce genre de poésies, la phrase est subordonnée au chant qui lui donne son relief.
Quant à la prolixité de saint Ephrem que nous trouvons parfois fastidieuse, on ne peut la condamner sans tenir compte du goût des Syriens qui aimaient les répétitions et les développements de la même pensée, et voyaient des qualités là où nous trouvons des défauts. Ces défauts, nous les rencontrons les mêmes non seulement chez les poètes les plus estimés , Isaac d’Antioche, Narsès? Jacques de Saroug, mais aussi chez les
1. Bickell, conspectus rei Syrorum litterariæ , Munster, 1871, p. 23.
2. Feldmann, Syrische Wechsellieder von Naisses, Leipzig, 1896; Noeldeke, Literar. Centralblatt , 1897, n° 3, p. 94.
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prosateurs de la meilleure époque, Aphraate et Philoxène de Mabboug.
La poésie syriaque se divise en deux groupes principaux : les homélies métriques et les hymnes.
Les homélies ou discours poétiques (jsLlïq^o, ipo(Jb) appartiennent au genre narratif et épique; elles suivent une marche régulière et se composent de vers du même
mètre. Saint Ephrem fît usage, dans ses homélies, du vers de sept syllabes qui, le plus souvent, se divise en deux mesures rythmiques de trois et quatre syllabes. Après lui , d’autres mètres furent aussi employés pour ce genre poétique. Mar Balai composa des homélies en vers de cinq syllabes, comprenant deux mesures de deux et trois syllabes. Narsès, dit-on, préférait le mètre de six syllabes: mais cette assertion ne s’est pas vérifiée jusqu’à ce jour ; on ne connaît de cet auteur que des poésies en vers de sept syllabes et envers de douze syllabes. C’est également le vers de douze syllabes, divisé en trois mesures de quatre syllabes chacune, qu’employa Jacques de Saroug dans ses nombreuses homélies.
Les homélies étaient le plus souvent écrites en vue des fêtes de l’Église et des commémoraisons des saints et des martyrs, pendant les offices desquels elles étaient récitées. Parfois aussi elles étaient destinées à l’édification des fidèles et servaient de lectures pieuses. Dans ce cas elles pouvaient avoir l’étendue d'un long poème. Nous possédons d’Isaac d’iYntioche une homélie sur la pénitence de 1924 vers et une autre de 2132 vers sur un perroquet qui chantait à Antioche l’hymne du T i ' isagion . Jacques de Saroug est l’auteur d'une homélie de 1400 vers sur le char qui apparut à Ézéchiel, d’une autre de 730 vers sur les légendes dbYlexandre le Grand. Si le poème était trop long pour être lu d’une
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seule haleine, on le divisait en plusieurs homélies. Ainsi le poème sur Joseph, fils de Jacob, attribué à saint Ephrem, comprend douze homélies ou chants.
Les hymnes forment le second groupe de la poésie syriaque. Je retiens le mot hymne qui est consacré par l’usage. Mais les Syriens ne connaissaient pas ce terme; ils appelaient ces poésies des instructions (jAyr*>). C’était , en effet, nous l’avons rappelé , par des hymnes que Bardesane répandait dans le peuple ses doctrines, et saint Ephrem suivit son exemple consacré par le succès. Si Bardesane composa cent cinquante hymnes, les œuvres de saint Ephrem comprennent plus du double de ces poésies. Les unes sont dirigées contre les hérétiques et les sceptiques; d’autres sont parénétiques; d’autres encore étaient destinées aux fêtes de l’Eglise et des saints et étaient chantées à la suite des homélies.
« Lorsque saint Ephrem , rapporte son biographe , vit le goût des habitants d’Edesse pour les chants , il institua la contre-partie des jeux et des danses des jeunes gens. Il établit des chœurs de religieuses auxquelles il fit apprendre des hymnes divisées en strophes avec des refrains. Il mit dans ces hymnes des pensées délicates et des instructions spirituelles sur la Nativité, sur le baptême , le jeûne et les actes du Christ , sur la Passion , la Résurrection et l’Ascension , ainsi que sur les consfesseurs , la pénitence et les défunts. Les vierges se réunissaient le dimanche, aux grandes fêtes et aux commémoraisons des martyrs ; et lui , comme un père , se tenait au milieu d’elles, les acompagnant de la harpe. Il les divisa en chœurs pour les chants alternants et leur enseigna les différents airs musicaux , de sorte que toute la ville se réunit autour de lui et que les adversaires furent couverts de honte et disparurent. »
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Une légende , recueillie par l’historien Socrate (VI, 8) et suivie par Salomon de Bassora [Le livre de V abeille, 130, trad. 115) et par Barhebræus [Chron. eccl., I, 41), attribue l’institution de l’antiphone, en Syrie, à saint Ignace d’Antioche, qui en aurait reçu l’inspiration dans une vision. Les anges lui étaient apparus célébrant les louanges de la Trinité dans des hymnes qu’ils chantaient alternativement L
A la différence des homélies , les hymnes représentent le genre lyrique ; elles renfermaient toutes les variétés dont ce genre est susceptible, depuis le vers de quatre syllabes jusqu’à celui de dix syllabes, et comprenaient un nombre variable de strophes de différente longueur. Les strophes les plus longues étaient chantées par le premier chœur; les strophes les plus courtes formaient le refrain et la partie du second chœur.
Le refrain se composait d’une doxologie ou d’une prière , il revenait sans changement après chaque strophe principale, ou il variait dans ses expressions. Il était chanté sur le même air que les autres strophes de l’hymne.
Les airs musicaux étaient indiqués par des rubriques. Ces rubriques donnaient les premiers mots de l’hymne dont le chant connu servait de modèle; par exemple, la rubrique sur l'air de Ce jour indiquait le chant de l’hymne sur la Nativité de Notre Seigneur, qui commençait par Ce jour. C’est d’une manière analogue que les airs sont notés dans nos recueils de cantiques ou de chansons populaires.
Les airs variaient suivant les diverses espèces d’hymnes , dont les strophes étaient formées de mètres pa-
1. L’institution des chœurs en Babvlonie et dans la Mésopotamie orientale est due à Simeon bar Sabbâé, mort en 341, suivant Bariiebræus, Chron. eccl., II, 33.
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reils, ou de mètres d’inégale longueur. M. Lamy, qui a consacré une étude aux poésies de saint Ephrem , a reconnu soixante-six variétés d’hymnes chez cet auteur1.
Saint Ephrem nous a laissé un certain nombre d’hymnes acrostiches dans lesquelles les strophes sont disposées suivant l’ordre alphabétique , à l’instar de plusieurs poésies hébraïques de la Bible. Avant lui, Aphraate avait déjà fait usage de ce procédé de numérotage; chacune de ses homélies en prose commence par une lettre de l’alphabet qui en détermine la place. Des acrostiches de mots sont plus rares. Saint Ephrem a signé quelques-unes de ses compositions au moyen de l’acrostiche formé des lettres de son nom.
Une variété de l’hymne était le cantique, sougîthâ (jEjl^qj») , qui contient une prière ou les louanges de la Divinité ou d’un saint. On possède des cantiques écrits en strophes acrostiches et rattachés à des homélies , à la suite desquelles ils étaient chantés par les chœurs pendant les fêtes religieuses. De cette espèce sont les neuf cantiques du docteur nestorien Narsès existant dans des manuscrits dont deux copies se trouvent en Europe , l’une à la Bibliothèque royale de Berlin , l'autre au Musée Borgia. Nous en devons la connaissance à MM. Sachau et Feldmann qui les ont publiés récemment2. Ces cantiques ont pour sujet la Nativité de Notre Seigneur, l’Annonciation, l’Epiphanie, la fête de saint Jean -Baptiste, la fête des Docteurs nestoriens (Diodore, Théodore et Nestorius) , la Passion, les Rameaux , la fête de Pâques et la fête des Confesseurs (célébrée le vendredi de la semaine de Pâques).
4. On syriac prosody, dans les Actes du congrès des Orientalistes de Londres de 4891.
2. Saciiau, Ueber die Poesie in der Volksprache der Nestor ianer, dans les Rapports de l’Académie de Berlin, t. Xl, 4890, p. 195; Feldmann, Syrische Wechsellieder von Narses , Leipzig, 4890.
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Le caractère distinctif de ces neuf cantiques est la forme dialoguée. Après une courte introduction dont l’étendue varie de cinq à dix strophes de quatre vers de sept syllabes , commence un dialogue entre deux personnages ou groupes de personnes ; ainsi , dans le cantique de la Nativité, le dialogue a lieu entre la Sainte Vierge et les rois Mages ; dans le cantique de l’Annonciation , entre l’Archange Gabriel et la Vierge Marie. A chaque personnage est attribuée , à tour de rôle , une strophe ; les strophes sont rangées par ordre alphabétique ; chaque lettre de l’alphabet a deux strophes, ce qui donne pour la partie dialoguée quarantequatre strophes, les lettres de l’alphabet syriaque étant au nombre de vingt-deux.
Ces cantiques sont des petits drames d’une vive allure et empreints d’une certaine grâce ; ils rappellent ces drames religieux du moyen âge dans lesquels les principaux actes de Notre Seigneur et de la Vierge étaient mis en scène. Les Syriens semblent avoir fort goûté ce genre. Les cantiques sur la Nativité, sur l’Annonciation et sur l’Epiphanie, bien qu’écrits par un nestorien, ont été admis dans le bréviaire maronite pour l'office de ces fêtes, mais débaptisés et placés sous l’autorité de saint Ephrem.
Telle est, esquissée à grands traits, la poésie syriaque de l’époque où florissait la littérature, du IVe au VIIIe siècle de notre ère.
La décadence commence un siècle après la conquête arabe, lorsque le syriaque, cessant d’être parlé, n’est plus que la langue littéraire. Il ne semble pas, autant que nous pouvons en juger dans l’état actuel de nos connaissances, que la poésie arabe ait exercé son influence sur la poésie syriaque avant le IXe siècle L C’est
1. Le Liber Thesauri de arte poetica du P. Cardaiii, Rome, 1875,
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vers cette époque que nous constatons l’usage de la rime introduite dans la poésie syriaque par imitation de la poésie arabe1 , et cet usage ne tarda pas à se généraliser2. Les anciens Syriens ne connaissaient pas l’art de séparer les vers par la rime. On a relevé, il est vrai, quelques traces de rimes dans les poésies de saint Éphrem et d’autres poètes de la bonne époque, mais ce sont simplement des assonances qui plaisent aux Orientaux; ces assonances n’ont pas le caractère de la rime qui marque par une cadence la coupe des vers.
Comme dans la kcisida arabe, la rime est quelquefois la même pour tous les vers d’une poésie3. Mais, dans la majorité des cas, les vers de la strophe seulement riment entre eux. Les Syriens, d’ailleurs, ne se sont pas astreints aux règles étroites de la prosodie arabe; ils ont créé un nouvel art qui comporte plusieurs varié-
renferme des poésies rimées attribuées à des auteurs antérieurs à cette époque, mais ces attributions sont erronées. La poésie de la page 124, dont l’acrostiche est formé par la rime, commune à tous les vers de la strophe , n’est certainement pas de Jésuvab d’Adiabène. Les dates indiquées dans ce recueil, à la fin de chaque morceau, pour la mort des auteurs, sont fausses en grande partie. Il n’est pas possible d’accepter la date de 500 pour Jean bar Khaldoun, p. 78; de 600 pour Bâouth, p. 76; de 793 pour Israël d’Alkosch , p. 96; de 790 pour Adam d’Akra p. 102. Bar Khaldoun vivait au Xe siècle, Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya dans la Revue de l’Orient chrétien , 1897 et 1898.
1. Antoine le Rhéteur composa vers 820 des poésies rimées, voir un spécimen dans la Chrestom. syr. de Roediger, 2° éd., Halle, 1868, p. 110, 111; voir aussi dans le Liber Thesauri les poésies : de Sliba al-Mansouri, dont le P. Cardahi place la mort en 900, p. 57 ; d’Élias d’Anbar, vers 922, p. 72; d’Ébedjésu bar Schahharé, vers 963, p. 136.
2. Les poésies non rimées sont rares à partir de cette époque; on en trouve une de Timothée de Karkar (f 1169), qui ne diffère pas des anciennes homélies, Liber Thesauri , p. 145.
3. Déjà au dixième siècle, chez Élias d’Anbar, Liber Thesauri , p. 72, et au siècle suivant, chez Élias bar Schinâyâ, ibid., p. 83; comp. encore dans ce livre pour les siècles postérieurs : Al-Madjidi, p. 160; Ibrahim de Séleucie de Syrie, p. 104; Ébedjésu, le patriarche chaldéen, p. 80; Gabriel le Chaldéen, p. 120; Asko al-Schabdani , p. 168. Voir aussi le Paradis de l’Èden d’Ébedjésu, publié par le P. Cardaiii, Beirouth, 1889, et The life of Rabban Iiormizd , par Wallis Budge, Berlin, 1894.
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tés. Le mètre de douze syllabes, par exemple, qui, comme nous l’avons dit, se divise en trois mesures de quatre syllabes , peut recevoir la rime à la fin de chaque mesure ; parfois les deux premières mesures auront une rime propre ou rimeront chacune avec la mesure correspondante dans les autres vers de la strophe. On trouve une variété dans laquelle chaque strophe a sa rime propre, excepté le dernier vers qui reprend, comme un refrain, la rime de la première strophe1. Quand les strophes sont acrostiches , et le cas est fréquent, il arrive que la rime de la strophe est formée par la lettre correspondante de l’alphabet2. L’art suprême consiste dans un double acrostiche, la lettre alphabétique commençant et terminant le vers3.
On voit que les Syriens de la décadence accumulèrent les difficultés de versification et firent de la poésie un jeu de l’esprit où le talent eut une part bien minime. C’est des Syriens de cette période qu’on peut surtout dire qu’ils furent des versificateurs et non des poètes.
Les mètres ordinaires des anciennes homélies, le mètre de sept syllabes et celui de douze syllabes demeurèrent en faveur et peu de nouvelles lignes métriques furent introduites. L’homélie et l’hymne furent confondues. On transporta aux homélies les propriétés des hymnes, à savoir, la coupe régulière des strophes et l’acrostiche. Rarement cependant on fit usage dans les strophes de mètres différents; on rencontre des strophes de vers de sept et huit syllabes et des stro-