‹ Anciennes littératures chrétiennesChapitre 24 sur 63 · Mises ensemble par CousTanT, CPL, t. IV, p · texte numérisé non relu

Mises ensemble par CousTanT, CPL, t. IV, p

à Théoteknos de Césarée, éloge d'Origène mort. — Enfin les lettres pascales : elles ont dû former une série par ordre chronologique; la lettre à Domitios et Didymos doit être de 251, la lettre à Hermammon de 262; la lettre « aux frères » au-temps de la peste est de 263; une aux Alexandrins au moment de la guerre civile et une à l’évêque Hiérax est de 262. Mais ces lettres sontelles toutes des lettres pascales ?

Mentionnons enfin les écrits de Denys dont on ne connait que le titre : un Llegi ou66arov et un Lleoi yvuruotou (vi, 22, 11), un Lleoù neiguoucy (vit, 26, 2), signa-

lés par Eusèbe; un ZTeoi y&uwr, dont on a un fragment".

$ 4 — Paul de Samosate.

Dans l'Orient grec peu de vie littéraire au troisième siècle : la Grèce, la Thrace, l'Asie sont muettes. «Aguntur etiam per Graecias illa certis in locis concilia ex universis ecclesiis, per quae et altiora quaeque in commune tractantur et ipsa repraesentatio totius nominis christiani magna veneratione celebratur », écrit Tertullien vers 217 (De ieiun. 13). Il n'y a aucune trace littéraire de ces synodes. Denys d'A. fait allusion à un synode d'Iconium et à un synode de Synnada délibérant sur la validité du baptème des hérétiques (Eusèbe vir, 7, 5). Denys parle de l'entente procurée sur le sujet des lapsi (&. 252) entre les évèques de Palestine, Cilicie, Cappadoce, Pont, Bithynie, Arabie, Mésopotamie (Euseb. vrr, 5, 1), ce qui suppose des synodes et une correspondance très étendue : de fait il est question

4. CPG, 1. X (très insuffisant). Prrra, Analecta sacra, t. I, p. 596. ACL t. I, p. 409. Dirrricm, Dionysios v. A. (Friburg 1867). G. Rocu, Die Schrift des alex. Bischofs Dionysius ueber die Natur (Leipzig 1882).

(v1, 46, 3) d’un synode tenu à Antioche des évêques de Cilicie, Cappadoce et Palestine en 251. Cependant il

faut venir à la déposition de l'évêque d’Antioche, Paul,

pour rencontrer un synode faisant époque.

Paul, originaire de Samosate, peut-être sophiste de profession première, a élé fait évèque d'Antioche en 260*. La sentence de sa déposition (Euseb. vir, 30, 11) parle d’écrits dont il est l’auteur, drouvmuare, et un fragment donné par Léonce de Byzance indique que ces drourmuaro ont été lus devant le synode. On a retrouvé cinq fragments de yo noôç Zaëiror, qui portent le nom de Paul et que l’on considère comme authentiques. On voudrait en savoir davantage sur cet énigmatique esprit : il est accusé de renouveler les erreurs de Théodotos et d'Artémon, c’est-à-dire l'erreur monarchienne condamnée à Rome au temps des papes Victor et Calliste : en même temps sa dialectique et son exégèse littérale semblent préluder à ce qui sera la méthode de l'école d'Antioche, et il n’est pas impossible que saint Lucien, originaire de Samosate comme Paul, ait eu quelque communauté de pensée avec lui. La passion a sans doute dénaturé bien des traits du caractère et de la conduite de Paul : comment jugerions-nous Calliste si nous le jugions d’après les seuls Philosophoumena? On reconnaîtra plus prudemment en Paul, avec Newman, un esprit qui « n'eut pas la claire vue du solennel sujet sur lequel il entreprenait de spéculer », et qui, fort de sa science calcula mal l'autorité de la tradition.

L'action synodale contre Paul de Samosate comprend un premier procès en 264. Denys d'A. s’est excusé sur

4. ACL, ©. I, p. 520. SezBErG, Dogmeng. t. 1, p.121. FUNK, art. « P.von S,» du XL.

F— r ei EL . ve = S EE Dry be: wie Pin

son grand âge; mais Firmilien de Césaree (Capp.), Grégoire de Néocésarée, Hélénos de Tarse, Nikomas d'Iconium, Hyménæos de Jérusalem, Théoteknos de Césarée (Pal.), Maxime de Bostra (Euseb. vir, 28, 1), parmi les plus marquants, y prennent part : Paul se justifie et est absous. Peut-être y eut-il un second procès:il tourne semblablement à la justification de Paul. Un dernier procès, en 268-269, prononça sa condamnation : l'accusation y avait été soutenue par Malchion, un prêtre antiochien « recteur des écoles grecques d’Antioche » : les actes des sessions avaient été sténographiés (Euseb. vir, 29, 2). Ces actes subsistaient encore au sixième siècle, et l’on en a cinq fragments donnés par Justinien et Léonce de Byzance : Eusèbe (vir, 30) à inséré pour une part la lettre synodale où la déposition de Paul était prononcée et motivéef.

$ 5. — Firmilien de Césarée, Alexandre de Jérusalem, Béryllos, Anatolios.

Eusèbe (vr, 27) parle de trois évêques, Alexandre de Jérusalem. Théoktistos de Césarée en P. et Firmilien

4. ACL, t.1, p. 520 et 800, pour les fragments authentiques des actes sténographiés. Pirra, Anal. sacra, t, NI, p. 600. — A l’action synodale contre Paul se rattacheraient quatre pièces grecques : a) une épître soi-disant adressée à Paul avant sa déposition par Hymenaeos et les autres évèques du premier procès, exposant à Paul la saine doctrine ; b) une épitre soi-disant adressée à Paul pour le convaincre de ses erreurs par Denys d'Alexandrie; c) une suite de dix difficultés soi-disant proposées par Paul et auxquelles Denys satisfait; d) un prétendu symbole de Nicée condamnant les erreurs de Paul. Ces pièces, au moins les trois premières ont été inconnues de saint Athanase; mais saint Jérôme les signale et les croit de bon aloi (Vir. int. 69 et 71). Leur authenticité n’est pas défendable : ce peuvent être des apocryphes fabriqués au temps de Valens. Les textes dans Lans, t. I, p. 865 et Casparr, Quel-

len, t. IV, p. 161. Nous espérons leur consacrer prochainement une étude.

de Césarée de C., comme de prélats qui furent attachés à Origène sans défaillance et qui le tenaient pour leur maître unique « dans l'interprétation des saintes Écritures et tout ce qui est de l’enseignement ecclésiastique. » Firmilien ne se contenta pas d'appeler Origène en Cappadoce « pour l'utilité des églises, » lui-même le visita en Palestine et resta un temps près de lui pour « son propre avancement dans la science des choses divines. » Ce Firmilien {@iouAluavc), Cappadocien d'origine, fut évêque de Césarée en C. entre 230* et 268*. 1 se peut que la visite d'Origène en Cappadoce ait coïncidé avec un des synodes tenus à Iconium et Synnada, auxquels Denys d’A. fait allusion (Euseb. vu, 7, 5) et aussi Firmilien (inter Cyprian. Æpist. 1xxv, 7 et 19). La correspondance d'Origène paraît avoir contenu des lettres de Firmilien. On en trouve une dans la correspondance de saint Cyprien (Z. c.), réponse à une lettre perdue de Cyprien, sur la validité du baptème des hérétiques (a. 256). La correspondance de - Denys d'A. en devait comprendre aussi (Euseb. vir, 5, 1). Saint Basile {De sp. s. 74) parle de 26ya de Firmilien témoignant de son orthodoxie. Firmilien prit part aux deux premiers synodes d'Antioche où Paul de Samosate fut absous: il venait au dernier, lorsqu'ilmourut en chemin, à Tarse (Euseb. vir, 30, 5) Alexandre (251*) est, dans le catalogue épiscopal de Jérusalem, le premier évêque qui appartienne à l’histoire littéraire : formé à Alexandrie sous Pantène et sous Clément, compagnon d’études d'Origène (Euseb. vr, 14, 9), évêque d’abord en Cappadoce, il est devenu évêque de Jérusalem en 213*. On lui doit l’organisation à Jérusalem d'une bibliothèque où archive

4. ACL, t. 1, p. 407. CPL, t. IN, p. 1357 (dissertations de K. MOLKEN-

guur, sur Firmilien).

[en

où l’on conservait les pièces de la correspondance des évêques (vr, 20, 1). C'est là qu'Eusèbe a pu trouver les épiîtres qu'il cite d'Alexandre : une épitre aux fidèles d'Antioche pour les féliciter de l'élection d'Asklépiades au siège de cette ville (vr, 11, 5); une épiître aux fidèles d'Antinoeia d'Égypte (vr, 11, 3); une épiître à Origène pour prendre sa défense (vr, 14, 3); une épître dans le même sens, souscrite par Théoktistos avec lui, adressée à Demetrios d'Alexandrie {vr, 19, 17). On a les quelques citations qu'Eusèbe fait de ces lettres. Origène en tête de ses homélies sur Helchana complimente Alexandre en présence de qui à Jérusalem il les prononce !.

Dans cet archive de Jérusalem, Eusèbe a trouvé « des lettres et des écrits » de Béryllos (Broviioc), évèque de Bostra des Arabes {vr, 20,1). C'est de ce même Béryllos qu'il dit que, à l'encontre du « canon ecclésiastique », il tenta d'accréditer des opinions « étrangères à la foi, » comme de nier la préexistence du Christ et sa divinité distincte de celle du Père {vr, 33, 1). Béryllos aurait été repris par Origène, s’il faut en croire Jérôme (Vrr. in. 60), qui paraît avoir trouvé dans la correspondance d'Origène des lettres échangées entre eux deux. Un synode aurait même été tenu à Bostra,où Béryllos présenta sa justification et où Origène le convainquit de son erreur : Eusèbe (vr, 33, 3) a possédé les actes détaillés de cette conférence, actes dont rien ne s’est conservé ?.

Anatolios a été fait évèque de Laodicée de Syrie (ca. 270) après avoir été un temps attaché à l'évêque de

4. ACL, t.1,p. 50. CPG, t. X, p. 203. Le curieux fragment liturgique attribué à Alexandre (Invenimus in membranis Alexandri episcopi qui

fuit in Hierusalem, quod transcripsit manu sua de exemplaribus apos-

tolorum, etc.), est une pièce apocryphe gallicane du Ve siècle, croyonsnous.

2, ACL, t.I, p. 514

Césarée Théoteknos (ca. 264). Il était alexandrin d’origine, nous apprend Eusèbe (vu, 32, 6), et d’une culture encyclopédique, sachant Tcdnaliques la géométrie, l'astronomie, la physique et la rhétorique, à ce point que les ins avaient voulu le charger de professer l'aristotélisme dans leur ville (cf. Lucian. Eunuch. 3). Il avait composé des ? Æobumrixai sicæywyai en dix livres (il en existe des fragments), et aussi des traités sur les choses divines, dit Eusèbe (vis, 32, 20). On connaît de lui un Lei roù nécy« dont Eusèbe a conservé un passage (vir, 32, 14-19), et que l’on pense avoir en latin, Liber Anatoli de ratione paschali : toutefois Krusch, qui a réédité ce texte, le tient pour un apocryphe latin du VIe siècle. Il n’est pas prouvé qu'Anatolios ait été d'abord chrétien; mais cela ne rend pas plus vraisemblable la conjecture (Valois) qui veut que ce soit lui le sophiste de Béryte dont - parle Eunape {éd. Didot, p. 490)'.

Eusèbe (vir, 32) signale d’autres évêques d'une pareille culture, sur la fin du HI° siècle, il les signale comme les derniers représentants d’une société que la persécution dioclétienne allait décimer. Tel Mélétios, évêque du Pont, que ses amis se plaisaient à appeler

le miel d'Attique » et dont Eusèbe qui l’a connu, loue la rhétorique et l’érudition (roavuubeiu). Tel aussi cet Étienne, un alexandrin admiré pour son éloquence de philosophe et pour sa culture hellénique (rc nag Eloi roudelus), et que pour ce mérite on avait élevé au siège Laodicée, à la mort d'Anatolios. La persécution le servit mal, ayant montré qu'il avait plus d’esprit que de caractère. Tel Grégoire de Néocésarée dont nous parlerons plus loin, tel enfin Méthodios.

4. ACL, €. I, p. 456. B. Kruscu, Studien zur chr. mitlelalt. Chronologie (Leipzig, 4880), p. 177. KRUEGER, art. « Anat. » de RE3.

$ 6. — Méthodios d'Olympe.

Les éléments de la biographie de Méthodios sont rares et contradictoires. Sûrement il ne fut ni évêque de Tyr, ni martyrisé au temps de Dèce, comme le rapporte Jérôme { Vér. int. 83). Il a pu ètre évèque en Lycie, à Olympe (Socrates) plutôt qu'à Patara (Léonce de Byzance), et mourut vers le temps de la persécution de Dioclétien (ca. 311). Il est postérieur à Origène et à Porphyre qu’il combat, et antérieur au dialogue De recta in Deurm fide où il est cité, c’est-à-dire antérieur à Constantin.

Méthodios procède de l'esprit platonicien et allégoriste, mais marque la réaction contre Origène. ‘Il écrivit quelques traités, la plupart en forme de dialogues qu'il prétendait imités de Platon : les adversaires d'Origène les ont excessivement loués, les amis d’Origène (Eusèbe le premier) ont feint de les ignorer : plus tard, les « archaïsmes d'expression et de pensée qui heurtaient la terminologie consacrée par les coneiles du quatrième et du cinquième siècle » (Duchesne) les ont fait délaisser si bien qu'un seul nous est parvenu en grec. C'estle Suurocort@r déxa ragÜ£vwoy à neo dyvetuc : un Banquet, inspiré de celui de Platon, et où dix vierges dissertent sur la virginité comparée au mariage. Ce dialogue, d'un art médiocre, a été beaucoup luet très surfait. L'entretien de ces dix prudes dans le jardin d'Arété se termine par un hymne au Christ et à l'Église, véritable psalmus responsorius d'un certain intérêt liturgique. Photius (cod. 237) reproche à Méthodios de favoriser l’arianisme et de donner dans certaines erreurs origénistes : c'est là une marque de son temps,

- comme dit Tillemont. — Méthodios a pu donner dans

certaines opinions d'Origène, il est pourtant de ses adversaires. On a de lui un Je éraoracews, qui est une réfutation d'Origèene sur la préexistence et sur la survivance de l'âme : le ZTsoù évacrucews d'Origène s’y trouve textuellement cité à plusieurs reprises. On y

. relève trace de Justin et d'Athénagore. Du texte grec

du traité de Méthodios sur la résurrection nous ne possédons que des fragments cités par Épiphane, par le De recta in Deum fide, par Justinien, Prokopios de Gaza, Photius... L'ouvrage entier, en trois livres,

s'est conservé dans une version slavonne (XIe s.) pu-

bliée par Bonwetsch. C'est un dialogue, encore, dont la scène est placée à Patara et dans lequel deux origénistes (dont un médecin) sont réfutés par deux orthodoxes, dont l'un est Méthodios.— Son Leo avrs£ovotow, traité du libre arbitre, dont on a des fragments grecs

dans Eusèbe, dans le De recta in Deum fide, dans

Photius..., nous est parvenu entier en slavon, comme le précédent : deux valentiniens y sont réfutés sur la question de l’origine du mal. Le long fragment grec "donné par Eusèbe (Praepar. vi, 22) sous le titre de Lsoi T7c Vans on oùx dyévynros ov0è kuxodv uitiu, et qu'Eusèbe attribue à un « Maximos philosophe chrétien », n'est pas un emprunt fait par Méthodios à un auteur chrétien de ce nom plus ancien ({Vér. ind. 47), mais une citation de Méthodios mise par Eusèbe délibérément ou par distraction sous un nom inexact. — Le Tleoi 2ençouç, dont on a une série de fragments grecs dans un ms. unique (Coïislin. 294, XII° s.), s'est conservé en slavon : iei encore un dialogue sur le sens spirituel des prescriptions du Lévitique concernant] a lèpre : moins un traité qu'une dissertation exégétique. De même l’opuscule De la distinction des aliments et

sur la génisse [Num. x1x, 1-10] dont les cendres purtifiaient les péchés, conservé seulement en slavon :

c’est le sujet traité par Tryphon De vacca rufa. L'opus-.

cule De la sangsue, en slavon, est un développement sur un texte des Proverbes (xxx, 15). Le slavon nous

a conservé enfin un traité De la vie et de l’acte raison-

nable. — Ce n'était pas là toute l'œuvre de Méthodios. Photius (cod. 235) possédait et résume de lui un dialogue contre la théorie origéniste de la création, Llsoi Tor yernrov. Jérôme (Vir. int. 83; Epist. xivin, 13, ete.) mentionne à plusieurs reprises un Kara Ilogqvoiov, Signalé aussi par Philostorge (virr, 14) : on en a quelques fragments grecs. Théodoret (Dial. p. 56) cite un passage

d'un Llesoù uugréowr, dont on a en grec un second frag-

ment. 11 y a des traces d'un commentaire sur Job, d’un De pythonissa, d'un commentaire de la Genèse et du

Cantique des Cantiques, et d’un dialogue intitulé Xenon.

4. CPG. t. XVIII (reproduit Gallandi). A. Jan, Methodit opera (Halle 14865). Pirra, Anal. sacra, 1. IL p. 603 et suiv. — Bonwerscu, Methodius von

Olympus, 1.1 (Erlangen et Leipzig 4891), a donné une bonne édition cri-*

tique des pièces ou fragments grecs et une tradition allemande des textes slavons. ACL, t. 1, p. 468. Bull. crit. t. XII (1891), p. 204.

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