SCENE V
Les domestiques apportent une table dressée à droite.
ANDRÉ, LUCRÈCE sortant du pavillon.
ANDRÉ
Mes amis viennent bien tard. Vous êtes pâle, Lucrèce ; celte mort vous a effrayée.
LUCRÈCE
Lionel et Damien sont cependant ici, je ne sais qui peut les retenir.
ANDRÉ
Vous ne portez plus de bagues? les vôtres vous déplaisent ? ah ! je me trompe, en voici une que je ne connaissais pas en cote.
Celte mort, en vérité, m'a effrayée... je ne puis vous cacher que je suis souffrante.
ANDRÉ
Montrez-moi cette bague, Lucrèce... est ce un cadeau? est-il permis de l'admirer?
LUCRÈCE donne la bague.
C'est un cadeau de Marguerite, mon amie d'enfance.
ANDRÉ
C'est singulier, ce n'est pas son chiffre... pourquoi donc? C'est un bijou charmant, mais bien fragile!... Ah! mon Dieu: qu'allez-vous me dire? je l'ai brisé en le prenant.
LUCRÈCE
11 est brisé? mon anneau brisé ?
ANDRÉ
Que je m'en veux de cette maladresse! Mais, en vérité, le mal est sans ressource.
LUCRÈCE
N'importe, rendez-le-moitel qu'il est.
ANDRÉ
Qu'en voudriez-vous faire? l'orfèvre le plus habile n'y pourrait trouver remède.
(11 le jette à terre et l'écrase.)
LUCRÈCE
Ne l'écrasez pas!... j'y tenais beaucoup.
ANDRÉ
Eh bien ! s'il vous plaît, ramassez-lc.—Avons-nous beau-coup de monde? Le diner sera-t-il joyeux?