‹ André del Sarto, drame en 2 actes et en proseChapitre 28 sur 37 · LUCRÈCE, ANDRÉ. LIONEL, DAMIEN, SPINETTE · texte numérisé non relu

LUCRÈCE, ANDRÉ. LIONEL, DAMIEN, SPINETTE

ANDRÉ

Allons, mes bons amis, à table ! avez-vous quelque souci ? quelque peine de coeur? il s'agit de tout oublier. Hélas ! oui, vous en avez, sans doute, tout homme en a sous le soleil.

(Ils s'asseoient.)

LIONEL

Pourquoi reste-t-il une place vide?

ANDRÉ

Cordiani est parti pour l'Allemagne.

LUCRÈCE

Parti!.., Cordiani?

Oui, pour l'Allemagne; que Dieu le conduise !

LUCRÈCE, bas à Damien.

Est-ce vrai, Damien, qu'il est parti?

DAMIEN

Très vrai.

LIONEL

Il fait mauvais temps pour voyager.

(11 tonne.)

ANDRÉ

Allons, mon vieux Lionel, notre jeunesse est là-dedans.

(Montrant les flacons.)

LIONEL

Parlez pour moi, maître ; puisse la vôtre durer longtemps encore pour vos amis et pour le pays !

ANDRÉ

Jeune ou vieux, que veut dire ce mot? Les cheveux blancs ne font pas la vieillesse, et le coeur de l'homme n'a pas d'âge.

LIONEL

Renonceriez-vous à vos espérances ?

ANDRÉ

Je crois que ce sont elles qui renoncent à moi. O mon vieil ami ! l'espérance est semblable à la fanfare guerrière ; elle mène au combat et divinise le danger ; tout est si beau, si fa-cile, tant qu'elle retentit au fond du coeur ! Mais le jour où sa voix expire, le soldat s'arrête et brise son épée.

DAMIEN

Qu'avez-vous, madame? vous paraissez souffrir.

LIONEL

Mais, en effet, quelle pâleur ! Nous devrions peut-être nous retirer.

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