ACTE I
Alors, je lui dirai Monsieur, je suis Henri de Morand, le fils du général Morand, j’ai vingt-deux ans, je suis 1Ü3 unique, mon père est riche, j’en fais ce que je veux, j’aime votre fille, vouiez-vous me faire l’honneur de m’accepter pour gendre?’
MARGUERITE
Tantôt, je vous ai vu passer, pourquoi n’avez-vous pas regardé de ce côté?
HEN RI
Votre père sortait, je n'ai pas osé.
MARGUERITE
Le peureux!
HENRI
C’est cela, je vous conseille de railler, vous qui rougissez dès qu’on vous regarde.
MARGUERITE
C’est vrai. Il me semble que tout le monde va lire dans mes yeux que je vous aime. Je ne vous entends pas venir, je vous devine, et alors je baisse la tète, je cache mes regards de peur de me trahir. Vous êtes toute ma vie, Henri. Mon cœur est si plein de vous, que je ferme souvent les yeux pour mieux vous voir. Ne me regardez pas ainsi... parlez-moi!...
HENRI, lui prenant la main.
Marguerite, je vous aime !
C’est tout ce que je voulais savoir... maintenant, adieu!,..
HENRI
A propos, je pars ce soir.
MARGUERITE
Vous?... ce voyage est-il bien nécessaire?
HENRI
Je veux avoir le consentement de ma grand ’mère... Elle n’a que moi dans le cœur..: Je parie que le lendemain de mon arrivée, elle écrira à mon père de nous unir...
MARGUERITE
Vous devez bien l’aimer ?
HENRI
Oh! — elle m'a élevé. Je la vois d’ici, toute droite dans ses falbalas, comme un portrait de famille. Elle froncera d’abord les sourcils, puis elle sourira, et tout sera dit. Elle entrera dans la question comme un boulet. Elle dira à mon père : Je veux !... et mon père obéira.
MAR GUERITE
Comment trouvez-vous ma robe ?
Charmante !
MARGUERITE
Je l’avais quand je vous ai vu pour la première fois.
HENRI
Oh! l’heureux jour !... Voilà trois mois...
MARGUERITE, l'interrompant.
Bien, bien, vous me direz tout cela une autre fois... (on frappe;
elle va ouvrir, un Domestique parait. — Henri, en voyant le domestique, monte l’escalier.)
HENRI, à part.
Lambert!...