ACTE I
ANDRÉ GÉRARD, se parlant.
Je leur donne ma vie, puisque je n’ai plus que ma vie à donner !
TRUPHÈME, à part.
Que dit-il?
Ma femme!... mes enfants!... ne plus les revoir! (n écrit.)
TRGPHÊHE, qui s’est approché sur la pointe du pied, jette un coup d'oeil sur la lettre et recule.)
Ah!... comment?...
ANDRÉ GÉRARD, se levant.
Quoi?...
TRUPHÈME, cherchant i se remettre .
C’est moi, mon ami!
Pourquoi trembles-tu en me parlant?
TRUPHÈME.
Pourquoi es-tu si pâle?
Tu as lu cette lettre?
TRUPHÈME.
Tu veux mourir?
Tu sais mon malheur, et tu t’étonnes de ma résolution?
. TRUPHÈME.
Voyons, André, voyons!... Des soins... un traitement...
Ai-je les moyens de me faii'e soigner, moi?
TRUPHÈME.
Tu exagères, André!... On peut te guérir... on te guérira. . . Ce n’est rien peut-être!...
ANDRÉ GÉRARD, amèrement.
Rien ... rien .. . Au fait, un artiste aveugle, qu’cst-cc que cela ?. . . Le désespoir dans cette maison, qu’est-cc encore que cela?.,. Mon Di^i, ce n’est rien, mais laisse-moi mourir!... Tiens, lu feras parvenir cette lettre à mon père! (il sc remet à la tablo et écrit. )
Ton père?... Et c’est à lui que tu écris?
J’ai mis ma dernière espérance en lui !
TRUPHÈME.
Et lu lui recommandes ta femme et tes enfants?
ANDRÉ GÉRARD, cachetant la lettre.
Oui, de ma tombe, et je meurs moins désespéré!
TRUPHÈME.
Écoute !
ANDRÉ GÉRARD, loi donnant la lettre.
La fatalité parle, j'obéis!
TRUPHÈME, prenant la lettre et la mettant dans sa poche.
Tu es fou !
La nécessité me pousse !
Malheureux!... ton père est mort!...
Mort!... (Anéanti.) Mort!... (Panse.) M’a-t-il pardonné au moins?
TRUPHÈME.
Non!
ANDRÉ GÉRARD, hésitant.
A-t-il pensé à mes enfants?
TRUPHÈME.
Non... Il s’est arrangé de façon à laisser sa fortune à son fils naturel.
' ANDRÉ GÉRARD, s'asseyant.
Mes pauvres enfants !... Mes pauvres et malheureux enfants !... Ils n'étaient pas coupables, et on les châtie avec mon passé!...
(Prenant sa tète dans ses maint et pleurant.) Ah f (pause.)
TRUPHÈME.
Le coup est rude... très-rude... d’autant plus que tu n'es plus d’âge à recommencer... Tu n’as guère le choix, d’ailleurs. — Tout grand artiste que tu es, tu ne ferais qu’un “méchant ouvrier.... Cocher, tu écraserais les passants... porte-faix, tu ne gagnerais pas de quoi vivre!... Que te reste-t-il alors ?... C’est triste, c’est terrible, n’est-ce pas?... Mais non... la fa-