ACTE Y
de la vérité et comme en présence de Dieu. Je vous crois enfin.
(l! loi Und la main.)
ANDRÉ GÉRARD, la lui prenaot.
Vous ne saurez jamais tout le bien que vous me faites!... Ah ! j’ai été bien inspiré en appelant de votre fils à vous, de sa trahison à votre loyauté !
MO R AN D
C’est votre main dans la mienne que je veux vous répondre.
ANDRÉ GÉRARD, retirant sa main.
Vous avez condamné ma fille !
MO R AND
Dieu m’est témoin que le malheur de Marguerite est aussi un malheur pour moi, et qu’une alliance entre nous serait possible si le monde pouvait vous voir par mes yeux et vous juger avec mon cœur.
Vous êtes un homme d’honneur, monsieur, vous m’avez absout en me serrant la main, vous n’avez pas le droit de refuser à mon enfant la réparation qui lui est due.
MORAND
Vous oubliez le monde.
Le monde ? Dois-je vous- dire toute ma pensée, monsieur ? Vous semblez vous faire un bouclier de ses exigences et de ses susceptibilités; mais le monde ignore mon secret... mon fatal secret est enseveli au fond de votre âme.
MORAND
Le misérable qui vous a perdu peut parler, et ce qui est encore un mystère aujourd'hui peut n’être plus un secret demain.
Eh bien ! votre probité répondra de la mienne, et vous prouverez que la conscience d’un honnête homme vaut souvent mieux que la conscience publique.
MORAND
Vous me supposez une force d’initiative que je n’ai pas, ou vous vous trompez sur la portée de vos actes.
Je vous suppose le courage de vos idées.
MORAND
Et le monde?
Vous l'entraîneriez par votre exemple I...
Et l’opinion?
Vous la domineriez par votre conscience !
MORAND
Vous me demandez une alliance que la société seule peut consacrer, je vous juge avec les exigences de cette société que vous invoquez.
J’aurais dû ne penser qu’à moi, n’est-ce pas?... Oh ! les hommes!... Ils ne comprendront jamais l’amour du sacrifice!... J’avais charge d’âmes, je les ai sauvées comme j’ai pu!
MORAND
Mon père avait une famille... famille nombreuse qui vivait sur l’avenir... 11 n’a pas eu à rougir d’un seul de ses actes...
C’était un élu!...
MORAND
Non, mais il luttait dans les limites et sur le terrain choisi par les lois, marqué par les mœurs, labouré et ensemencé par les bras invisibles des générations passées qu’il continuait. Il y a de certaines lois d’honneur qu’il ne faut pas enfreindre. Le dévouement même a ses bornes. Votre vie, si elle était donnée en exemple, saperait la société par sa base : crimes et vertus ne relèveraient plus que de notre conscience ; le coupable, comme l’innocent, pourrait victorieusement en appeler à ce témoin intérieur que Dieu seul peut atteindre. Je sens tout le mal que je vous fais; mais je voudrais vous convaincre, André, que l’obstacle au bonheur de votre enfant est ailleurs que dans ma volonté. Tenez, je suppose Marguerite mariée... La voilà dans le monde... dans l’éblouissement de sa nouvelle fortune, dans l'enivrement de sa jeunesse et de son bonheur... verrat-elle sans défaillir le spectre de votre passé qu'on peut évo-