‹ André Hofer et l'insurrection du Tyrol en 1809Chapitre 9 sur 26 · H0FER · texte numérisé non relu

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A peu de distance de Méran, résidence des anciens princes de la contrée, non loin des ruines de ce château deTyrol dont le nom a effacé celui de l'antique Rhélie, s'ouvre entre de hautes montagnes escarpées l'étroite et sinueuse vallée de Passeyer.

L'aspect en est grandiose et sévère, le sol fertile, mais trop souvent ravagé par les avalanches et les nombreux torrents qui, se précipitant des hauteurs voisines, font déborder dans

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les champs les cours d'eau qui les arrosent.

De loin en loin surgissent de vieilles tours chargées d'armoiries du moyen-àge, et d'où jadis partaient les signaux appelant à la défense des comtes de Tyrol les vaillantes populations de la vallée.

Là vivent des paysans robustes et de haute taille, d'un caractère sérieux et réfléchi, pleins de foi, d'honnêteté, de bravoure, unissant dans le même amour la religion, la patrie et la liberté. Leur plus glorieux souvenir date dç 1703, et se rattache à l'invasion de l'électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, auquel ils fermèrent le passage vers l'Italie.

Fiers des services rendus au pays et des franchises qu'ils avaient obtenues et qu'ils ont possédées jusqu'en 1806, ils regardent comme une tradition des ancêtres, comme un privilège de leur vallée, comme un devoir religieux d'être toujours les premiers à se dévouer à la cause commune.

« Les hommes de Passeyer vont au combat comme à la sainte communion, et la mère veuve raconte aux enfants orphelins comment le père est mort, ainsi que Jésus-Christ, pour le droit et la vérité. Cela suffit à sécher les larmes et fait taire la douleur. »

Au cœur de cette vallée, placée elle-même au cœur du Tyrol, à une demi-heure du bourg principal de Saint-Léonard, s'élève une modeste hôtellerie connue sous le nom de Wirthshaus am Sand, sans doute à cause des amas de sable roulés non loin de là par le ruisseau de Passer.

Si chaque année des milliers de voyageurs visitent ce lieu, c'est qu'il fut habité, il y a soixante ans, par celui que les Tyroliens appelaient le Sandwirth, les Italiens le général Barbone, et qui, devenu chef de l'insurrection de 1809 et gouverneur du Tyrol, disait de luimême, quand quelqu'un voulait lui donner le titre d'Excellence : Moi je suis André Hofer, paysan .

Ce paysan avait sa généalogie connue et ses . aïeux célèbres dans la vallée.

Originaire de la contrée montagneuse de Magfeld, en Passeyerthal, sa famille, au commencement du xvn e siècle, se partageait en deux branches.

L'une, établie à l'auberge de Moos, se glorifiait surtout d'un certain Christian Hofer, de Moos, anobli en 1671 par Léopold I er , pour ses bons services envers la maison d'Autriche ; d'un Jean Hofer, gouverneur du château de Tyrol ; enfin, d'un Michel et d'un Simon, qui s'étaient signalés à Mais, près Méran, dans la répression d'une révolte*

L'autre branche, qui possédait l'auberge am

Sand, avait pour chef Gaspard Hofer, lequel,

au retour d'un pèlerinage fait à Rome pour

acquitter un vœu, voulut par dévotion faire bâtir tout près de sa maison une chapelle qui ne

fut achevée qu'après sa mort. Dédiée à Notre- Dame des Sept-Douleurs, embellie d'une image

du Sauveur au tombeau, consacrée en 1698 par l'évêque Michel Spaur, elle devint un lieu de pèlerinage où les gens de Saint-Léonard se rendaient en procession à la semaine Sainte pour entendre le sermon d'un P. Capucin.

La famille des Hofer n'avait guère d'autres souvenirs à inscrire dans ses annales, quand naquit, le 22 novembre 1767, celui qui devait être son héros.

Plus tard, la légende entoura son berceau de merveilles. On racontait que la nuit de sa naissance une étoile avait apparu sur le Wirthshaus; d'autres avaient vu à la même heure étinceler une carabine dans l'obscurité du ciel.

Quoiqu'il en soit de ces prodiges, ils n'étaient pas pour l'enfant des présages de bonheur.Tout jeune il perdit sa mère. Son père mourut qu'il n'avait encore que douze ans, et il resta, avec ses quatre sœurs, à la charge de quelques parents dont la charité recueillit les pauvres petits orphelins.

Élevé dans l'école du village voisin, il apprit à lire, à écrire, à calculer, et reçut une éducation qui, sans être bien complète, surpassait quelque peu celle d'un fils de paysan. Il joignait à ce

petit savoir une intelligence nette, beaucoup de bon sens, même un certain fonds d'esprit naturel, qui éclatait parfois en de vives saillies.

Au moment où se préparait l'insurrection tyrolienne, André Hofer était dans toute la force de l'âge. Sans avoir la stature d'un hercule, il en avait, disait-on, la vigueur. Une taille ramassée, de larges épaules, un visage arrondi et vivement coloré, un front élevé, des yeux bruns et ardents, une chevelure noire et longue, une grande barbe tombant sur la poitrine et qu'il avait fait vœu de ne pas couper du jour où le Tyrol fut cédé à la Bavière, une voix sonore, une démarche digne, une physionomie prévenante, tout en sa personne inspirait d'abord une sorte d'étonnement curieux qui se changeait

bientôt en un sentiment d'estime et de confiance.

Sa facilité à parler les deux langues du Tyrol, l'allemand et l'italien, les nécessités de sa profession d'aubergiste, le commerce considérable de vins, d'eaux-de-vie, de bétail qu'il faisait dans le Sud-Tyrol et dans toute la vallée de l'Inn, plus que tout cela, sa probité, sa bonhomie, sa réputation bien établie d'excellent père de famille (1) et de solide chrétien, lui avaient valu des relations multipliées et une renommée singulière dans tout le pays.

Quand il chevauchait par la vallée, récitant le rosaire avec ses compagnons de route, tou.'< les passants le saluaient ; les étudiants de Méran ne manquaient pas d'accourir et de l'entourer

1. André Hofer épousa, le 21 juillet 1789, la fille d'un paysan aisé du Vintschgau, nommée Anna Ladurner, de laquelle il eut plusieurs enfants dont voici les noms : Jean, né en 1794 ; Mariandl, en 1797 ; Rosine, en 1798; Anna, en 1803, et Gertrude, en 1805.

s'ils l'apercevaient dans la ville, et faisaient toujours, en se rendant à Inspruck, une bonne halte chez l'aimable Sandwirth.

Brave comme tous les hommes de son pays, André, de 1796 à 1805, se signala dans ces nombreux et sanglants combats de montagnes, où la jeunesse tyrolienne faisait son apprentissage de la guerre.

Plus tard, il fut élu capitaine des milices de Passeyer, tous voulant avoir pour chef cet homme d'une sagesse et d'une valeur éprouvées, si plein de loyauté, de franchise et, en même temps, d'enthousiasme pour les vieux droits de son pays.

Cependant la Révolution française, qui ébran-

ait le monce, avait même troublé la paix de Passeyer. Les crimes de la Terreur n'y étaient pas inconnus , et l'effroi qu'ils inspiraient croissait encore au récit de nos victoires.

Bien des fois des émigrés, et surtout de vieux prêtres, poursuivis jusque dans leur exil par

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les soldats de la république, avaient traversé la vallée, et la vue de leur misère avait ému tous les cœurs. L'abbaye des Bénédictins de Marienberg recueillit plusieurs de ces fugitifs, entre autre un bénédictin d'Alsace qui devint prêtre auxiliaire à Saint-Martin de Passayer. La vive peinture qu'il faisait de la patience des victimes et de la fureur des bourreaux frappa tellement le peuple, qu'on fit de toutes parts des prières publiques et des pèlerinages pour le salut de la France ; touchante fraternité catholique, par laquelle ces bons montagnards entraient naturellement en communauté de nos malheurs !

Ces malheurs, du reste, ils commencèrent à les redouter pour eux-mêmes quand ils apprirent, en 1797 , qu'une partie de l'armée d'Italie, commandée par le général Joubert (environ 15,000 hommes) , marchait sur leTyrol. Alors, pour la première fois, les Passeyerois prirent les armes ; Hofer combattit dans leurs rangs comme simple soldat.

ANDRÉ HOFEI\

Non loin de Sterzing, près de la route qui conduit au pèlerinage de Trens, s'élève une petite chapelle sur le mur de laquelle on a peint deux dragons françaiss'arrêtanl brusquement à la vue d'une image de la sainte Vierge, avec cette inscription : ce Jusqu'ici, et pas plus loin, sont venus les cavaliers ennemis (1). » Là, en effet, les Tyroliens fermèrent à Joubert le passage et le forcèrent de rétrograder.

Trois ans plus tard, nouvelles alarmes : les

Français entraient en Tyrol par la Suisse, et leurs victoires étaient, il faut bien le dire, déshonorées par les crimes de quelques furieux. A Schluders, par exemple, on vit des soldats briser le tabernacle et fouler aux pieds la sainte hostie, après avoir massacré un prêtre.

A la nouvelle de ces horreurs, l'imagination populaire, excitée déjà par les précédents corn-

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