‹ Andromaque (volume 2)Chapitre 16 sur 111 · ACTE I,. SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I,. SCÈNE IV

• P^ffl^^ objet de leur crainte I 270

Un enfant malheureux, qui ne sait pas encor Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector.

PYRRHUS

Tel qu'il est, tous les Grecs demandent qu'il périsse, Le fils d'Agamemnon vient hâter son supplice.

Et VOUS prononcerez un arrêt si cruel ?

Est-ce mon intérêt qui le rend criminel ?

Hélas ! on ne craint point qu'il venge un jour son père ;

On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.

Il m'aurait tenu lieu d'un père et d'un époux ;

Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coups. 280

PYRRHUS

Madame, mes refus ont prévenu vos larmes.

Tous les Grecs m'ont déjà m enac é de leurs armes ;

Mais d ussent -ils encore, en repassant les eaux,

Demander votre fils avec mille vaisseaux ;

Coûtâ t-il tout le sang qu'Hélène a fait réçandre ; 285

Dussé-je après dix ans voir mon palais en cendre,

Je ne balance point, je vole à son secours :

Je défendrai sa vie aux dépens de mes jours.

Mais parmi ces périls oîi je cours pour vous plaire,

Me refuserez-vous un regard moins sévère ? 290

Haï de tous les Grecs, pressé de tous côtés,

Me faudra-t-il combattie encor vos cruautés?

Je VOUS offre mon bras. Puis-je espérer encore

Que vous accepterez un cœur qui vous adore ?

En combattant pour vous, me sera-t-il permis 295

De ne vous point compter parmi mes ennemis ?

Seigneur, que faites-vous, et que dira la Grèce ?

Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de faiblesse ?

Voulez-vous qu'un dessein si beau, si généreux '

Passe pour le transport d'un esprit amoureux ? 300

Captive, toujours triste, impo rtune à moi-même,

Pouvez-vous souhaiter qu' Andromaque vous aime ?

Quels charmes ont pour vous des yeux infortunés

Qu'à des pleurs étemels vous avez condamnés ?

Non, non, d'un ennemi respecter la misère, 305

Sauver des malheureux, rendre un fils à sa mère,

Ce cent peuples pour lui combattre la rigu<

Sans me faire payer son salut de mon cœur,

Malg'é moi, s'il le faut, lui donner un asile :

Seigneur, voilà des soins dignes du fils d'Achille. 310

- ' PYRRHUS

Hé quoi ? votre courroux n'a-t-il pas eu son cours ?

Peut-on haïr sans cesse ? et punit-on toujours ?

J'ai fait des malheureux, sans doute ; et la Phrygie

Cent fois de votre sang a vu ma main rougie.

Mais que vos yeux sur moi se sont bien exercés ! 315

Qu'ils m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont versés I

De combien de remords m'ont-ils rendu la proie !

Je souffre tous les maux que j'ai faits devant Troie,

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