‹ Andromaque (volume 2)Chapitre 21 sur 111 · ACTE II, SCÈNE I 3I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I 3I

Ou le forçant de rompre un nœud si solennel,

Aux yeux de tous les Grecs rendons-le criimneL

J'ai déjà sur le fils attiré leur colère ; 445

Je veux qu'on vienne encor lui demander la mère.

Rendons-lui les tourments qu'elle me fait souffrir :

Qu'elle le perde, ou bien qu'il la fasse périr.

CLÉONE

Vous pensez que des yeux toujours ouverts aux larmes Se plaisent à troubler le pouvoir de vos charmes, 450

Et qu'un cœur accablé de tant de déplaisirs De son persécuteur ait brigué les soupirs ?

Voyez si sa douleur en paraît soulagée- Pourquoi donc les chagrins oîi son âme est plongée ? Contre un amant qui plaît pourquoi tant de fierté ? 455

HERMIONE

Hélas I pour mon malheur, je l'ai trop écouté.

Je n'ai point du silence affecté le mystère :

Je croyais sans péril pouvoir être sincère ;

Et sans armer mes yeux d'un moment de rk^iieur, *

Je n'ai pour lui parler consulté que mon cœur. 460

Et qui ne se serait comme moi déclarée

Sur la foi d'une amour si saintement jurée ? •

Me voyait-il de l'œil qu'il me voit aujourd'hui ?

Tu t'en souviens encor, tout conspirait pour lui :

Ma famille vengée, et les Grecs dans la joie, 465

Nos vaisseaux tout chargés des d^gguilles de Troie,

Les exploits de son père effacés par les siens,

Les feux que je croyais plus ardents que les miens,

Mon cœur, toi-même enfin de sa ^teire éblouie,

Avant qu'il me trahît, vous m'avez tous trahie. 470

Mais c'en est trop, Cléone, et quel que soit Pyrrhus,

Hermione est sensible, Oreste a des vertus^

Il sait aimer du moins, et même sans qu'on l'aime ;

Et peut-être il saura se faire aimer lui-même.

Allons : qu'il vienne enfin.

CLÉONE

Madame, le voicL 475

HERMIONE

Ah ! je ne croyais pas qu'il fût si près d'icL

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