‹ Andromaque (volume 2)Chapitre 32 sur 111 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Ah Dieux I c'en était fait : Hermione gagnée Pour jamais de sa vue allait être élQÎgnee^ Son cœur, entre Tamour et le dépit confus, ' Pour se donner à moi n'attendait qu'un refus ; Ses yeux s'ouvraient, Pylade ; elle écoutait Oreste, 745

Lui parlait, le plaignait. Un mot eût fait le reste.

PYLADE

Vous le croyez.

ORESTE

Hé quoi ? ce courroux enflammé Contre un ingrat • • . •

PYLADE

Jamais il ne fut plus aimé.

Pensez-vous, quand Pyrrhus vous l'aurait accordée, Qu'un prétexte tout prêt ne l'eût pas retardée ? 750

M'en croirez-vous ? Lassé de ses trompeurs attraits, Au lieu de l'enlever, £uyez-la pour jamais.

Quoi ? votre amour se veut charger d'une furie Qui vous détestera, qui toute votre vie Regrettant un hymen tout prêt à s'achever, 755

Voudra ....

ORESTE

C'est pour cela que je veux l'enlever.

Tout lui rirait, Pylade; et moi, pour mon partage, Je n'emporterais donc qu'une inutile rage ?

J'irais loin d'elle encor tâcher de l'oublier ? Non, non, à mes tourments je veux l'associer. 760

C'est trop g^mirj out seul. Je suis las qu'on me plaigne . Je prétends qu'à mon tour Tinhimiaine me craigne, Et que ses yeux cruels, à pleurer condamnés, Me rendent tous les noms que je leur ai donnés.

PYLADE

Voilà donc le succès qu'aura votre ambassade.: 765

Oreste ravisseur l

ORESTE

Et qu'importe, Pylade ?

Quand nos États vengés jouiront de mes soins, L'ingrate de mes pleurs jouira-t-elle moins ? Et que me servira que la Grèce m'admire.

Tandis que je serai la fable de l'Épire ? 770

Que veux-tu ? Mais, s'il faut ne te rien déguiser. Mon innocence enfin commence à me peser.

Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence. De quelque part sur moi que je tourne les yeux, 775

Je ne vois que malheurs qui condamnent les Dieux. Méritons leur courroux, justifions leur haine. Et que le fruit du crime en précède la peine. Mais toij par quelle erreur veux-tu toujours sur toi Détou rner un courroux qui ne cherche que moi ? 780

Assez et trop longtemps mon amitié t'accable : Évite un malheureux, abandonne un coupable.

Cher Pylade, crois-moi, ta pitié te séduit.

Laisse-moi des périls dont j'attends tout le fruit. Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne. 785 Va-t'en.

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