ACTE III, SCÈNE VI
Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortune
Ce reste de fierté qui craint d'être importune.
Vous ne l'ignorez pas : Andromaque sans vous 915
N'aurait jamais d'un maître embrassé les genoux.
PYRRHUS
Non, vous me haïssez ; et dans le fond de l'âme Vous craignez de devoir quelque chose à ma flamme. Ce fils même, ce fils, l'objet de tant de soins, Si je l'avais sauvé, vous l'en aimeriez moins. 920
La haine, le mépris, contre moi tout s'assemble ; Vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble. Jouissez à loisij d'un si noble courroux.
~^5n-srPhœnix.
Allons rejoindre mon époux.
CÉPHISE
Madame. • • •
Et que veux-tu que je lui dise encore ? 925
Auteur de tous mes maux, crois-tu qu'il les ignore ? Seigneur, voyez l'état où vous me réduisez.
J'ai vu mon père mort, et nos murs embrasés ; J'ai vu trancher les jours de ma famille entière, Et mon époux sanglant traîné sur la p oussiè re^ 930
Son fils, seul avec moi, réservé pour les fers. Mais que ne peut im fils ? Je respire, je sers. J'ai fait plus : je me suis quelquefois consolée Qu'ici, plutôt qu'ailleurs, le sort m'eût exilée ;
Qu'heureux dans son malheur, le fils de tant de rois, 935
Puisqu'il devait servir, fût tombé sous vos lois.
J'ai cru que sa prison deviendrait son asile.
Jadis Priam sounys fut respecté d'Achille :
J'attendais de son fils encor plus de bonté.
Pardonne, cher Hector, à ma crédulité. 940
Je n'ai pu soupçonner ton ennemi d'un crime ;
Malgré lui-même enfin je l'ai cru magnanime.
Ah 1 s'il l'était assez pour nous laisser du moins
Au tombeau qu'à ta cendre ont élevé mes soins,
Et que finissant là ma haine et nos misères, 945
Il ne séparât point des dép ouilles si chères 1.
PYRRHUS
Va m'attendre, Phœnix.