‹ Andromaque (volume 2)Chapitre 47 sur 111 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Croirai-je que vos yeux, à la fin dé sann és, Veulent . . .

HERMIONE

Je veux savoir, Seigneur, si vous m'aimez.

ORESTE

Si je vous aime ? O Dieux I mes serments, mes parjures, Ma fuite, mon retour, mes respects, mes injures, Mon désespoir, mes yeux de pleurs toujours n oyés , 1155 Quels témoins croirez-vous, si vous ne les croyez ?

HERMIONE

Vengez-moi, je crois tout.

ORESTE

Hé bien I allons. Madame :

Mettons encore un coup toute la Grèce en flamme ; Prenons, en signalant mon bras et votre nom, Vous, la place d'Hélène, et moi, d'Agamemnon. 11 60

De Troie en ce pays réveillons les misères ; Et qu'on parle de nous, ainsi que de nos pères. Partons, je suis tout prêt.

HERMIONE

Non, Seigneur, demeurons :

Je ne veux pas si loin porter de tels af fronts . Quoi ? de mes ennemis couronnant l'insolence, 11 65

J'irais attendre ailleurs ime lente vengeance ?

Et je m'en remettrais au destin des combats,

Qui peut-être à la fin ne me vengerait pas ?

Je veux qu'à mon départ toute TÉpire pleure.

Mais si vous me vengez, vengez-moi dans une heure. 1170

Tous vos retardements sont pour moi des refus.

Courez au temple. Il faut i mmole r . . .

ORESTE

Qui?

HERMIONE

Pyrrhus.

ORESTE

Pyrrhus, Madame ?

HERMIONE

Hé quoi ? votre haine chancelle ?

Ah 1 courez, et craignez que je ne vous rappelle. N'alléguez point des droits que je veux oublier ; 1^75

Et ce n'est pas à vous à le justifier.

ORESTE

Moi, je l'excuserais ? Ah I vos bontés. Madame,

Ont g ravé trop avant ses crimes dans mon âme.

Vengeons-nous, j'y consens, mais par d'autres chemins»

Soyons ses ennemis, et non ses assassins : 1180

Faisons de sa ruine une juste conquête.

Quoi ? pour réponse, aux Grecs porterai-je sa tête ?

Et n'ai-je pris sur moi le soin de tout l'État

Que pour m'en acquitter par un assassinat ?

Souffrez, au nom des Dieux, que la Grèce s'explique, 1185

Et qu'il meure chargé de la haine publique.

Souvenez-vous qu'il règne, et qu'un front couronné . . .

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