ACTE V, SCÈNE V
ORESTE
Non, non, c'est Hermione, amis, que je veux suivre. A son dernier arrêt je ne puis plus survivre. Partez : j'ai fait le crime, et je vais Texpier.
PYLADE
Hermione, Seigneur? Il la faut oublier. 1600
Quoi ? toujours l'instrument et l'objet de sa rage. Cherchez-vous chez les morts quelque nouvel outrage ? Et parce qu'elle meurt, faut-il que vous mouriez ?
ORESTE
Elle meurt ? Dieux 1 qu'entends-je ?
PYLADE
Hé quoi ? vous l'ignoriez ?
En rentrant dans ces lieux, nous l'avons rencontrée 1605 Qui courait vers le temple, inquiète, égarée. Elle a trouvé Pyrrhus porté sur des soldats Que son sang excitait à venger son trépas.
Sans doute à cet objet sa rage s'est émue.
Mais du haut de la porte enfin nous l'avons vue, 1610
Un poignard à la main, sur Pyrrhus se courber, Lever les yeux au ciel, se frapper et tomber.
ORESTE
Grâce aux Dieux 1 Mon malheur passe mon espérance. Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance.
93 ANDROMAQUli
Appliqué sans relâche au soin de me punir, 1615
Au comble des douleurs tu m'as fait parvenir.
Ta haine a pris plaisir à former ma misère ;
J'étais né pour servir d'exejnple à ta colère,
Pour être du malheur un modèle accompli. ^
Hé bien 1 je meurs content, et mon sort est rempli. 1620
Où sont ces deux amants ? Pour couronner ma joie.
Dans leur sang, dans le mien il faut que je me noie.;..!.
L'un et l'autre en mourant je les veux regarder.
Réunissons trois cœurs qui n'ont pu s'accorder.
Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne? 1625
De quel côté sortir? D'où vient que je frissonne?
Quelle horreur me saisit ? Grâce au ciel, j 'entre voi.
Dieux ! quels ruisseaux de sang coulent autour de moi l
PYLADE
Ah 1 Seigneur.
ORESTE
Quoi ? Pyrrhus, je te rencontre encore ?
Trouverai-je partout un rival que j'abhorre ? 1630
Percé de tant de coups, comment t'es-tu sauvé ? Tiens, tiens, voilà le coup que je t'ai réservé. Mais que vois-je ? A mes yeux Hermione l'embrasse ? Elle vient l'arracher au coup qui le menace ? Dieux 1 quels affreux regards elle jette sur moil ^635
Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ? Hé bien I filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes ? Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes 1 A qui destinez-vous l'appareil qui vous suit ? Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ? 1640