‹ Andromaque (volume 2)Chapitre 7 sur 111 · SECONDE PRÉFACE · texte numérisé non relu

SECONDE PRÉFACE

liberté ne pouvait pas être mal reçue. Car, sans parler de Ronsard/ qui a choisi ce même Astyanax pour le héros de sa Franciade, qui ne sait que Ton fait descendre nos anciens rois de ce fils d'Hector, et que nos vieilles chroniques " sauvent la vie à ce jeune prince, après la désolation de son pays, S pour en faire le fondateur de notre monarchie ?

Combien Euripide a-t-il été plus hardi dans sa tragédie à^ Hélène / Il y choque ouvertement la créance ' commune de toute la Grèce. Il suppose qu'Hélène n'a jamais mis le pied dans Troie ; et qu'après l'embrasement de cette ville. Mené- ïo las trouve sa femme en Egypte, dont elle n'était point partie. Tout cela fondé sur une opinion qui n'était reçue que parmi les Égyptiens, comme on le. peut voir dans Hérodote.*

Je ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai prise. Car il y 15 a bien de la différence entre détruire le principal fondement d'une fable, et en altérer quelques incidents, qui changent presque de face dans toutes les mains qui les traitent. Ainsi Achille, selon la plupart des poètes, ne peut être blessé qu'au talon, quoique Homère * le fasse blesser au bras et ne 20 le croie invulnérable en aucune partie de son corps. Ainsi Sophocle • fait mourir Jocaste aussitôt après la reconnaissance d'CEdipe, tout au contraire d'Euripide,' qui la fait vivre jusqu'au combat et à la mort de ses deux fils. Et c'est à propos de quelque contrariété de cette nature qu'un ancien 25 commentateur ® de Sophocle remarque fort bien, « qu'il ne faut point s'amuser à chicaner les poètes pour quelques changements qu'ils ont pu faire dans la fable ; mais qu'il faut s'attacher à considérer l'excellent usage qu'ils ont fait de ces changements, et la manière ingénieuse dont ils ont su accom- 30 moder la fable à leur sujet.»

ANDROMAQUB

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