‹ Andromaque (volume 3)Chapitre 28 sur 28 · ORESTE. PYLADE, SOLDATS D’ORESTE · texte numérisé non relu

ORESTE. PYLADE, SOLDATS D’ORESTE

PYLADE

Il faut partir, Seigneur. Sortons de ce Palais,

Ou bien résolvons-nous de n’en sortir jamais.

TR A GEDIE.

Nos Grecs pour un moment en défendent la Porte.

Tout le Peuple assemblé nous poursuit à main forte.

Aux ordres d’Andromaque icy tout est soûmis,

Ils la traitent en Reine, et nous comme Ennemis. Andromaque elle meme à Pyrrhus si rebelle,

Luy rend tous les devoirs d’une Veuve fidelle, Commande qu’on le vange, et peut-estre sur nous Veut vanger Troye encore, et son premier Epoux. Allons. N’attendons pas que Ton nous environne,

Nos Grecs nous rejoindront. Et tandis qu’Hermione Tient encore le Peuple autour d’elle arresté,

Voila nostre chemin, sortons en seureté.

ORESTE

Non, non, c’est Hermione, Amis, que je veux suivre,

A son dernier arrest, je ne puis plus survivre :

Partez, j’ay fait le crime, et je vais l’expier.

PYLADE

Hermione, Seigneur? il la faut oublier,

Qiioy ! toujours l’instrument, et l’objet de sa rage, Cherchez-vous chez les Morts quelque nouvel outrage? Et parce qu’elle meurt, faut-il que vous mouriez ?

ORESTE

Elle meurt? Dieux! Qu’entens-je ?

PYLADE

Hé quoy ? vous l’ignoriez ?

En rentrant dans ces lieux nous l’avons rencontrée,

Qui couroit vers le Temple, inquiété, égarée.

Elle a trouvé Pyrrhus, porté sur des Soldats,

Que son sang excitoit à venger son trépas.

Sans doute à cet objet sa rage s’est émeuë.

Mais du haut de la porte enfin nous l’avons veuë,

Un poignard à la main, sur Pyrrhus se courber,

Lever les yeux au Ciel, se frapper, et tomber.

ORESTE

Grâce aux Dieux ! Mon mal-heur passe mon esperance Ouy, je te louë, 6 Ciel ! de ta perseverance.

Appliqué sans relâche au soin de me punir,

Au comble des douleurs, tu m’as fait parvenir*

Ta haine a pris plaisir à former ma misere ;

J’estois né, pour servir d’exemple à ta colere,

Pour estre du malheur un modèle accompli :

Hé bien, je meurs content, et mon sort est rempli.

Où sont ces deux Amans? Pour couronner ma joye, Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noyé : L’un et l’autre en mourant je les veux* regarder. Réunissons trois cœurs, qui n’ont pû s’accorder.

Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne ?

De quel costé sortir ? D’où vient que je frissonne ? Quelle horreur me saisit? Grâce au Ciel, j’entrevoy. Dieu ! Quels ruisseaux de sang coulent autour de moy

PYLADE

Ah Seigneur !

Quoy, Pyrrhus, je te rencontre encore?

Trouveray-je par tout un Rival que j’abhorre ?

Percé de tant de coups comment t’es-tu sauvé?

Tiens, tiens, voila le coup que je t’ay réservé.

Mais que vois-je? A mes yeux Hermione l’embrasse? Elle vient l’arracher au coup qui le menasse?

Dieux, quels affreux regards elle jette sur moy !

Quels Démons, quels serpens traîne-t-elle après soy? Hé bien, Filles d’Enfer, vos mains sont-elles prestes? Pour qui sont ces Serpens qui sifflent sur vos testes ?

TR A GEDIE.

A qui destinez-vous l’appareil qui vous suit? Venez-vous m’enlever dans l’eternelle Nuit? Venez, à vos fureurs Oi^U^glfcmdonne.

Mais non, retirez- von Ilennionc.

L’Ingrate mieux que déchirer,

Et je luy porte enfin mc^^^^HP^vorer.

PYLADE

Il perd le sentiment. Amis, le temps nous presse, Ménageons les momens que ce transport nous laisse. Sauvons-le. Nos efforts devienclroient impuissans, S’il reprenoit icy sa rage avec ses sens.

Fin .

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