‹ Andromaque (volume 4)Chapitre 3 sur 50 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Mais quand je me souviens que parmi tant d’alarmes, Hermionc A Pyrrhus prodiguait tous scs charmes,

Tu sais de quel courroux mon cœur alors épris,

Voulut, en l’oubliant, punir tousses mépris,

Je fis croire, et je crus ma victoire certaine.

Je pris tous mes transports pour des transports de haine; Détestant ses rigueurs, rabaissant ses attraits,

Je défiais ses yeux de me troubler jamais;

Voilà comme je crus étouffer ma tendresse.

En ce calme trompeur j’arrivai dans la Grèce;

Et je trouvais d’abord ses princes rassemblés,

Qu’un péril assez grand semblait avoir troublés.

J’y courus. Je pensai que la guerre et la gloire De soins plus importants rempliraient ma mémoire;

Que mes sens reprenant leur première vigueur.

L’amour achèverait de sortir de mon cœur.

Mais admire avec moi le sort dont la poursuite Me fait courir alors au piège que j’évite.

J’entends de tous côtés qu’on menace Pyrrhus.

Toute la Grèce éclate en murmures confus.

On se plaint qu’oubliant son rang et sa promesse,

Il élève en sa cour l’ennemi de la Grèce,

Astyanax, d’Hector jeune et malheureux fds,

Reste de tant de rois sous Troie ensevelis.

J'apprends que pour ravir son enfant au supplice, Andromaque trompa l'ingénieux Ulysse,

Tandis qu’un autre enfant, arraché de ses bras,

Sous le nom de son fils fut conduit au trépas.

On dit que, peu sensible aux charmes d’Hermione,

Mon rival porte ailleurs son cœur et sa couronne. Ménélas, sans le croire, en paraît affligé,

Et se plaint d’un hymen si longtemps négligé.

Parmi les déplaisirs où son àme se noie,

Il s’élève en la mienne une secrète joie.

Je triomphe; et pourtant je me flatte d’abord Que la seule vengeance excite ce transport.

Mais l’ingrate en mon cœur reprit bientôt, sa place;

De mes feux mal éteints je reconnus la trace;

Je sentis que ma hainePnllait finir son cours;

Ou plutôt je sentis que je l’aimais toujours.

Ainsi de tous les Grecs je brigue le suffrage.

On m’envoie à Pyrrhus. J’entreprends ce voyage.

Je viens voir si l'on peut arracher de ses bras Cet entant dont la vie alarme tant d’États.

Heureux si je pouvais dans l’ardeur qui me presse,

Au lieu d'Astyanax, lui ravir ma princesse!

Car enfin, n’attends pas que mes feux redoublés Des périls les plus grands puissent être troublés. Puisqu’après tant d’efforts ma résistance est vaine,

Je me livre en aveugle au transport qui m’entraîne,

J’aime, je viens chercher Hermione en ces lieux;

La fléchir, l’enlever ou mourir à ses yeux.

Toi qui connais Pyrrhus, que penses-tu qu’il fasse?

Dans sa cour, dans son cœur, dis-moi ce qui se passe.

Mon Hermione encor le tient-elle asservi?

Me rendra-t-il, Pylade, un bien qu’il m’a ravi ?

PYLADE

Je vous abuserais, si j’osais vous promettre Qu’entre vos mains, seigneur, il voulût la remettre.

Non que de sa conquête il paraisse flatté :

Pour la veuve d’Hector ses vœux ont éclaté;

Il l’aime. Mais enfin, cette veuve inhumaine N’a payé jusqu’ici son amour que de haine,

Et chaque jour encore on lui voit tout tenter Pour fléchir sa captive ou pour l’épouvanter.

De son fils qu’il lui cache il menace la tête,

Et fait couler des pleurs qu’aussitôt il arrête.

Hermione elle-même a vu plus de cent fois Cet amant irrité revenir sous ses lois,

Et de ses vœux troublés lui rapportant l’hommage ,

Soupirer à ses pieds, moins d’amour que de rage.

Ainsi n’attendez pas que l’on puisse aujourd’hui Vous répondre d'un cœur si peu maître de lui.

Il peut, seigneur, il peut, dans ce désordre extrême,

Epouser ce qu’il hait et perdre ce qu’il aime.

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