‹ Andromaque (volume 4)Chapitre 33 sur 50 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

Hélas! de quel effet tes discours sont suivis !

Il ne me restait plus qu’à condamner mon fils.

CÉPIUSE.

Madame , à votre époux c’est être assez fidèle.

Trop de vertu pourrait vous rendre criminelle.

Lui-même il porterait votre âme à la douceur.

Quoi! je lui donnerais Pyrrhus pour successeur!

CéPHISE.

Ainsi le veut son fils que les Grecs vous ravissent. Pensez-vous qu’après tout ses mânes en rougissent?

Qu’il méprisât, madame, un roi victorieux Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux,

Qui foule aux pieds, pour vous, vos vainqueurs en colère. Qui ne se souvient plus qu’Achille était son père,

Qui dément ses exploits et les rend superflus?

Dois-je les oublier, s’il ne s’en souvient plus?

Dois-je oublier Hector privé de funérailles Et traîné sans honneur autour de nos murailles?

Dois-je oublier son père à mes pieds renversé, Ensanglantant l’autel qu’il tenait embrassé?

Songe, songe, Céphise , à cette nuit cruelle Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,

Entrant à la lueur de nos palais brûlants,

Sur tous mes frères morts se faisant un passage ,

Et , de sang tout couvert , échauffant le carnage .

Songe aux cris des vainqueurs, songe auxerisdes mourants, Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.

Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue.

Voilà comment Pyrrhus vint s’offrir à ma vue ;

Voilà par quels exploits il sut se couronner;

Enfin, voilà l’époux que tu me veux donner.

Non , je ne serai point complice de ses crimes

Qu’il nous prenne, s’il veut, pour dernières victimes. Tous mes ressentiments lui seraient asservis !

CÉPIIISE.

Hé bien! allons donc voir expirer votre fils,

On n’attend plus que vous. Vous frémissez, madame?

Ah! de quel souvenir viens-tu frapper mon ;\me? Quoi ! Céphise, j’irais voir expirer encor Ce fils, ma seule joie et l’image d’Hector?

Ce fils que de sa flamme il me laissa pour gage? Hélas! je m'en souviens, le jour que son courage Lni fit chercher Achille ou plutôt le trépas,

Il demanda son fils et le prit dans ses bras :

« Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes,

» J’ignore quel succès le sort garde à mes armes;

» Je te laisse mon fils pour gage de ma foi ;

» S’il me perd , je prétends qu’il me retrouve en toi.

» Si d’un heureux hymen la mémoire t’est chère,

» Montre au fils à quel point tu chérissais le père. »

Et je puis voir répandre un sang si précieux?

Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux?

Roi barbare ! faut-il que mon crime l’entraine ?

Si je te hais, est-il coupable de ma haine?

T’a-t-il de tous les siens reproché le trépas?

S’est-il plaint à tes yeux des maux qu’il ne sent pas? Mais cependant, mon fils, tu meurs si je n’arrête Le fer que le cruel tient levé sur ta tête.

Je l’en puis détourner et je t’y vais offrir !

Non, tu ne mourras pas, je rie le puis souffrir.

Allons trouver Pyrrhus. Mais non, chère Céphise.

Va le trouver pour moi.

CÉPHISE

Que faut-il que je dise!

Dis-lui que de mon fils l’amour est assez fort...

Crois- tu que dans son cœur il ait juré sa mort? L’amour peut-il si loin pousser sa barbarie?

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