ACTE V, SCÈNE II
Andromaque, au travers de mille cris de joie,
Porte jusqu’aux autels le souvenir de Troie : Incapable toujours d’aimer et de haïr,
Sans joie et sans murmure elle semble obéir.
IIERMIONE.
Et l’ingrat, jusqu’au bout il a poussé l'outrage!
Mais as-Lu bien, Cléone, observé son visage?
Goùte-t-il des plaisirs tranquilles et parfaits? N’a-t-il point détourné ses yeux vers le palais? Dis-moi, ne t’es-tu point présentée à sa vue? L’ingrat a-t-il rougi lorsqu’il t’a reconnue?
Son trouble avouait-il son infidélité?
A-t-il jusqu’à la fin soutenu sa fierté?
CLÉONE
Madame, il ne voit rien. Son salut et sa gloire Semble être avec vous sortis de sa mémoire.
Sans songer qui le suit, ennemis ou sujets,
11 poursuit seulement ses amoureux projets.
Autour du fils d'Hector, il a rangé sa garde,
Et croit que c’est lui seul que le péril regarde. Phœnix même en répond, qui l’a conduit exprès Dans un fort éloigné du temple et du palais.
Voilà, dans ses transports, le seul soin qui lui reste.
HERMIONE
Le perfide! il mourra. Mais que t’a dit Oreste?
CLÉONE
Oreste, avec ses recs, dans le temple est entré.
IIERMIONE.
lié bien! à me venger n’est-il pas préparé?
CLÉONE
Je ne sais.
IIERMIONE.
Tu ne sais? Quoi donc! Oreste encore, Oreste me trahit?
Gi
CLÉONE
Oresle vous adore;
Mais de mille remords son esprit combattu Croit tantôt son amour, et tantôt sa vertu.
Il respecte en Pyrrhus l’honneur du diadème;
11 respecte en Pyrrhus Achille et Pyrrhus même.
Il craint les Grecs, il craint l’univers en courroux; Mais il se craint, dit-il, soi-môme plus que tous.
Il voudrait en vainqueur vous apporter sa tête ;
Le. seul nom d’assassin l’épouvante et l’arrête.
Enfin il est entré, sans savoir, dans son cœur.
S’il en devait sortir coupable ou spectateur.
. HEB.MIONE.
Non, non, il les verra triompher sans obstacle;
Il se gardera bien de troubler ce spectacle.
Je sais de quels remords son courage est atteint;
Le lâche craint la mort, et c’est tout ce qu’il craint. Quoi ! sans qu’elle employât une seule prière,
Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière :
Ses yeux, pour leur querelle, en dix ans de combats. Virent périr vingt rois qu’ils ne connaissent pas;
Et moi, je ne prétends que la mort d’un parjure.
Et je charge un amant du soin de mon injure,
Il peut me conquérir à ce prix sans danger;
Je me livre moi-même et ne puis me venger;
Allons, c'est à moi seule à me rendre justice.
Que de cris de douleur le temple retentisse;
De leur hymen fatal troublons l’événement;
Et qu’ils ne soient unis, s’il se peut, qu’un moment . Je ne choisirai point dans ce désordre extrême :
Tout me sera Pyrrhus, fût-ce Oreste lui-même.
Je mourrai; mais au moins ma mort me vengera;
Je ne mourrai pas seule, et quelqu’un me suivra.
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