‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 104 sur 160 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Mais qu'Oreste à son gré m'impute ses douleurs:

N*avons-nous d'entretiea que celui de ses pleurs

Pyrrhus revient à nous ! Eh bien I clière Cléone,

Conçois-tu les transports de l'heureuse Hermione ? 850

Sais^tu quel est Pyrrhus? T es-tu fait raconter

Le nombre des exploits... mais qui les* peut compter 3 ?

Intr(^>pide, et partout suivi de la victoire.

Charmant, fidèle enfin * : rien ne manque à sa gloire s.

Songe..-

CLÉONE

Dissimulez : votre rivale en pleurs 855 Vient à vos pieds, sans doute, apporter ses douleurs.

HERMI0T<E.

Dieux! nepuis-je à ma joie abandonner mon âme«? Sortoiîs : que lui dirais-je ?

1. C'est-à-dire d'autre sujet d'entretien que. Les ellipses de ce genre, qui étonneraient aujourd'hui, étaient fréquentes dans la langue du xvn* siècle. Voy. encore ci-dessus (p. 119, n. 4), une construction avec gue aussi concise. ♦2. Sur cette construction, voy. ci-dessus, p. 78, n. 4.

3. Voy. ci-après (v. 1330-1340) la manière toute différente dont Hermionô parle des exploits de Pyrrhus, lorsqu'elle se voit abandonnée par lui.

4. Quelques éditions postérieures à Racine (1722, 1728, 173G) ponctuent ainsi ce vers:

Charmant, ûdèle, enfin rien ne manque à sa gloire.

L'édition de -1681, et celle de i697, que nous reproduisons, mettent enfin entre deux virgules, ce qui ne détermine nullement le sens* Les autres anciennes éditions donnent :

Charmant, fidèle enfin, rien ne manque à sa gloire.

La première de ces deux ponctuations donne un'sens assez faible et qui clôt prosaïquement le couplet passionné qui précède; la seconde, fidèle enfin, conct^mre avec énergie sur fidèle l'orgueil et la joie de la jalouse Hermione.

Phèdre dit de même à Hippolyte (Phèd., II, 5), avec une passion encora plus profonde peut-être, quoique plus contenue:

Mais fidèle, mais fier, et même un peu &rouche, Ciiarmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi, « Tel qu'on dépeïnt nog dieux, ou tel que je vous voi.

5. Ôn remarquera que ce second hémistiche est devenu le premier du vers de Saurin, que l'Académie française fit graver en 1773, au bas du buste de Molière place dans la salle de ses séances :

Rien ne manque à sa gloire; 11 manquait à la nôtre.

6. < Pyrrhus, dans un de ses dépits, revient à Hermione. Quelle joie, quelle ivresse alors ! Non, on ne connaît pas une âme humaine quand on ne l'a vue que dans ses médi^)cres bonheurs et dans ses médiocres tristesses. Il faut la voir dans ses joies soudaines et inattendues, ou dans ses désesiioirs soudains aussi et imprévus. C'est alnrs vraiment que les âmes sont tragiques, tragiques même dans leur joie ; tant elle est violente et emportée 1 tant nous frémissons, malgré nous, sur les désappointements qui l'attendent I » (S4jNr-MiRC'G|RiRDî«

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