ACTE i, SCENE î
Je viens voir si l'on peut arracher de ses bras
Cet enfant dont la vie alarme tanls d'Élats.
Heureux si je pouvais, dans l'ardeur qui me presse,
Au lieu d'Astyanax, lui ravir ma princesse M
Car enfin n'attends pas que mes feux redoubiés 95
Des périls les plus grands puissent être troublés.
Puisque après tant d'efforts ma résistance est vaine,
Je me livre en aveugle au transport qui m'entraîne 2.
.l'aime : je viens cherclîer Hermione en ces lieux. 100
Ca fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux
Toi qui courais Pyrrhus, que penses-tu qu'il fasse?
Dans sa cour, dans son cœur, dis-moi ce qui se passe,
Mon Hermione encor le tient-elle asservi?
Me rendra-t-il, Pylade, un bien qu'il m'a ravi *?
P YLADE.
Je vous abuserais, si j'osa's vous promettre 105
Qu'entre vos mains, seigneur, il voulût la remettre;
Non que de sa conquête il paraisse flatté:
l^our la veuve d'Hector ses feux ont éclaté;
11 l'aime ; mais enfin cette veuve inhumaine ^
N'a payé jusqu'ici son amour que de haine ; liO
VA chaque jour encore on lui « voit tout tenter
Pour fléchir sa captive, ou pour l'épouvanter.
De son fils qu'il lui cache il menace la téle^,
Et fait couler des pleurs qu'aussitôt il arrête.
et la défiance du prince auprès duquel il doit résider ; comment se fait-il que la Grèce envoie à Pyrrhus, son rival, un amant d Hermione, sa fiancée ? » Ces réserves faites, Geontov ajoute : « Cette invention appartient cependant au judicieux Racine, qui, uniquement occupé de l'action principale de sa tragédie, aura sans doute négligé ces accessoires. l\ a eu raison de penser que, si l'ambassadeur ne convient pas à Pyrrhus, l'essentiel est qu'il convienne à la tragédie : peu importe que la Grèce ait mal choisi son ministre à la cour d Épire, pourvu que ce ministre ait un beau rôle a jouer dans 1 appartement d Hermione. »
1. On a bl.-^mé cette appellation si fréquente dans Racine et on y a vu l'influence du jargon pré ieux. Elle est cependant très en rapport avec la noblesse de ton de ses tragédies et la couleur générale du langage qu il prête à ses héros.
2. Var. Je me livre en aveugle au transport qui m'entraîne 1668-87).
3. Geoffroy fait lustement observer que « tout le caractère d'Oreste, toute sa conduite dans cette pièce est dans ces vers qui excitent déjà un grand intérêt.»
Jt. Var. Me rendra-t-il, Pylade, un cœur qu'il m'a ravi ? (1668-76.) 5. Voy. plus haut, p. 71 n. 5.
t\. Selon d'Ouvkt f/iem >nr liacine, par. 581, « ici le sens et la grammaire ne, s'accordent point car le sens veut (|ue ce lu' soit rapporté à Pyrrhus, et la grammaire qu'il le soit à cette veme inhumaine. » La grammaire de d'Olivet est bien exigeante. Lui peut se rapporter grammaticalement à la personne désignée par son amour,