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ACTE lîl, SCÈNE III

ANTIOC HUS.

Suspendez votre ressentiment.

D'autres , loin de se taire en ce même moment , Triompheraient peut-être , et , pleins de confiance , Céderaient avec joie à votre impatience :

* D"* autres , loin de se taire en ce même moment

« Concevez l'excès de la tyrannie de la rime, puisque Pau* » teur (]ui lui commande le plus, est gêné par elle au point de » remplir un he'mistiche de ces mois inutiles et lâches , en ce » même moment. » VoLT.

Il m'est impossible de défe'rer ici à rautorltë de Voltaire. En ce même moment n'est rien moins inutile et lâche. Sans doute le censeur n'y a pas assez re'fle'chi : comment n'a-t-ilpas vu que ce moment est très-marquant pour Antiochus sous tous les rapports, et ne peut être ici , comme il l'est si souvent dans nos trage'dies , un remplissage oiseux et parasite ? Supposons qu' Antiochus parle en prose ; il dirait et devrait dire : « Il n'y » a peut-être que moi, madame , qui , dans un pareil moment, >» ne fût pas pressé de parler. »

Consolons-nous d'être faillibles dans nos jugemens , puisque Voltaire a pu se tromper à ce point ; et il n'a pas ici d'humeur.

Ajoutons que gêné par elle{ la rime ) est une faute de dic^ lion dans la note de Voltaire. Il est contraire et très-contraire à l'élégance française , de se servir du pronom elle en régime , si ce n'est en parlant des personnes. Voltaire commet souvent cette faute dans sa versification : je ne sais si on en trouverait des exemples dans Racine et Boileau. Elle a encore moins d'excuse en prose. Il était aisé de mettre , qui en est le moins gêné.

276 BÉRÉNICE

Mais moi, toujours tremblant, moi, vous le savez bien,

A qui votre repos est plus cher que le mien ,

Pour ne le point troubler j'aime mieux vous déplaire ,

Et crains votre douleur plus que votre colère.

Avant la iîn du jour vous me justifirez.

Adieu , madame.

BÉRÉisnCE.

O ciel ! quel discours ! Demeurez.

Prince , c'est trop cacher mon trouble à votre vue. Tous voyez devant vous une reine éperdue , Qui , la mort dans le sein , vous demande deux mots. ' Vous craignez , dites-vous , de troubler mon repos ; Et vos refus cruels , loin d'ëpargner ma peine , Excitent ma douleur , ma colère , ma haine. Seigneur , si mon repos vous est si précieux , Si moi-même jamais je fus chère à vos yeux , Eclaircissez le trouble ou vous voyez mon ame. Que vous a dit Titus ?

* Qui , la mort dans le sein , vous demande deux mots,

« Deux mots serait ailleurs une expression triviale; elle est ici 5) très-touchante. Tout inte'resse , la situation , la passion , » le discours de Be're'nice, l'embarras même d'Antiocbus. »

Volt .

Il n'est pas besoin d'expliquer pourquoi toute la beauté de ce vers consiste dans le contraste de deux mots avec la mort dans le sein ^ qui le précède , et qui est si loin de le faire attendre.

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