L'ORIGINE DU MOT « GUIGNOLÉE
Les historiens prétendent que les druides, ayant coupé la branche du parasite, s'écriaient : « Au gui ! l'an neuf » !
J'aime assez entendre ces devins s'exclamer en langue française, deux mille ans avant la création de notre langage. Cela montre que les historiens savent beaucoup de choses.
Néanmoins, il paraît certain qu'ils disaient cela bien clairement dans les termes en usage chez eux. Alors je traduis les mots que l'on vient de lire et je dis en langue celtique : « Ah ghi bladhna ùr » ! Voilà ce qui s'appelle saluer la nouvelle année.
La Patrie, 1910. Benjamin Sulte
LA IGNOLÉE
Autrefois, la veille du jour de l'an dans toutes les paroisses, dans tous les villages, on chantait la Ignolée. Ceux qui la chantaient s'appelaient les Ignoleux, et ils le méritaient bien. Armés de longs
bâtons et de sacs profonds, ils allaient de porte en porte, chantant sur le seuil, plus soucieux du bon sens que de la rime :
Bonjour le maître et la maîtresse Et tous les gens de la maison, Nous avons fait une promesse De venir vous voir une fois l'an...
Ils battaient la mesure avec leurs bâtons, et, avec leurs sacs ils recueillaient la chignée. On les recevait avec plaisir, et on leur donnait abondamment, car la chignée — c'est-à-dire l'échiné d'un porc frais, je suppose — était destinée aux pauvres de l'endroit. L'égoïsme qui se glisse partout, se glissa jusque dans les cœurs des Ignoleux — Auri sacra famés ! — et les Ignoleux finirent par n'avoir plus de cœurs et par garder pour eux-mêmes ce qu'ils recevaient pour d'autres. De ce moment l'antique institution de la guignolée fut condamnée.
Le jour de l'an est une fête essentiellement religieuse pour les chrétiens. On laisse alors les travaux et les affaires, pour venir, au pied des autels, remercier le Seigneur des années que l'on a vues, et le supplier de ne pas nous rayer trop tôt du nombre des vivants — l'éternité est si longue !
Fêtes et Corvées. L.-Pamphile Lemay